Depuis que la presse culturelle écrit des "petits précis du bon goût", que la voie nous est pré-mâchée, le libre-arbitre a pris un sacré coup dans le nez. Il y a des choses à défendre, et d'autres à cacher. Et tout comme on ne porte pas de chaussettes blanches, on n'a pas le droit d'aimer certaines chansons. Point final.

Alors plaidons coupable. Coupable de l’amour inconditionnel que l’on peut porter à la lie culturelle : les films d’action 80’s, Eddy Murphy, Lenny Kravitz (uniquement au travail) et le pot de houmous devant la télé. De tous ces moments où la vie n’est que trop normale, où l’ennui est sur le pas de la porte. Alors, comme tout un chacun, il faut bien nous divertir un peu. Puis, il y a pire : le fétichisme. Le mien porte sur deux choses : les chaussures de femmes et les Rolling Stones. A un moment de ma vie, les conversations de studio entre Keith et Ron sur les sessions de Voodoo Lounge m’éclataient plus que n’importe quel album Pan European. C’est une pathologie, j’en conviens. Tant pis. Quant au comble de l’horreur : leurs morceaux 80’s – les plus honteux. Résigné, il me faudra les écouter en cachette. Et si quelqu’un rentre dans la pièce à ce moment-là, je retrouverai alors la honte de l’adolescent qui s’est fait prendre avec sa collection d’images de cul. Voici un Top 5 des morceaux à réhabiliter au plus vite, pour danser seul.

Dance – Emotional Rescue (1980)

Tentation disco, et pourtant ils s’en sortent encore avec une espèce de rock synthétique et syncopé. Le groove avance, changement de rythme et ils nous inventent Franz Ferdinand en deux coups de médiator. Les Stones de cette époque ? De sacrés pisseurs de copie qui lorgnent vers le dancefloor. On y entend quelqu’un faire le singe, des cocottes funky et les choeurs de Keith, légèrement faux. Pourtant ici, tout est moite, serré et méchant. Peu de paroles, mais un morceau qui aide à marcher plus vite.

Slave – Tatoo You (1981)

Pour celui-ci, il suffit d’écouter. La cloche de la batterie, le riff, les choeurs… Un morceau nu, sans fioritures. Un feeling pur qui durcit le visage. Solo de saxophone même pas cheesy pour une réussite complète qu’un connard de DJ a certainement édité en version de 15 minutes. Que voulez-vous…

Worried About You – Tatoo You (1981)

Le clip impose carrément à l’auditeur de se cacher sous la table : Jagger au piano (où est le Rhodes ?), bouteille factice de Jack Daniels devant lui. Pourtant, la chanson est grande. Classique des ballades, toute en montée et la chute sur le refrain ; la chanson parfaite pour les dimanche pluvieux et solitaires. Spéciale dédicace à Ron Wood et à son look complet Mink DeVille.

Harlem Shuffle – Dirty Work (1986)

A cette époque, Keith Richards ressemble à Mel Gibson et Mick Jagger à pas grand’ chose. Ils reprennent un standard soul de Bob & Earl. Le clip est à mourir de rire :  Jagger sautillant en costume rose, les autres cabotinant carrément. L’invention du clip chez les Stones nous aura permis d’apprendre à détester la vue de Bill Wyman et de sa tronche de cocker. L’esthétique est nulle, la production aussi détestable que les costumes, mais le jeu est là. Encore une fois, ils jouent comme personne et développent à l’infini ce groove tout en retenue. Même au fond du gouffre, eux n’ont jamais oublié que cette musique était faite pour danser.

Anybody See My Baby – Bridges To Babylon (1997)

Okay, c’est de la triche, le titre date de 1997, mais enfin : les voilà, ils sont vraiment vieux. Et ils nous livrent le morceau le plus impardonnable de toute leur carrière. Tube FM , guitare au flanger (horrible !), basse faussement funky… Bill est déjà parti et ce n’est même pas un morceau des Stones : un Jagger solo, à la rigueur. Les Rolling Stones, pour les gens de ma génération, c’étaient ces gars-là. Comment pouvaient-ils faire le poids avec Nirvana ou… INXS ? Sur ce terrain, ils sont moins bons que les Australiens adeptes de la strangulation. Voilà un tube au pays de George Michael, Jackson période Dangerous et No Doubt… Mince.

Morceau Bonus : You Don’t Move Me Anymore – Keith Richards / Talk Is Cheap (1988)

Ce morceau a sa place dans le panthéon de Keith Richards. Pas pour la guitare, pas pour les sons qu’il y a trouvé ; mais pour le chant, le texte et sa progression. D’un dédain royal, froid, sec, puissant. Un grand morceau total où la musique sert complètement le propos du texte. Où les tonalités de la voix parlent d’elles-mêmes. J’y aime jusqu’à l’accordéon, c’est pour vous dire.

14 commentaires

  1. mouais..

    je retiendrais surtout “Sweat thing” de Jagger en solo ,produit par Rick Rubin.

    ceci dit ,je comprend ta pathologie, mais ça fait un peu Philippe Maneuvre ,nan ?..

  2. Article parfait. Sélection parfaite.
    Worried about you enterre l’intégralité du rock anglais actuel (La face B de tatoo you, putain de merveille dans son intégralité). Dance est un chef-d’oeuvre qui remet les choses (et Franz Ferdinand effectivement) à leur place. You don’t move anymore est simplement à hurler, et par certains côté plus expérimental qu’un disque de trentenaires barbus élévés en squatt.

    J’ajoute All about you, The worst sur Voodoo lounge, l’inimitable New faces du même album. Mais c’est du pinaillage. Mon bonheur est déjà complet avec cet article splendide. Thanks.

  3. je me souviens du jour où j’ai écouté bridges to babylon au casque à la fnac, j’ai été pris d’un fou rire tellement ces mecs étaient hors jeu
    franchement les mecs vous êtes des grands malades
    j’avoue the worst est un bon titre
    j’évite quand même après some girls, hein

  4. et à quand un article sur les souliers féminins, les talons aiguilles, le fétichisme de Louboutin, le pouvoir de séduction ou pas de la semelle rouge, l’extravagante beauté des pieds en Sergio Rossi, Casa Dei, Ferragamo, ou l’improbable Alexander Mc Queen, les plates ballerines…
    Jamais aimé les Rolling Stones, alors je m’arrête là.

  5. Mais arrêtez vos conneries avec les Stones, tous les moins de 30 ans, hormis LJJ, se battent la pliure de jean de tous leurs “méfaits” enregistrés à partir du moment où ils ont décidé de porter des vestes fluos avec des épaulettes. Hormis “The Worst” par Keith, effectivement, ça vaut pas Tellier et tous les barbus du nouveau siècle. Sors de ce corps, Marty McFly.

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