Un soir de printemps à l'heure où noircit la campagne, dans mon appartement non encore capitonné, j’ai subitement décidé de soulager ma conscience agitée en me plongeant dans un film turc des années 80. Je conçois que cette pratique peut paraître étrange pour les duchesses, mais cette méthode est aussi efficace que 60mg de Diazepam. Après quelques pénibles recherches dans l'insondable toile virtuelle, j’ai débusqué un film unique en son genre nommé « Dünyayı Kurtaran Adam », plus connu sous l’appellation « Turkish Stars Wars ».

8034184620_95ec4a9e67_oFort de cette découverte, me hâtant, tel un bambin ouvrant son cadeau, je me suis attaqué de front à cette œuvre cinématographique, histoire de voir ce qui se cachait derrière ce nom à l’allure barbare. C’est alors que sous une musique d’ascenseur funky, des noms orangés défilèrent sur un fond noir, style Malevitch, à vitesse irrégulière et cadrage foireux. J’en suis tout retourné, ça y est, c’est sûr, ceci annonce l’heure et demie de fureur cinématographique qui va en suivre, il faudra sûrement s’accrocher. Pas le temps de s’en remettre qu’on nous met au parfum de la situation, ça va à cent à l’heure, on nous parle de guerre atomique, de cerveaux, de temps, d’âge galactique, j’ai du mal à tout suivre. En deçà de ces énonciations hautement philosophiques des stocks-shots empruntés à La Guerre Des Étoiles tournent en boucle et puis voilà l’instant T.

Bien que déjà bouleversé par ce carnaval d’images insensées, voilà que j’entends une petite ritournelle qui ne m’est pas inconnu. Je me la murmure, elle s’accroche à mes lèvres. Mon esprit ne fait ni une ni deux, il la reconnaît, il sait ce qu’elle est. Retentissant à travers l’atmosphère, d’un air aussi puissant qu’élégant, tel un cavalier donnant la charge, il s’agit bien du thème d’Indiana Jones. Ça y est, il en est de moi. Me voilà sans dessus dessous, larmes coulant et enthousiasme déferlant, dans un état de transe délirant.

« Turkish Star Wars contient des moments purs et intenses, et même, disons le, extatiques ; qu’un vrai cinéphile n’a l’occasion de connaître qu’une à deux fois au cours de son existence ». Stevee Spielberg.

Radicalement époustouflée par les premières minutes aussi prometteuses qu’incongrues, je me laisse porter par la suite de la pellicule. C’est le cœur battant la chamade, avec de grosses gouttes suintant du front, que je découvre la première échauffourée mêlant le comique de Chaplin au kung-fu made in Chuck Norris en passant par des mannequins squelettes en mousse non étanche. Tout cela annonce la multitudes de pugilats suivants, ayant chacun leurs propres caractéristiques singuliers, bien que leur quintessence soit la même. Les effets spéciaux parcourant le film de long en travers sont principalement composés de stock-shots, d’un trampoline et de peluches diverses à déplumer. En outre, des cagoulards en pagaille viendront se mettre sur le chemin de nos deux héros :

Schéma 1

Reprenant considérablement concepts et autres logarithmes des séries de fin d’alphabet yankee, la touche sentimentale sera aussi de la partie. Cüneyt Arkin (cabotin principal et scénariste illuminé) nous dévoile sa maîtrise totale du body language ainsi que le secret de son regard perçant. Je vous le concède : que d’émotions. Et c’est précisément face à ce regard fatal, à cet homme chevronné, maître de mentalisme et de jiu-jitsu hypnotique, que j’ai totalement perdu pied et renoncé à mon dernier brin d’esprit. Il m’a littéralement envoûté. Je me projetais en Cüneyt Arkin, J’ÉTAIS Cüneyt Arkin.

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Ne faisant plus qu’un avec l’acteur et comme une bonne partie des scènes sont volontairement accélérées (une rumeur circule selon laquelle le monteur se serait gavé de speed), je fut pris d’hyperactivité. Pratiquant un fort travail intérieur en utilisant des techniques complexes de moines taoïstes, je parvins à me sortir de l’impasse dans laquelle je m’étais fourré. J’ai du décapiter une bonne centaine de peluches, shooter dans une trentaine de cailloux et draguer une dizaine de personnes muettes avant de m’apercevoir de la farce dont j’étais la victime. Miséricorde.

Tant bien que mal, je me suis réapproprié le monde petit à petit. Si les images se faisaient moins fortes, le bruitage du film a pourtant salement amoché ma membrane du tympan. D’après les spécialistes, mon nerf cochléaire s’est pratiquement fendu suite à l’écoute intensive de concertos de marteau piqueur. Car à l’image des effets spéciaux, les effets sonores ressemblent à un cantique composé de divers instruments douteux tel que des grelots robotiques, pelleteuse-synthétiseur et autres engins sans noms. Comme dirait Michel Audiard, « faut dire que c’est pas du demi-sec ! »

En bref, bien qu’il est difficile d’en sortir indemne, Turkish Stars Wars est un velouté des saveurs les plus exquises du monde nanaresque. Et puis, le rixe final est ineffable. Nous n’en dirons pas un mot afin de préserver l’émerveillement des spectateurs les plus téméraires… Pour résumer le film, on peut tout de même citer « L’Escalope » confrère pisse-copiste expert reconnu en acupuncture néo-platonicienne : « Une heure et demie de folie furieuse exécutée par une ribambelle d’acteurs azimutés. ‘Turkish Star Wars’ s’impose comme l’aboutissement du nanar ». En face de ça, Iron Man, c’est bel et bien de la soupe allégée pour midinettes.

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