Palerme est gérée par deux nains mafieux, les femmes ont quitté la ville, les hommes se travestissent, les chiens envahissent la ville, les enterrements se succèdent… C’est bel et bien l’histoire de "L’Oncle de Brooklyn" de Daniele Cipri et Franco Maresco. Film invisible mais présenté à l’étrange festival.

Grâce à Bukowski, j’ai trouvé une nouvelle grille de lecture pour les films. Ce barème, sobrement baptisé le « couillomètre », nous vient d’une réflexion de Tonton sur son approche de la peinture : « Chaque coup de pinceau doit venir des couilles, comme un coup de bite dans une partie de jambes en l’air ». J’ai étendu cette réflexion aux films. Et à ce jeu-là, L’Oncle de Brooklyn affole le couillomètre. Il nous vient des couilles, des tripes et du cul. Il forme donc un très joli losange bien crasseux.

Un handicapé demande à son grand-père comment ce dernier est devenu aussi moche. Le grand-père éclate de rire, s’étouffe, puis meurt.

L’intrigue, pourtant mince, est très dure à suivre car intercalée par des scènes plus absurdes les unes que les autres.

Un homme veut devenir chanteur. Il n’a pas de voix. Il veut tuer sa mère.

Le film s’ouvre sur un Christ qui s’arrache un œil de verre. On nage en plein surréalisme andalou, mais aussi en pleine annonce du film. Tant on aimerait bien s’arracher les yeux pour ne pas subir la répétition des scènes scato-zoophiles.

Un homme encule un âne, puis il paye la passe au propriétaire de l’animal.

Au milieu du film, un fou compte les spectateurs et interpelle ceux qui partent. Il crache sur la caméra et insulte les réalisateurs. J’ai compté quatre départs au cours du film. Les deux Italiens ont gagné leur pari.

Un homme regarde un porno zoophile avec des ânes. Il rentre chez lui en pétant sur tout le chemin du retour.

L’Oncle de Brooklyn, tout comme Toto qui vécut deux fois, se construit sur des plans-séquences fixes filmés en temps réel. C’est ce rapport au temps, direct et sans trucage, qui pousse les scènes à la limite du supportable. Mais aussi ce qui les empêche de tomber dans un cinéma vulgaire, potache, voire cool. Cipri et Maresco se placent du côté poétique et intemporel grâce à l’utilisation d’un noir et blanc somptueux, et à un grand sens du cadrage. (On retrouve d’ailleurs ce même dispositif dans Aaltra et Avida des deux compères grolandais Delpine et Kerven.)

Elvis ressuscite, chante Tutti frutti à un enterrement ; les prêtres dansent.

A la fois surréaliste, punk et nonsensique (on pense à Terry Jones, le Monty Python, dans son obsession des hommes déguisés en femmes) mais aussi ethnologue dans l’observation à la loupe des miséreux du sud de l’Italie. Encore une fois, leur désir est de savoir combien de temps on pourra regarder des gens vivre comme des animaux. Même les chiens finissent par quitter Palerme.

Une vieille (donc un homme déguisé en grand-mère) dit à son fils qu’elle s’est encore chié dessus.

C’est affreux, sale, méchant et scatologique. C’est une comédie italienne pornographique. Un film dangereux car libre. Et, surprise les enfants ! Il devrait sortir dans toutes les bonnes salles pour Noël.

Un homme ressuscite. Il est remis fissa dans sa tombe.

Daniele Cipri & Franco Maresco // L’Oncle de Brooklyn de Daniele Cipri et Franco Maresco (1995)

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