Alors que je comatais tranquillement sur mon lit, voilà qu’un son m’extirpe de ma rêverie et vient se loger dans ma tête pour ne plus en sortir. D’ailleurs, il y a de fortes chances pour que j’écrive ce papier afin d’exorciser cela, car je n’écoute plus que le groupe à l’origine de cette situation depuis deux semaines. Et même si je les adore - au grand désespoir du rédac' chef - j'aimerais bien pouvoir écouter autre chose que les Smiths.

Mais impossible. Même pas ingurgité l’intégrale de leur discographie, que je suis déjà comme atteinte de boulimie musicale. Cela pose un sérieux problème.

Certains trouvent que c’est le pire groupe des années 80.
D’autres que c’est le meilleur groupe anglais de cette décennie.
D’autres encore pensent qu’avec la dissolution du groupe ils ont achevé la New Wave anglaise avant de lancer le mouvement rock britannique des années 1990.

Par conséquent, j’estime que toutes ces personnes peuvent au moins s’accorder sur un point : les Smiths sont comme leurs paroles, ils laissent dubitatif. En ce qui me concerne, je fais partie du quatrième courant de pensée concernant les Smiths : la bande à Johnny Marr est un groupe anglais capable d’installer dans la pièce une ambiance particulière et très souvent mélancolique. Un groupe qui, surtout, sait faire passer une émotion.

Je me souviens de la première fois où j’ai entendu les Smiths, ou du moins du jour où j’ai pris conscience d’eux comme tels, comme étant les Smiths et non juste un groupe qui s’était séparé il y a déjà plus de vingt ans. C’était avec Still Ill . L’entrée de la batterie, la mélodie douce et pourtant entrainante, la voix de Morissey (l’ex-chanteur du groupe, qui a depuis fait une jolie petite carrière solo), surtout sa voix, ses variations des graves aux aigus, la façon dont s’enchaînaient les mots.

Généralement , les voix particulières – comme la sienne – m’insupportent.

Par exemple, et bien que ce soit un autre style, celle de Roland Gift, chanteur des Fine Young Cannibals. En l’écoutant, j’ai comme envie de lui lacérer les cordes vocales au bout de deux chansons. Mais Moz, ta voix je l’écoute en boucle. Tu enrobes les sons et lies les mots. Comme quoi, ne pas savoir articuler quand on chante peut être un bon point. Mais les Smiths, faut pas non plus exagérer, ce n’est pas non plus de l’opéra. Il y a pourtant cet enchaînement particulier dans son chant. Quant à ma rencontre musicale avec le Moz, ce fut un grand moment.
Un soir, alors que j’avais demandé à un ami de rouler sans fin dans Paris pour profiter des rues vides et de la nuit, mais aussi parce que je ne voulais pas rentrer chez moi, voilà que There is a light that never goes out passa à la radio. Comment expliquer que cette chanson, qui correspondait parfaitement au moment présent, soit apparue pile poil quand il le fallait ? Et Moz m’accompagna cette nuit.

Où j’en reviens à pas plus tard que hier soir lorsque, ayant décidé de faire confiance à mon âme sœur musicale pour assurer sur la playlist, le voici qui lance How soon is now ?, une des chansons les plus envoûtantes que je connaisse. Notre morceau à nous, celui que nous avons écouté des centaines de fois. Et Moz a repassé la nuit avec moi.

Les Smiths, c’est un peu comme la B.O d’une vie.

Chacun peut s’approprier leurs morceaux. Les mélodies, les paroles, d’une simplicité extrême. Il faut bien le dire, les paroles chantés par les Smiths ne sont pas forcément recherchés, parfois obscurs, avec cette même idée qui revient avec trois mots différents. Il arrive que ce soit incompréhensible, ou qu’il faille réécouter cinquante fois la même chanson pour comprendre où l’ami Morrissey veut en venir.
Les Smiths sont paradoxaux à ce niveau-là : comment des paroles qui ne font pas spécifiquement preuve de génie permettent à chacun d’entre nous, justement, de leur trouver un sens profond ? Grâce à leur simplicité. Et la simplicité, voire la banalité, c’est exactement ce que recherchaient les Smiths :
« J’ai choisi les Smiths car c’est un des noms les plus communs, et je pense qu’il est temps que les gens les plus communs de cette planète montrent enfin leurs visages. » Morissey, en 1984 dans une interview pour le Melody Maker.

The Smiths : l’incarnation concrète et abstraite de l’universalité ?

32 commentaires

  1. Bravo ! Putain, Bravo ! Bien sûr, tout est réuni pour que l’on se moque de la voix de Moz, que l’on ironise sur la prod 80’s. Mais les Smiths surpassent tout cela. Bref, bravo.

  2. Bah, moi j’ai toujours adoré la pop anglaise des « tatas queenies », faut que j’en parle à mon psy ? Putain c’était bien les 80’s

  3. Awesome! Je suis bien d’accord « how soon is now » est pour plus une incantation voodoo qu’une simple chanson^^ Elle a la capacité de faire oublier l’espace d’un instant le reste du monde.
    Il n’y a pas à dire, cet article sur les smiths est vraiment très bon!

  4. Mais qu’est-ce qu’on attend pour euthanasier le vendeur de glaïeuls une bonne fois pour toute lors d’une frappe chirurgicale.
    Ce groupe est une des rares erreurs produite par Manchester, faisons lui grâce de ce faux pas, merci.

    Signé, le Sce Urbanisme et Bon Goût

  5. Les occasions sont trop rares pour ne pas le souligner, mais je suis complètement d’accord avec HP. Ce groupe mérite la peine de mort, voire pire. Ca n’enlève rien à la qualité du papier, mais bon je dois certainement faire partie de la première catégorie: c’est vraiment le pire groupe des années 80.

  6. Hey ho le concours Smiths France est terminé là hein … non mais. Les 80’s c’était bien mais Bester tu es archi mega méchant, A-ah d’abord n’étaient pas anglais ! Et pourquoi pas Alphaville ! Moi j’ai connu les Smiths en m’intéressant à Morrissey, je me tâtais encore à l’époque … En fait je les ai très très peu écouté. Y avait surtout OMD et les Pet Shop Boys.

  7. Ahahah
    « Le concours Smith France » ç’aurait été un bon titre ça !
    Bon après y’a pas débat hein : les Smiths ça tue, point. L’histoire, les gens, tout leur a donné raison.
    Ceux qui sont de mauvaise foi ont mauvais goût, voilà !
    Welcome quand même
    Big bisou
    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  8. Ecouter Johnny Marr jouer de la guitare et étudier la façon dont elles sont composées, enregistrées dans les Smiths, et penser que c’est de la merde, c’est…comment dire… Incompréhensible.

    A lire pour les onanistes : The Severed Alliance.

  9. Le gros point positif de ce groupe c’est qu’il fait polémique ce qui est déjà pas mal. Je comprends les gens qui ont vécu l’arrivée de cet indie anglaise mais je n’ai jamais réussi à passer au delà des ces affreuses prods, c’est quand même moche comme son

  10. Un des pires groupes des années 80? J’ai jamais entendu ça dans aucune conversation…surtout vu le niveau moyen de cette décennie.

    Le plus grand groupe de la pop anglaise après les Beatles. Tout simplement.

  11. Evidemment que les Smiths furent grandioses, sur scène comme sur disque (bien qu’ils n’eurent effectivement jamais de production à la hauteur de leurs titres). Une fois de plus mauvaise foi crasse & posture puante de Bester Langs (putain surtout quand on voit ce que l’on a pu se cogner en france dans les années 80)… Et puis aussi, le papier n’est pas « de qualité » comme vous le dites assez hypocritement : il est bâclé, rempli de clichés (la BO d’une vie, super) et de fautes d’orthographe…

  12. Dans un article écrit d’un point de vu subjectif, il n’y a pas de clichés, que du ressenti .
    Oui, il y a quelques fautes d’orthographe , mais si vous ne connaissez pas la définition de « bâclé » et « cliché », ma foi vous êtes mal placé pour donner des leçons .
    Moi j’ai aimé l’article même si j’apprécie moyennement les Smiths . Savez quoi? je les écouterai dans ma voiture , ça fera une « BO ».
    J’ai bien aimé ton article sur Alice Cooper , Cajón. J’étais au concert et j’ai vu les groupies de 50 piges .
    Amitiés

  13. Un peu d’accord avec Yvan dans le sens ou les Smiths, ça mérite au moins 3 fois 4000 caractères ou rien du tout. C’est déroutant ce papier ex-nihilo, comme ça, sur le plus grand groupe des années 80.
    Hé Poulpe, les Housemartins c’était génial!

  14. Yes Blandine !!!! Les Housemartins s’était génial ouiiii, y avait de putains de bons cuivres et puis tout d’un coup j’ai aussi repensé à Bill Pritchard « Three Months Three Weeks » que j’ai du écouter 3256 fois aussi. Nostalgie …

    Par contre pas d’accord sur les critiques faites sur l’article. Pas besoin de s’enquiller une prose wikypédante. Cet article est sympa et suffisant pour faire echo à toute une époque, un groupe qui en appelle des centaines d’autres etc.

  15. Ce que je comprends pas perso, pour rebondir sur un des trucs que dit Yvan, c’est les gens qui aiment les Smiths mais pas la prod de leurs morceaux. C’est comme aimer Prefab Sprout et New Order et pas aimer leur prod, c’est schizo. Car le charme du truc est inséparable de leur prod. C’est un tout.

    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  16. Cher Sylvain,

    On peut trouver que de bonnes chansons sont gâchées par une mauvaise prod. Les producteurs changent d’un disque à l’autre et ils peuvent se planter.
    Je pense que le premier Smiths est vraiment mal produit. Et franchement, Prefab Sprout est pour moi l’exemple même d’une prod qui bousille un disque comme Steve Mcqueen. Le premier Stone Roses méritait mieux aussi.
    Quant à New Order, c’est une marque de fabrique que l’on retrouve sur l’ensemble de la discographie. Et effectivement, ça passe ou ça casse.

  17. Non mais c’est pas bientot fini ces commentaires ? Dites, ce(s) groupe(s) est mort et enterré, vous voulez pas qu’on évoque aussi Alain Souchon ou Rachmaninov (on tour now)…

    Même l’album (?) de D. Lynch est plus ‘actuel’ que les Smiths.

  18. Ben voyons, HP. Pourquoi ne pas nous refaire un petit papier sur Patrick Eudeline ? (rires)

    @Sylvain : je crois qu’au fond, le fait qu’un morceau soit bien ou mal produit, çà n’a pas beaucoup d’importance. Les Smiths, Felt, Burzum, tous ces groupes ont parfois eu des productions désastreuses, çà n’enlève rien à la qualité de leur compositions, textes, ambiances, etc.

    J’ai envie de citer l’immense chanteur français Jean-Louis Costes (je cite de mémoire) : « J’en ai rien à foutre du son / qu’il soit mauvais ou qu’il soit bon / çà vient pas des haut-parleurs / la musique vient du coeur »

    http://www.costes.org/cdvr06.mp3

    salut

  19. Ahaha, Yvan, merci d’avoir moucher ainsi l’ami HP, zou !
    Narguet, je suis en désacorrd avec toi côté prod.
    Steve McQueen perso j’y trouve rien à changer.
    C’est une foutaise selon moi de croire qu’il faudrait reproduire ces disques. Ils font corps avec leur époque (compo + prod) point. Pas d’au-delà, pas de « et si… ». Là-dessus, je rejoint donc plutôt Yvan.
    Sur ce vive Costes et Bernard Lavilliers.

    Sylvain
    http://www.parlhot.com

  20. Distinguons le son studio du son live. Les smiths pouvaient envoyer du sérieux pâté sur scène. En mémoire Still Ill – Live at Appollo. Un peu la même différence entre le Joy Division diaphane des studios et les mêmes gros punks sur scène. Pour le reste The Smiths brilleront pour l’éternité dans le coeur des jeunes filles, et c’est inextirpable.

  21. Merci de dissocier le son studio du son live , qui illustre la réelle qualité d’un groupe au final .
    Mais The Smiths reste autant dans l’esprit des ( jeunes) filles que des garçons non ?

  22. Il y a un coeur de jeune fille chez tous les garçons, et nous devrions écrire leurs paroles sur tous les murs. Aucune récusation n’est possible, de quelque sorte que ce soit, contre les Smiths, elle ne pourrait procéder que de la mauvaise foi ou de l’auto mutilation.

  23. Joy Division est à la fois le groupe le plus brutal d’Angleterre et la césure du monde, c’est à dire que tout ce qui vint après Joy Division ne pouvait être que bouffon. Bien sûr il est encore possible de faire de la musique, mais à condition de ne pas savoir que Joy Division est…

  24. Disorder bien sur j’adore .
    Très bons goûts musicaux Sigismund Benway,… mais je me dis que si je fais une playlist tournant autour de Joy division et des Smiths,beaucoup de personnes voudront sauter par la fenêtre (cf les précédents commentaires ).
    Remarque, cela pourrait être une expérience interessante: l’impact des Smiths et de Joy Division sur l’équilibre humain . Sans parler de Vicious & Co, bon exemple !

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