Peut-être vous souvenez-vous du gros dossier sur Charlemagne Palestine ? Si oui, alors cela pourrait être une bonne porte d'entrée pour découvrir le travail du pianiste et compositeur d'origine ukrainienne Lubomyr Melnyk. Les deux pianistes sexagénaires ont en effet cette particularité d'être à la fois « connus » pour la beauté de leur oeuvre et aussi par l’impressionnante vélocité de leur jeu.

Figures d’outsiders magnifiques du mouvement minimaliste derrière des monstres comme Steve Reich, Terry Riley ou Philip Glass, les deux hommes ont, chacun à leur manière, emmené très loin les possibilités de timbre, d’harmoniques et de résonance d’un (ou deux) pianos, inscrit dans une recherche du « Golden Sound » pour l’un, et « Continuous Music » pour l’autre (de longue pièces très répétitives chez Charlemagne Palestine, cf. Strumming Music, beaucoup plus mélodiques et délicates chez Melnyk).

D’une technique commune utilisant la pédale de sustain et des séries de notes jouées très rapidement, les pièces des deux musiciens ont en commun qu’elle produisent des résonances harmoniques incroyables et un « son » d’une puissance impressionnante et rarement entendue pour un piano – et bien entendu d’une beauté aussi subjuguante qu’inédite. Lubomyr Melnyk a développé cette technique de « continuous music » lorsqu’il a travaillé avec la chorégraphe Carolyn Carlson au milieu des années 70, cette dernière l’ayant dirigé vers une musique à la fois spectaculaire pour la scène mais également profondément méditative pour une écoute domestique, telle une version du minimalisme avec des traces énigmatiques de Satie. Alliant virtuosité et délicatesse, Melnyk a composé plus de 120 pièces et est même détenteur de deux records du monde (!) : celui du pianiste le plus rapide de tous les temps (19,5 notes à la seconde) ainsi que celui du plus grand nombre de notes jouées en une heure (qui correspond à 13,5 par seconde… pendant une heure). Son nouvel album (produit par Peter Broederick et Nils Frahm – décembre 2014), fera suite à son premier album sur Erased Tapes sorti en 2013 : lorsque le directeur du label lui a proposé cet enregistrement, Lubomyr lui a simplement répondu «  Où étiez-vous les gars quand j’avais 30 ans ? »

Anecdote mise à part, nous ne remercierons jamais assez la jeune génération de contribuer à la reconnaissance internationale, même si tardive, d’un artiste aussi fabuleux qui, avec Charles Cohen présent cette année à Superflux et lui aussi redécouvert après 40 ans de relatif anonymat, ont fait cette année une entrée aussi fracassante qu’inattendue dans le cercle très fermé de nos musiciens préférés de tous les temps.

www.lubomyr.com
En concert au Lieu Unique (Nantes) le 28 mars, au Musée des Beaux Arts de (Tours) le 29 mars.

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