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NLF3, « Beast Me » EP
Fear and loathing in Teotihuacan

Les frenchies d’NLF3 sont de retour avec un EP qui donne le sentiment d’écouter un John Carpenter qui passerait ses vacances au Machu Picchu : le monde se vautrant dans le conformisme et courant à sa perte avec le sourire, il est à nouveau temps de défier Dieu.

Les frenchies d’NLF3 sont de retour avec un EP qui donne le sentiment d’écouter un John Carpenter qui passerait ses vacances au Machu Picchu : le monde se vautrant dans le conformisme et courant à sa perte avec le sourire, il est à nouveau temps de défier Dieu.

Voilà un disque avec lequel on ne vendra pas de voitures, sauf à imaginer une pub où un troupeau de quatre roues flambant neuves iraient se fracasser la calandre contre le premier mur venu, le chef de meute choisissant de se jeter d’une falaise. Ne rigolez pas, je suis sérieux, j’ai déjà entendu rugir ma voiture. D’ailleurs, dans les embouteillages, elles se parlent, vous le savez, vous les avez déjà entendues murmurer ; pour ne pas qu’elles écrasent vos enfants le matin, avant de les conduire à l’école, vous les nourrissez grassement, les nettoyez au meilleur jet et les remplacez pas une autre toujours plus grosse, en signe de soumission. Car en vérité, nous vivons au milieu des monstres. La plupart du temps, nous glissons U2, Bénabar et Zaz dans le poste pour ne plus y penser. Et la plupart du temps, ça fonctionne. Car nous ne voulons pas voir les grimaces, nous ne supportons plus d’avoir mal et nous nous soumettons bien volontiers à la dictature du cool, celle-là même qui nous fait rentrer dans notre coquille à grands coups de pieds dans les joues, un slogan publicitaire éructant que c’est pour notre bien. Nous y croyons. Car Dieu n’est pas mort. Et il est si puissant.

Fire walks with me, et il a des Vans

Ca n’était sûrement pas mieux avant. Il n’empêche : l’acharnement avec lequel notre époque répugne à la liberté et aux promenades à la marge, de peur d’avoir le vertige au premier ruisseau, confine à l’hystérie. Le plus effrayant ? L’acceptation sans broncher, voire le volontarisme guidant les masses molles et bouffies, se pousser du coude pour aller applaudir la première star venue, du moment que tout le monde en parle. Alors que j’aimerais tant avoir peur à cause d’autre chose : un fantôme débarquant dans le salon, une armée de zombies en voulant à mon foie, l’apocalypse arrivant pour de bon, ou le dernier EP d’NLF3, tiens.

Disque de sueurs froides, Beast Me s’ouvre pourtant sur un sentier doré dans la continuité de leurs dernières aventures sonores : Golden Path empile les strates et les boucles kraut, pour aller jouer dans la jungle et se reposer à l’ombre d’un temple maya. C’est encore le temps de la découverte, des sourires heureux et des chants onomatopéiques s’enroulant autour de la ligne de basse. Le premier quart d’heure du film d’horreur débute rarement sur un massacre.
Mais dans l’ombre du studio, les visages des producteurs se devinent mal. Et leurs barbes ne sont pas celle de Rick Rubin : Prométhée et Sisyphe veillent à la destinée de Beast Me. Dès Rites of Olympus, l’étau se resserre alors que le tempo est à l’agonie ; la menace semble pouvoir surgir de partout, les regards filmés en gros plan fouillent péniblement l’obscurité et quand on se retourne, l’ancien monde a déjà disparu. Le 06 de l’oracle ne répond plus et la seule chose qui pourrait encore nous sauver, c’est de mettre le feu à l’Olympe. Quitte à disparaître, autant que ce soit avec panache. Dans une improbable posture de défi, ça va de soi. Car si The Unseen a des allures de remake de The Thing au pied du Machu Picchu, quelques sourires encore éparpillés de-ci de-là, le pire et le plus beau restent à venir. Et s’appellent Beast Me.

21 décembre 2012

Qu’est-ce que c’est, 7’48, dans une vie ? D’habitude, pas grand-chose. Mais celles de Beast me sont différentes. Et changent le monde, que vous le vouliez ou non. Plus moyen de s’enfuir après ça, plus de pas de côté, interdit de regarder plus longtemps ses baskets : « Quand tu regardes l’abîme, l’abîme aussi regarde en toi ». Le 31 octobre, vous pourrez poser le vinyle sur la platine et, pendant 7’48, lever le poing au ciel, vous cogner dans tous les meubles, hurler en déchirant vos tee-shirts, prendre un billet pour le Mexique, mâcher vos cigarettes, résilier tous vos abonnements, vous recroqueviller dans un coin de la pièce, les bras autour des genoux, à regarder Aguirre dévaster votre cuisine avec ses troupes, relire le dernier chapitre du mythe de Sisyphe, psalmodier entre deux sanglots, regretter mille choix, en faire mille autres, rédiger vos dernières volontés comme si c’était, enfin, les premières. Attendre la fin du monde avec un sourire béat, un cheeseburger dans une main et un bâton de dynamite dans l’autre. Ne plus avoir peur tellement vous avez peur, ne plus avoir peur, ne plus avoir peur, ne plus avoir peur.

NLF3 // Beast Me  // Prohibited Records
http://www.myspace.com/nlf3

3 Comments

  1. HP

    5 octobre 2011 at 9 h 37 min

    Tuerie ! (le terme Génocide me vient, la faute aux sonorités zulu je suppose..)

    Ca s’écoute là les zamis http://nlf3.bandcamp.com/album/beast-me et ça fait un bien fou dans cette rentrée égale, du frais dans la tête.

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