Le musicien messin de 45 ans sort cette année un deuxième album sous l’alias Noir Boy George, 15 ans après un premier disque « Metz Noire » devenu une pierre angulaire de l’underground français. Alors Nafi, quoi de neuf depuis tout ce temps ?
J’ai étudié deux ans à Metz. Deux années sous la grisaille à écouter des artistes pas toujours au top de leur forme en attendant la fin de mon calvaire. Dans cette playlist déprimante, on retrouvait The Feeling of Love, Le Singe Blanc, Bras Mort ou encore Oi Boys. Mais un nom a toujours été au-dessus de la mêlée, celui de Noir Boy George. Un projet lancé par Nafi en 2008, qui, presque vingt ans plus tard — et contre tous les pronostics — n’est pas encore enterré. C’est même le contraire : le Messin vient de sortir un nouvel album chez Pan European, ses concerts sont très souvent sold-out et il lance deux nouveaux projets « avec des potes » tout en assurant l’intérim dans ses anciens groupes, par exemple avec Scorpion Violente.
Une vivacité paradoxale pour quelqu’un qui assume faire le minimum. Entre deux dates express dans des caves moites, Nafi a surtout cultivé une chose rare : l’absence. « De manière générale, je suis peu productif dans tous les groupes dans lesquels je joue, confesse le musicien, assis dans un bar du 18e arrondissement parisien. Ce n’est pas une punchline, c’est un constat. Si je n’ai pas sorti beaucoup de choses, c’est aussi parce que je n’avais pas d’idées. Avec un projet solo, t’es face à toi-même… Et comme je pouvais continuer à faire des concerts, je n’ai jamais eu l’impression de disparaître. Puis un jour tu regardes derrière toi et tu te dis : je n’ai pas fait grand-chose pendant dix ans. »
Le punk, toujours
À la base de Noir Boy George, il y a le punk. « Quand j’ai commencé la guitare, j’étais au lycée et le boss du bahut, c’était celui qui pouvait jouer des solos de guitare. Mais moi, j’ai découvert le mouvement punk, des choses plus obscures et ça m’a libéré. Je me suis dit que s’ils pouvaient le faire, moi aussi. » Schéma classique : il passe des Sex Pistols aux Stooges puis de Suicide à DAF. Mais tout change avec Jean-Louis Costes. « Le côté rentre dedans, direct… Là je comprends qu’avec le français, je peux être plus cash et trash qu’avec l’anglais. » Le garçon, qui répare aussi des pédales d’effet chez lui, fait alors semblant d’être pro-actif en lançant plein de groupes aux noms débiles (Scorpion Violente, Discipline for Youth, A.H. Kraken, The Anals, Funk Police, 20 000 Punks, Le Chômage).
Seul face à un vieil orgue, il bricole ses propres chansons puis sort en 2011 son premier album « Metz Noire » sous le nom de Noir Boy George. L’objet devient rapidement culte. Mais aucune urgence pour écrire la suite. Les années passent. Nafi maintient ses engagements dans certains groupes, tourne de temps en temps avec NBG aux côtés d’autres artistes underground (Usé, Jessica93, Maria Violenza, etc.) mais peine à se pencher sur de nouveaux morceaux. Pas grave puisque ceux du premier disque, qui parlent aussi bien de bébés congelés que de cancer, de corps démembrés ou de dealers, suffisent à le maintenir à flot. Mais pas à avancer.
« D’un coup, tu deviens coach de vie ou psychologue, mais au bar avec des inconnus. »
Le réveil sonne en 2017. Sur Internet, Nafi découvre la trap. Des rappeurs comme Kekra, Huntrill ou plus récemment TH qui lui mettent une grosse claque. Il s’y retrouve immédiatement. Même énergie. Même liberté. Même refus de suivre les règles. « Je ne trouvais plus rien dans le rock qui me stimulait, surtout au niveau des paroles. Là, tu sens que ce sont des mecs chez eux sur FL Studio qui mettent de la saturation et du flanger partout, les morceaux sont mal mixés, les textes sont crus… C’est dégueulasse mais dans l’attitude, c’est du punk. » Le Messin chope un sampler puis teste ce nouvel outil. Il passe alors des heures sur YouTube à découper des chansons et à isoler certaines parties pour créer des boucles. Sur Polytoxicomane de toi, on retrouve logiquement plusieurs samples : du post-punk année 80, des bandes originales ou encore du kraut allemand. « Et ça rejoint la démarche punk puisque tu voles la musique des autres », avance Nafi, sourire au coin des lèvres.
Comme Alan Vega
Même si les influences et le processus créatif ont évolué, ce nouvel album n’est pas un grand écart musical. Les chansons — dont certaines sont jouées en live depuis plusieurs années — gardent la signature « NBG » avec des histoires de cul glauques (Le samedi c’est Agnès), des errances (À l’est de ton corps), des textes poétiques sur le travail à l’usine (Les rapports de production) ou encore une analogie entre Alan Vega et des mecs sapés en cuir qui zonent en ville (Comme Alan Vega). Des textes qui mêlent ennui, doutes existentiels, drogues, sexe, déprime, et qui peuvent parfois rappeler des mauvais souvenirs aux auditeurs. Le revers de cette médaille morose est que Nafi termine parfois ses concerts à recueillir la parole de fans qui ressentent le besoin de se confier. « D’un coup, tu deviens coach de vie ou psychologue, mais au bar avec des inconnus. Tu sens qu’ils portent un truc lourd. »
À l’heure où tout le monde doit produire pour exister en continu, lui a fait l’inverse : il a souvent disparu. Une forme de rareté devenue accidentellement précieuse puisque sa popularité n’a pas décliné, qu’une nouvelle génération découvre sa musique et que les fans gueulent s’il ne joue pas ses tubes comme Enfonce-toi dans la ville ou Messin plutôt que Français. Son analyse ?
« Je le vois sur une échelle de temps. Au début, je faisais des concerts devant 12 personnes. À Paris on jouait à la Cantine de Belleville devant 10 personnes. Puis il y a eu 20 personnes, puis 30 et maintenant je joue devant 300 personnes. Ça s’est fait progressivement. Les gens me connaissent car ça fait presque 20 ans que le projet existe. Mais je me demande si le fait d’avoir une forme de ‘‘rareté’’ ne joue pas aussi. Si j’avais sorti 11 albums en 15 ans, je ferai sûrement de la merde aujourd’hui. C’est le choix de la facilité pour moi de ne rien faire, mais je pense que ça joue sur mon statut, même si ce n’est pas du tout calculé. »
Pour ceux qui seraient en manque de Noir Boy George, la cure de désintoxication est finie. Le nouveau disque est sorti, les concerts continuent et Nafi réanime deux anciens projets : The Dreams (aux côtés d’Armelle d’Heimat) et Funk Police (avec Guillaume Marietta). Des nouvelles chansons sont même déjà écrites pour un troisième opus. « Là, ce n’est que mon deuxième disque en plus de 15 ans… Je suis encore qu’au début de ma carrière », ironise Nafi. Le plus inquiétant dans cette histoire, ce n’est pas qu’il ait mis quinze ans à sortir un album. C’est que ça lui ait suffi pour devenir indispensable.
Noir Boy George // Polytoxicomane de toi // Pan European
on se proméne dans le sod ouest (pau!!!!) y’a pas une brocante/vide G ou plutot deprogrammée a klaus du prix du carburant…………..
il met pas un casque comme les daffe funk?