C’est l’histoire d’un album débuté voilà 21 ans à l’époque de la 2G, de Jacques Chirac et de l’électro-rock à nuque longue, et accouché deux décennies plus tard alors que l’un des deux compositeurs a passé l’arme à gauche. C’est l’histoire de Neue Weltumfassende Resistance, un projet furieusement moderne bâti par deux électrons libres nommés Marc Hurtado (Etant Donnés) et Gabi Delgado (DAF). Interview du soldat inconnu de la musique industrielle française avant le début de la grande guerre électronique.
« Un bon artiste est un artiste mort ». Cette phrase, imprimée dans le bureau de n’importe quel directeur artistique de maison de disques depuis le décès d’Elvis jusqu’aux plus récents de Brian Wilson ou Ozzy Osbourne, résume à lui seul le mantra des années 2020 marquée par la mercantile nostalgie des back catalogue sur les plateformes de streaming où la musique écrite par intelligence artificielle représente quant à elle plus de 30 % des écoutes. Autant dire que la guerre dont il est ici question oppose avant tout le monde d’avant et ses tubes underground du 20ième siècle au nouveau monde des machines.
A cheval entre ces deux mondes et coincé dans un autre espace-temps, en attendant la sortie d’un inespéré nouvel album de Mirwais, Hurtado et Delgado, moitié de DAF, ont pris les devants. Ca fait même un bail, puisque les premières maquettes de l’album « Neue Weltumfassende Resistance » remontent à 2004. Un temps donné qui rappelle d’un côté que Kraftwerk n’a pas sorti de nouvel album depuis à peu près la même époque, et qu’entre-temps, Gabi Delgado est mort d’un crise cardiaque au Portugal après avoir bloqué à l’entrée des urgences portugaises en raison des mesures sanitaires liées au Covid. 2020 d’ailleurs, une année riche en pierres tombales avec les décès de Genesis P-Orridge (14 mars 2020), Christophe (16 avril 2020), Florian Schneider de Kraftwerk (21 avril 2020) et Gabi Delgado (22 mars) ; autant de figures avec lesquelles Marc Hurtado, homme de l’ombre derrière toutes ces obscures légendes, a grandi.
Vingt-et-un an après le commencement d’une histoire lancée sous forme de cartes postales électroniques, Hurtado et le fantôme de Delgado semblent enfin prêts à lâcher leurs premières bombes. Trois disques au total ont été enregistrés et le premier, à la fois brutal violent et mélodique, à mi-chemin entre DAF, Suicide et Chris & Cosey, donne le ton. Dans l’époque actuelle marquée par une stérile consensualité, Neue Weltumfassende Resistance sonne comme une bonne raison de recharger le fusil. Briefing en duplex saturnien avec Marc Hurtado, à l’origine de ce projet cyber-techno-punk d’excellente f(r)acture.

Comment ce projet d’un disque étiré sur plus de 20 ans est-il né ?
Marc Hurtado : Ca vient de très loin, et c’est surtout très étrange. Mon premier groupe, Etant Donnés, a été fondé en 1977 avec mon frère Eric. On a commencé avec cette musique industrielle et puis j’ai voulu ouvrir le projet aux collaborations, d’où la venue d’Alan Vega, Lydia Lunch ou encore Genesis de Throbbing Gristle. Puis, dans les années 80, on a pas mal joué à Berlin, d’où la découverte de DAF sur scène. C’est vers 88-89 que je croise finalement Gabi Delgado qui était l’une de mes grandes idoles à la sortie d’un concert d’Etant Donnés. Il faut savoir qu’ado, au dessus de mon lit, il y avait des photos de Rimbaud, Lou Reed, Vega et au milieu de tout ça, Delgado. Bref ce jour-là on a échangé quatre mots. Et deux ans après on retombe à Berlin sur Delkom Force, son projet créé avec Saba Komossa, avec qui on avait commencé à jouer avec Etant Donnés. Rapprochement inévitable avec Gabi, sous forme de correspondances amicales, jusqu’au début des années 2000, où il me propose qu’on travaille ensemble après avoir écouté mon nouveau projet Sol Ixent (2004, Ndr). Moi, j’étais comme un fou et comme toujours depuis mes débuts, c’est arrivé sans que je n’ai rien provoqué.

Et donc les maquettes de l’album qui paraît enfin en 2025 datent de cette époque ?
Marc Hurtado : Oui. Dès 2004, Gabi commence à m’envoyer des titres à distance. C’était son idée : « pourquoi ne s’enverrait-on pas des cartes postales électroniques ? ». Il aimait l’idée que paroles et musiques voyagent d’un pays à l’autre – on naviguait tous les deux entre l’Espagne, la France et l’Allemagne. Parfois c’était moi qui lui envoyait des musiques, d’autres fois lui qui m’envoyait des textes ; parfois l’inverse. Et pour être honnête, il n’était même pas encore vraiment question de faire un disque. Sauf qu’en quelques mois, on avait déjà 7 ou 8 chansons, le mix arrive et puis là, je découvre un Gabi que je ne connaissais pas : le perfectionniste absolu.
Le genre de personne qui peut passer 5 ans à refaire 30 fois le même morceau.
Marc Hurtado : Exactement. Il a fallu faire et refaire les titres des débuts, encore et encore, et c’est comme ça qu’on est retrouvé avec 2 albums intégralement prêts depuis 2018, et également un troisième composé de versions alternatives. Voilà pourquoi ce projet dure depuis 21 ans !
Gabi avait une obsession : que tous les titres enregistrés sur plusieurs années sonnent comme s’ils avaient tous été enregistrés le même jour.
Si le premier album est terminé depuis 2018, pourquoi n’avez-vous pas réussi à le publier avant la mort de Delgado ?
Marc Hurtado : Gabi avait une obsession : que tous les titres enregistrés sur plusieurs années (voire plusieurs décennies) sonnent comme s’ils avaient tous été enregistrés le même jour. Il a fallu rajouter des voix, des nappes, une teinte globale et entre-temps, on a signé avec pas moins de cinq labels (dont Universal Allemagne) et à chaque fois… Delgado préférait décaler les sorties pour refaire tel ou tel titre ! Finalement, en 2018, les morceaux ont finalement été figés sur bande et Gabi a débuté son travail de production. C’était vraiment un laborantin fou. Quand je m’inquiétais du compteur qui tournait, il avait pour habitude de me répondre : « ne t’inquiète pas, cette musique ne va pas prendre une ride ». Sa mort nous a pris de court, j’ai donc préféré prendre le temps nécessaire.
Pour le coup, Gabi disait vrai. Le disque qui sort ces jours-ci aurait aussi bien pu sortir en 1986 que 2003 ou 2026.
Marc Hurtado : Le plus drôle étant que les morceaux les plus « modernes » sont souvent ceux qu’on avait commencé le plus tôt. Business ist Business, notamment.
Avez-vous eu peur, personnellement, que le projet ne sorte jamais ?
Marc Hurtado : Evidemment, plein de fois ! Gabi Delgado avait ce point commun avec Christophe qu’il pouvait laisser flotter l’existence d’un disque pendant des années. C’est d’ailleurs cette lenteur qui m’a motivé pour le « Sniper » d’Alan Vega en 2010.
Neue Weltumfassende Resistance, en français, signifie « nouvelle résistance mondiale ». Sans dire que vous ayez composé la bande-son de LFI avant l’heure, y’avait-il aux origines un motif politique dans votre alliage ?
Marc Hurtado : Davantage poétique que politique, je dirais. Cette idée de résistance mondiale, selon Gabi, c’était d’abord un échange très ouvert et sans égos, avec cette idée – très DAF – que politique et poésie sont indissociables. D’ailleurs le sens même de certaines paroles a évolué au fur et à mesure que les morceaux tardaient à sortir et que l’actualité du moment nous rattrapait. C’est le cas du titre Europa, par exemple. Gabi disait : « il faut un hymne ! ». C’est le cas avec le dernier morceau de l’album, Resistance (NWR), qui clôture en donnant l’impression d’être un mode d’emploi de l’album qu’on vient d’écouter. Giorgio Moroder a fait la même chose sur « E=MC2 » en citant toutes les personnes présentes au générique.
Terme galvaudé mais question toujours aussi actuelle : y’a-t-il encore une place pour la musique électronique engagée ?
Marc Hurtado : Je pense que oui. Si l’on parle d’engagement au sens de la manifestation, des gens dans la rue il y a des tambours et du rythme qu’on a transposé dans la techno. D’ailleurs quand je vois une manif, j’entends souvent de la techno ! Le seul problème de la musique électronique, c’est son évaporation et une cultification du DJ jouant devant 10 000 personnes à Ibiza. Et à l’inverse, il y a l’oeuvre solo de Gabi, injustement méconnue, qui n’a jamais vraiment été pris au sérieux par le public alors que ses textes étaient pour le coup très radicaux. Ça me rappelle la musique tribale et dansante, et avec un message à l’intérieur néanmoins. J’ai hâte que les gens puissent entendre le deuxième album écrit avec Gabi, c’est très très DAF dans l’esprit.
Ce qui m’a sauvé, c’est le projecteur 8mn offert par mon père. Je me suis enfermé dans la salle de bains et j’ai projeté les images d’un film amateur de mon frère et moi, au Maroc, sur toutes les parties de mon corps.
En tant que gamin né à Rabat, au Maroc, et avec le projet radical des années 70 qu’était Etant Donnés, imaginais-tu un jour que tu croiserais la route de toutes les personnes mentionnées dans cette interview ?
Marc Hurtado : J’y pense très souvent. Mon père était un chanteur d’opéra, mon grand-père était aussi musicien et il a terminé sa vie à jouer complètement sourd sur un petit clavier boite à rythmes dans les années 70, avant même les débuts de Suicide. Gamin, je trouvais ça fou et c’était avant même que je ne découvre la musique industrielle. De l’autre côté, je suis aussi tombé arrivé à la musique par le cinéma : je réalisais des choses en 8mn ; or le 8mn n’a pas de son. Et c’est comme ça que j’ai fait connaissance avec les instruments de mon grand-père pour composer les bandes-son de mes propres films expérimentaux à un âge (13 ans) où j’étais obsédé par le suicide. Ce qui m’a sauvé, c’est le projecteur 8mn offert par mon père. Je me suis enfermé dans la salle de bains et j’ai projeté les images d’un film amateur de mon frère et moi, au Maroc, sur toutes les parties de mon corps. Je me suis littéralement auto-filmé et progressivement, ces expériences artistiques m’ont ramené à la vie.
Ayant dit tout cela, jamais je n’aurais pu imaginer que je rencontrerais un jour Christophe, Alan Vega, Delgado ou plus récemment Craig Walker d’Archive. Et à chaque fois que j’ai rencontré l’une de ces personnes, il y a cette phrase qui est systématiquement revenue comme un gimmick : « tu veux pas qu’on travaille ensemble ? ». C’est une histoire impossible à expliquer, c’est complètement fou.
Neue Weltumfassende Resistance, sortie le 28 novembre.
https://www.playloud.org/archiveandstore/en/vinyl-12/871-gabi-delgado-marc-hurtado-nwr.html
https://gabidelgadomarchurtado.bandcamp.com/album/neue-weltumfassende-resistance
nous marchons………………vers le riff…….avé le kiff……..;
tous.tes allah ressourcerie en toutes tailles
bon anniver$ary
certins disquaires parisiens devraient s’abstenir de faire paraitre leur opinions politiques
FOUKIn’ don’t care about Satan (bordeaux_line),chrixtmeSS LiStZ!
zelenski on s’en bat maintenant les qouilles qui’l ecoute FACS