Un peu plus d’un an après « Dogrel », leur premier album, les Dublinois sont de retour avec « A Hero’s Death », inspiré par les grands noms australiens comme Rowland S. Howard et The Birthday Party.

Personne ne l’a vu. Et pourtant. Sur « Dogrel », il y a un « hommage » à The Chills, un groupe néo-zélandais qui a fait les grandes heures de Flying Nun Records. Roy’s Tune reprend à l’identique la mélodie du morceau Soft Bomb issu de l’album du même nom sorti en 1992. Avant « A Hero’s Death », déjà, les Irlandais avaient les yeux rivés sur l’océan Indien et sur les artistes nés à l’autre bout de la planète.

Fail à L.A.

Avec le succès tonitruant de « Dogrel », Fontaines D.C. est passé dans la cour des grands en brûlant toutes les étapes. Les garçons, qui se la jouaient poétiques en citant les œuvres de Kerouac et des écrivains de la Beat Generation, ont vite dû se faire au rythme beaucoup moins bobo de l’industrie musicale : tournées et concerts à gogo, la tise, la clope, le stress, les embrouilles, les heures d’ennui sur la route. Bref, la routine. Ils tirent sur une corde aussi raide que le col d’Aspin et finissent par trouver une forme de bulle dans le tourbus en écrivant ce qui sera « A Hero’s Death », un disque sombre et contemplatif, sorte de journal intime d’un groupe au bord de la rupture alors que le succès frappe à sa porte. « Ce n’était même pas la montée en puissance du groupe qui faisait tourner la tête, a confié le chanteur Grian Chatten au NME. C’était le rythme incessant. » Ça se prend le chou, ça s’engueule. Mais au final, Fontaines D.C. tient le coup, et se tire à Los Angeles, au Sunset Sound Studios (Led Zep, les Stones, Aretha Franklin, etc.) pour tenter de mettre en boîte les nouvelles chansons.

Le soleil, les toasts à l’avocat à 30 dollars et l’esprit de L.A. ne réussit pas aux Irlandais, plus habitués à s’enquiller des Guinness dans les pubs glauques de Dublin. La magie a disparu, le disque ressemble à un délire de cocaïnés (sic) et Fontaines D.C. prend un aller simple direction le quartier de Streatham à Londres, et le studio où ils ont confectionné « Dogrel ». En compagnie de Dan Carey, grand manitou chez Speedy Wunderground (Squid, Black Midi, etc.) et déjà l’homme derrière leur premier disque, les Irlandais retrouvent un endroit familier où ils se sentent à l’aise. Tout ce qui a été fait à Los Angeles est mis à la benne. Ils repartent de zéro, et torchent « A Hero’s Death » sans se soucier d’aller « plus haut » ou de faire le disque plus commercial que certains espèrent entendre.

Dirty Old Town

Avec un album écrit sur la route, l’Irlande n’est plus au centre de leurs vies. Elle l’était sur leur premier album, avec des références à Dublin, à la gentrification et aux problèmes de logements : Dublin City Sky ou encore Big (« Dublin in the rain is mine, a pregnant city with a catholic mind ») sont deux exemples. Même si l’attachement est toujours là, comme avec la phrase « Whatcha call it? » sur Televised Mind, utilisée sur l’île quand on a l’esprit ailleurs lors d’une conversation, les thématiques ne sont plus centrées sur la gentrification de la capitale ou les problèmes de logements dont la ville fait face.

Fontaines D.C. s’émancipe. Et même si la pochette représente une statue de guerrier irlandais mythologique (un certain Cúchulainn), installée en plein cœur de Dublin dans l’idée de commémorer les Pâques sanglantes de 1916, le groupe trace son chemin sans regarder par-dessus son épaule. Grian, qui avant chaque concert se fait la malle dans un bar du coin pour noircir des feuilles, se rend compte que des sujets reviennent dans son écriture : sa vie et son identité (il utilise souvent la première personne), reprendre le contrôle de la situation, la tournée et plus précisément l’Amérique. Une envie, aussi, de se libérer et de retrouver une forme d’indépendance.

Fatalement, la mélancolie a laissé place à l’urgence, les punchlines aux vers introspectifs. L’atmosphère, celle d’un lendemain de cuite au whisky un matin d’automne, s’entend un peu partout sur le disque (Oh Such A Spring, Love Is The Main Thing, Sunny, No). Le post-punk australien, avec ses têtes cramées comme Rowland S. Howard ou The Birthday Party (dont Rowland a fait partie au début avant de former Crime and the City Solution, Ndlr), tournent en boucle dans le bus. Cette ambiance, qui peut autant donner l’envie de se suicider comme d’empoigner les guitares pour cracher ses convictions à plein poumon, sera la base de ce nouvel album. La B.O. de mecs d’une vingtaine d’années déjà blasés par le cirque du rock, déjà prêts à tourner la page « Dogrel », et qui ont le mérite de se fier à leur instinct plutôt que d’écouter un énième directeur artistique qui passe les trois-quarts de son temps dans un open space à faire des réunions sur Zoom.

L’Australie, Fontaines D.C. la retrouve aussi sur son label, Partisan Records. La maison de disque a signé Body Type, quatre jeunes australiennes pleines de ressources, et Spike Fuck, sorte de Bowie transsexuel qui raconte sur des airs désabusés son addiction à l’héroïne («  The Smackwave EP »). Des artistes dont parle Carlos O’Connell, guitariste au sein du groupe, dans cette interview en avril 2019, et qui titillent les oreilles des Irlandais quand il a fallu décider du ton de l’album. Mais d’autres noms comme Lee Hazlewood ou encore les Beach Boys sont également cités par Fontaines D.C. comme ayant joué un rôle dans « A Hero’s Death ». Ça s’entend sur Sunny. Enfin, un peu.

Fontaines DC // A Hero’s Death // Partisan Records

11 commentaires

  1. 7/8 aout 2020 et des brouettes j’ecouterai bien the stooges live at the Gosse Lake on August 8, 1970 & C pâquerettes….

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