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20 août 2025

Coups de coeur, coups dans l’eau : nos 72 heures à la Route du Rock

@BRICEDELAMARCHE

Écrire un report de la trente-troisième Route du Rock bien des jours après ? Et alors ? Y a quoi ? Prendre son temps dans un monde qui va beaucoup trop vite, c’est déjà presque un acte de résistance. Oui, OK, c’est aussi un peu par fainéantise.

Jour 1 : les faces B de Dominique A, la surprise Memorials et La F(l)emme

Le saviez-vous ? Dominique A utilise un téléphone à clapet et mange des glaces en flânant avec ses proches dans Saint-Malo, comme tout le monde. En revanche, peu de touristes malouins enchaînent des morceaux plus ou moins obscurs face à des plagistes tatoués allongés dans des transats, dos à l’océan. C’était le lendemain de son concert à la Nouvelle Vague. Il avait le sourire. Ce qui sortait des enceintes était doux, parfois surprenant, on n’est pas resté jusqu’à la fin mais de ce qu’on en a entendu, c’était chouette, les faces B de Dominique A.

©Nicolas Joubard

L’histoire de la 33e édition de la Route du Rock retiendra que c’est Memorials qui a lancé la première soirée au Fort Saint-Père. Que je n’en avais jamais entendu la moindre note, et que c’est l’occasion de redire que ce festival joue encore ce rôle que beaucoup d’autres ont abandonné : te faire découvrir des trucs BIEN. Une meuf, un chevelu, des sons chelous, de la guitare, une voix envoûtante et des saillies bruitistes pour te réveiller après une sieste sur la plage : ouais, Memorials, c’était bien. On n’en dira pas autant de La Femme, qui dépense beaucoup d’énergie, mais on ne sait pas trop pour quoi en faire. Pour Black Country, New Road, on se permettra d’être plus désagréable : les concerts de fin d’étude de conservatoire jazz, fagotés n’importe comment, c’est non. Wu Lyf ? Bof, bof. King Krule ? On a entendu pas mal de gens ravis, mais qui disaient aussi tous que ses enchaînements étaient trop longs.

Jour 2 : rock mais pas que

Adage de festival : un seul jour de bonheur suffit. Cette année, c’était le vendredi. C’était rock mais pas que. Priscilla et moi sommes tombés sous le charme malin, subtil et parfois même un peu sonique de Biche. Des musiciens qui savent se servir de leurs instruments, c’était déjà beau à voir et écouter. Mais surtout, il y a leurs chansons. J’ai pensé vite fait à Aquaserge, en plus accessible, et puis je n’ai plus pensé à rien d’autre que me laisser porter. Sinon, au mercato des batteurs, celui de Biche pourrait affoler n’importe quelle grande écurie.

©Nicolas Joubard

Gans est passé après. Beau boucan. Grosse débauche d’énergie à l’anglaise du duo de Birmingham. Une heure comme si le rock pouvait encore faire danser la révolution.

Porridge Radio ? Du rock indé classique, mais un peu juste pour la grande scène. Une fois que j’ai dit ça, personne n’enlèvera sa farouche détermination à Dana Margolin. C’est toujours touchant de voir quelqu’un chanter avec ses tripes au bord du micro.

Crush longue durée

Frissons et décharges d’électricité des pieds à la tête, du début à la fin, folle intensité et vertiges, vraiment… Tropical Fuck Storm, pour ceux qui ne seraient pas au courant, c’est mon crush longue durée. De quoi snober Pulp, qui n’avait jamais mis un pied dans mes oreilles : la moindre des choses était de continuer. En ignare complet, je m’en remets à tous les fans, entendus le soir même et le lendemain de-ci de-là : c’était bien, voire super. Je respecte les fans et leurs analyses pas toujours rationnelles, ni tout à fait fondées : aimer la musique, c’est aussi aimer par-dessus tout ceux qui la font. C’est leur pardonner bien des choses. C’est sourire secrètement dans sa tête tandis qu’on interviewe les quatre membres de Tropical Fuck Storm deux heures avant leur prestation dantesque, comme toujours. Sourire pour soi en se disant que ce groupe dont on est fan est vraiment sympa. Sourire plus tard, après la foudre, en se disant que décidément, ces quatre-là ont le sens du séisme scénique, ce dont personne ne se douterait à l’heure de discuter avec eux sous un parasol et un soleil couchant breton. La vie manque bien trop souvent d’intensité pour ne pas louer de tels moments.

©Nicolas Joubard
@Brice de la Marche

Jour 3 : Black Hole Suuns

Adage de festival : un seul concert suffit pour sauver une soirée. Samedi, ce fut celui de Suuns. Une prestation âpre, tranchante, jouée lentement, intensément, avec quelques explosions millimétrées te creusant soudain la peau à la racine des cheveux. Du zéro concession de très haute volée. À 20 ans, power trio s’écrivait Nirvana. Trente ans plus tard, trois Canadiens incendiaires en ont changé l’orthographe sans que je vois rien venir. Bravo, bravo, bravo.

©Nicolas-Joubard

Sinon, comme tout le monde, j’ai vu la légende Kraftwerk. Les pionniers. J’ai vu aussi Olivier Cachin traversant l’espace presse, afféré et tiré à quatre épingles, une drôle de valisette à la main. Peut-être était-il venu interviewer les légendes, les pionniers. En les voyant jouer, dans leurs costumes lumineux changeant de couleur à chaque titre, j’ai pensé à Daft Punk. Je parie que je n’ai pas été le seul. Sinon, une jeune femme m’a demandé si ça me plaisait. J’ai haussé les épaules en souriant. Elle a dit que ce n’était pas assez fort.

©Nicolas-Joubard

Et aussi…

27 000 spectateurs, dont un complet le deuxième soir. L’arrivée de Combat, le groupe média et culture de Mathieu Pigasse, en backup de la Route du Rock, évoquée à la traditionnelle conférence de presse de fin de festival, « la bascule » que cela représente pour François Floret, le directeur, et la confiance que ça lui donne en l’avenir ; la Carlsberg, qui se laisse boire, les vieilles amitiés croisées plus ou moins au hasard et les éclats de rire qui vont avec, les abrutis dans la navette du retour qui chantent des propos racistes, les Anglaises dans la navette du retour qui chantent cinq fois d’affilée le même morceau des Doors (Roadhouse Blues, si vous voulez savoir), toutes ces jambes tatouées croisées PARTOUT, ces beaucoup trop nombreux touristes dont on faisait partie, subis dans la cité des corsaires, ces restes de sable au fond du sac, le goût du sel sur les lèvres au sortir de l’océan avant d’aller routedurocker et celui de reviens-y qui ne s’efface toujours pas.

4 Comments Laisser un commentaire

  1. il pourrrait passser nnein porte kell zique vous adoreraient/detesteraient public conservateur & le sinovateurs iront a la benne solderie quoi tant pense de super! en nov coup de glaive?glaire?

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