Il détient 800 entreprises, possède 46 journaux, 30 magazines, un réseau de télévision par satellite, la 20th Century Fox, assez d’ennemis pour les sept prochaines générations et un nom de méchant taillé pour les comics. Mais qui est vraiment ce magnat de la presse assez fort pour éclipser tous les autres ? C’est ce qu’on a essayé de creuser dans Gonzaï n°4 (octobre 2013). Récit d’une époque où l’on pouvait partir de rien et monter un empire fait de voyelles et de consonnes.

Même ses détracteurs vous le diront : Rupert Murdoch est un cas d’école. Sa vie est l’un de ces rares films où le gentil ne gagne pas à la fin et où la morale, à bout de souffle, finit par jeter l’éponge. Figurez-vous, sa longue histoire sans happy ending débute à une époque où la télévision est encore en noir et blanc, et prend fin à l’heure des satellites et de la communication instantanée. Entre ces deux siècles qui auront vu l’homme moderne régresser de la machine à écrire aux abréviations par tweet, ce grabataire de 82 ans à la dégaine d’oncle Picsou est parvenu à puiser dans tout ce que l’âme humaine compte de plus sordide – le vice, le populisme, la ruse, une calculatrice – pour établir une fortune personnelle aujourd’hui établie à 8 milliards de dollars, sans compter toutes les ramifications qui font de son empire, News Corp, un enfer de Dante où les oreilles se damnent pour un scoop. Mais si Murdoch est un tel cas d’école, c’est surtout parce qu’il reste un formidable contre-exemple de déontologie; le genre d’histoire à ne pas
raconter dans les manuels scolaires, mais qui permit toutefois de construire le plus grand empire médiatique jamais détenu par une seule personne. Diabolique et parsemé de coups tordus, d’OPA agressives et d’informations glanées au prix de l’éthique, le destin de Rupert – ou Rupe, pour les intimes – débute donc dans un autre siècle. Mais pas forcément celui qu’on croit.

Mon père, ce petit héros

Keith Murdoch naît à Melbourne en 1885, fils d’une famille écossaise ayant émigré au pays des kangourous dans l’espoir d’une vie meilleure. Malgré une timidité maladive et un bégaiement prononcé, le garçon pressent très tôt qu’il sera journaliste, et parvient à se faire embaucher au journal The Age en tant que correspondant local. En à peine quatre ans, le jeune homme ambitieux prend du galon, se paye un ticket pour l’Angleterre où il suit des cours d’orthophonie et cherche un poste de journaliste. En vain. La queue entre les jambes et la langue toujours aussi pâteuse, Keith revient au pays, où il se reconvertit journaliste parlementaire, ce qui lui permet de consolider une étroite relation avec les politiques ; un trait de caractère qu’on retrouvera plus tard chez un autre Murdoch. Nommé en 1912 directeur d’une agence de presse, Keith échoue à devenir reporter de guerre, et voit la Première Guerre mondiale défiler sous ses yeux, dans les manchettes des quotidiens. Journaliste médiocre mais homme de réseaux, il se voit néanmoins confier par le Premier ministre australien une petite mission qui lui permettra au moins de renouer avec le terrain : apporter du courrier aux soldats participant à la bataille des Dardanelles, sur la péninsule de Gallipoli, en Turquie. Chargé par un correspondant londonien de ramener du front une lettre explosive, Keith se fait finalement arrêter à Marseille par la police française, et pour cause : la lettre contient un reportage décrivant avec véracité l’âpreté du combat. En temps de guerre, l’information se porte avec un gilet pare-balles ; le reportage est logiquement censuré, et Keith Murdoch revient une fois encore en Australie bredouille, mais avec les dents serrées.

Depuis l’incident des Dardanelles, six années ont passé. Le petit journaliste bègue est devenu un petit magnat. Conscient de ses aptitudes limitées pour manier la plume, il a d’abord acquis un premier quotidien, le Sydney Morning Herald, et l’a propulsé en tête des journaux australiens grâce à une nouvelle formule. Puis il a commencé à acquérir d’autres titres, qui vont rapidement faire de lui un notable que l’on écoute. Et que l’on craint. Entre deux campagnes de presse contre le parti travailliste, l’Australien épouse à 42 ans Elisabeth, de dix-huit ans sa cadette, après l’avoir découverte, comme dans un film, en photo dans l’un des magazines qui lui appartiennent.
De cette union naîtront quatre enfants, dont un certain Keith Murdoch Jr., rapidement renommé Rupert en hommage à son grand-père maternel, réputé pour être un accro au jeu et aux paris sportifs… Le jour de la naissance du petit Rupert, les astres étaient décidément bien alignés. Cette success story à l’ancienne ne durera pas pour Murdoch Sr. Nommé dès 1944 président du groupe de presse Herald Group, Keith se fait diagnostiquer un cancer en 1949, qui lentement le met sur la touche et lui fait perdre un à un tous les territoires conquis jusque-là. À sa mort, en 1952, le petit empire a fondu comme peau de chagrin et les maigres bénéfices de News Limited – la société mère qu’il a su conserver – servent à peine à payer les frais d’enterrement et éponger les dettes toxiques de ses journaux, à la fois symboles d’une ambition trop grande et d’un appétit mal calculé. Ne reste plus à la famille Murdoch que ses yeux pour pleurer et deux titres bénéficiaires, The News et le Sunday Mail d’Adelaïde, pour rebâtir sa réputation. Dénué de toute expérience dans l’édition, le fils Rupert hérite en 1953 des deux journaux, à l’âge de 22 ans. La tragédie freudienne des Murdoch est bien faite : toute l’histoire du fils se lira à travers ce prisme familial, entre noble ambition et ego meurtri.

La plaie dans la plume

Le jeune Rupert n’avait pourtant pas prévu de conquérir le monde. La légende parle d’un buste de son idole de jeunesse, Lénine, installé dans sa chambre d’étudiant à Oxford; une anecdote somme toute surprenante quand on connaît l’ultralibéralisme du même homme quarante ans plus tard. Pour mieux comprendre comment un bouseux d’Australien situé à l’extrême gauche de l’échiquier politique – ce qui lui vaudra au début des années 50 le surnom de “Rupert the Red” – s’est transformé en un patron sans cœur, une phrase célèbre résonne comme un début d’explication : “Celui qui n’est pas socialiste à 20 ans n’a pas de cœur, celui qui n’est pas conservateur à 40 ans n’a pas de cerveau.” La citation ne vient pas de l’un des futurs amis capitalistes – Nixon, Thatcher,Reagan – de Rupe, elle est de Winston Churchill. Et, en bien des points, elle éclaire la mutation qui s’opère un soir de 1953 dans la tête complexe du jeune écervelé. “Mon père était un grand journaliste, confiera trente ans plus tard Rupert au biographe Jerome Tuccille, il est certes parti d’un petit journal d’Adelaïde, mais ce n’est pas vraiment ce qu’on peut appeler un entrepreneur. J’ai tout recommencé de zéro et j’ai, depuis, toujours tenté d’avoir les reins assez solides financièrement pour pouvoir acheter mes propres plumes, mes propres illustrateurs.” Ne dépendre de personne, ne jamais perdre le contrôle de son business. Au tournant des 50’s le jeune patron de presse Rupert Murdoch est déjà bien déterminé à ne jamais reproduire les erreurs de son père. Toute la suite ne sera qu’une mise en pratique de cette promesse. Dès ses débuts, Rupert met les mains dans le cambouis à tous les étages, passant de l’édition des titres à la comptabilité du journal, fignolant la maquette ou nettoyant lui-même les têtes encrassées de machines à écrire. Le jeune homme ambitieux, déjà, agace. Ses pratiques populistes et sa manière de relater les news ne plaisent guerre à la concurrence, qui de toute manière ne tardera pas à être absorbée. Trois ans seulement après avoir fait ses gammes avec les vieux coucous à papa, Rupert entreprend sa première acquisition, le Sunday Times de Perth. Suivi rapidement du Mirror de Sydney, que Rupert remodèle à la manière du Daily Mirror londonien – alors le plus gros tirage de l’époque en Angleterre. C’est un succès. En dépit des dents qui grincent, les méthodes de Murdoch Jr. fonctionnent : tout contrôler, acheter à tout-va, toujours avoir un coup d’avance, écraser la concurrence, faire régner la terreur sur ses équipes, affûter soi-même toutes les manchettes jusqu’à ce que l’information, saillante, devienne un poignard. Albert Londres peut bien se retourner dans sa tombe, on ne devient pas le plus grand patron de presse de tous les temps sans faire de victimes.

L’ère des tabloïds

Au milieu des sixties, en pleine révolution pop, Murdoch fait les comptes. Il est déjà millionnaire, s’est acheté un yacht, puis un château à proximité de Canberra. La création du premier quotidien national du pays, The Australian, a beau faire la fierté de son créateur, Murdoch en veut toujours plus. Et c’est finalement vers l’Angleterre, ce pays de snobs où son père jadis se brisa la mâchoire, que Rupert va jeter son dévolu. En 1968, son petit empire est déjà estimé à 50 millions de dollars. Il n’a que 37 ans et a déjà licencié plus de personnes qu’aucun autre. Il est désormais temps de passer aux choses sérieuses avec le rachat de l’ancêtre des tabloïds, The News of the World, qui lui permet de mettre le pied sur le sol anglais. La même année, Rupert le boulimique s’empare du Sun, un journal qu’il défigure au point d’en faire le Franck Ribéry de la presse à scandales. Au programme : sexe, sports et crimes. À l’éditeur qu’il nomme à la direction du magazine, il dit : “Je veux un journal tire-larmes, avec plein de nibards à l’intérieur.” C’est chose faite avec l’apparition, en 1970, de la célèbre “page 3”, où des pin-up – les “page 3 girls” –apparaissent ventre à l’air pour le plus grand plaisir des lecteurs. Succès encore. En l’espace d’une seule année, le tirage du journal passe de 800000 copies à plus de 2 millions. Face aux critiques grandissantes, Murdoch reste fidèle à lui-même : “Je donne au public ce qu’il souhaite.” C’est son don, son talent. On n’exige pas des dictateurs qu’ils travaillent en sous-régime.

“Je veux un journal tire-larmes avec pleins de nibards à l’intérieur.”

Dix ans après ses débuts, le Rupe connaît une première  controverse avec l’affaire Christine Keeler, call-girl accusée d’avoir eu simultanément des relations approfondies avec un espion russe et le ministre anglais de la Défense. Attiré par l’odeur de l’encre, le requin Murdoch flaire le bon coup. Quand Keeler, sans le sou, exprime son désir de balancer tous les détails sordides, Murdoch se précipite pour acheter ses mémoires et les publie sous la forme d’une série hebdomadaire. Pari réussi, 300000 copies supplémentaires se vendent toutes les semaines. La méthode Murdoch est née : ne pas chercher à donner de la confiture aux cochons, mais donner de la boue aux lecteurs. Qui pourrait l’en blâmer ?

Bien conscient d’avoir trouvé là un passeport vers la postérité, Murdoch embarque pour les États-Unis afin d’y appliquer les mêmes méthodes ; un paradoxe quand on connaît le penchant conservateur du magnat se décrivant lui-même comme “un type acariâtre, terne et dénué d’humour.” N’empêche. Son truc, au Rupe, c’est la filouterie
doublée d’un pouvoir de négociation hors norme. Ainsi débute son quart d’heure américain – qui durera en réalité bien plus longtemps – avec le rachat en 1976 du New York Post, alors le plus vieux quotidien américain, fondé en 1801. À l’ex-propriétaire, Dorothy Schiff, qui a tenu son canard d’une main de fer, luttant contre Joe McCarthy
et la vague conservatrice des années 50, Murdoch assure que rien ne changera. Puis fait tout l’inverse. Il transforme la vieille dame en pute maquillée et fait du Post le fer de lance de sa conquête du marché américain en usant du populisme pour doper les ventes.
Pour l’aider dans sa quête de lecteurs, Murdoch peut compter sur l’ambiance de jungle urbaine qui règne alors à Big Apple. À l’été 1977, c’est finalement la terreur des meurtres commis par David Berkowitz, alias “Son of Sam”, qui donne au magnat l’occasion de concurrencer son rival, le Daily News. Jouant l’emphase et la démesure dans une ambiance très Jack l’Éventreur, Murdoch fait du Post une vitrine sanglante où chaque meurtre est exposé avec moult détails, n’hésitant pas à publier des lettres du serial killer à une ex-petite amie. Aussi critiquables soient ces pratiques, les chiffres parlent d’euxmêmes : deux ans plus tôt, le Post écoulait péniblement 500000 copies. Deux ans plus tard, les ventes ont doublé. La même année, Clay Felker, propriétaire du New York Magazine, du Village Voice et du New West, à qui Rupert a subtilement tiré dans les pattes pour acquérir son butin, ne mâche pas ses mots : “Ce type est juste… il est insatiable. J’ai l’impression d’avoir été violé par un vieil ami.

Citizen Kane

Si l’accroche de une est assez importante, l’information l’est aussi.” Pour son éditorialiste Carter, outré par le virage pris par The Inquirer, Charles Foster Kane lâche cette phrase définitive qui scelle le destin du héros de Citizen Kane, premier long métrage d’Orson Welles, aujourd’hui encore considéré comme le plus grand film de tous les temps. “Le Chronicle fait ses gros titres sur deux colonnes, pourquoi n’avons-nous pas la même chose? ”, ajoute Kane dans le film. “Si nous commençons à colporter les ragots, rétorque Carter, le journal n’y suffira pas.” Le magnat de la presse, incarné par Welles, coupe court à toute discussion : “C’est le genre d’informations que nous couvrirons désormais.” Si cette scène épique redéfinira pour longtemps les frontières du tabloïd, elle comporte également un nombre de similitudes troublantes avec la vie de Murdoch, taxé durant toute sa carrière de “yellow journalism”, une expression typiquement américaine pour désigner ces accroches putassières cachant souvent un manque d’investigation. “Murdoch s’inscrit directement dans la lignée des magnats comme Hearst, et cette conception de la presse est purement américaine”, dit de lui l’un de ses journalistes. C’est donc tout naturellement chez l’oncle Sam que Rupert s’apprête à véritablement faire fortune, dans ce pays où tout est possible, même le pire.

“J’ai appelé mon cancer “Rupert”, j’aimerais lui exploser la tronche.” (Dennis Potter, dramaturge et journaliste)

Jusque-là, et en dépit de ses coups de bluff, Murdoch a été presque frileux, se contentant de racheter des titres en perte de vitesse plutôt que d’en créer de nouveaux. Le calcul semble logique : les chances de relancer un titre déjà connu du grand public sont plus grandes, et les coûts moins élevés. Le prix du ticket d’entrée pour le marché américain est pourtant plus important qu’en Angleterre ; Murdoch y laissera des plumes (12 millions de dollars rien que pour le lancement du tabloïd The National Star) mais gagnera au passage une escadrille médiatique composée – entre autres – de la 20th Century Fox, mythique société d’Hollywood qui, bientôt, lui permettra d’alimenter les tuyaux de ses télés américaines (la Fox), puis de son réseau de télé par satellite (BskyB). En anticipant la révolution électronique des années 80, l’Australien, en plus d’être un homme d’affaires avisé, devient un (kan)gourou prophétique : “Nous vivons une révolution électronique qui ne fait que débuter et se déroule désormais sur le terrain de la communication instantanée, ce qui vous oblige à être aussi habile dans le divertissement que dans l’information pure”, explique-t-il à des journalistes encore habitués aux disquettes 3,5 pouces. Dès 1983, à une époque pré-Internet, il opte pour la saturation d’infos, avec l’ambition de gaver ses lecteurs autant que d’assécher la concurrence. À chaque fois, la même méthode gagnante dite “de l’OPM”, pour “Other People’s Money”. Un système d’emprunt bancaire qui non seulement permet au Rupe d’acheter avec l’argent des autres, mais également de jouer sur les taux de change entre pays pour consolider son empire grâce à d’astucieux montages. Bilan des courses : En 1984, News Corp pèse 1,5 milliard de dollars. Et, alors que l’heure de la diversification horizontale a sonné, Murdoch continue d’exercer une concentration pyramidale du pouvoir, un puzzle machiavélique où chaque entité renvoie invariablement à son créateur. News Limited, la branche australienne, est alors détenue à 48 % par Murdoch, les 52 % restants étant répartis entre une grande quantité d’actionnaires, dont aucun ne possède plus de 1 % des parts. Le leitmotiv est toujours le même : rester propriétaire des fondations, ne pas refaire les mêmes erreurs que son père.

Pour laver l’affront fait soixante ans plus tôt à Keith Murdoch, Rupert cofinance en 1981 un film nommé Gallipoli, avec Mel Gibson. L’histoire? Celle d’un journaliste envoyé au front pour couvrir la bataille des Dardanelles. Ça ne vous rappelle rien? Six ans plus tard, il rachète pour un milliard de dollars la société Herald & Weekly Times Ltd, l’entreprise de son père revendue en 1952. Autant de raisons de sourire lorsque Rupert répond “I’m my own man” quand le journaliste Jerome Tuccille lui demande qui sont ses modèles. Chez lui, la vérité a toujours deux faces.

War on journalism

Dire de Murdoch qu’il a des comptes à régler est un doux euphémisme. Dans sa croisade, l’argent n’est qu’un moyen
pour gagner la guerre, pas une finalité. Mauvais perdant dissimulé sous la maigre carrure d’un Mr. Burns, Rupert a enterré ses ennemis, un par un. À la haute société anglaise qui l’a toujours raillé pour ses origines australiennes, il a fait avaler une pilule en forme d’entonnoir en rachetant le prestigieux Times. À ceux qui l’accusent d’avoir inventé la presse people, il répond par le rachat du Wall Street Journal en 2007, quant aux esprits critiques qui lui reprochent d’avoir souillé la presse américaine avec ses méthodes à la hauteur du caniveau, Murdoch répond par l’invective : “Tous ces types sont élitistes. […] Ils agissent tous comme s’ils voulaient avoir Robert Redford pour jouer leur propre rôle dans un film.” Tenez-vous-le pour dit, Murdoch a les roupettes bien accrochées, et bien heureux celui qui pourrait venir les lui briser.

Bernard Tapie version grand huit, les réactions de Rupe sont par définition imprévisibles ; elles expliquent en partie cette formidable longévité et cet appétit gargantuesque, et trouvent certainement leur source dans les origines du magnat. Coincé dans un coin sur la mappemonde, à cheval entre les aborigènes et l’océan Pacifique, les Australiens ont la réputation d’avoir un viscéral besoin de prouver leur valeur, ce qui fait d’eux d’éternels insatisfaits. Murdoch est de cette trempe. Pas du genre à confier les rênes à un héritier complètement débile (Jean-Luc Lagardère avec son fils Arnaud) ou à tremper son biscuit dans des mineures (Silvio Berlusconi), Murdoch est un revanchard. Fin des années 90, alors que l’ère du papier semble bien loin et que News Corp est désormais capable de transmettre instantanément n’importe quelle donnée d’un bout à l’autre de la planète, Murdoch livre un dernier combat, sa seule défaite. Convaincu que la révolution digitale représente “une nouvelle ère dorée”, le Rupe craque son portefeuille pour Myspace, le premier réseau social de l’Histoire : “Je pense que [Myspace] sera un énorme succès financier”, confie-t-il en 2006, goguenard. On connaît la suite. Acheté pour 580 millions de dollars, le réseau sera revendu en 2011 pour 35 millions, avant de devenir la risée des internautes. Une broutille pour Murdoch, l’histoire parle pour lui. Son empire pèse aujourd’hui 34 milliards de dollars. En comparaison, celui du magnat Hearst atteint péniblement, en estimation – inflation comprise – le milliard, quand celui de Joseph Pulitzer n’a atteint, à son zénith, que 280 millions de dollars. Personne n’a jamais été aussi fort avant et personne, sans doute, ne le sera plus après. “J’ai appelé mon cancer ‘Rupert’, c’est l’un des types à qui j’aimerais bien exploser la tronche, confiait Dennis Potter, célèbre dramaturge et journaliste anglais, peu connu de ce côté-ci de la Manche. C’est lui le responsable de la pollution qui a envahi la presse anglaise. Il est l’une des principales causes du cynisme ambiant qui détruit notre perception de la réalité et notre système politique.” Décédé de son cancer du pancréas en 1994, Dennis n’aura pas eu le temps de voir le Rupe vaincre le sien trois ans plus tard, à presque 70 ans, pas plus qu’il n’aura pu goûter le récent scandale des écoutes téléphoniques du News of the World. Homme de fer, Murdoch résiste à tout, aux crachats dans la rue comme à la maladie. Après tout ça, libre à vous de le traiter d’enculé. Mais vous feriez bien d’avoir un mur dans votre dos.

Rupert Murdoch in Sun Valley.
By Drew Angerer/Getty Images.

La première fois que vous l’avez lu, c’était dans Gonzaï N°4 (Octobre 2013)

3 commentaires

  1. “J’ai appelé mon slip Rupert, et j’aimerais lui exploser le fondement.”
    On peut remplacer le prénom par un autre de son choix
    Les pignoufs de son acabit ne manque pas

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