9 mai 2026

Profession rock critic : Christian Eudeline

Un « critique rock » peut parfois en cacher un autre. Frère de l’icône rock Patrick, Christian Eudeline œuvre en freelance pour de nombreux médias depuis le début des 90’s. Rédacteur en chef de Vinyle & Audio magazine, journaliste pour la presse mainstream (VSD, Les Échos…) après avoir fréquenté la case « spécialisée » (Radio Nova, Tracks…), il nous reçoit généreusement chez lui, à Paris, à quelques pas de la gare du Nord.

Assis dans son canapé, Christian propose d’emblée un café. Affable, il répond aux questions entre enthousiasme et bonhommie. Deux heures plus tard, il fait visiter son appartement. Un incroyable QG où les albums se comptent par milliers. Comme dans son esprit, tout y est impeccablement classé.

Dans son bureau, on découvre en haut d’une étagère un carton avec « Gonzaï » écrit en gros sur une feuille où est aussi inscrit Chéri-Bibi. L’homme a du goût, mais on le savait déjà. Dans un coin, une pile de polars Fleuve Noir. « Je suis un grand lecteur, mais j’ai choisi de conserver les disques plutôt que les livres ». Au passage, il me montre quelques bijoux de cette joaillerie sonore : un EP de Claudine Longet, Mr Ondioline de Jean-Jacques Perrey, un test pressing des Cramps (« Probablement mon groupe préféré »)… J’aperçois sur une étagère un album de Maurice Chevalier. « C’est celui où il est accompagné par les Chaussettes noires ». Curieux, ouvert, Christian Eudeline dispose des qualités fondamentales pour devenir journaliste musical. Rompu à l’exercice de l’interview, il répond sans langue de bois à nos questions plus ou moins pertinentes.

Avec John Waters

Commençons par la question rituelle. Pouvez-vous vous décrire en quelques mots ?

Christian Eudeline : En quelques mots… Je suis journaliste, c’est-à-dire que je vis concrètement de mes écrits qui paraissent dans la presse. Je n’ai pas de carte de presse. Je n’en ai jamais voulu. Aujourd’hui, je travaille depuis au moins une quinzaine d’années à VSD, et à peu près pareil, aux Échos. Depuis mars 2020, j’ai monté un journal qui s’appelle Vinyle&Audio, qui paraît tous les deux mois. Ces trois médias me permettent de vivre. J’essaye aussi d’écrire un bouquin par an, qui est en général une biographie, un essai, quelque chose comme ça.

Vous avez une caractéristique particulière. Vous êtes à la fois critique et biographe de nombreux chanteurs [Polnareff, Indochine, Didier Wampas, Vanessa Paradis, Christophe…].

Christian Eudeline : Au début, c’était pour bouffer. Le premier à me faire faire des piges, à m’aider là-dedans, c’est Gilles Verlant. Il me file des plans. Je me rends alors compte qu’on peut gagner 1000 ou 2000 francs comme ça, en écrivant. C’est bien. C’est beaucoup de travail, mais j’aime ça.

Avez-vous parfois eu des difficultés à écrire des critiques négatives ?

Christian Eudeline : Non, mais c’est parfois un peu compliqué. Prenons un exemple concret, Thomas Dutronc. J’avais écrit dans VSD que son 2ème album n’était pas très bon. Il n’empêche que le type reste très digne. Si je le rencontre aujourd’hui, il reste très sympa. Mais tu ne peux pas t’interdire de dire du mal une fois de temps en temps, même d’un chanteur que tu connais bien. Sinon il faut faire autre chose. Ceci dit, la production actuelle est tellement dense qu’en général tu vas vers les trucs qui te plaisent. À un moment, à VSD, il y a 15 ans, on avait dans l’hebdo une rubrique qui s’appelait « La tôle de la semaine ». Je me souviens que t’avais l’embarras du choix. Et j’hésitais pas.

« Je me souviens d’un papier sur Nick Cave dans Best où l’auteur ne racontait que des conneries. Je me disais : “Ce mec ne sait pas de quoi il parle. Il n’a jamais entendu parler de The Birthday Party, de The Boys Next Door.” »

Revenons sur vos jeunes années. Avant d’être un journaliste musical, vous étiez un amateur de musique.

Christian Eudeline : À la base, je suis évidemment fan de musique. Un mec qui va acheter des disques et qui va aux concerts. Je ne vais pas sortir très tôt en concert parce que le mauvais exemple de mon grand frère fait que quand t’es mineur, c’est compliqué de sortir. Mais dès que je peux, je vais évidemment aller aux concerts. Parce que j’étais fan de musique. C’est d’ailleurs pour ça que je me dis un jour qu’être journaliste musical doit être un bon boulot. Un boulot que je considère peut-être comme accessible parce que les articles que je lis dans la presse spécialisée, je ne trouve pas toujours ça très documenté, très bon.
Je me souviens d’un papier sur Nick Cave dans Best où l’auteur ne racontait que des conneries. Je me disais : « Ce mec ne sait pas de quoi il parle. Il n’a jamais entendu parler de The Birthday Party, de The Boys Next Door ». Je te parle là d’une ère où l’information ne circule pas. Ou presque pas. Si t’es pas fan de musique, si t’as pas les disques, t’as juste pas l’info à ce moment-là. Conseil aux pigistes : n’oubliez jamais qu’un dossier de presse ne raconte que ce qu’il a envie de vous dire.

Gamin, comment se font les premières découvertes musicales ? Par les parents, le frère Patrick, la radio ?

Christian Eudeline : Mes parents n’écoutent pas réellement de musique. Ma mère joue du piano un petit peu comme ça, mais il n’y a pas tellement de musique à la maison. Forcément, ça doit être par le grand frère. Il n’y a pas d’autre explication au fait que gamin, j’écoute les New York Dolls ou Au Bonheur des Dames. Même si Patrick et moi, on a un écart d’âge de 12 ans. Il n’habite déjà plus à la maison, mais mes découvertes passent évidemment par lui. Et aussi et surtout par les copains. Quand j’ai 10-11 ans, le Clash et les Sex Pistols sortent leurs premiers disques. Des copains les ont. À cet âge-là, je commence aussi à lire Rock&Folk, très tôt, en 77.

Vous grandissez à Paris ?

Christian Eudeline : Je suis un parisien pur jus. Dans ma vie, je suis passé de la rive gauche, vers Saint-Placide, à la rive droite. C’est mon seul mouvement géographique.

Avec Pascal Comelade

À quel moment commencez-vous à acheter des disques et à vous affranchir des goûts de votre frère ? Quels sont vos premiers grands chocs ?

Christian Eudeline :  Mon père est furieux quand je lui demande des disques pour mon anniversaire. Un des premiers disques, c’est It’s Only Rock’n’Roll des Rolling Stones en 1974. J’ai 8 ans. Quand Elvis meurt en 77, j’ai déjà quelques disques de lui dans ma collection. Je passe donc par les classiques : Rolling Stones, Johnny Hallyday. On commençait souvent par ça à cette période.
En 77, quand Elvis meurt, mon pote « Domino » a 24 albums du King. Moi, je n’en ai que 6 ou 7, parce qu’il a un petit peu plus d’argent. Mes découvertes, ça se fait par la lecture, par les copains. Et par le grand frère, donc. Quand le premier 45 tours d’Asphalt Jungle sort, il nous l’amène. C’est moi qui l’écoute. Mes parents n’en ont rien à foutre.

Au-delà de la forme musicale, il y avait peut-être aussi un conflit générationnel.

Christian Eudeline : On peut dire ça.

C’est assez rare d’avoir deux frères qui écrivent sur la musique.

Christian Eudeline : C’est vrai. En même temps t’as d’autres exemples. On peut par exemple penser que Michka Assayas et son frère Olivier n’ont pas un boulot si éloigné. Michel et Jean Drucker, idem. Ou Dominique et Patrice Blanc-Francard. Journaliste musical, c’est un super boulot si tu arrives à en vivre.

En quelle année commencez-vous ?

Christian Eudeline : En fait, je commence par faire des études de comptabilité. J’ai un DESCF. Une fois que je l’ai, je me dis : « Bon, c’est pas très intéressant finalement ». Enfin, c’est pas très intéressant… Je me rends surtout compte que je n’ai pas les moyens financiers de monter une expertise comptable, un cabinet. Ça demande beaucoup d’argent. On n’en a pas suffisamment. Je me dis : « Qu’est-ce qui t’intéresse d’autre ? Ça a l’air pas mal d’écrire ». Voilà l’histoire.

Concrètement, comment se produit la bascule ?

Christian Eudeline : Progressivement. D’abord, je fais un mi-temps dans la compta. Puis je me mets à faire mes premières piges. Je bosse à gauche, à droite. Je fais des études jusqu’à assez tard, jusqu’à 24 ans à peu près. La bascule complète est très progressive. Ça doit faire une trentaine d’années seulement que je ne fais qu’écrire et que je ne vis que de ça.

Quand on est sur la compta, on est sur les chiffres. L’argent, c’est un sujet ?

Christian Eudeline : À mes débuts, je m’aperçois rapidement que quand tu fais une pige, tu peux être payé pour une seule heure de travail parfois 300 francs, voire 400, 500 francs, tu vois. Je me dis : « C’est quand même pas mal payé pour ce que c’est ». Là, je te parle du début des années 90.

Le CD est déjà là, et la crise du disque n’est pas encore arrivée.

Christian Eudeline : Alors moi, je n’ai pas du tout connu les déplacements à l’étranger de la grande époque. Mais c’est un autre sujet. La crise n’est pas encore là en effet. Les maisons de disques revendent leur catalogue en CD, donc il y a plein d’argent. Le business marche bien.

« Il faut comprendre qu’on ne donne pas une interview à un journaliste, mais à un média. J’ai l’impression que plein de copains journalistes ont oublié ça. »

Après toutes ces années de journalisme musical, quel regard portez-vous sur l’évolution de cette profession ?

Avec Damon Albarn

Christian Eudeline : C’est intéressant, ça. Il faut comprendre qu’on ne donne pas une interview à un journaliste, mais à un média. J’ai l’impression que plein de copains journalistes ont oublié ça. C’est-à-dire qu’on ne donne pas l’interview à monsieur X mais au média qu’il représente. Aujourd’hui, c’est de plus en plus vrai. Si Nick Cave donne 4 ou 5 interviews en France, on va de suite parler de « Si on vous donne l’interview, est-ce qu’il sera en couv’ du magazine ou pas ? » avec l’attaché de presse. Si tu passes après ces 4 ou 5 interviews, t’es pas du tout certain de pouvoir l’interviewer après car sa parole se fait rare.
Il y a deux choses importantes à savoir. Déjà, je ne suis que pigiste. Freelance complet depuis longtemps. En résumé, je n’ai pas de poids. Sauf qu’au bout d’un moment, on peut te repérer. Au bout d’un moment, les attachés de presse te connaissent. Ceux avec lesquels je travaille le mieux sont ceux avec qui je bosse depuis 20 ans. Parce qu’il y a une confiance. Mais j’aurai jamais des gros artistes. J’ai jamais eu de gros. Je m’en fous. Depuis mes débuts, c’est pas ça qui m’intéresse.
Quand je commence au début des années 90, les premières personnes que je vais interviewer, c’est Richard Hell, Maureen Tucker, les gens affiliés au label New Rose dont tout le monde se fout, Arthur Lee… Les gens ne savent même pas qui il est à ce moment-là. Je le rencontre grâce à Michel Vidal de New Rose avec qui je suis un peu pote par ailleurs. Mais je n’ai jamais interviewé Paul McCartney. J’ai toujours pas interviewé un Rolling Stones, mais je m’en fous. C’est pas important. Un peu plus tard, quand je me mets à piger pour VSD – ça doit faire une grosse vingtaine d’années – je me rends compte que j’ai accès à des plus gros artistes. Tu peux avoir en interview Jimmy Page, Hubert Félix Thiéfaine, Ryuichi Sakamoto, plein d’autres. Mais c’est le truc à savoir : on te donne un artiste à rencontrer par rapport au média que tu représentes, pas parce que c’est toi le journaliste. Point barre.

La visibilité que tu donnes à un artiste vient du média, pas du journaliste qui fait l’interview.

Christian Eudeline : T’as un exemple célèbre. Quand Keith Richards donne une interview en France pour son autobiographie Life, il ne le donne pas à Philippe Manœuvre, mais à un journaliste de L’Express. Alors que Manœuvre le connaît peut-être un peu mieux, aha.

Les amitiés entre journaliste et artiste, c’est quelque chose de très rare. Au bout de 20 ou 30 ans de métier, vous vous arrêtez pour échanger quelques mots si vous vous croisez dans la rue.

Manœuvre aurait peut-être dû faire la demande directement auprès de Keith Richards sans passer par l’attachée de presse ?

Christian Eudeline : C’est compliqué. Même quand tu entretiens de bons rapports avec eux ou que tu connais les artistes personnellement, c’est toujours très compliqué d’aller leur demander directement une interview en coupant l’herbe sous le pied de l’attaché de presse. Tu ne peux pas faire ça. Pendant des années, Jarvis Cocker a été mon voisin. J’ai son contact, j’ai son téléphone. On se dit bonjour dans la rue. Il ne donne pas d’interview au moment du retour de Pulp. Et ? C’est compliqué d’aller le solliciter directement. Si je le fais, il va me répondre bien sûr. Mais c’est emmerdant.
Les amitiés entre journaliste et artiste, c’est quelque chose de très rare. Au bout de 20 ou 30 ans de métier, vous vous arrêtez pour échanger quelques mots si vous vous croisez dans la rue. Tu vas même parfois aller boire un coup avec eux. Il n’y a aucun problème, ils te reconnaissent. C’est humain. Mais de là à te dire ami, non.

Cette distance et votre statut de freelance garantissent aussi indépendance et liberté quand vous écrivez.

Christian Eudeline : C’est certain. Je me sens complètement indépendant et libre dans cette profession. C’est basé uniquement sur un rapport de confiance avec mes employeurs avec lesquels ça se passe bien depuis 15 ou 20 ans. Bien sûr, à chaque numéro, chaque mois, tout peut s’arrêter. Il n’y a pas de problème, j’ai intégré ça. Étrangement, je suis aidé par la situation actuelle. Le business a un peu changé. La situation des journaux est moins florissante qu’avant, et ils s’appuient quand même plus sur des pigistes que sur des salariés. Cela arrange tout le monde. Enfin moi, en tout cas. Je connais mon taff, je rends le boulot en temps et en heure.

Avec votre statut de freelance, vous avez travaillé pour énormément de médias.

Christian Eudeline : À peu près partout. Le premier média où je vais faire des piges un peu plus conséquentes, c’est Jukebox Magazine, le mensuel des collectionneurs de disques. C’est là où je vais placer des interviews de mecs oubliés de tout le monde qui n’intéressent personne. Par exemple, quand Dick Dale vient jouer à Paris, il n’y a personne dans la salle. T’as Vincent Palmer au premier rang, mais il n’y a aucune interview dans la presse.

Quand les Ramones donnent leur dernier concert à Paris – c’est au Plan à Ris-Orangis – je suis le seul à demander une interview. C’est super étonnant. Le Plan est rempli, mais on est en 1995. Je m’en souviens très bien. Ils étaient arrivés à la bourre et du coup je n’avais eu qu’un quart d’heure. Mes toutes premières interviews, c’est pour Jukebox Magazine. En fait, je rencontre mes idoles. Je rencontre les Cramps plusieurs fois, mon groupe fétiche depuis toujours. Je vois Dr. Feelgood, Ian Dury, etc. Comme t’es hors circuit « promo » classique, tu peux facilement avoir une demi-heure ou une heure avec ces mecs.

Avec Bite Rivière

Comment prépariez-vous vos premières interviews ? On parle d’une époque sans internet ou presque.

Christian Eudeline : À l’époque, en général, tu te bases sur un article qui est paru dans la presse américaine et tu te fais une photocopie. Tu n’as pas d’autre moyen de savoir ce qu’a fait Maureen Tucker dans sa vie. Ou alors, par les copains qui ont des disques. Quand toi tu ne les as pas, tu n’as pas d’autres solutions. En général, tu as 2 ou 3 disques et une photocopie d’un article américain ou anglais. Ça se résume à ça.

« Dans les années 70, c’est pas simple de savoir que Laurent Voulzy a fait des musiques de films érotiques. Mais lui, si tu lui en parles, il t’en parle. Il faut toujours chercher, creuser. À partir du moment où un chanteur voit que tu connais son parcours, il se livre beaucoup plus dans ses réponses. »

Peu de documentation au final. C’est étonnant, parce que Jukebox Magazine est archi-documenté.

Christian Eudeline : Ça me permet justement de bien préparer, et de faire un bon travail. Pour Richard Hell, j’avais dû passer 15 jours à préparer l’interview. Il y avait alors très peu d’interviews de lui. On savait pas grand-chose sur lui ou sur les Heartbreakers. Heureusement, il y a un bouquin extraordinaire de Clinton Heylin qui va paraître sur le punk américain, From the Velvets to the Voidoids : A Pre-Punk History for a Post-Punk World, que j’achète en anglais. Ça avait été une très bonne base pour préparer quelque chose.

À l’époque, la doc est essentiellement anglo-saxonne et vraiment pas facile à trouver. On n’a pas beaucoup d’archives en France. Imagine, quand Gilles Verlant interviewe Serge Gainsbourg sur 10 ans, à aucun moment le nom de Julien Gris apparaît. Tout simplement parce que Verlant ne sait pas que Gainsbourg a signé des morceaux sous ce nom-là dans les années 50. Il est jamais allé à la Sacem vérifier que Gainsbourg avait signé des morceaux sous pseudo à l’époque. On n’avait pas l’info.

Encore aujourd’hui, l’un des boulots qui m’intéresse le plus, c’est d’aller débusquer l’information. Dans les années 70, c’est pas simple de savoir que Laurent Voulzy a fait des musiques de films érotiques. Mais lui, si tu lui en parles, il t’en parle. Il faut toujours chercher, creuser. À partir du moment où un chanteur voit que tu connais son parcours, il se livre beaucoup plus dans ses réponses. Quand je l’interroge sur le fait que son nom apparaît pour la toute première fois en 1968 – alors qu’il n’a que 17 ans – sur le 45 tours du Musical College, il voit que je le connais. Et là, il me raconte l’histoire. Si je ne lui en parle pas, il ne m’en parlera évidemment jamais.

« Si un groupe sort un album aujourd’hui et que ça t’intéresse à moitié, tu fais le boulot mais sans trop t’investir. T’as toujours la “solution JD Beauvallet” : tu parles au chanteur de son enfance. »

Une interview bien préparée, c’est forcément une interview réussie ?

Christian Eudeline : Non, mais tu as plus de chances qu’elle le soit ! Je continue de bien les préparer. Par exemple, pour interviewer Julien Clerc il y a 3 ou 4 ans, j’ai relu une bio parce que je n’avais pas tout en tête. Tu es obligé de bien préparer tes entretiens. Si tu y vas les mains dans les poches, ça sert à rien. Autant ne pas y aller. À une exception près peut-être… Si un groupe sort un album aujourd’hui et que ça t’intéresse à moitié, tu fais le boulot mais sans trop t’investir. T’as toujours la « solution JD Beauvallet », tu parles au chanteur de son enfance. C’est assez simple. Le mec a forcément des souvenirs d’enfance à te raconter. Il faut aussi bien se dire que certains groupes n’ont pas d’histoire derrière eux. Faut faire avec…

…alors que le storytelling semble désormais important pour vendre de la musique.

Christian Eudeline : C’est vrai mais quand tu rencontres un nouveau groupe, t’as pas grand-chose à te mettre sous la dent et c’est tout à fait normal.

« On s’en fout de parler aux initiés. C’est plus intéressant d’écrire pour un lecteur qui ne connaît pas le groupe. »

Vous êtes journaliste musical et biographe. Autre particularité, c’est votre côté pédagogue. Vous avez écrit des livres sur le punk, le rock gothique, la soul, le funk…

Christian Eudeline : Je ne fais pas partie de la presse spécialisée. Je déteste le côté « les spécialistes parlent aux experts ». Je déteste Radio Rock’n’roll qui parle aux fans de rock’n’roll. Je suis allé dans la presse généraliste. Prenons un exemple. J’ai fait pour Les Échos un papier sur Gojira. En le faisant, tu t’aperçois que c’est beaucoup plus intéressant, et que la chambre d’écho est beaucoup plus importante. Parler à des gens qui ne savent pas vraiment ce qu’est Gojira, qui ont juste entendu le nom aux Jeux Olympiques, c’est quasiment la garantie qu’ils vont lire ton papier. Si tu parles de Gojira dans Hard Force, Rock Hard ou Rock & Folk, rien de plus normal. Au final on s’en fout un peu. C’est vachement plus intéressant d’écrire pour un lecteur profane. Il faut arriver à le happer par un truc qu’il connaît. Si le lecteur découvre des noms nouveaux toutes les semaines, il décroche. Même toi, même moi, on décroche. Alors imagine un lecteur lambda bombardé de nouveaux noms chaque semaine.
Tu vois, si tu ne lui racontes pas « pourquoi tu écris sur ce groupe dans les deux premières lignes et pourquoi c’est intéressant et que de toute façon il connaît parce que », tu le perds. Il décroche. Et je trouve ça totalement normal. J’ai fait une interview de Jean-Jacques Perrey dans VSD. Pourquoi ? Parce que le vieux monsieur a 85 ans et que sa musique a été remise au bout du jour par des gamins qui s’appellent Air. Et là, ça devient tout de suite un objet plus intéressant pour le lecteur. On s’en fout de parler aux initiés. C’est plus intéressant d’écrire pour un lecteur qui ne connaît pas le groupe.

Vous avez par exemple écrit pour Jukebox Magazine et pour Les Échos. Quelle incidence sur votre écriture ?

Christian Eudeline : Pour Jukebox Magazine, il fallait être très précis. Ça t’apprend une forme de rigueur. C’est très bien car je n’ai pas fait d’école de journalisme. Je ne viens pas de cette école de la rigueur. Même si aujourd’hui, on pourrait tout à fait se poser la question de la rigueur journalistique. Quand je parle d’un disque, il faut qu’il existe. C’est très documenté. Quand j’allais interviewer quelqu’un pour Jukebox Magazine, j’avais un tas de docs. Les copains en avaient aussi. On s’en prête et voilà. Je m’établis sur des faits, je ne vais jamais en interview la fleur au fusil. Quand je « fais » Fabienne, la chanteuse de Shakin’ Street, je l’interroge sur sa carrière d’actrice dont elle n’a jamais parlé. Fabienne, peu de gens savent que sous un autre nom, elle a joué dans Le gendarme de Saint-Tropez. Alors, ça, je l’avais appris à l’époque par le site Imdb.com. Une interview, ça se prépare, sinon ça n’a aucun intérêt.

Quelles ont été vos interviews les plus compliquées ?

Christian Eudeline : Il y en a eu bien sûr. Oasis sur leur troisième album en 97, par exemple. J’ai Liam et Bonehead devant moi. Je ne sais plus si Noël est là. À chacune de mes questions, ils me répondent des conneries. En anglais bien sûr. Mais un anglais où tu ne comprends pas un seul mot si tu es français. Je reste très calme, je fais semblant de ne pas comprendre, de parler un peu mal anglais et de boire leurs paroles. Au bout de 25 minutes, Liam me dit : « Mais je peux te raconter n’importe quoi, en fait ». Je lui dis : « Ouais, ouais, bien sûr. Il n’y a aucun problème ». Ça le fait marrer et il me répond : « Allez, on va faire une vraie interview maintenant ». Pendant les 20 minutes suivantes, il avait répondu à mes questions, mais rien n’était gagné.

Iggy Pop pète un plomb, il est à deux doigts de me taper dessus. C’est un moment où il est encore dans la coke. Là, ça se passe très mal, et je sais pas comment faire pour le calmer un peu. Manifestement, c’était pas la bonne question à poser.

L’interview qui se passe mal ?

Christian Eudeline : Iggy Pop, toujours vers 1996 ou 1997 pour un album qui n’était pas très très bon. Je lui demande : « T’es super connu mais tu ne vends pas d’albums. Pourquoi ? ». Ça lui fait péter un plomb, il est à deux doigts de me taper dessus. C’est un moment où il est encore dans la coke. Là, ça se passe très mal, et je sais pas comment faire pour le calmer un peu. Manifestement, c’était pas la bonne question à poser à Iggy. Je pense qu’aujourd’hui, la même question le ferait marrer.
Je me souviens de cette interview, mais la plupart du temps, les interviews se passent très bien. Même si tu viens parfois chercher quelque chose que tu n’obtiens pas forcément. J’ai interviewé deux fois Lemmy de Motörhead par téléphone. La première fois c’était génial, il me parlait de plein de choses. La deuxième, il répondait « oui » ou « non » à toutes mes questions. Un enfer. La deuxième interview devait vraiment le faire chier. Je repense aussi à Dick Rivers, tiens. Je lui avais mis sous le nez un album où il avait bossé avec Bashung. Il n’avait rien voulu savoir et répétait : « Non, non, c’est pas moi, c’est pas moi sur cet album ». Mais en interview, je me suis jamais engueulé avec personne. Ah si, attends… Il y a ce gars, là, un ancien footballeur dont je ne retrouve pas le nom. Un ancien footeux devenu acteur.

Eric Cantona ?

Christian Eudeline : Non, non. Un mec qu’on voit partout sur TikTok ou Facebook. Putain, comment il s’appelle ?

Un Français ?

Christian Eudeline : Oui. Un chauve qui fait une pub à la con qui m’énerve sur Facebook.

Frank Lebœuf ?

Christian Eudeline : Voilà ! Je l’interviewe pour une pièce de théâtre, et il se prend pour un acteur. Je fais un papier assez sympathique pour VSD, mais je dis qu’il n’a pas encore trouvé sa place en tant qu’acteur. C’est l’une des rares personnes qui va m’appeler pour m’insulter. Il me dit : « Ouais, t’as rien compris, t’es qu’un connard ». Ce qui me rassure, c’est qu’aujourd’hui il ne fait que de la pub pour Vendezvotrevoiture.com ou un truc du genre. Tu vérifieras. C’est le seul mec qui s’est énervé. Avec son producteur de l’époque qui m’avait également appelé. C’est la seule fois où j’ai eu un problème. Enfin, un problème… C’est pas un problème, en fait. Je disais juste qu’il n’avait pas fait ses gammes d’acteur. Dix ans plus tard, il en est au même point. Au départ, je pensais même qu’il m’appelait pour me remercier pour le papier qui faisait quand même 4 pages. Et là, le mec m’insulte…

Maurice G. Dantec a été une super rencontre. Pareil pour Jean-Jacques Schuhl ou pour Michel Houellebecq, dont je viens de voir le concert à La Scala. Mais mes meilleurs interviews, c’est plutôt Enrico Macias ou Nana Mouskouri.

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans ce métier de journalisme musical? L’écriture, la rencontre, la musique?

Christian Eudeline : J’aime beaucoup la rencontre, et donc l’exercice de l’interview. J’ai pas rencontré que des musiciens dans ma vie de pigiste. Russ Meyer ou Herschell Gordon-Lewis, je les ai aussi interviewés par exemple. Dans toute cette culture rock’n’roll, Maurice G. Dantec a aussi été une super rencontre. On est un peu dans cette étiquette rock. Pareil pour Jean-Jacques Schuhl ou pour Michel Houellebecq, dont je viens de voir le concert à La Scala. Mais mes meilleurs interviews, c’est plutôt Enrico Macias ou Nana Mouskouri. Quand je vois Mouskouri – que j’ai quand même pas trop écouté dans ma vie, on va dire – j’ai plein de questions à lui poser. C’est quand même quelqu’un qui a fait la première partie de Led Zeppelin à l’Olympia en 1969. Quand je lui demande « Alors, Nana, c’était comment de faire la première partie de Led Zep à l’Olympia? », elle me répond « C’était pas mal mais ça vaut pas AC/DC, mes potes ». Et là tu te demandes si elle parle bien du groupe australien de hard rock ou si tu as mal entendu la réponse. Et là elle te dit « Quand je suis en Australie, je vais boire des coups avec Angus Young ». Et elle ne te ment pas. Ce genre d’interviews, c’est beaucoup plus rigolo qu’une interview calibrée.

Et Enrico Macias ?

Christian Eudeline : C’est une crème d’homme. Tu te rends vite compte dans l’interview que le mec a 10 000 choses à te raconter. Comme Adamo. C’est quand même des gens un peu plus intéressants à interviewer que le groupe de rock anglais ou français ou américain qui n’a qu’un ou deux albums derrière lui. Là, il y a une vraie histoire, et une consistance incroyable. J’aime beaucoup ces gens-là en fait.

En dehors du boulot, quels sont les groupes que vous aimez écouter ?

J’écoute rien, aha. En fait, j’écoute des trucs un peu bizarres, souvent barrés comme du 60’s français, du freakbeat français, ce genre de choses. On peut par exemple citer les Pollux, les Freaks, les Problèmes. Les Goths, aussi, qui ont fait deux singles extraordinaires. J’aime aussi beaucoup la musique soul, l’indus,… J’aime les musiques qui sont un peu dérangeantes. C’est pour ça que j’ai beaucoup aimé l’indus, le hard rock, le métal,… Plein de choses, avec mes limites quand même. J’aime pas trop le classique ou la variété.

Vous avez écrit un ouvrage sur la soul et le funk, des musiques désormais un peu oubliées.

La soul, le funk, tout le monde en a, pourtant. De 15 ans à 80 ans, tout le monde a des disques de Curtis Mayfield ou d’Al Green chez lui. Quand tu vas dans une convention de disques, c’est souvent les premiers albums qui partent. Etonnamment, de tous les bouquins que j’ai écrit, celui sur la soul et le funk est celui qui a le moins marché. Alors que tout le monde parle de ça. Tout le monde a écouté James Brown, Marvin Gaye ou Chic.

La soul, c’est pas une musique qu’on a du mal à vendre aujourd’hui?

Christian Eudeline : Pas du tout. C’est très populaire. Dans n’importe quelle brocante, tu vois des disques de James Brown et autres. La soul était ultra populaire dans les années 70-80. Ça a toujours super bien marché. Earth Wind and Fire, ça remplit des salles sans problème. Ce qui est vrai, c’est que c’est une musique qui est peut-être un peu passée à côté des médias. La soul, le funk, c’est un puits sans fond. Tu peux commencer à creuser, tu en découvriras tous les jours. Pour résumer, j’écoute beaucoup de trucs. Si tu veux, après l’interview, je te montrerai un bout de ma discothèque. Il y en a partout dans l’appartement. Aujourd’hui, j’écoute plutôt la musique sur format vinyle. Et évidemment les nouveautés sur les fichiers qu’on m’envoie, parce que je ne peux pas faire autrement.

Vous baignez dans la musique. A aucun moment cette profusion d’albums n’a abîmé votre goût pour la musique ?

Christian Eudeline : Absolument pas. Le sujet, c’est la place. J’essaye d’arrêter d’acheter trop de disques parce que j’ai plus de place. Au bout d’un moment, tu ne sais plus où ranger les disques. J’essaye d’arrêter d’en acheter. Pour autant, je vais toutes les semaines aux Puces. Je fais des échanges avec Yéti, par exemple. C’est un passe-temps. Au moins j’ai quelque chose à faire ! J’ai plein de copains qui s’emmerdent. Pas moi.

Vous n’avez pas fait d’école de journalisme, vous n’avez pas de carte de presse. Avez-vous parfois un sentiment de manque de légitimité, voire d’imposture ?

Christian Eudeline : Je m’en fous complètement. Ca me passe à côté. J’en ai vraiment rien à foutre. C’est une profession où tu peux très bien t’en sortir sans avoir aucun diplôme. Alors évidemment, je n’aurais pas pu postuler partout. C’est pour ça d’ailleurs que j’ai pas postulé chez Paris Match, Le Parisien ou Le Figaro. Parce que sans carte, tu n’es pas pris « au sérieux ». J’insiste sur les guillemets. En même temps, j’ai des copains qui n’ont pas fait d’école de journalisme, qui y sont arrivés sans problème, à bosser pour ces canards. Je n’ai jamais été salarié d’un média. Mais j’ai travaillé à Nova, j’ai même fait des piges au Parisien magazine.

Pourquoi n’avoir jamais été salarié d’un journal ou d’un magazine ?

Christian Eudeline : C’est un choix de vie. Voilà. Un vrai choix de vie. Après, il faut que tu travailles, il faut que t’assures, que tu respectes les délais, et que tu te crées ton propre travail. Quand tu te lances dans un bouquin, tu n’as pas toujours un éditeur en face. Il faut bosser. J’ai pas envie de donner des noms, mais j’ai des collègues qui se plaignent. Ok, mais si tu vas pas chercher le boulot, il ne viendra pas à toi. Il faut le provoquer.

Êtes-vous si proactif que ça ?

Christian Eudeline : Bien sûr. Je vais faire des propositions. Toujours. Même aujourd’hui, hein. Après, je n’ai pas toujours le temps de faire derrière, donc je propose avec mesure. Au bout d’un certain nombre d’années, il faut aussi dire que tu as beaucoup de contacts auxquels tu peux proposer des trucs. C’est aussi pour ça que je fais un bouquin par an. Ça fait au moins 2000 ou 3000 balles d’assuré.

Quelle est la journée type de Christian Eudeline?

Christian Eudeline : Je me lève très tôt le matin. J’ai toujours un truc à écrire. Sauf le samedi où je vais aux Puces. Et le dimanche où je vais souvent en brocante. En tout cas, j’ai toujours un truc à écrire ou à faire. Donc le matin je me lève très tôt. Souvent 6h30, 6h45 max, avec mon café et puis l’ordinateur. Je bosse le matin parce que personne ne m’appelle. Après les gens commencent à appeler. Et moi, je réponds au téléphone. Finalement, j’ai une vie assez studieuse et monacale. Le soir, je fais un concert tous les 2 ou 3 jours. Et si j’ai vraiment rien à écrire, ou que j’ai écrit deux ou trois trucs dans la matinée, il me reste toujours des bouquins à lire l’après-midi.

Vos derniers concerts ?

Christian Eudeline : Hier soir, Chassol. Avant-hier soir, Houellebecq. Et avant ça, Lilly Wood and The Prick. La semaine d’avant, c’était une folie avec David Byrne coincé entre Bertrand Belin et je ne sais plus qui. J’ai aussi fait la soirée « écoute » avec Sunn O))) au Listener. J’aime beaucoup Sunn O ))). Bref, les semaines sont assez riches.

Qu’avez-vous pensé du concert de Michel Houellebecq à la Scala avec Frederic Lo ?

Christian Eudeline : J’ai adoré. Contrairement à toi, je l’avais déjà vu lorsqu’il avait donné quelques concerts au début des années 2000 pour Présence humaine. Je l’avais vu au Folie Pigalle. Son nouvel album est magnifique. C’est très touchant. Il y a sur l’album des chansons magnifiques. La première, par exemple. Je connais aussi Frederic Lo depuis 30 ans. Ca crée un lien. J’ai fait mon papier pour Les Echos.

Comment vous êtes-vous retrouvé dans Les Echos au départ?

Christian Eudeline : Grâce à Thierry Gandillot. Chef du service culture dans ce quotidien. Il faut savoir que comme je suis en freelance, je fais très peu de déplacements puisque je dois avancer tous les frais. Ce n’est pas évident d’aller en Angleterre interviewer un mec quand tu dois tout sortir de ta poche sans savoir si le papier ou l’interview va être pris par un journal. Il y a 20 ans, je vais à Londres interviewer Roger Daltrey pour Best. Je ne sais pas pourquoi ni comment, mais je n’ai plus un centime en livre Sterling. On est trois. Il y a Philippe Manoeuvre, Thierry Gandillot, et moi. Et on attend Roger Daltrey, forcément en retard. Thierry me file 4 ou 5 livres. On est en banlieue. A la sortie de la gare, un taxi prépayé vient nous chercher. Là, je me retrouve un peu comme un con. J’ai des sous français, mais pas d’argent anglais. Thierry me file de l’argent et me dit « Tu me paieras un pot à Paris ». Là, je lui demande s’il n’a pas besoin de piges. Et c’est lui qui me file mes premières piges aux Echos.

« Quand je propose aux Echos un papier sur Gojira ou sur Gérard Manset – qui n’est pas forcément évident -, ça se retrouve dans les meilleures lectures de la semaine sur le site. Les gens sont demandeurs »

La rock critic aux Echos, ça se passe comment ?

Christian Eudeline : Quand je propose aux Echos un papier sur Gojira ou sur Gérard Manset – qui n’est pas forcément évident -, ça se retrouve dans les meilleures lectures de la semaine sur le site. Les gens sont demandeurs. C’est pas sur Céline Dion ou Paul McCartney que les gens sont demandeurs, plutôt sur des trucs un peu décalés.

Gérard Manset n’est pas réputé pour être un grand bavard quand il parle aux médias.

Christian Eudeline : Là, il a été adorable. Je l’avais déjà rencontré il y a dix ans, et ça avait été plus un peu plus dur. Il voulait pas qu’on l’enregistre, etc. Cette fois, il était super cool. Il m’a demandé à relire le papier. Je ne le fais jamais, mais pour lui je ne voulais pas emmerder l’attaché de presse. Au final, il a juste déplacé une virgule dans mon papier. Sinon, je refuse toujours les relectures. Vanessa Paradis, les conditions pour la rencontrer il y a six mois ça a été drastique. Il fallait pré-envoyer les questions, accepter une relecture, etc. Aux Echos et à VSD, on a dit non. Ca n’avait aucun intérêt.

Alors même que vous aviez écrit un livre sur Vanessa Paradis avant?

Christian Eudeline : Oui, avant. Mais ça, elle s’en fout complètement. Ce livre sur Vanessa Paradis, c’était une commande. C’est pas mon meilleur. Mon éditeur Prisma – chez qui j’avais fait un bouquin sur Jean-Louis Aubert et sur Indochine – souhaitait un bouquin sur une fille. Il me dit « Qu’est ce que tu dis de Vanessa Paradis ? ». C’est parti ainsi. Vanessa Paradis, c’était aussi assez rigolo. Parce que j’étais voisin du mec qui l’avait fait tourner dans son film. Son nom me revient pas. Le mec habitait en face de chez moi… Putain, il est mort. Un géant, là.

Noces Blanches ?

Christian Eudeline : Oui.

Jean-Claude Brisseau?

Christian Eudeline : Voilà. Brisseau, c’était l’oncle d’un de mes amis d’enfance. Je le rencontrais parfois dans la rue, on se connaissait. Et quand mon éditeur me propose d’écrire un livre sur Vanessa Paradis, je pense de suite à ça. Je me dis que Brisseau pourra me raconter deux ou trois trucs. On va pas se contenter de Wikipédia, hein. Entre temps, Brisseau va mourir et c’est finalement sa veuve qui me raconte. J’interroge aussi Arnaud, mon pote d’enfance qui était sur le tournage du film. Il me raconte ce tournage. J’ai aussi un autre copain qui a réalisé un film pour Vanessa. Deux ou trois personnes m’en ont aussi parlé. Avec ça, je sais que j’aurai quelques infos. Un bouquin, c’est pas que du « Desk » et du Wikipedia. Faut autre chose. Tu dois amener des infos en plus, sinon ça n’a aucun intérêt.

« Quand j’ai fait un bouquin sur Michel Polnareff, j’ai rencontré énormément de gens. Sauf lui. Je savais dès le début qu’il réécrivait l’histoire et que ça n’allait pas bien se passer si je le rencontrais »

Quand vous écrivez une biographie, rencontrez-vous systématiquement l’artiste ?

Quand j’ai fait un bouquin sur Michel Polnareff, j’ai rencontré énormément de gens. Sauf lui. Je savais dès le début qu’il réécrivait l’histoire et que ça n’allait pas bien se passer si je le rencontrais. Le meilleur exemple, c’est son arrangeur Jean Bouchéty. C’est Bouchéty qui va l’emmener en Angleterre. Alors que Polnareff, lui, raconte « Quand je signe mon premier 45 tours, j’exige d’aller en Angleterre ». Bouchéty, que j’ai rencontré grâce à Bertrand Burgalat, m’avait raconté une toute autre histoire, plus exacte. Il faut savoir que Bouchéty emmenait Eddy Mitchell en Angleterre pour enregistrer, et c’est grâce à ça qu’il y a Jimmy Page sur le disque de Polnareff. Quand je rencontre Bouchéty, je me dis rapidement que ça va être compliqué avec Polnareff. Et quand je rencontre Jimmy Page grâce à VSD, je me rends compte qu’il fait la session de Polnareff de La poupée qui fait non grâce à Bouchéty mais qu’il aurait préféré jouer avec Françoise Hardy parce qu’elle était belle, ou avec Johnny Hallyday parce qu’il aurait été payé double. Pour les biographies, parfois tu ne peux plus rencontrer l’artiste quand tu commences à en savoir trop et que tu sens qu’il va vouloir tout changer. Après la sortie du livre, ça a été compliqué avec Polnareff. Il m’appelait pour m’engueuler. Il y a un an, pour la première fois, je l’ai interviewé. Et il était adorable. Même si deux ou trois fois pendant l’interview, il m’a dit « Tu dois savoir ça mieux que moi ».

Polnareff le roi des fourmis Christian Eudeline 21/2170 | eBay

Jean Bouchéty était un très grand arrangeur. Comment s’était passé l’interview ?

C’était il y a 20 ans environ. Il devait avoir dans les 75 ans. Quand je le rencontre, je rencontre quelqu’un qui a accompagné la terre entière. Toi, t’es là pour apprendre. Tu mets le magnéto en marche et t’écoutes. Le gars te raconte plein de choses étonnantes. Il est possible qu’avec les années qui passaient, il avait une relecture du passé. Il m’avait par exemple dit que le jeu de piano de Polnareff était impossible à enregistrer tel quel et qu’il avait fallu le refaire derrière. Cauchemar. Avec le recul, c’est peut-être le seul point que je ne comprends pas trop. Mais il n’est plus là pour en discuter. Ce qui est certain, c’est qu’un type de ce calibre t’amène de l’information de première main. Il faut savoir que souvent, sur les disques à l’époque, il n’y a pas les noms des musiciens. Là, tu dois faire une enquête sérieuse. La musique, c’est quelque chose de ludique mais je la traite sérieusement. Traiter le futile avec sérieux, c’est ça qui est intéressant. Sur chaque disque, j’ai envie de savoir qui joue. Quand je fais un bouquin sur Jacques Dutronc, le premier – qui n’est pas très bien et qui date d’il y a presque 30 ans -, on ne sait pas encore qui sont les musiciens qui l’accompagnent sur l’album. On ne sait pas, car c’est pas marqué. Un jour, je croise Alain Chamfort et je lui parle de la période Vogue. C’est lui qui va commencer à me donner des noms de musiciens, comme le batteur Michel Pelay. Quand Zouzou enregistre, on sait que c’est Dutronc qui produit mais est-ce que c’est lui qui joue ? On ne sait pas. Tout ça, c’est un jeu de pistes que j’adore.

Pour écrire une biographie, il faut faire des rencontres, disposer de ressources documentaires… Et parfois inventer aussi un peu, non ? Philippe Manoeuvre a parfois tendance à dire que la légende est aussi importante que la réalité.

Je vois ce que tu veux dire mais il n’y a aucun mensonge dans mes biographies. J’essaye toujours d’être le plus objectif possible, d’être le plus près de la réalité quand j’écris ces bouquins. C’est aussi pour ça que Polnareff était furieux, par exemple. Je suis intransigeant sur les dates. Quand j’écris un livre sur Nos années punk où j’interviewe tous les punks parisiens de 77 : Bijou, Guilty Razors, Asphalt Jungle, les Dogs, etc, c’est toujours entrecoupé d’extraits de presse qui viennent souligner le texte. C’est un vrai travail journalistique.

Ca demande du sérieux et de la rigueur. Contrairement à la personne dont vous parliez tout à l’heure, qui écrivait sur Nick Cave sans connaître The Birthday Party.

Christian Eudeline : Il y a pire. Je ne vais pas te donner de noms, mais il y a un mec qui…

On est là pour donner des noms, vous le savez bien.

Christian Eudeline : Non, mais le pauvre… En plus, il rame, donc je ne vais pas m’acharner… C’est un mec qui est fan des années 60, un mec qui a écrit un bouquin sur les années 60. Et dedans, c’est plein de conneries, plein d’erreurs. Je lui envoie un mail et je lui écris « Mais tu ne lis pas ce qui a été écrit avant sur le sujet ? ». Je trouve que c’est manquer de respect au sujet que de ne pas lire les livres qui sont parus avant. A minima, pour reprendre ou pour corriger ses erreurs. Je ne veux pas le citer parce qu’il est dans la merde, mais son bouquin, c’est une merde. Il avait très mal pris mon mail. Etrangement, t’as des gens comme ça qui ont l’impression qu’ils vont découvrir le mec de Marie et les garçons 20 ans après. Quand j’interviewe Philippe Barbot pour Télérama parce qu’il sort un disque, je luis dis « Au fait, t’avais pas rencontré Polnareff ? ». Et quelques jours plus tard, il me file la cassette de l’interview. C’est génial parce que dessus, il y a une heure d’interview. Et Télérama à l’époque n’en avait publié que 20 minutes. C’est génial, ça ! L’idée, c’est quand même de transmettre. On n’est pas là pour conserver les choses sans les partager.

Préférez-vous plutôt creuser le passé ou le présent ? Décrire ce qui se passe aujourd’hui, c’est plus compliqué que de se retourner vers de la documentation ou des grands témoins historiques.

Christian Eudeline : C’est vrai que c’est plus compliqué. Peut-être parce que la musique a un tout petit peu moins d’importance. Elle est partout mais elle a moins d’importance sociale qu’hier. Je ne sais pas ce que donnerait un mouvement punk aujourd’hui par exemple. Il faut bien se rendre compte que la musique a été très, très importante socialement dans le passé. Contrairement à ce que mon frère pourrait penser, on n’est plus dans les années 60 ou 70. C’est pas pour ça que la musique est moins importante tout court. Tout le monde en écoute. Et de plus en plus. Sur son téléphone portable, sur son ordi, sur une platine ou je ne sais quoi.

« Quand tu vois le prix des places de concert, tu te rends que c’est un énorme marqueur social. Quelle personne normale va mettre 300 balles dans une place de concert ? Le prix des places de Céline Dion, par exemple, c’est scandaleux »

C’est quand même moins un marqueur social qu’avant, non ?

Christian Eudeline : Je ne suis pas d’accord. Quand tu vois le prix des places de concert, tu te rends que c’est un énorme marqueur social. Quelle personne normale va mettre 300 balles dans une place de concert ? Le prix des places de Céline Dion, par exemple, c’est scandaleux. Regarde Aya Nakamura. Elle vend son disque en même temps que le ticket du concert. C’est hors de prix, mais les gens se privent. La première fois que j’ai vu ça, c’était U2 à l’Accor Arena qui s’appelait encore Bercy. C’était il y a environ 10 ans, et je fais un article sur ce retour. Je suis en loge, et je demande à des gens qui y sont avec moi combien ils ont payé. Un mec me répond «  350 balles ». Tout content. Là, je ne suis pas sûr d’avoir compris, je lui dis « Vous avez payé 350 balles pour être là ? ». Et il est vraiment content ! Là je me dis « Ok, on est passé dans une autre dimension ».

L’offre s’adapte à la demande, en somme. Ou l’inverse.

Christian Eudeline : Je ne sais pas mais en tout cas, le prix des places de concert est un marqueur social très fort. C’est évident. Heureusement, tu as plein de concerts qui coûtent beaucoup moins cher. Et tu as une scène qui est très, très vivante. A Paris, tu as quand même des endroits où tu peux écouter de la musique pour pas cher. T’es pas obligé d’aller voir des concerts à 70 ou 80 balles. Ca, c’est hors de prix. J’ai pas envie de dire du mal de Michel Houellebecq, mais ses concerts à La Scala, c’est très cher. Je le dis d’autant plus facilement qu’étant journaliste, j’ai la chance de ne pas payer.

Avec Alain Chamfort

Voici donc l’instant Guide du Routard. Quels sont vos bons plans pour voir des concerts à bas prix ?

Christian Eudeline : Un bon plan pour les gens qui n’ont pas d’argent, c’est les concerts au studio 104 à France Inter. Tous les artistes jouent là-bas pour peanuts. J’ai vu plein de concerts là-bas. Katherine, Zoé de Sagazan, etc. Donc tu as quand même des plans. Qui sont assez connus d’ailleurs. Si tu vas devant les salles de concert, t’arrives aussi souvent à rentrer gratuitement. Il y a souvent quelqu’un qui a une place en plus, par exemple, et qui peut t’en faire profiter.

Revenons sur l’aspect journaliste musical. Vous parliez tout à l’heure des liens entre journalistes et attachés de presse. Avez-vous déjà été influencé par des attachés de presse ou par des relations que vous pouviez avoir avec eux?

Christian Eudeline : Non.

Vous n’avez jamais écrit une chronique positive sur un album que vous trouviez moyen ?

Christian Eudeline : Non, jamais. Je viens du rock en plus. Quand un attaché de presse m’envoie un disque de Patrick Bruel, il sait très bien que je n’aimerai pas. Encore une fois, je préfère choisir de parler d’un disque intéressant que d’un disque que je trouve moyen ou mauvais.

Dans le milieu musical, on parle parfois de l’égo des artistes. L’égo du journaliste musical, ça existe aussi.

Christian Eudeline : Oui, mais ça existe où ? N’oublie jamais qu’un artiste donne un interview à un média, pas à un journaliste. Une fois que tu as compris ça, tu deviens de suite beaucoup plus humble.

Quelles sont vos relations avec les autres journalistes ?

Christian Eudeline : Au bout d’un moment, on n’est plus beaucoup à durer dans le temps. Alors on se connaît, on se rencontre, on se croise tous ou on s’est tous croisés. Mes relations sont excellentes. Un de mes meilleurs potes, c’est Eric Bureau du Parisien par exemple. J’ai croisé Olivier Nuc [Le Figaro] et Benjamin Locoge [Paris Match] qui étaient au concert de Houellebecq. Je les croise depuis 15 ou 20 ans. Emmanuel Marolle [Le Parisien], à chaque fois que je le croise, on boit un coup. Les relations sont très bonnes. Il n’y a pas de compétition entre nous. Et avec mon statut, je suis un peu en dehors du système aussi.

Aujourd’hui, journaliste musical, c’est un « métier » que vous conseilleriez à un jeune ?

Christian Eudeline : Déjà, je conseillerais aux gamins de faire ce qu’ils ont envie de faire dans la vie, parce que ça passe très vite. De toute façon, quel que soit le métier que tu as, tu n’es jamais certain de ne pas être viré du jour au lendemain. Quoi que tu fasses. Donc fonce. C’est ce que je me suis dit à 25 ans, « Fais quelque chose qui te plaît ». C’est le seul conseil que je donnerai à un gamin : fais ce que tu as envie de faire, mais fais le sérieusement. Quel que soit le métier que tu choisis, fais-le sérieusement. Sinon, autant faire autre chose. Après, ça peut ne pas marcher. Tout le monde a eu des moments un peu plus difficiles. Moi aussi. Mais si au moins tu fais ce qui te plaît, c’est pas mal.

« J’ai aussi bossé brièvement sur Radio Nova dans une émission que j’avais avec mon frangin. On avait reçu des gens géniaux, comme David Axelrod »

Quelque chose qui a beaucoup changé entre le moment où j’ai commencé à faire ces interviews de rock critics et aujourd’hui, c’est le développement des influenceurs, et du format vidéo qui prend de plus en plus de place par rapport à l’écriture. Vous avez déjà envisagé d’aller vers ce format vidéo ?

Christian Eudeline : Tu ne peux pas tout faire. Il y a 20-25 ans je travaillais pour l’émission Tracks sur Arte. Les rédacs chefs étaient d’ailleurs très désagréables, et après une année, j’étais parti à cause de ça. Quand tu rendais un sujet, on te disait systématiquement qu’il était très mauvais, mais qu’on allait le passer parce qu’on avait rien d’autre sous la main. Merci. C’était un choc. J’ai aussi bossé brièvement sur Radio Nova dans une émission que j’avais avec mon frangin. On avait reçu des gens géniaux, comme David Axelrod par exemple. Qui sera d’ailleurs un des rares qui me rappellera après l’interview. Je ne suis pas certain que les gens connaissent encore David Axelrod.

Ils iront écouter les Electric Prunes.

Christian Eudeline : Voilà. Mais il ne fallait surtout pas lui en parler en interview ! Il disait que c’était des moins que rien, qu’ils ne savaient pas jouer, et qu’il avait été obligé de tout refaire avec ses copains pour que ça soit bon pour les albums. C’était vraiment étonnant. Une fois de temps en temps, il m’appelait. Sauf que comme il habite à Los Angeles, il me téléphonait à 3h du matin. En 2009, je suis allé à Los Angeles, et je ne suis pas allé le voir. Ce que j’ai regretté, parce qu’il est mort quelques temps après.

A l’époque, comment était l’ambiance de Radio Nova ?

Un vrai panier de crabes. Mais là encore, quand tu es passionné par ton sujet, tu peux t’en sortir. Ivan Smagghe était un énorme connaisseur, c’était une tête sur la musique. Quand tu lui faisais découvrir quelques trucs, le mec te prenait de suite un peu plus au sérieux. Rémy Kolpa Kopoul était aussi une figure de Nova. Quand je lui amène une version d’Hashish Faction de Sullivan [NDLR : de son vrai nom Jacques Dautriche] parce qu’il y a une journée LSD, il est comme un dingue car il ne connait pas le morceau. Forcément, je gagne quelques points. Patrick Thévenin voit alors que je suis très branché sixties. Il décide de me confier l’interview de Nancy Sinatra. Tu ne peux pas trop tricher dans ce métier, il faut faire tes preuves, montrer que tu as des connaissances. Nancy Sinatra, c’est grâce à Thévenin. Il sait que ça va me faire plaisir, que je connais et que je suis fan.

Bilan de cette interview de Nancy Sinatra ?

Christian Eudeline : Elle s’était très bien passée. Même si assez vite, je lui demande « Alors, Lee Hazlewood, tu te l’es tapé ? C’est pour ça qu’il s’est expatrié en Suède après ? ». Elle me regarde, se demande ce qui se passe, mais sourit. Quelques minutes avant, je viens de lui demander comment s’était passé le tournage avec Elvis sur Viva Las Vegas. Et là elle me dit « Vous allez me parler de tous mes ex ? ». C’était sur le fil du rasoir, mais elle était très digne et sublime. De temps en temps, c’est ton « supérieur » qui va te confier une grosse interview parce que tu t’y connais.

Vous aviez également parlé de son père Frank également, j’imagine.

Christian Eudeline : Oui, à cause de cette affaire avec Lee Hazlewood. N’oublions pas que Lee, une fois qu’il avait couché avec Nancy, avait du se barrer en Suède parce que Frank avait mis des tueurs à ses trousses. Sur ce sujet, elle avait été très peu bavarde pendant l’interview.

Aujourd’hui, quel est votre rapport au streaming ?

Christian Eudeline : Impossible de faire sans. Aujourd’hui, quand tu dois chroniquer un album qui va sortir, on t’envoie un lien en streaming, car souvent, l’album n’est pas encore fabriqué. Donc tu ne peux pas faire autrement. Mais à part ça, je n’en écoute pas. Chez moi, quand j’écoute de la musique, c’est un disque. Ca va être un vinyle, ou un CD si j’ai la flemme de me relever toutes les demi-heures, mais je n’écoute jamais de streaming pour mon plaisir. Uniquement quand je dois chroniquer un album.

Vous avez travaillé pour Tracks sur Arte. Quel était votre rôle ?

Christian Eudeline : Mon rôle, c’était de rendre des sujets. Quand tu le faisais, les deux rédacteurs en chef de l’époque te disaient « C’est pourri, mais on va le passer parce qu’on a plus le temps de faire autre chose ». Du jour au lendemain, le producteur avait décidé de diviser nos « salaires » en deux. Jusque là, on touchait à peu près 1000 francs la minute de sujet. Si t’arrivais à placer un sujet de 6 minutes, tu touchais 6000 francs. D’un coup, il divise ça par deux. Là, tu te dis « Mais pourquoi ? Comment ? ». Ca n’était pas une mauvaise expérience, Tracks. Il n’y a pas de mauvaise expérience. Cette anecdote, c’est le monde de la télé, vu par ma toute petite lorgnette, là. Quand tu es journaliste musical, tu vas là où le vent te porte. C’est pas évident de faire des documentaires, de faire de la télé. Il y a peu de place. Les bouquins, tu les crées, c’est plus simple. Faire un doc pour la télé, c’est vraiment compliqué. J’ai un ou deux projets sous le coude. Mais les chaînes de télé en achètent deux fois par an. J’ai vaguement fait un truc ou deux, par exemple un docu sur les skinheads avec un copain. Mais au début on te commande quelque chose, puis on te dit « En fait, c’est pas tout à fait le projet qu’on veut. Proposez nous autre chose ». C’est pas simple.

Chroniquer des disques, ça a encore une utilité ?

Christian Eudeline : C’est plus intéressant de faire des portraits, de raconter des histoires en s’appuyant sur les interviews. Mais les critiques de disques sont encore lues. Il y a toujours un intérêt. La difficulté , c’est qu’il y a peu d’albums qui sortent aujourd’hui qui auront une résonance aussi importante que quand les disques des Beatles sortaient. On est en 2026, on peut supposer que le nouvel album de Jack White sera un monument mais on ne l’attend pas avec autant d’intensité qu’un Stones en 68. Même moi. Si on m’envoie l’album le lendemain de la sortie, c’est pas grave. Je fais pas faire des pieds et des mains pour l’avoir avant.

« J’imagine que mes collègues que tu as rencontré pour cette série d’interviews n’ont pas de disques d’Aznavour chez eux. Polnareff ou Gainsbourg vont trouver grâce à leurs yeux. Mais Adamo, non. Je suis sûr qu’ils n’ont aucun de ses albums parce qu’ils ne sont jamais allés voir ce qu’il a fait »

Pour vous, qu’est-ce qu’une chronique de disques réussie ?

Christian Eudeline : C’est déjà quelqu’un qui va essayer de te parler de la musique, mais c’est la chose la plus difficile à faire. L’autre jour, j’ai interviewé Joe Jackson. Il me dit « Putain, mais tu me parles que de mes paroles ». Je lui dis « Oui, parce que j’ai pas ton niveau musical ».
C’est compliqué de parler de la musique en tant que tel. Parfois, tu sens que le journaliste n’a pas bien écouté l’album dont il parle. Ca peut aussi être intéressant de mettre quelques références dans ta critique pour éclairer le lecteur. C’est sûrement là d’ailleurs que se situe la principale différence entre une critique de disque dans un magazine spécialisé et dans un média plus mainstream. Si tu as aimé le disque tu vas essayer d’expliquer pourquoi, et à quoi ça te fait penser. Mais expliquer pourquoi à quelqu’un qui n’y connaît rien ou qui ne connaît que les Beatles ou Johnny – je les cite au hasard -, c’est pas pareil que de parler à des amateurs éclairés. C’est pas forcément le cas dans les médias spécialisés où les gens partent bille en tête avec des références quand ils écrivent un papier, ou se gargarisent parfois de références dont on se fout. Dans un média mainstream, les références pointues, on s’en fout. Je ne suis pas même pas sûr d’ailleurs que tous les amateurs de musique soient des vrais fans, et des gens curieux. Par exemple, il existe un mépris profond pour la chanson française. J’imagine que mes collègues que tu as rencontré pour cette série d’interviews n’ont pas de disques d’Aznavour chez eux. Polnareff ou Gainsbourg vont trouver grâce à leurs yeux. Mais Adamo, non. Je suis sûr qu’ils n’ont aucun de ses albums parce qu’ils ne sont jamais allés voir ce qu’il a fait. Alors que c’est intéressant. Il y a plein de trucs bien dans plein de styles différents. Même dans le bal musette. Et je le dis sérieusement. Il y a dans le journalisme musical une sorte de snobisme du « Ca, c’est pas bien ». Une des rares musiques que je connais vraiment mal, c’est la musique électronique.

« Johnny Hallyday, c’est un peu différent. Tout a été fait mais rien n’a été vraiment fait. Donc j’essaye de faire un truc sur lui. Mais c’est compliqué. Il y a 150 bouquins sur Johnny, et c’est 150 merdes »

Y-a-t-il un artiste dont vous aimeriez écrire la biographie ?

Christian Eudeline : Il y en a plein, mais j’essaye, quand je choisis un sujet, de prendre quelque chose où rien n’existe. Gainsbourg tout a déjà été fait, par exemple. On ne peut pas y retourner. Au bout d’un moment, faut arrêter. Johnny Hallyday, c’est un peu différent. Tout a été fait mais rien n’a été vraiment fait. Donc j’essaye de faire un truc sur lui. Mais c’est compliqué. Il y a 150 bouquins sur Johnny, et c’est 150 merdes.

Même La dernière idole, de Serge Loupien ?

Christian Eudeline : En vrai, il y en a trois qui sont bons. Jean-Dominique Brière, Serge Loupien – qui est rigolo – et un troisième écrit par un Belge, qui raconte tout l’avant Johnny. C’est à peu près tout. Tous les autres, c’est mauvais. Le bouquin de Guy Carlier, c’est ridicule. Il écrit une chanson pour Johnny Hallyday et il se permet derrière d’écrire un livre dans lequel il raconte qu’il est fan. Ok, mais on s’en fout un peu, quoi. Et je te raconte pas tous les autres bouquins bourrés d’erreurs et d’inexactitudes. Et ça, c’est quelque chose qui m’énerve. Quand j’entends le présentateur du 20h dire que les Beatles sont passés à l’Olympia en 63 ou en 66, ça me rend dingue. Je suis seul devant ma télé et je me dis « Mais quel connard. Il sait même pas que c’était en 1964 ».

Lorsqu’on connaît très bien un sujet, on se rend souvent compte qu’il est traité de manière approximative par le journaliste. C’est valable quel que soit le sujet je pense.

Christian Eudeline : Bertrand Dicale qui parle de rock’n’roll, par exemple, c’est une hérésie. Il n’aime pas le rock’n’roll. Ok, pas de problème, mais n’en parle pas alors. Il a dit des trucs sur Chuck Berry à la radio, sur des stations importantes, qui me font hurler. Je ne comprends pas ! Bertrand connaît très bien plein d’autres sujets, mais quand il parle de rock’n’roll, c’est l’horreur.

Le rock aujourd’hui est encore une musique vivante ?

Christian Eudeline : Le rock est un style méprisé. Même Johnny Hallyday, ça va prendre des années avant qu’on le prenne un peu au sérieux, qu’on essaye de comprendre ce qui s’est passé. C’est un très bon exemple. Est-ce que le rock est encore vivant ? Oui. Les Liminanas remplissent plein de salles. Quand Jack White joue à l’Olympia, les places partent en cinq minutes et c’est pas du musette, hein, c’est du rock. Je veux bien que le rock soit mort, mais les Queens of the Stone Age remplissent l’Accor Arena sans problème. Je ne te parle même pas de Deep Purple, d’Iron Maiden, de tous ces grands groupes de métal qui sont extraordinaires en puissance. Ils remplissent tous les salles.

Autre phénomène dans le rock : les tribute bands.

Christian Eudeline : Quand t’as connu les originaux, tu ne peux pas aller voir ça. Pour un gamin de 15 ans, c’est différent. Il a peut-être été saoulé par son papa de Queen et de Nirvana, et se dit qu’il ne les verra jamais. Ou Jimi Hendrix, mort depuis 50 ans. Kurt Cobain est mort depuis 30 ans. Donc voilà tu ne vas plus le voir sur scène. Alors on fait quoi ?

Vous êtes le rédacteur en chef de Vinyle & Audio magazine que vous avez créé. Une partie de ce magazine est axée sur le matériel audiophile. Vous êtes un passionné de matériel ?

Christian Eudeline : Ouais, sauf que j’ai pas les moyens. Malheureusement, j’ai pas les moyens. Mon argent, je l’ai toujours plutôt mis sur les disques que sur le matos pour les écouter. Mais le matériel, oui, évidemment. Tu ne peux pas écouter de la musique sur un téléphone. Il faut au moins un électrophone, avec un peu de stéréo. C’est un minimum, je trouve. J’aime beaucoup tester du matériel hi-fi avec Motörhead. Les gens testent souvent ça avec Eric Clapton. Mais non, faut tester avec le groupe de Lemmy. Le matériel musical, c’est aussi là où était la pub, où il reste encore de l’argent. C’est ça aussi qui fait que 6 ans après la création du magazine, on est toujours là. Les labels ne prennent presque plus de publicité. Même les majors. Les gros groupes leur échappent. Regarde Gorillaz, ils ne sont plus chez Warner, par exemple. Ils sont totalement indépendants et ils gèrent leur truc. On ne sait pas trop pourquoi, mais les majors semblent avoir abandonné la partie. Et en même temps, Because, qui est un ancien indépendant, est devenu un label beaucoup plus important en faisant un vrai travail derrière. On ne sait pas trop pourquoi Universal, Sony ou Warner ont un peu abandonné la partie en ne faisant plus de presse, parce que selon eux, ça sert à rien. Je ne suis évidemment pas d’accord. Il y a un vrai travail de fond à faire. Mais ils ne prennent plus de pubs dans les médias. Regarde dans Rock’n’Folk ou Les Inrocks, tu verras essentiellement de la pub pour les festivals. Pas de la pub pour des nouveaux albums. Les maisons de disques vont au moins cher.

Quand on teste un disque de Motörhead sur un système hi-fi dans un auditorium spécialisé…

Christian Eudeline : On se fait plaisir parce que tout le monde se barre !

On se fait plaisir mais quand on revient chez soi on n’a pas l’impression que son installation est un peu pourrie ?

Christian Eudeline : Non, parce que c’est une autre écoute. Je suis allé faire des écoutes en 4.1. Par exemple du Melody Nelson de Gainsbourg. Dans le 15e arrondissement, un cinéma fait des écoutes en 4.1. C’est étonnant. Tu entends bien distinctement la basse au fond à gauche, ce genre de trucs. C’est tellement distinct que tu ne reconnais plus le mix que tu connais pourtant par coeur. Du coup, c’est une autre écoute. Et je ne suis pas très à l’aise avec ça. J’aime écouter les disques comme je les ai découverts. En général sur un électrophone. D’un autre côté, les nouveaux mix en Half-speed de Gainsbourg m’ont permis de découvrir en détail quelques instruments qui étaient au second plan. Mais même avec mon système « pourri », j’arrivais à les discerner chez moi, ces instruments au second plan. Quelque chose que j’aime beaucoup par contre, c’est le mono. Back To Mono, Phil Spector, je suis très client. J’aime l’idée d’avoir un « mur du son » devant moi.

« Il y a un plateau de prunes devant nous et Ozzy Osbourne les gobe toutes. A un moment, je me rends compte qu’il n’a enlevé aucun noyau »

Vous avez rencontré énormément de monde au cours de ta carrière. Quels artistes vous ont le plus marqué ?

Christian Eudeline : Ozzy Osbourne. Il y a un plateau de prunes devant nous et il les gobe toutes. A un moment, je me rends compte qu’il a enlevé aucun noyau. Le type est charmant. Quand tu lui parles des Beatles, il est disert. Par contre, à plein d’autres questions il me répondait « J’ai pas compris ». En fait, il ne voulait pas répondre. Ozzy, c’était un grand moment. Et Juliette Gréco aussi. C’était à l’hôtel Lutetia. A un moment elle se met presque à pleurer, parce qu’elle ne parle que de morts. Mais c’est une des plus grandes dames que tu n’as jamais rencontrées dans ta vie. Je l’avais interviewée 2-3 ans plus tôt au téléphone, pour témoigner suite à la mort de Françoise Sagan. A VSD, quelqu’un m’avait donné son numéro car elle connaissait bien Sagan. Juliette Gréco m’avait parlé d’une histoire d’amour avec elle, et je n’arrivais pas à savoir que ce que je devais mettre derrière ce mot amour. J’appelle mon rédacteur en chef et je lui dis « Amour ». « Amour ? ». On a laissé amour dans le magazine. Quand je parle à Gréco, elle est en larmes au téléphone, elle me parle sincèrement alors qu’elle ne m’a jamais rencontré. Grande personne. Des rencontres marquantes, il y en a plein bien sûr. Vers 95 ou 96, je me retrouve dans la chambre d’hôtel de Gary Glitter. Il y a 3 ou 4 costumes sur le lit et il me dit « Christian, lequel je mets pour l’interview? » Aha. Celui que tu veux, il n’y a pas de problème. Je pensais bien que tu allais me poser ce genre de questions, et avant j’ai l’interview, j’ai regardé la liste des gens que j’ai rencontrés. [Sur son ordinateur, il me montre la liste de toutes les interviews réalisés depuis le début de sa carrière. Pour chaque groupe, une date et un numéro mystérieux]. Il y en a a priori entre 2300 et 2400.

A quoi correspond le petit numéro à droite du groupe ou de l’artiste?

Christian Eudeline : C’est le numéro de ma cassette. Pendant très longtemps, j’enregistrais toutes mes interviews en cassette audio. Depuis 3-4 ans, j’ai un téléphone portable avec lequel j’enregistre mes interviews. Pendant très longtemps, j’ai été anti portable.

Vous avez donc toutes vos interviews, y compris les toutes premières que vous avez faites?

Christian Eudeline : Oui. Celles qui sont surlignées en jaune sont celles qui sont totalement retranscrites. Il faut tout garder, tout traiter. Sinon ça n’a aucun intérêt. Quand je fais un bouquin sur Daniel Darc ou Christophe, je vais entrecouper l’histoire avec des extraits de mes interviews intégrales.

Daniel Darc, Christophe…

Christian Eudeline : Darc, je le croise depuis toujours. En 1982, un de mes premiers concerts au Casino de Paris, c’est Taxi Girl. En première partie du concert il y a Patrick Eudeline. Je suis avec un copain. Devant moi un mec n’arrête pas de hurler « Ta gueule Eudeline ! Ta Gueule Eudeline ! ». C’est le souvenir que je vais garder de ce concert. Ensuite, je vais croiser Daniel Darc plein de fois. C’est quelqu’un que je connais. Vers 94-95, je m’occupe un peu de la suite de Best – qui s’appelle B mag -, et c’est moi qui appelle Daniel pour venir lui faire faire quelques piges pour le magazine. On copine avec Daniel. Pendant 20 ans, je vais le croiser en concert. Il allait voir sa maman à Pigalle, lui habitait à Bastille. Toutes les semaines, il faisait le chemin à pied. Je le croisais souvent, il passait devant chez moi. C’est quelqu’un que j’aimais beaucoup. Quand j’avais la casquette « journaliste », je lui posais des questions que je ne lui posais évidemment pas dans la vraie vie. Je me souviens qu’il avait fait des sessions photos un peu cul et avait montré sa bite. Un jour, je lui demande «  Pourquoi tu as montré ta bite » ? Je lui aurais jamais posé cette question dans la vraie vie. Mais à l’occasion d’un interview, si. A propos d’Alain Kan, il m’avait d’ailleurs dit « Je ne suis pas pédé, je lui ai juste sucer la bite ». On va pas avoir cette discussion là quand on boit un coup dans un troquet. Ca aurait été très lourd.

Et Christophe ?

Christian Eudeline : J’ai eu la chance de le croiser plusieurs fois. Un des rares mecs avec qui j’ai mangé une fois ou deux en dehors du métier. Un gars charmant aussi, très gentil. Il y a des gens comme ça que tu suis. Mais c’est compliqué. Tu n’es pas pote non plus. C’est pas parce que je croise Etienne Daho que je connais depuis 30 ans que je suis ami avec lui. Si on se croise en bas de la rue, on va aller boire un coup. Mais c’est pas pour ça qu’on est des « amis ». L’ami, c’est le mec chez qui tu vas passer des vacances. Là, c’est pas tout à fait ça.

Vous vous rappelez qui vous avez interviewé le 21 juillet 95?

Christian Eudeline : Non. Je suis nul dans les dates.

Votre frère Patrick. Facile, d’interviewer son frère ?

Christian Eudeline : Oui, il n’y a aucun problème. Je l’avais interviewé parce que j’avais déjà en tête de faire mon bouquin Nos années punk. Je voulais qu’il me parle de lui, d’Asphalt Jungle, et d’Alain Kan. C’est drôle. Pendant longtemps il m’a raconté qu’il était le seul survivant d’Asphalt Jungle. Un jour, sur Facebook, je tombe sur le mec qui va se faire appeler Louis Deprestige. En fait, Patrick n’était pas le seul survivant d’Asphalt. Je lui en parle et il me répond « Non mais lui, il ne compte pas ». Et puis après, j’avais trouvé un autre membre de Asphalt, deuxième période, dont j’ai oublié le nom. Réponse de Patrick : « Lui non plus il ne compte pas » !

Vous avez deux façons de voir qui sont assez différentes.

Christian Eudeline : Mon frangin préfère peut-être la légende, et moi de la réalité, aha.

Vous n’avez jamais eu envie d’écrire votre biographie ? On en croise de plus en plus.

Christian Eudeline : C’est très bien qu’il y en ait plein, mais non. Mémoires d’Outre-Rock, le bouquin de Gilles Riberolles, est passionnant. C’est bien parce qu’il te raconte les situations des interviews, pas les interviews. Si tu veux savoir ce qui s’est dit quand il a interviewé Zappa ou Iggy Pop, il faut que tu retournes dans ton vieux numéro de Best pour l’avoir. Ce qu’il raconte, c’est le contexte. Ecrire ma bio ne m’intéresse pas. Je suis plutôt sur du roman. C’est un truc que j’essaie. J’en ai un qui devrait sortir mais j’attends toujours.

Aujourd’hui on est beaucoup dans l’autofiction.

Christian Eudeline : Surtout pas. Je trouve ça prétentieux. Mon premier roman sera un bouquin sur Betty Page. Je m’accapare sa vie et je la reconstruis. Un éditeur belge m’a dit il y a deux mois qu’il me le prenait. Il va être traduit. C’est un coup de chance. J’ai fini ce bouquin il y a plus d’un an. Quand tu envois un livre à un éditeur, il le lit rarement. Les éditeurs s’en foutent. Lui, à peine envoyé, il l’avait lu et m’avait répondu. J’attends sa sortie, donc.

Des regrets d’être devenu journaliste musical ?

Christian Eudeline : Aucun. Je gagne ma vie et je fais un métier qui me plaît. Je ne peux pas rêver mieux. En plus, comme je n’ai jamais réellement eu d’employeur, j’ai peu de perspective d’être au chômage. Quelque part, je suis déjà un peu au chômage depuis 30 ans. Enfin, pas au chômage puisque j’ai plein de boulot, mais tu vois l’idée. Je me suis fait virer de différentes rédactions. J’ai été viré de Nova, de Prisma, de VSD à un moment puis ça a été repris, bon… C’est pas toujours facile, mais je n’ai pas l’angoisse que ma boîte s’arrête du jour au lendemain.

Le site officiel de Vinyle & Audio, c’est par là.

Tourneur-fraiseur dans le civil, Albert est un membre essentiel de la team. Originaire de Syldavie, grand amateur de biscottes, cet expert du Rapido animera vos soirées cocktail contre rémunération conséquente.

3 Comments Laisser un commentaire

  1. 1 POTO m’a soufflé qu’l etait passé a coté (discogs) -mauvais jeu de mal- des art attacks ‘neutron bomb’ pourtant groop d’1 journalist anglais fort connu……. & parle a ceux kill cornet, les autres c du bouillon de poule a ce quil y parait….

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