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8 octobre 2024

Le club Dial de l’enfer : quels disques faut-il écouter à la rentrée ?

Vous vous sentez perdu parmi les plus de 60 000 titres mis en ligne chaque jour sur Spotify ? Nous aussi. Mais on a quand même pris le temps d’en écouter certains et voici ce qui a retenu notre attention ce mois-ci.

Tramhaus – The First Exit

Mood : 30% Fontaines D.C., 30% Idles, 5% Turnstile 3% Joy Divison,  2% Nirvana et 100% cool.

Au tout début de The Cause, le titre d’ouverture de « The First Exit », on entend une batterie, du genre Disorder de Joy Division. Mais très rapidement, les Néerlandais montrent qu’ils ne sont pas là pour faire comme 98% des autres groupes — c’est-à-dire copier-coller leurs influences comme des merdeux — mais bien pour jouer des coudes et imposer leur plan de jeu. La tactique est, en réalité, simple : cogner, cogner et cogner, mais sans forcément taper toujours fort, en esquivant parfois pour mieux attaquer, et en mettant des petits coups bien placés sous la ceinture sans se faire pincer par l’arbitre. Sur chaque morceau de ce premier album, le groupe de Rotterdam parvient à nous attraper par le col, et à nous secouer, même quand on pense avoir déjà tout entendu en 2024 quand il s’agit de punk, de post-punk et de punk-rock.

Prenons Beech par exemple. Au départ, on dirait une vieille prod’ pourrie de Sleaford Mods. On s’attend à entendre Jason Williamson crier qu’il emmerde la terre entière. Mais rien de tout ça ne se produit. Au contraire, une guitare arrive, tranquillement. Puis le chanteur, sur la pointe des pieds. Et au final, Beech monte en puissance, puis retombe, puis repart. Les guitares arrivent au bon moment, sans en faire des caisses. Bref, c’est classe, c’est malin, ça donne envie de réécouter. En jouant avec le tempo, et en réussissant à maintenir une tension tout du long de l’album, Tramhaus trace tout droit. Ça dure grosso modo 30 minutes, et pas une seconde de trop.

On oubliera par contre très rapidement Once Again, qui ressemble à une face B de Fontaines D.C. période « A Hero’s Death ». Bon, ce n’est pas grave. Car sur l’album, il y a un tas de moments qui permettent d’oublier Once Again. Il y a A Necessity, angulaire et tranchant, Worthwile, magnétique et morose ou encore The Big Blowout, nerveux et turbulent.

Si d’autres moments sur l’album peuvent rappeler les Irlandais devenus les chouchous d’Elton John — Kamoulox — notamment le jeu de guitare sur Worthwile, « The First Exit » réussie sa mission : celle de nous faire bander à l’écoute d’un album de post-punk en 2024. Robin Ecoeur

Dummy – Free Energy

Mood : ça aurait été parfait sur le plateau de The Tube en 1992.

« Si Yellow de Coldplay sortait aujourd’hui, on appellerait ça du shoegaze ». Un Américain nommé Patrick Lyons publiait ce tweet il y a quelques jours de ça. J’espère que ma traduction ne trahit pas la drôlerie du truc. Il méritait en tout cas clairement un retweet. C’est toujours amusant ce genre de facilités un peu méchantes qui traduisent pourtant bien une réalité de l’époque. La vague shoegaze sur TikTok d’ados qui posent des chants éthérés sur des murs de guitare créés par ordinateur, ça ne vaut quand même pas « Loveless ».
Il faut toutefois encourager ce genre d’initiatives, toute création mérite d’être saluée. Le groupe de Los Angeles Dummy – également découvert grâce à un twitto érudit – est une vraie bande de musiciens mais ne fait pas vraiment de shoegaze. Ils se situent pourtant parfaitement dans une faille spatio-temporelle nous téléportant au début des années 90. La pochette de leur deuxième album « Free Energy » rappelle celles bariolées de l’ambient-house. On pourrait aussi facilement imaginer leur chanteuse Emma Maatman habillée en fluo avec un double chignon sur la tête comme Björk il y a trente ans (après des recherches sur internet, on appelle cette coupe un chignon macaron ou space bun, pour ceux que ça intéresse).

Dummy: Free Energy Album Review | Pitchfork

Leur musique est aussi clairement marquée d’une époque. D’inspiration plutôt anglaise, elle oscille entre une forme de revival psyché début 90’s, un soupçon de shoegaze donc et sous une forte influence Stereolab pour le rythme métronomique et le chant féminin légèrement ingénu. Tout ce décorum un peu daté ne doit pourtant pas masquer l’excellence de ce disque et de ses compositions. Cela faisait vraiment longtemps que je n’avais pas entendu d’aussi réussis petits tubes de pop indé : Blue Dada et sa batterie breakée renvoie aux Australiens ressuscités d’Hydroplane, Soonish tout en nappes de guitare ou Nine Clean Nails à la basse bondissante. Une autre qualité de l’album repose sur sa grande diversité. Chanté par le leader Nathan O’Dell, Dip In The Lake lorgne vers un psychédélisme atmosphérique et doux.
Il y a aussi plusieurs instrumentaux parfois électroniques ou avec Opaline Bubbletear un bel exemple de ce qu’Etienne Menu avait brillamment qualifié de « dub maritime » à propos de l’album « Extractions » de Dif Juz. Soit un saxophone qui divague sur des nappes de synthés qu’on se verrait bien écouter près des falaises écossaises. Très loin de Coldplay donc, mais c’est magnifique. Emmanuel Jean

Reymour – NoLand

Mood : Reymour nous berce. Alors oui, parfois, on s’endort.

Que dire sur « NoLand » de Reymour, à part qu’il s’agit d’un disque galère à ranger chez un disquaire. Dans quel bac le mettre ? Dans celui des musiques qui vendront 65 exemplaires mais qui sont pourtant géniales ? Oui, c’est la bonne réponse. Mais avant de parler de l’album, rappelons que Reymour (Lou Savary et Luc Bersier) est un groupe suisse signé sur un label néerlandais (Knekelhuis) qui joue une musique qui pourrait venir du Grand-Est. En 2021, « Leviosa » s’était imposé comme une évidence, et comme un disque qui méritait nos éloges. Avec « NoLand », Reymour recevra-t-il les mêmes félicitations du jury ?

Reymour (Nouvel album) - NoLand : chansons et paroles | Deezer

Le disque est un condensé de dub froide (On a Pulse, Dix Mois, Sans Eveil), d’ambiances synthétiques glaciales (À l’éternelle), de Xanax (2 Dreams in a Night, Hors-Série, Partir Sans Dormir) et de passages psychés et dreamy chelous, notamment Documentary, qui fait office d’OVNI sur ce disque — il doit dépasser les 90 BPM, c’est pour ça — et Sleepy Time, presque trop pop pour l’album. On dirait presque une valse. Bref, sur « NoLand », Reymour nous berce. Alors oui, parfois, on s’endort.

Mais à travers l’album, Reymour installe une ambiance, et prend le temps de vous faire visiter tous les recoins de son univers psycho-romantique, les beaux monuments comme les endroits délabrés. Un disque presque hors du temps, ou alors dans sa propre faille spatio-temporelle, qui permet de s’évader dans un monde imaginaire construit par les deux artistes où il est question d’amour (Dix Mois, qui ressemble beaucoup à Rouge Gorge), du temps qui passe (He’s Changing, Sans Éveil, À l’éternelle), d’être louche (Documentary), de l’odeur du tabac froid ou encore de plaisir et d’orgasme (2 Dreams in a Night). Pour ceux qui auront la ref, on peut dire que Reymour avance « aussi vite que possible mais aussi lentement que nécessaire » vers votre top des meilleurs albums de 2024. Robin Ecoeur

Panorama – French Soundtracks And Rarities 1969 1980 – (Compilation)

Mood : nos régions ont du talent.

Question musique. Indice à la maison pour les téléspectateur — la réponse c’est Transversales Disques — : top, je suis un label de musique fondée en 2017 par Jonathan Fitoussi et Sébastien Rosat dans le but de faire redécouvrir des enregistrements inédits, rares ou tout simplement oubliés en sortant des disques brillants de musiciens souvent considérés comme des légendes tels que Bernard Parmegiani, Pharoah Sanders, Phillip Glass ou encore Éliane Radigue… je suis, je suis : Transversales Disques oui. 5 points si vous avez trouvé la bonne réponse sans lire l’indice.

Le label parisien a sorti le 13 septembre une nouvelle compilation qui plaira aux enfants des seventies — ceux qui ont connu l’ORTF —, et à ceux qui ont grandi en écoutant attentivement les habillages des chaînes de télévision, les musiques de séries télévisées, téléfilms ou de publicités, les musiques de films bien évidemment et globalement toutes les sonorités qui pouvaient sortir de ce petit écran désormais en couleur qui diffusait pas plus de trois chaînes. Le disque s’intitule « Panorama – French Soundtracks And Rarities 1969 1980 » et c’est une compilation de 11 compositions inédites, cinématographiques et épiques enregistrées par des figures connues et méconnues du grand public. On retrouve des têtes que l’on connaît bien, comme Christophe, Francis Lai, Alain Goraguer ou encore Michel Magne mais aussi des musiciens plus confidentiels, comme Maurice Lecoeur (un disciple de Francois de Roubaix), Jean Schwarz ou encore Christian Gaubert.

« Panorama – French Soundtracks And Rarities 1969 1980 » est une randonnée musicale direction le Mont-Blanc de la musique à l’image française. Un sommet où l’on côtoie (presque) que les meilleurs — même s’il en manque beaucoup à l’appel — et où on peut y entendre des mélodies à la fois familières et imaginaires. Gilbert Bécaud et Christian Gaubert ouvrent avec la folie des grandeurs mais aussi avec la malice de la sobriété à la française, Michel Magne réalise une masterclass sur Prophets, Andre Popp surfe sur l’élégance avec une orchestration sublime et un groove délicat en arrière-fond, Françis Lai joue aux parfait inspecteur tandis que Maurice Lecoeur, sentimental, laisse planer une atmosphère légère, enfantine et fantasmée.

Bon, Christophe donne l’impression de marcher avec des chaussures trop grandes pour lui et Alain Goraguer conclut mollement le disque avec des mélodies et voix célestes, sans étincelle ni éclat. Mais cela n’entache en rien la qualité de cette compilation, qui regroupe des merveilles (Prophets, Sweet Mary, Final Maison Rouge) ainsi que des œuvres magistrales et pyramidales. Des compositions qui sont aussi la trace sonore d’une époque où ces compositeurs étaient à l’avant-garde, jouissant d’une liberté presque totale devant leur table de mixage. Robin Ecoeur

The Voidz – Like All Before You

 Mood : imaginez l’état de son intérieur.

La seule fois où j’ai vu The Strokes en live, c’était au festival Primavera en 2015. Les mecs ne se sont pas adressés un mot sur scène mais la setlist et le concert étaient super. Julian Casablancas avait une dégaine complètement improbable avec un maillot jaune fluo du FC Barcelone, une veste en jean sans manche avec des patches et la nuque longue avec les cheveux teints en rouge et noir. Si le mec est un des plus grands songwriters des vingt dernières années, ça a vraiment l’air d’être le bordel dans sa tête. A l’image de son accoutrement. Presque toujours impeccable avec The Strokes, sa carrière solo est plus aléatoire. Sur « Like All Before You », son nouveau disque avec son crew à mulets The Voidz, il semble être actuellement dans une grande remise en question métaphysique et politique.

Cela se ressent dans les paroles, mais surtout dans la musique. C’est un immense foutoir. Ça part dans absolument tous les sens. Mêler The Cure ou Joy Division au rappeur marseillais Jul, il fallait le faire. Il l’a fait sur Square Wave. Associer la B.O. du Flic De Beverly Hills d’Harold Faltermeyer à du Strokes classique, pas de problème (Flexorcist). Reprendre les riffs de guitare de Kirk Hammett circa « Ride The Lightning » et chanter sous autotune, pas gêné (Prophecy Of The Dragon). Il y a de l’autotune partout. Ça doit être une question de génération mais je n’ai jamais réussi à m’y faire. Surtout quand c’est utilisé à outrance. D’autant que ça fait quand même vingt ans que ça dure. Il y a pourtant de beaux moments quand il arrive à trouver une forme d’équilibre et de retenue sur 7 Horses ou Spectral Analysis. On se prêterait alors à rêver à une version épurée de ce disque, un peu à la façon du « Let It Be… Naked » des Beatles. Sans tous les artifices superflus qui peuplent l’album, il doit certainement y avoir de bonnes chansons derrière tout ce nihilisme (All The Same, Square Wave). Ce qu’il avait réussi à faire sur son prédécesseur « Virtue ». Là, c’est vraiment trop le bordel. Emmanuel Jean

The WAEVE – City Lights

Mood : Middled aged indie rockers.

Soyons honnêtes, il y a certains projets dont on se demande comment on peut espérer qu’ils percent commercialement. Ici, le deuxième album de The WAEVE, duo formé par le guitariste de Blur, Graham Coxon, et sa femme Rose Elinor Dougall (ex- de The Pipettes). Difficile de se dire que ça va cartonner à l’heure où la moindre nouveauté en vinyle tape rarement sous les 30 euros. Ça me fait penser à ces disques qu’on retrouvait tout le temps dans les bacs pour finir en « prix vert » quitte à vous les donner à la fin pour vider les stocks. C’était le cas notamment de « Avalon » de Roxy Music, pourtant un super album.

Le twist incroyable de cette pénible chronique est pourtant que ce « City Lights » de The WAEVE est vraiment très bien. C’était déjà le cas du précédent éponyme sorti il n’y a même pas deux ans, en plus concis cette fois. Quand on se réfère au pénible dernier Blur, il faut admettre que leurs membres se débrouillent bien mieux en solo comme ce fut aussi le cas pour le batteur Dave Rowntree il y a quelques temps. Coxon et sa douce ont le goût du travail bien fait. C’est appréciable et ça doit venir avec l’âge. C’est comme se dire que ce pull en pure laine dernièrement acheté est vraiment d’excellente qualité. Ou alors d’apprécier les films réalisés par Clint Eastwood. Il y a des ponts, des solos, les instrumentations sont riches et variées avec des cordes ou des instruments à vent (You Saw, I Belong To). Ça va du funk cocaïné du Bowie fin 70 (City Lights) à la passion pour le folk celtique d’Elinor Dougall (Song For Eliza May) et tout ce qu’il doit y avoir dans un dernier titre d’album avec Sunrise : long, solaire, avec du saxophone et un final en fanfare.
Dans une récente interview chez Section 26, le couple expliquait s’être beaucoup inspiré du danger que leur inspire la ville quand ils quittent leur maison de la campagne anglaise. On y est: c’est du rock indé de darons. Emmanuel Jean

CS+Kreme – The Butterfly Drinks The Tears Of The Tortoise

Mood : Autechre rencontre Coil dans le bush australien.

Il y a quelques temps, je suis allé voir CS+Kreme en concert à l’Embobineuse, petite salle marseillaise perdue au fin fond du quartier de la Belle de Mai. C’est vraiment bien que des gens se bougent pour faire venir ce genre d’artistes à Marseille. Globalement, il y a plus de concerts intéressants ici ces derniers temps. C’est une bonne chose après pas mal d’années de disette. L’Embobineuse a d’ailleurs besoin d’argent pour survivre, il faut les aider. Devant un public jeune, motivé et mal habillé, le duo australien a livré un set expérimental et chamanique. Sam Karmel aux machines et Conrad Standish à la guitare et à la voix y ont développé leur musique exigeante et assez idiosyncratique. Il est vraiment difficile de la définir, tout comme l’ambiance de l’Embobineuse avec sa voiture abandonnée au milieu de la salle.

Presque dans la foulée, ils ont publié leur troisième album au titre tout aussi cryptique : « The Butterfly Drinks The Tears Of The Tortoise ». Moins aventureux que le premier « Snoopy » et plus abordable que le deuxième « Orange » (chroniqué dans les prémices du club Dial de l’enfer d’ailleurs), cet album est de leur aveu même le plus calme et le plus minimaliste qu’ils aient réalisé. Il y a des traces de folk pastoral et beaucoup de guitare acoustique (Corey, Blue Joe), du Autechre sous calmants (Master Of Disguise) ou ce qu’on pourrait facilement qualifier comme une forme d’IDM médiéval (Dome Mosaïc, meilleur titre du disque). Dans une interview donnée récemment, le tandem expliquait composer à partir de long jams improvisés, et ça se sent. Ça pourrait presque faire penser à des lives d’artistes techno construisant leurs titres en temps réel. Une raison de plus d’aller les voir en concert. Emmanuel Jean

Floating Points – Cascade

Mood : pour accompagner la prise de ketamine sur le parking d’une boîte de zone commerciale.

Une vidéo mise en ligne il y a quelques jours sur le compte Instagram de Krüder & Dorfmeister montre les deux Viennois présenter le matériel analogique sur lequel ils ont conçu et produit le chef-d’œuvre « The K&D Sessions » à la fin des années 90 : l’ensemble ne tiendrait probablement pas à l’arrière d’un C15. Leur prouesse est qu’ils sont parvenus à réaliser une musique intemporelle dont les samples sont enjolivés par des lignes mélodiques de Rhodes et des rythmes latino et breakbeats subtils.

La palme revient à Birth4000 qui ferait passer Moroder pour Erick Satie et qui signe le grand retour du pantacourt blanc et du sac à dos en forme de licorne.

Vingt-six ans plus tard, un ordinateur suffit pour composer tout un album. Le revers de la médaille, c’est que cette simpification a provoqué une uniformisation des productions musicales. Le dernier album de Samuel Shepherd – qui opère sous le pseudo de Floating Points – aurait pu ainsi être enregistré par ma mémé tant les pistes qui le composent semblent sans âme et interchangeables.

Ces dernières lorgnent vers la techno et la progressive house -et donnent la curieuse impression de déployer une idée et demie pendant de longues minutes. La palme revient à Birth4000 qui ferait passer Moroder pour Erick Satie et qui signe le grand retour du pantacourt blanc et du sac à dos en forme de licorne. Ce virage opéré après l’album « Promises » il y a trois ans est pour le moins brutal : le Britannique avait alors exhumé la momie de Pharoah Sanders pour de longues plages d’ambient à vent ultra pénibles. Samuel Shepherd s’est pris pour un ours avec ses trois poils au cul et espérer enregistrer un nouvel « In A Silent Way ». Contre toute logique, les critiques et le public avaient suivi et je les soupçonne d’avoir simulé cet enthousiaste de peur de passer pour des cuistres ne comprenant pas la graaaaande musique. Mon chien est notamment mort d’ennui après que j’ai laissé l’album se répéter inlassablement un après-midi entier. La famille de Sanders aurait dû poursuivre Shepherd devant les tribunaux pour abus de faiblesse.

J’aimerais bien savoir ce qui a pu pousser cet artiste qui jouissait d’une bonne et solide réputation à se fourvoyer dans ce qui semble être une impasse artistique : quel était son dessein au moment où il a commencé à travailler sur ce projet ? Bâtir un album cohérent proposant une vision singulière et des émotions complexes ? On est loin du compte même si la facilité et le mauvais goût donnent à l’ensemble un petit goût coupable de revenez-y. Je ne le crierai pas sous les toits. Tous ces morceaux auraient pu être publiés il y a quinze ans sur une compilation coordonnée par Eric Prydz. La techno a déjà rejoint le rock et le jazz dans le musée des musiques mortes et c’est d’autant plus perturbant que cette musique a toujours été censée incarner un futur meilleur.

Ecouter « Cascade » revient à se baffrer de McDo alors qu’on a des légumes bio en quantité dans le bas du frigo, il y a un côté jouissif sur l’instant mais quel intérêt à bouffer des burgers cinq fois par jour ? Romain Flon

Magdalena Bay – Imaginal Disk 

Mood : pour se réconcilier avec la pop.

L’emballement provoqué en moi par l’album de Magdalenay Bay est tel que j’ai mis en sourdine toutes mes activités sociales en m’engageant à en rédiger la critique ultime et définitive. J’ai réalisé en m’attelant à la tâche que j’allais avoir du mal à pondre mes 90 000 signes sur un groupe que personne ne connaît et dont le super deuxième disque est un concept album.

Magdalena Bay - Imaginal Disk - Les Oreilles Curieuses

C’est parti pour la minute Wikipedia : Magdalena Bay est un duo californien composé de Mica Tenenbaum et Matthew Lewin et « Imaginal Disk » est leur deuxième album. Sous une pochette singulière rappelant l’esthétique kitsch des illustrations de propagande chinoise et représentant Tenenbaum un LaserDisc planté dans le crâne, se cache l’un plus beaux disques pop de la période contemporaine. Le concept du projet est complètement fumeux et se fonde sur ce fameux LaserDisc. L’histoire de The Wall imaginée par Roger Waters est au niveau de Kundera en comparaison. Je n’ai pas plus creusé le sujet car plus personne ne s’intéresse aux textes des chansons, nos vies sont trop remplies de messages et d’écrans pour y consacrer un seul instant. Et les quelques critiques de disques lues en diagonales m’ont semblé totalement absconses. Pas sûr que ce duo obtienne la renommée internationale qu’il mériterait pourtant tant.

Peut-être avez-vous lu ma critique précédente consacrée à Floating Points dans laquelle je constatais un nivellement des productions actuelles parce que tout le monde utilise dorénavant les mêmes outils : il y a moins de différences entre les Strokes et The Weeknd qu’entre les Cure et Depeche Mode de l’âge d’or. Cet effort de production se fait au détriment des chansons. Plein de petits malins sont capables de produire brillamment des morceaux médiocres, donnant ainsi le change. Encore plus que par le passé, c’est bien la qualité d’écriture qui distingue le bon grain de l’ivraie et « Imaginal Disk » répond brillamment à ces deux critères : le fond (les chansons) et la forme (la prod).

La voix parfois chichiteuse de Tenenbaum est déconcertante mais on s’y fait, les écoutes s’enchaînent, le résultat est une vraie réussite. Côté influence, mes gamins ont fait le parallèle avec Robyn et j’ai trouvé cela pertinent de la part de ces deux lascars fans de Gims et Jul parce que la sophistication des arrangements et la simplicité des mélodies donne une coloration très suédoise à ce disque. A noter enfin que la structure du disque en épanadiplose, avec la dernière piste répondant à la première le tout formant ainsi un ruban de Moebius, permet d’écouter le disque indéfiniment; et je me demande si ce n’est pas volontaire à l’heure où nous utilisons tous des plateformes de streaming. Qu’on ne s’y trompe pas, le meilleur album paru en 2023 – « Raven » de Kelela – était déjà bâti de la sorte. Puissent ces disques vous donner autant de réconfort spirituel qu’à ma petite personne. Romain Flon

Jeff Mills – « Powerland »

Mood : une techno aérienne et apaisée

Tous les grands DJ ont souvent voulu sortir de leur art de prédilection pour toucher à d’autres domaines. Intention louable mais dont les résultats passent souvent inaperçus (dernière exception en date : le gargantuesque dernier album de Laurent Garnier « 33 Tours Et Puis S’en Vont »). Dans le cas de Jeff Mills, le meilleur DJ techno du monde, sa production pléthorique (une grosse trentaine d’albums studio en trente ans) a rendu son parcours difficile à suivre. Son meilleur album est d’ailleurs un DJ mix, sobrement intitulé « Mix-Up Vol 2 – Live Mix At Liquid Room, Tokyo », qui ferait bander un mort et mériterait d’être diffusé dans toutes les crèches et EPHAD de nos régions.

Patron du label Axis, Mills publie des EP remarquables sous le pseudo de Millart : le dernier vient de paraître sous une pochette superbe qui présente un cliché sépia de deux danseuses exécutant un sissonne ouvert. On retrouve la poésie des visuels d’Andy Stott et une techno aérienne et apaisée. Les dernières productions électroniques stimulantes ont été l’œuvre de vieux routiers dont je ne pensais pas qu’ils en avaient encore autant sous la pédale : la surprise Mills est absolument divine, la comparaison avec l’album de Floating Points fait très mal. Romain Flon

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