On avait quitté Houellebecq à demi-empaillé dans un très mauvais remake de lui-même aux côtés de Jean-Louis Aubert, mort cérébral parmi les vivants, le revoici tout en présence humaine dans un huis clos montagnard, tentant en vain de se suicider pendant 1H30 dans « Near Death Experience », nouveau long de Delepine et Kervern. Une expérience à la fois jouissive et traumatisante.

Pour qui a suivi la carrière de Houellebecq, le passage sur grand écran est une évidence depuis bien longtemps. Acteur de sa propre vie tout d’abord, désossant d’année en année un corps désormais réduit à l’état de squelette déchaussé sans mâchoire, mais aussi styliste oratoire dont les récentes sorties prouvent, saillie après saillie, que Houellebecq est devenu autre chose qu’un simple écrivain. Au poids des mots, Michel oppose aujourd’hui le choc de la photo, qu’il imprime étonnamment plutôt bien dans ce qui s’annonçait pourtant comme une immense panade.

Imaginez le pitch de Near Death Experience. Un cadre du tertiaire – éternelle obsession de Houellebecq depuis Les particules élémentaires – vit sa vie bien rangée d’opérateur SAV télécom dans une bourgade du sud de la France. Puis un matin, sur un coup de tête, prétexte une embardée en vélo pour abandonner famille et confort, destination la montagne pour en finir avec un destin gâché et sa vie inutile. Le Near Death Experience de Kervern et Delepine, ce sera donc un immense plan séquence délirant avec un seul acteur confronté à lui-même, ses névroses, ses pensées, ses regrets et ses hésitations (en finir. Ou pas) dans un décor où garrigue et maquis jouent les seconds rôles. Evidemment, certaines séquences de monologue de l’acteur sont déjà cultes ; de cet interminable plan séquence de 3 minutes où Houellebecq clope comme un névrotique dans sa bagnole avec l’insoutenable bip de sa ceinture non attaché en trame de fond, jusqu’à cette improbable partie de cyclistes miniatures dans la montagne qui pourrait tout aussi bien évoquer une partie de bowling aquatique entre Robinson Crusoé et Vendredi.

Near death experience 1
Un film, donc, à regarder pour ce qu’il est : une formidable mise en scène de la vie de l’écrivain, tiraillé entre son envie d’auto-destruction et son désir de (sur)vivre, enchainant au passage face caméra des réflexions qu’on le soupçonne d’avoir lui-même tant le propos résonne dans sa voix décharnée, lasse et pourtant hypnotique. Extrait : « J’ai toujours été jusqu’au bout des travaux que j’ai entrepris. Que ce soit dans le cadre de mon travail ou dans le privé. Enfant, par exemple, j’ai toujours fini mon assiette » (…) « Quitte à rester sur terre, autant que ce soit dans de bonnes conditions. Je doisle dire: j’ai toujours été très rigoureux et même quasiment autocratique, sur le choixde mes canapés. Etre bien assis est pour moi essentiel ».
N’en déplaise au profil parfois diablement Célinien de l’acteur, Near Death Experience s’avère être l’exact contraire d’un Voyage au bout de l’ennui ; ceux qui ont dévoré Extension du domaine de la lutte ou Plateforme devraient en avoir pour leur argent. Quant à l’écrivain, il poursuit son travail de momification dans la postérité avec un autre film à paraître ces jours-ci, mais cette fois sur le petit écran : L’enlèvement de Michel Houellebecq (mercredi 27 aout sur ARTE) où il donne vie à une rumeur née en 2011, celle d’un kidnapping qui l’aurait empêché d’assister à un colloque. Si la rumeur s’avèrera au final bullshit, elle permet néanmoins à Houellebecq d’asseoir ses fascinations pour la mise en scène et la glorification de sa propre histoire. « Je ferais un otage assez correct » confiait-t-il récemment. Une sorte d’alternative à l’expérience de mort imminente pour celui qui reste surtout prisonnier de sa propre condition de mortel.

Near Death Experience // Sortie en salles le 10 septembre

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