Sur le net, plusieurs dizaines de maniaques sévissent chaque jour sans que personne ne s’en soucie, le faible nombre de vues de leurs vidéos faisant foi. Leur but ? Elargir votre culture musicale, à moins que ce ne soit d’étaler la leur. Leur médium ? Youtube. Coup de projecteur sur ces sympathiques bargeots sans qui je n’aurais peut-être jamais découvert « The Snake » d’Harvey Mandel.

Désormais, c’est chose acquise et entendue : même si on a un PEL en voie d’assèchement, on a toujours la possibilité de découvrir de la musique grâce aux réseaux sociaux ou à des sites comme Youtube, Soundcloud, Bandcamp, etc…Le problème ? Depuis le passage au nouveau millénaire, tout le monde à part vous semble s’être mis à faire de la musique. Rien de grave donc, si ce n’est le premier dommage collatéral que le passionné se prend rapidement en pleine face : comment faire pour dénicher des pépites susceptibles de le bouleverser dans cet amas bordélique de musiques souvent sans intérêt ?

Rassurez-vous, si vous n’êtes pas suffisamment en forme pour vous lancer dans un parcours du combattant, quelques doux dingues travaillent chaque jour pour vous en surfant sur le net et en consacrant  le crate digging comme activité quotidienne. Eparpillés non aux 4 coins de l’hexagone mais bien all over the world, ces hommes (et quelques femmes) ont assez rapidement déniché un nom de tribu : the vinyl community.
Attention, ami lecteur, tu penses sans doute parfois comme moi être un féru de musique, une quasi-sommité en la matière dans ton quartier voire au-delà, mais ne va surtout pas te frotter à ces gourous là. On parle ici de forcenés, d’obsessionnels possédant des milliers de disques, une culture encyclopédique, et qui continuent à s’en procurer chaque semaine par dizaines. Combien sont-ils exactement? Quel but poursuivent-ils ? Comme dans n’importe quelle tribu de l’ère internet, c’est bien difficile à dire, mais comme on s’en fout un peu, ça tombe bien.

Cette communauté sévit donc sur Youtube. Pour en faire partie, rien de plus simple : il te suffit de te filmer devant ton mur de vinyles, et de présenter avec une régularité digne d’un métronome les disques de ta collection au cours de multiples vidéos plus ou moins longues. Ensuite, tu balances ta vidéo sur le net et le tour est joué. Une constante ou presque dans ces milliers de vidéos balancées grosso modo depuis 4 ans : l’absence quasi totale de musique dans ces vidéos et aucune chronique « littéraire» des disques proposés. Ces gens là ne sont manifestement pas du tout là pour s’écouter déblatérer sur telle ou telle sortie récente, ou pour pavoiser sur tel groupuscule punk sorti de l’anonymat après 30 ans d’absence…Non, le concept est ultra simple et paraît dénué d’ego : montrer pochette par pochette l’intégralité de sa collection de vinyles, en commentant certaines de leurs trouvailles d’un lapidaire « cool stuff » ou d’un « amazing record», donnant ainsi l’envie féroce à l’auditeur lambda d’aller farfouiller sur le net ou ailleurs histoire de débusquer d’un oubli parfois relatif des pochettes, des artistes ou des labels qui n’en espéraient pas tant.

Comme souvent, le concept initial a rapidement évolué pour maintenir éveillé l’intérêt de cette entité étrange qu’est l’internaute. Il arrive qu’un membre de la communauté poste une vidéo dans laquelle il interroge tout à chacun sur leur rapport à la musique, ou demande aux membres leur top 3 de rock québécois progressif ou encore les 10 meilleurs LP’s sortis par le label Trojan entre 1971 et 1975. Apparemment, on est pas vraiment là pour disserter sur le dernier Arcade Fire ou le prochain single de Franz Ferdinand.

Dans une tribu, tous les membres n’ont évidemment pas le même rôle, et la vinyl community n’échappe pas à la règle. On y trouve des gourous comme Fred, alias Bigstar1000, français originaire de Sochaux et expatrié pour raison professionnelle à Melbourne ou Dereck, alias Dereckvon, un américain ex- guitariste du légendaire groupe de new wave Digital Sex qui expliquera au cours d’une de ses milliers de vidéos qu’il a tout bonnement décidé de consacrer sa vie à la musique et aux disques car il ne ressent pas d’autres envies et surtout pas celle d’avoir une famille. Ces deux là réunis semblent en savoir plus sur l’histoire de la musique moderne qu’un homme bionique qui aurait tout lu et tout vu sur ce sujet. Par musique moderne, entendez reggae, soul, rock, psyché, prog, pop, jazz, kraut, indie, folk, garage, dubstep, électro, etc…car il n’est jamais question de chapelle dans cette communauté là.

Le profil des membres est en fait très varié : certains semblent travailler dans la musique (si j’en juge par les disques d’or qui ornent leurs murs), d’autres sont des no-life délaissant achats d’habits, nettoyage d’appartement ou relations sociales pour se plonger corps et âme dans l’univers du microsillon. Au travers des nombreuses vidéos postées (par centaines, voire milliers, pour un seul membre), il n’est pas rare qu’on découvre une présentation du matériel sono de son auteur (ou « music room ») ou qu’on ait le droit à une visite guidée de son appartement, voire à un trajet en voiture pour aller faire une razzia dans un record store. Ces types là ne sont en aucun cas des hippies, mais ils semblent liés par un truc très basique : leur passion pour la musique (chaque membre a certes ses marottes, mais tous possèdent du reggae ou du psyché par dizaine de galettes) et le support.

Au fil du temps, les membres sympathisent et nous assistons assez émus à des envois croisés de vinyls avec déballage de paquets donnant lieu à vidéos youtubesques, et des remerciements…avec envoi de vinyls dans la foulée. Certains vont jusqu’à se rencontrer dans la vraie vie et à s’offrir une journée de shopping ensemble, histoire de partager un moment convivial et culturel chez des disquaires qui sentent bon la poussière et le carton cramé.
Au milieu de ces milliers d’heures filmées dans des univers domestiques, il y a quelques moments d’anthologie : un membre explique très calmement face caméra qu’il a du laisser sa femme accoucher seule à l’hôpital car il était trop impatient de partager avec la communauté ses dernières acquisitions de disques. Un autre réapparaît après quelques mois, et explique, nouvel appartement à l’appui, qu’il avait cessé de poster des vidéos car sa copine ne supportait plus la place que la musique prenait dans sa vie. Et de conclure la mine défaite et une pochette de vinyle en main qu’il n’avait pas d’autre solution que de la quitter, ce qui a provoqué chez lui une déprime sévère.

Toutes ces vidéos ont un point commun : elles reçoivent un nombre faramineux de commentaires d’internautes en comparaison d’un nombre de vue rachitique. Pour 55 vues youtube, il n’est pas rare de trouver 20 commentaires, souvent pertinents ce qui change des trolls et haters habituels. En les regardant, il n’est pas interdit de songer à Almost famous, le film de Cameron Crowe, et à cette phrase de Lester Bangs assénée au jeune William Miller, jeune critique en herbe : nous les critiques, nous ne sommes pas cools. Entre geeks, pères de famille ou ingénieurs binoclards, rares sont les membres qui respirent le cool (on citera ainsi sans le connaître Fatback funk, dont la discothèque personnelle semble contenir plus de pépites groovy que la Californie en pleine conquête de l’ouest).

Mais là aussi on s’en fout un peu. Car cette communauté que tu trouveras très facilement en tapant vinyl community dans le moteur de recherche de Youtube est un petit plaisir simple pour qui aurait envie d’écouter quelques passionnés présenter des disques de la plus belle des manières : simplement.

42 commentaires

  1. Il y a un peu la même chose sur Instagram
    en tout cas je suis des mecs qui postent leurs disques de powerpop et on s’échange des petits coeurs
    (d’ailleurs j’ai plus de <3 sur les pochettes de disques que sur les autres photos que je poste)

    samedi il y avait un reportage sur les accumulateurs et parfois je me dis que la limite entre la collection et l'obsession est tenue
    mais bon au fond ça dérange en général pas grand monde d'avoir ce genre de petites folies (à part soit même)
    reste à frôler mais ne pas dépasser la folie ah ah

  2. Claire : the needle drop cen’est pas du tout le même concept. Le mec présente un disque chaque jour et peut en parler (souvent très bien d’ailleurs) pendant 15 minutes). Les mecs de la vinyl community, c’est l’inverse. Ils déballent à chaque vidéo des disques par dizaines, en parle en 30 secondes chrono et ne les note jamais.

    The Thin white plouc : j’ai toujours su que tu avais bon goût, comme le babybel.

    Alex Twist : considères tu que tu as toi-même franchi la ligne jaune? (pour moi, elle est franchie le jour où tu commences à acheter un disque sans te rappeler que tu l’avais déjà en double exemplaire chez toi).

  3. J’ai peut-être rien compris mais j’ai l’impression que c’est toujours le complexe de celui qui a la plus grosse. Je préfère les mecs qui poste leur énorme collec de trucs introuvables sur youtube sans avoir pour autant besoin de dire moi ! moi ! en se filmant et en faisant des coms… Juste pour faire écouter de la musique sans se la péter (ce qui est loin de l’esprit almost famous, on est d’accord)

  4. On peut effectivement trouver qu’on joue à celui qui a la plus grosse quand on est membre éminent de la VC. Ceci dit, on a aussi le droit de prendre le truc à l’envers et de trouver que tout ça met un peu d’humanité dans cet océan de disques paru depuis 50 ans… Père Plex (ex), si tu as un peu de temps, regarde quelques une de ces vidéos et (la plupart de) ces membres devraient te paraître assez rapidement comme des good guys (relativement) dénués d’ego.

  5. Non mais je suis d’accord c’est pas des méchant juste je préférerais toujours quelqu’un qui mets la musique en avant plutôt que quelqu’un qui se mets en avant parce qu’il écoute la musique comme ceux-là :
    http://www.youtube.com/user/PalacioFarnesio?feature=watch
    http://www.youtube.com/user/houzbizness303?feature=watch
    Ils prennent du temps (et beaucoup de temps) pour partager ça. Donc les rigolos dans leur salon, c’est sans doute mignon mais ça va pas plus loin que ça.

  6. Ce n’est pas un ami intime,je le croise de temps à autre chez les disquaires ,mais cet Alexandre persévérance à une culture musicale encyclopédique et il est vraiment très sympa.

  7. Toucher sa bille, on s’en moque un peu, non? Le plaisir de la musique, ce n’est pas forcément le concours de celui qui a la plus grosse. Par contre, s’il bosse chez Cherry Red, c’est cool. Quelqu’un aurait son contact?

  8. Le persévérance ex de Hiero Colmar ,qui a vu johan asherton en 1992,diabologum en 1994,the pastels et supreme Dick en 1995,boogaerts et vanot en 1996, yo la Tengo en 1997,monk and canatella et Dub narcotic sounds sythms en 1998 etc,c’est pas un pote ,mais moi je dis respect

  9. A.perseverance est à tort pris pour un troll et un haters sur les réseaux sociaux,le mec est juste un grand malade de musique,un peu grand gueule,mais c’est vraiment un type respectable.

  10. Clairement ce n’est pas un pote,mais je respecte énormément ce Mr Persévérance, c’est un mec droit,entier,il a des couilles ce mec

  11. Je connais depuis 30 ans Alexandre Persévérance,il a beaucoup de gouaille,mais sincèrement il a une culture musicale de premier plan,c’est vraiment un chic type

  12. Alexandre P de son vrai nom Alexandre R,,je les connu du temps de Babouin son magasin de disque à Colmar,il a eu aussi un shop à Strasbourg.Circa 1993 avant toute le monde il ma fait découvrir Jean Bart,on le méprise sur Paris etc sans le connaitre,c’est humainement vraiment une personne respectable.

  13. Quand on a une « micro célébrité « via les réseaux sociaux,cela suscite des jalousie des rabots etc.On raconte toute et n’importe quoi sur alex.Les gens sont méchants.

  14. C’est bien le mec qui harcèle des meufs pour qu’elles tournent à poil dans un prétendu clip qu’il tourne ? Un genre de Michel Fourniret indé, quoi

  15. Patoche tu dois confondre avec les gros DSK que sont Sylvain Bourmeau et pierre Siankowski ,je connais tres bien alex ,on lui colle des histoires abracadabrantesque sur le dos a tort.Juste parce qu’il envoie du bois dans le milieu.

  16. Apparemment ce mr persévérance est de retour en France et anime désormais une émission sur une radio sur libre,j’ai écouté l’émission,sa sélection est impeccable.Pourquoi tant de haine envers ce monsieur ?

    1. Alexandre persévérance n’est pas à prendre uniquement au premier degrés,l’homme à plus d’humour que l’on ne pense,moi il me fait mourrir de rire quand il parle du boss Born Bad.Le baron de Romainville lol ou quand il parle du gros Boris de Dominique A.

  17. Je préfère milles fois un Alexandre Perseverance à toute la clique parisienne. Christophe Abric ou Maxime Guitton etc c’est des Mickey comparé à alex.

  18. Depuis 2009,je suis subjugué par la boulimie musicale dont ALEXANDRE PERSÉVÉRANCE fait preuve et qui lui est permise par l’accouplement Youtube/Facebook/blog (autre réseau…). En tout cas, ses posts incessant me font découvrir des artistes formidables.Il avec plus de 4000 contact sur facebook,si ce fut un gros pervers etc ,il y a un bail qu’il fut griller.

  19. Bonjour .Depuis 2 ans environ, je suis victime d’une campagne de calomnie mensongère et diffamatoire sur les réseaux sociaux par un certain nombre d’individus que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam et qui racontent n’importe quoi, tout et son contraire sur moi et sur mes activités. Jusqu’à présent je n’avais pas voulu y répondre car y répondre ce serait d’une certaine façon cautionner cette diarrhée verbale remplie de haine et de jalousie. Mais bon j’en ai plus que marre que l’on me fasse passer pour un escroc ou pire encore pour un gros DSK. A cause de cette réputation sulfureuse bâtie de toutes pièces et sans fondement aucun, j’ai perdu deux deals pour mon label. Loin de moi l’idée de faire mon « Caliméro de base » et de faire pleurer dans les chaumières mais je ne suis que musique. C’est la Colonne vertébrale de mon existence. J’ai tout sacrifié pour la musique, je suis un smicard, je n’ai pas d’argent, je me suis saigné à blanc pour mon label, c’est beaucoup de sacrifices. J’ai sacrifié l’idée même de vie privée pour cela. Je ne suis pas sorti pendant des mois pour sortir les disques d’artistes auquel je crois. Je ne suis pas ni ne souhaite ni ne serai jamais un acteur important du milieu de la musique. Je ne comprends pas cet acharnement profondément injuste et injustifiable. Peut être cela vous arrivera t’il sans doute un jour mais je ne vous le souhaite pas ! J’ai subi à deux reprises un piratage en règle de ma boîte mail et de mon compte Facebook( il y a deux ans). Si on vous a contacté pour autre chose qu’un projet purement musical il ne s’agit en aucun cas de moi. Je le répète pour la dernière fois je ne suis pas photographe. Les chiens aboient la caravane passe. SHAME ON YOU. A bon entendeur salut.a.p

  20. Après quatre années de persévérance, le songe est devenu réalité.Les Disques Persévérance sont très fiers de vous annoncer la réédition en CD, dix-huit ans après, du quatrième album de Jean BART « Affaire classée avec fracas et pertes, j’en ai trop vu, des mûres et des pas vertes ».
    L’album est en précommande pour 15€, port compris, sur BANDCAMP.
    Il s’agit d’une réédition Les Disques Persévérance avec l’aimable autorisation du label Mercury, un label Universal France.
    Sortie officielle prévue le 30/11/2015.

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