Loin des fêtes bavaroises où l’on joue Scorpions avec deux grammes de bière dans le sang, le label Bureau B souffle depuis dix ans déjà le véritable vent du changement : on lui doit les rééditions de Cluster, Conrad Schnitzler et autres anciens combattants du rock métronomique, mais aussi la naissance d’une nouvelle scène krautrock avec de jeunes musiciens inconnus au bataillon, et pourtant tous wunderbar. Enquête à Hambourg menée pour le bien du Gonzaï n°29 spécial krautrock.

Que sait-on vraiment du rock allemand ? Qu’il porte des claquettes Birkenstock, un survêt Adidas généralement mal coupé et que question atrocité, le pays peut aussi se targuer d’avoir voulu conquérir le monde avec des anomalies telles Tokio Hotel, Peaches ou Scorpions, toujours en activité malgré presque cinq décennies de mauvais goût condamné par le tribunal de la Haye. À l’ombre de tous ces clichés évidemment pas totalement vrais mais pas complètement faux non plus, Bureau B opère depuis 2005 un véritable travail de mémoire.

On ne parlera pas de révisionnisme – le terme est peu à propos de ce côté de la frontière – mais loin des fêtes foraines 24h/24 de Berlin, le label réédite à tour de bras tout ce qui a fait un jour la grandeur de l’Allemagne. Comme il est encore un peu tôt pour placer un point Godwin, résumons l’affaire en disant que l’objectif de Bureau B est de faire connaître au plus grand nombre le seul genre musical allemand intéressant depuis Richard Wagner : le krautrock.

Bureau B © Simon Hegenberg

B comme Beau bizarre

Créé par Gunther Buskies (B comme Buskies), Bureau B semble pourtant souffrir des mêmes maux que les labels français tentant de déterrer les chefs-d’œuvre nationaux trop rapidement oubliés par l’Histoire. Le fait que Gunther ait choisi un mot français pour son label n’explique pas tout de cette grande incompréhension entre le krautrock et les Allemands. Allô, Gunther ? « Ici, en Allemagne, très peu de gens savent vraiment ce qu’est le krautrock, ils ne connaissent même pas le mot, et encore moins les artistes derrière… Quand on a réédité Harmonia, vers 2005, j’ai même reçu un coup de fil de Michael Rother hyper ému de découvrir une page de pub sur le groupe dans un journal national. »

Bureau B © Simon Hegenberg

Ce grand quiproquo entre Bureau B et le grand public n’empêche pourtant pas le label de creuser son sillon. En 2009, Gunther récupère le catalogue d’un autre label culte, Sky Records, spécialisé depuis 1975 dans les groupes krautrock.
Dans la pochette surprise, il y a notamment Cluster, Conrad Schnitzler, les disques de Moebius et Conny Plank ; tout un tas de choses que Madame et Monsieur Schmidt, ménagère et ménager de l’Allemagne du XXIe siècle, ignorent complètement. Qu’à cela ne tienne : Bureau B va exhumer tous ces disques souvent plus connus en Angleterre et en Europe que dans leur pays d’origine. C’est alors le début d’une longue série d’actes héroïques : un nouvel album studio du groupe franco-allemand Faust (C’est com… com… compliqué en 2009, voir encart), les rééditions des albums de Cluster avec Brian Eno, mais aussi tous ceux de Roedelius, présent sur au moins quarante albums du label (de Kluster à Cluster en passant par Qluster et ses disques solo) ou encore Camera et une armée allemande (sic) de jeunes groupes prêts à en découdre avec la normalité.

Bureau B © Simon Hegenberg

À fond de cale à Hambourg

 À ce jour, Bureau B aurait publié 321 albums. Un chiffre évidemment monstrueux compte tenu de l’aspect avant-gardiste et pointu des sorties du label. « Même avec ça, Bureau B est certainement le plus gros label allemand » s’enorgueillit Gunther, à l’allemande, c’est-à-dire sans fanfaronner. Il pourrait, pourtant. Le label emploie actuellement dix personnes – soit à peu près dix fois plus que beaucoup de labels français dits « branchés » – et écoule 70 % de ses disques à l’étranger, preuve que où qu’on soit, on n’est jamais vraiment prophète en son pays.

Comment faire pour être sold out sur des références aussi obscures qu’un disque collaboratif entre Mani Neumeier (Guru Guru) et Kawabata Makoto (Acid Mothers Temple), un autre d’Harald Grosskopf (la formidable réédition du disque pour jogger synthétique Oceanheart) ou encore un nouvel album de Karl Bartos, le membre de Kraftwerk oublié ? En se délocalisant. À Hambourg. Là où les Beatles, jadis, commencèrent leur carrière. Hambourg, historiquement, est le centre musical de l’Allemagne ; l’endroit où labels et éditeurs, contrairement aux idées reçues sur la centralité berlinoise, ont élu domicile. Une sorte de Tin Pan Alley allemande où l’on crée des notes et des mélodies que, peut-être un jour, les consommateurs écouteront sous la douche.

« Quand je tape ‘‘krautrock’’ sur Google, ça me donne en général des groupes allemands des 70’s, majoritairement merdiques. »

Bon, pour la douche c’est raté, mais pour Gunther, qui a grandi dans la région, c’est une sorte de mini jackpot artistique tant personne, en Allemagne, ne semble s’intéresser à leur barouf. « Hambourg, encore aujourd’hui, c’est une ville extrêmement dynamique pour le secteur musical explique-t-il, les loyers y sont abordables sans être non plus bon marché, mais on est loin des distractions de Berlin, on peut y bosser sans être tenté de sortir tous les soirs. » Niveau distraction, pourtant, il y a de jeunes groupes comme Camera ou Die Wilde Jagd, tous deux signés sur le label qui mise sur le long terme pour écouler tous ses stocks.

Bureau B © Simon Hegenberg

Quant à savoir ce que signifie le krautrock pour Gunther, pas besoin d’avoir fait allemand LV1 : « Pour moi, je dirais que toutes les sorties du label peuvent bénéficier du tampon “krautrock”. Ce qui me désespère, c’est que lorsque je tape ce mot sur Google, ça me donne en général des groupes allemands des 70’s, majoritairement merdiques. Disons que c’est une étiquette plutôt fourre-tout, et c’est pour cela que Bureau B explore surtout la face électronique du kraut. » En avril prochain, le label fêtera ses dix ans d’existence. Toujours pas prêt à enterrer la hache de guerre.

Si ça vous a donné envie d’aller au Bureau, le label fêtera ses dix ans en chair et en os en septembre prochain, partout en Europe avec plusieurs artistes de la maison. Plus d’infos ici

 

 

4 commentaires

    1. Ouais, tout est killer track. Même Katerine le poux avec bmxbandits. Robert Johnson, c’est pas du Mir. Alors, c’est pour quand? J’parle même pas de Carolina Slim. Qui écrit quoi aujourd’hui? Qui écoute les Pretty Things? Balancez même pas vos TV, commencez par le canapé. Après on en reparle.

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