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4 mai 2025

« A Journey That Never Was » : la chapelle sixties d’Arthur Satàn

Quatre ans après son premier disque solo, le leader de JC Satàn remonte à nouveau le temps avec « A Journey That Never Was », petite bijouterie de home studio.

Clavecin, chant choral et larsen d’ampli mal branché : la nouvelle chapelle sixties d’Arthur Satàn commence comme ça. Dix-sept morceaux et une heure plus tard, l’auditeur aura largement eu le temps d’en perdre son latin, de voir la lumière un certain nombre de fois, et de jurer que bon dieu, ce truc, c’est quand même sacrément bien torché pour un Frenchy trentenaire pas en âge d’avoir reçu en direct le coup de Revolver des quatre garçons plus célèbres que le Christ.

Pour ceux qui avaient déjà succombé à So Far So Good, en 2021, sa première échappée de studio en solo, la surprise n’en est pas tout à fait une. Le leader de JC Satàn, mécréants braillant bruyamment leur saint amour du binaire et valeur ultra sure de cette vague garage rock française du début des années 2010 signés sur Teenage Menopause Records avant de rejoindre LE saint Graal de l’indé français Born Bad Records (pardon pour cette longue digression) y couchait déjà sur bande son amour à rebours d’un rock et d’un son sur lesquels nos parents auraient pu s’encanailler s’ils n’avaient pas eu le crédit de la maison à payer.

A journey that never was | ARTHUR SATAN | J.C.Satàn

Violons synthétiques, larme à l’œil et Belle au bois dormant

Ce premier pas de côté, nous ne le savions pas encore, n’était donc qu’un galop d’essai. Quatre ans après avoir fabriqué une machine à remonter le temps dans son home studio, Arthur Satàn va BEAUCOUP plus loin. Beaucoup mieux. Beaucoup, beaucoup, beaucoup mieux.

J’entends pourtant déjà les grincheux : « C’est du réchauffé, c’est déjà mille fois entendu, c’est une pâle copie, bla bla bla, bla bla bla. » On se calme, et on boit frais à Saint-Tropez, les blasés. Ce disque est merveilleux de bout en bout. Oui, il est sixties à crever. Oui, on pense aux Beatles, aux Beach Boys, aux Kinks. So what ? C’est beau, c’est chiadé, c’est mélodieux, y a pas un morceau sur les dix-sept à jeter et il faudrait faire nos danseuses ?

Plutôt crever que de ne pas s’incliner, les deux genoux dans la boue, le cœur transpercé et la larmichette à l’œil, devant To Please You All. Oui, ce truc et ses violons synthétiques, qui enfle à mesure qu’il avance, qui appelle des soulèvements, qui ménage ses effets et emporte la mise sur le refrain, peut plaire à tout le monde. Et c’est tant mieux. Plutôt crever que de ne pas succomber à la force épique de The Pagan Truth, qu’on peut écouter déguisé en chevalier si ça nous chante, et, oui, ça nous chante d’aller réveiller notre Belle au bois dormant avec pareille secousse. Plutôt crever que de louper le voyage en fusée de Son of The Atom, ses morsures électriques, sa mélodie en sous-sol, ses habillages alambiqués, sa fulgurance d’un bout à l’autre. Plutôt crever que de faire une croix Crucify Me, sunny pop song plus efficace que le plus puissant euphorisant pharmaceutique, cédé sur ordonnance ou pas.

Plutôt crever que de ne pas confesser l’admiration et les frissons dus à ce Voyage qui n’a jamais eu lieu : on ne pensait pas aller si loin en sa compagnie. Bravo, Monsieur Satàn.

Arthur Satàn // A Journey That Never Was // Born Bad Records

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