Le Cri Primal, ce n’est pas qu’une thérapie pour guérir de la névrose inventée par Arthur Janov en 1970. C’est aussi un groupe fondé en 1982, et toujours en pleine forme. A l'occasion de la sortie de leur nouvel album "More Light" le 6 mai, Alter-K fait gronder les enceintes avec une mixtape qui remonte aux origines de Primal Scream.

Pas facile de parler de ce groupe à la formation changeante (le seul noyau dur étant Andrew Innes à la guitare et Bobby Gillespie au chant) et à la discographie surprenante (injustement réduite à “Screamadelica” et plus généralement à la vague acid house/Madchester). Evidemment Primal Scream partage des points communs avec Happy Mondays, Stone Roses, My Bloody Valentine, New Order ou encore A Certain Ratio mais sa discographie protéiforme témoigne d’une rare ouverture d’esprit en matière d’influences.

Bobby Gillespie et Andrew Innes ont toujours déclaré être avant tout des fans de musique, n’hésitant pas à citer leurs artistes préférés ou encore à reprendre leurs chansons fétiches, ce qui leur a parfois valu le reproche de ne rien inventer mais de se servir dans leur collection de disques pour trouver l’inspiration.
Mais force est de constater que depuis 1982, et ce sans interruptions, le groupe n’a cessé de sortir des bons, voire des excellents disques (et même quelques chefs-d’oeuvre) avec toujours ce romantisme punk et cette euphorie juvénile inscrits dans l’ADN de leur musique. Les paroles de Gillespie, fils d’un syndicaliste écossais, sont souvent anti-establishment, au risque de paraître naïves. Cependant personne, pas même leurs détracteurs, ne pourra leur enlever le fait que la drogue est une grosse composante de leur musique: heroïne, ecstasy, cocaïne… les deux compères ont laissé plus d’un collaborateur sur le carreau !

David+Holmes+alongside+Andrew+and+Bobby+of+Primal+Scream+

En constante évolution, leur son est sous l’influence d’artistes qui couvrent presque toute l’histoire de la musique enregistrée. Depuis “Screamadelica” en 1991 (détruit/reconstruit/produit par Andrew Weatherall) le groupe a toujours privilégié l’expérimentation (notamment avec les producteurs David Holmes ou Brendan Lynch) se permettant cependant quelques incartades régulières dans le ‘classic rock’ (avec les albums “Give Out But Don’t Give Up” en 1994 ou “Riot City Blues” en 2006 par exemple).

L’influence du punk et du rock est assez évidente dans l’écriture ; celle des musiques électroniques l’est dans leur production. Entre ces deux pôles il est parfois plus difficile pour les novices de déceler l’héritage country (surtout sur l’album “Riot City Blues”), girl groups et pop (surtout sur l’album “Beautiful Future”), gospel et soul (surtout sur l’album “Screamadelica”), psychédélique (surtout sur l’album “Evil Heat”), funk (surtout sur l’album “Give Out But Don’t GIve Up”), krautrock (surtout sur l’album “XTRMNTR”), reggae-dub (surtout sur l’album “Vanishing Point”) voire latino (la chanson Screamadelica emprunte beaucoup au Toda Menina Baiana de Gilberto Gil par exemple).

La liste non exhaustive de leurs reprises est d’ailleurs assez éloquente: Screamin’ Jay Hawkins (I Put a Spell on You), Question Mark & The Mysterians (96 Tears), 13th Floor Elevators (Slip Inside This House), Townes Van Zandt (To Live Is To Fly), Fleetwood Mac (Over and Over), MC5 (Ramblin’ Rose), Nancy Sinatra & Lee Hazlewood (Some Velvet Morning), John Lennon (Gimme Some Truth), The Clash (Know Your Rights), Suicide (Diamonds, Fur Coat, Champagne)… Leur tube Loaded, une version moderne du Sympathy For the Devil des Rolling Stones, est emblématique de leur oeuvre: s’approprier, détruire, reconstruire.

Ci-dessous, une mixtape de 90 minutes (la durée d’un match de football, n’oublions pas que Primal Scream est un groupe de ‘lads’ par excellence) qui s’efforce d’explorer quelques-uns des artistes qui ont aidé Bobby Gillespie et Andrew Innes à forger le son, l’esprit et l’âme de Primal Scream. 24 titres pour les 24 heures d’une journée qui s’étendrait de 1956 à 1986. 1986 étant la seconde et vraie date de naissance du groupe : l’année où le NME sortira sa fameuse cassette C86 sur laquelle figure Velocity Girl, la face B de leur second single officiel sur Creation (le label d’Alan Mc Gee, un camarade de classe de Bobby, manager des Jesus & Mary Chain, qui par la suite signera My Bloody Valentine, Oasis, The Libertines…)

Tracklist :

Dion: Born To Be With You (1956)
The Ronettes: Baby I Love You (1963)
Bo Diddley: Hey! Bo Diddley (1964)
13th Floor Elevators: Slip Inside this House (1967)
The Rolling Stones: Sympathy for the Devil (1968)
The Flying Burrito Brothers: Cody, Cody (1970)
Ike & Tina: It Ain’t Right (1970)
Can: Mother Sky (1970)
Gary Glitter: Rock and Roll (Part 1 & 2) (1972)
Hawkwind: Urban Guerrilla (1973)
David Bowie: Rebel Rebel (1974)
Kraftwerk: Radioaktivität (1975)
Neu!: Isi (1975)
Augustus Pablo: Satta Dub (1977)
Tapper Zukie: New Star (1977)
Johnny Thunders: Born to Lose (1977)
Marianne Faithfull: Broken English (1979)
Gilberto Gil: Toda Menina Baiana (1979)
The Psychedelic Furs: Sister Europe (1980)
Billy Idol: White Wedding (1982)
Pete Shelley: Telephone Operator (1983)
Brian Eno: Deep Blue Day
Big Audio Dynamite: V. Thirteen (1986)
Public Image Ltd: Rise (1986)

4 commentaires

  1. Je chipotte là mais “krautrock sur XTRMNTR” c’est pas plutôt Evil Heat qui lorgne vers Death in Vegas et Neu! alors q’XTRMNTR a le cul (joliment) coincé entre le trip hop et le big beat ?

    (Cool en tous cas ; il était temps de rendre hommage à ces gens)

  2. Bon alors topons là et le prochaine tournée est pour toi.
    Au niveau des reprises il ya aussi le Five Years Ahead of My Time qui est carrément surprenante je trouve (surtout au moment où ils la reprennent ! ) à une époque où les Nuggets évoquaient plus des poulets Cuisiné par Tricatel que des compiles sacrées…

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