L’homme aux 500 musiques de films s’est éteint. Il emporte avec lui une certaine manière de mettre les images en musique.

A la mort de Florian Schneider voilà quelques semaines, beaucoup ont affirmé que l’héritage de Kraftwerk sur la musique moderne était encore plus grand que celui des Beatles. S’il y a matière à discuter, la question se pose franchement s’agissant d’Ennio Morricone, malheureusement décédé ce week-end des suites d’une chute à l’âge très respectable de 91 ans. Mais là où les Allemands ont fait danser la planète, l’Italien a plus touché à l’intime, à l’imaginaire propre au cinéma.

Il ne paraît en tout cas pas vraiment imprudent de le qualifier de plus grand compositeur de musiques de films de l’histoire. Son impact sur le monde de la bande-originale est incommensurable pour en faire le saint-patron d’une communauté peuplée d’apôtres du gabarit de François de Roubaix, Nino Rota, John Barry, Bernard Hermann, Angelo Badalamenti, Michel Legrand, Vangelis et tellement d’autres tant la liste est longue.

Sa musique imprègne totalement l’imaginaire de chacun créé par tant de films des 50 dernières années martelés le dimanche soir à la télé : le duel dans The Good, The Bad and The Ugly, la beauté de Claudia Cardinale dans Once Upon a Time in the West, la course mortelle du petit Dominic dans Once Upon a Time in America ou celle plus lente de Bebel dans Le Professionnel que beaucoup confondront avec le berger allemand au ralenti de la pub Royal Canin ou encore la gueule burinée de Gabin dans Le Clan des Siciliens. De l’art d’ajouter encore plus d’émotions à l’image grâce à ses quelques notes.

Car Morricone a composé pour à peu près tout ce que le XXe siècle a eu de grands réalisateurs, allant de Bertolucci (1900) à Pasolini (Scuola di ballo al sole, Salò O Le 120 Giornate Di Sodoma), Verneuil (Le Clan des Siciliens), Carpenter (The Thing), Malick (Les Moissons du Ciel), De Palma (Les Incorruptibles) se frottant même au Giallo avec Argento (The Cat o’Nine Tails) et Bava (Diabolik !), voire carrément le porno soft avec Vergogna Schifosi.

S’il a poursuivi sa carrière chez Tarantino avec son thème crépusculaire oscarisé pour The Hateful Eight (2015), son plus grand compère reste à tout jamais Sergio Leone. Avec le maître du western dit spaghetti qu’il avait côtoyé sans le savoir à l’époque à l’école à Rome, le duo était arrivé à un tel degré de complicité que Morricone composait d’abord ses musiques sur lesquelles Leone allait ensuite tourner ses chefs d’œuvres. Initialement formé à l’Académie romaine de Sainte-Cécile et après quelques tentatives dans la comédie, sa renommée devint mondiale dès 1964 grâce à ces drôles de films de cowboys italiens qui ont envahi le monde entier entre les années 60 et 70 marqués par les visages sales de Terence Hill, Clint Eastwood, Charles Bronson, Eli Wallach ou James Coburn…

Une guitare stridente, des chœurs féminins, un harmonica, quelques sifflets ou de la trompette, le son du Romain était reconnaissable entre mille jusqu’à en créer quasiment un genre musical épique qualifié de « morriconien » ce qui n’est quand même pas rien. Et ce n’était pas que ça non plus.

Avec une productivité digne d’un hangar d’Amazon, capable de composer près d’une trentaine de musiques de films par an à sa grande époque, le Maestro a aussi brassé un nombre incalculable de styles. Sous ses aspects un peu austères, il a su coller aux tendances de son époque se permettant de faire dans l’easy-listening, l’exotica, le jazz, le psyché, le disco, les expérimentations électroniques ou encore les douces ballades romantiques (Cinema Paradiso) et la religion (Mission) dans années 80. Il est absolument impossible de lister toutes les créations du génie italien mais il a aussi tenté quelques collaborations étonnantes comme l’impeccable album de bossa nova avec Chico Buarque, Per Un Pogno Di Samba (1971), avec Astrud Gilberto pour rester dans le Brésil ou encore d’écrire quelques titres pour l’emblématique Mireille Mathieu et l’un des plus beaux morceaux de Françoise Hardy (Je changerais d’avis).

Mais son impact dépassait largement le monde du cinéma et, comme pour les robots de Düsseldorf cités plus haut, sa musique a imbibé une grande partie de la production de la fin du XXe siècle et du début du XXIe. Grâce à son approche très pop, ça balaie là aussi très large en servant d’intro à tous les concerts de Metallica (The Ecstasy of Gold), dans la pop indé comme chez New Order (Elegia et la ligne de basse de Blue Monday), en influence majeure de la scène trip-hop de Bristol qui le vénérait (Portishead), la french touch versaillaise (Air, Daft Punk), le hip-hop (Jay-Z, Mobb Deep, Fonky Family) ou encore le post-rock (Tortoise, Labradford). Ennio est partout.

Pour avoir eu la chance de l’avoir vu diriger un orchestre de 60 musiciens lors de sa tournée d’adieu dans les arènes de Nîmes, c’est aussi l’attachement au personnage qui rendait Morricone si spécial. Au-delà d’une partition parfaite à près de 90 ans, la salve d’applaudissements finale fut interminable. L’émotion qui s’est propagée dans l’air au moment où le petit papy salua l’auditoire montrait bien le lien si familier qu’avait su créer Morricone avec plusieurs générations successives. Une intimité populaire étalée sur plus de 60 ans de carrière.
Réputé pour son sale caractère et détestable en interview comme tous les plus grands, ce pur romanista, discret tifoso de l’AS Roma (soit le club de foot le plus romantique du monde), passa toute sa vie dans la capitale italienne tout en continuant à parcourir le monde. Le Maestro éternel y est mort ce week-end.

7 commentaires

  1. PEACE AND RESPECT FOR ENNIO MORRICONE (1928/2020)
    Ilona Staller ‎– Cavallina A Cavallo (1979/Rca japan) (sur une musique du grand Ennio Morricone)
    Cavallina a cavallo est le troisième single de la porno star hongroise Ilona Staller, alias la Cicciolina sorti en 1979 en tant que deuxième extrait de l’album Ilona Staller. Le titre est composé par Ennio Morricone, est tiré de la bande originale du film Dedicato al mare Egeo, dont Ilona Staller était la protagoniste. Le single, extrait de l’album éponyme d’Ilona Staller en 1979, est sorti en 45 Tours pour le marché japonais par le label RCA. https://perseverancevinylique.wordpress.com/2020/07/06/ilona-staller-%e2%80%8e-cavallina-a-cavallo-1979-rca-japan-sur-une-musique-du-grand-ennio-morricone

  2. PEACE AND RESPECT FOR ENNIO MORRICONE (1928/2020)
    Ilona Staller ‎– Cavallina A Cavallo (1979/Rca japan) (sur une musique du grand Ennio Morricone)
    Cavallina a cavallo est le troisième single de la porno star hongroise Ilona Staller, alias la Cicciolina sorti en 1979 en tant que deuxième extrait de l’album Ilona Staller. Le titre est composé par Ennio Morricone, est tiré de la bande originale du film Dedicato al mare Egeo, dont Ilona Staller était la protagoniste. Le single, extrait de l’album éponyme d’Ilona Staller en 1979, est sorti en 45 Tours pour le marché japonais par le label RCA. https://perseverancevinylique.wordpress.com/2020/07/06/ilona-staller-%e2%80%8e-cavallina-a-cavallo-1979-rca-japan-sur-une-musique-du-grand-ennio-morricone

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