Pour honorer la mémoire de la meilleure salle de rock des années 2010 à Paris, a priori fermée définitivement après le départ de ses deux co-programmateurs usés par les lourdeurs administratives, une première fermeture en 2018 et les confinements à répétition, deux spectateurs se souviennent de ces concerts légendaires jamais photographiés, par delà l’épreuve du temps, des drogues et des litres de bière engloutis. Avec cette question subsidiaire : mais quel est donc le meilleur groupe de punk français de la décennie ?

Mitt Homann, votre serviteur, grand amoureux de l’Espace B qui ne payait que rarement sa place :

Je me souviens de Viktor « Panini Joe » de Buddy Records venant me voir pour me dire « on dirait le Velvet mec ! » comme si il venait de rencontrer Jésus, les yeux complètement explosés pas du tout par la drogue mais parce qu’il avait découvert un nouveau groupe obscur incroyable.

Je me souviens d’un concert complètement fou de Tim Presley, qui venait jouer son projet new-yorkais « The Wink » et qui a conclu l’affaire par un morceau interminable façon Sister Ray du Velvet, dans un ouragan de larsen, avec une bonne moitié du public totalement en transe. Ce même Tim que j’avais retrouvé cinq minutes plus tard au bar, complètement vidé, la tête affalée sur un coin de table pendant que tout le monde s’excitait autour de lui, parce qu’il venait juste de faire don de son âme au rock’n’roll.

Je me souviens d’un concert ultra violent des californiens de Meatbodies que le photographe Tom de Raw Journey avait couvert, comme à son habitude, en plein cœur de l’action et ce malgré une grosse fracture du bras non détectée par les hôpitaux de Paris. Seul à risquer sa vie pour l’amour du rock, il souffre trop pour shooter correctement le show, mais réussit à tirer un magnifique portrait de Chad Ubovich. Un exploit photographique, et un concert, restés dans la légende. Ce sera la seule photo prise ce soir là.

Je me souviens d’un concert épique des quatre branleuses sud-américaines Las Kellies qui avaient foudroyé la petite salle du 19e arrondissement avec leur savant mélange garage-funky hérité des Talking Heads, transformant le temps d’une soirée « L’Espace Barbanègre/Berbère/Blues/Brumeux» (C’est libre, le client choisit, NDR) en véritable temple de la danse rock. Les jambes de Coralie, d’Alex, de Roger, de Morgane, des autres et les miennes s’en souviennent encore.

(C) Raw Journey

Je me souviens d’Eric Stil du Collectif MU m’apostrophant après un énième concert flamboyant d’En Attendant Ana, à l’époque où Romain tenait la baraka électrique, pour me crier, un joint à la main: « putain mec t’avais raison c’est génial ! Je vais les programmer le plus vite possible ! ». Le même soir que Las Kellies, comme me l’a si gentiment rappelé Facebook. Une soirée tout simplement légendaire.

(C) Raw Journey

Je me souviens d’un concert d’Entracte Twist en plein mois de juillet, dans un Paris envahi par une horde de touristes incultes et vidé de ses fans de rock’n’roll, avec un contraste saisissant entre le calme presque mortifère de la terrasse jadis bondée et la violence jouissive des guitares électriques shootées à la fuzz à l’intérieur, rallumées pour la beauté du geste face à deux obsédés du meilleur groupe de punk français de la décennie, moi-même et Karim, l’ingénieur du son.

Je me souviens d’une séance photo dans l’arrière-cour recouverte de vieux pavés blanchis par le clair de lune avec Jacco Gardner et le vieux chanteur du groupe culte The Witch, sapés en fringues mystiques. Un septuagénaire au passé légendaire qui allait renaître de ses cendres quelques minutes plus tard, sous l’œil vorace du réalisateur Gio Arlotta qui s’extasiera devant cette scène de danse frénétique de l’ancien sex-symbol des 70’s qu’il venait alors de ressortir du néant.

W.I.T.C.H. featuring Jacco Gardner | RFB

Je me souviens d’Amandine, patronne un brin loufoque d’« Underground Transmission » qui avais pour habitude de passer l’entièreté de sa soirée coincée entre le mur et les chiottes, dans le minuscule couloir qui reliait aux jouissances électriques, une sorte de billetterie improvisée qu’elle tenait à sa manière: une fiole d’alcool fort dans la poche intérieure de son grand manteau, offrant des vannes, des gorgées de whisky et parfois même des entrées gratos à des clients souvent pliés en plusieurs morceaux.

Je me souviens des soirées « Freaky Loud Things », avec ces groupes anglais ou américains que personne ne connaissait et qui venaient foutre un bordel sans nom dans la petite salle archi blindée dont les murs se mettaient subitement à trembler comme si Paris était à nouveau sous les bombes, sous le saint-patronnage du roi des branleurs Vince Lebowski qui me laissait rentrer gratos en entendant le mot de passe magique : « c’est Gonzaï mec ! ».

Je me souviens d’un concert des Big Idea qui jouaient devant 5 touristes et qui, non contents d’avoir face à eux une salle quasi vide, ne purent s’empêcher de jouer les dadaïstes en sortant soudainement un gâteau d’anniversaire de leur chapeau magique pour fêter les 20 piges du batteur comme il se doit, une scène (un poil) surréaliste qui fit bien s’étouffer le groupe, moi et Simon. Malheureusement, c’en était déjà trop pour les trois personnes restantes qui quittèrent la salle, médusés.

Je me souviens de ce bon vieux Nico, programmateur de génie et grand amateur de « bonne pop » qui hébergea les orgas les plus cramées de la ville et fit jouer toutes les pépites citées plus haut et bien plus encore (Biche, Frankie & The Witch Fingers, Dr Chan, Thunderlips, Servo, My Expansive Awareness, etc etc), en contribuant ainsi à faire de l’Espace B la salle de rock ultime de la capitale, à la fois cool, pointue et déglinguée.

Je me souviens d’un concert expérimental assez dingue qui mettait aux prises le temps d’une soirée unique un guitariste surdoué sorti du conservatoire, un joueur de sitar autodidacte au cerveau bien perché et un certain Arthur «Elzeard », DJ brillant et digger fou fan de Moondog qui nous quitta tragiquement quelques mois plus tard, après nous avoir vendu du rêve ce soir-là avec ses deux potos, créant quelques improvisations cosmiques éternelles. RIP Arthur.

Viktor « Panini Joe », patron de l’excellente maison Buddy Records qui a organisé un paquet de dates dans « sa deuxième maison » :

Je me souviens de l’excitation qui montait dans le métro en descendant à Corentin Cariou, et de la cadence de marche qui s’intensifiait en remontant la rue Rouvet.

Je me souviens des caterings et des caisses de liche achetées pour les groupes au Franprix juste à côté.

Je me souviens des bières bues en quantité avec Nicolas C, Pauline, Vince et Raph’ dans les canapés à l’étage, dehors sur le trottoir avec les copains/copines et des inconnu(es), et des pisses dans le canal au bout de la rue. Ce canal ou nous aimions tant nous poser avant un concert.

Je me souviens avoir plané devant Servo, Blue Crime et les israéliens de Vaadat Charigim en 2017, un soir pendant le festival Villette Sonique, avec cinquante personnes maximum dans la salle. Une ambiance lunaire.

Je me souviens d’un 11 novembre pluvieux où nous avions fait jouer Die Nerven, un groupe allemand qui a sa petite notoriété outre-Rhin. Ça joue à 20h30 devant pas grand monde, avec au total soixante personnes dans l’assemblée. Dehors, il fait de plus en plus moche, alors les mecs déroulent violemment leur post-punk tranchant.

Je me souviens d’un set de Pierre et Bastien, le groupe punk français le plus important de la décennie. Les paroles de Crise Boursière, Couples ou Pillule résonnent encore dans ma tête.

Je me souviens avoir vu le groupe australien le plus original et intéressant depuis des lustres, les Melbourniens d’Exek qui avaient réussi à rameuter une foule compacte, à la fin d’une première tournée européenne mouvementée, et à rendre l’atmosphère lourde et moite dans la salle.

Je me souviens d’une soirée enflammée pour fêter les 2 ans de l’équipe en place, à passer des disques avec des copains dans le bar : un joyeux bordel organisé.

Je me souviens de ce soir d’octobre 2019 où les anglais de Total Victory ont fait salle comble accompagnés de Entracte Twist et Leroy Se Meurt. Des anglais que l’on n’avait pas vu en France depuis bien longtemps. Ce fut la liesse des grands soirs.

Je me souviens de l’Espace B comme d’une joyeuse maison, d’un lieu sans prétention de grande qualité avec différentes programmations faites par des passionné(es), d’un exutoire de sortie de taf avec son long et exigu couloir, de sa queue infinie pour les chiottes parfois bouchées, des couscous sur le trottoir, de Karim et ses doigts de fée à la technique, des sourires des gens et des groupes quand ils arrivaient. Des personnes attentives qui regardaient religieusement les groupes mais aussi des excité(es) qui sautaient partout. La reine est morte, vive la reine.

Dédicace au grand Georges Perec qui a créé cette formule littéraire en 1978, réarrangée ici avec la fameuse police « Comic Sans MS » de la devanture qui nique bien la rétine et (un poil) plus de signes. L’« Espace B » les vaut bien.

Espace B, 16 rue Barbanègre, 19e arrondissement, Paris.
1995-2020, dans nos cœurs pour l’éternité.

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14 commentaires

  1. Je me souviens c’est de la rhétorique façon diahre verbal du bicéphale consanguins de Joseph ghosn et consorts lol

    1. je rappele qu’Alexandre Persévérance, MOI, ne commente plus sur Gonzai.com depuis decembre 2020 et que les commantaire ici sont l’oeuvre d’ un enculer d’imposteur !!!!!!! tu ne payes rien pour attandre mon gars ..je vais te coller une mandale des famille qui va te faire rregretté de t’ etre foutu de ma geule;:
      j ‘ai désider de réduire ma présance sur les résaux sociaux trop occuper avec une réédition dans le future proche;

  2. Meilleure salle et quelle ambiance!
    Mention spéciale à l’asso Hidden Frequencies qui n’est pas citée pour leurs plateaux psych et light shows cosmiques, notamment Servo, Blue Crime, Vaadat Charigim…et entre autre le concert improvisé avec Damo Suzuki avec des membres de Guadal Tejaz & Abschaum

  3. La bonne nouvelle du jour c’est la banqueroute des vieux marquis poudrés des Inrocks. Ça me fait le zizi tout dur rien qu’à l’idée que ces vieux parasites de boomers vont devoir faire des piges pour Telerabla

  4. Je me souviens, qu’il y a pas que MC-Solaar, depuis 1991 qui fait les choux pas trop gras de ses nostalgies de boomer montmartrois, mais les délices des bon entendeurs, mais allons-y.

    Je me souviens, qu’en effet, la matraque rhétorique est un bon moyen de s’entrainer, pour ceux qui ont besoin de faire des répétitions en salle, mais qu’au bout d’un paragraphe j’ai pensé « Ok Boomer ».

    Je me souviens, que l’espace B était une non-salle, plus basse de plafond que chez Moune, aussi angoissant que le Mansart un samedi soir.
    Je me souviens, de l’Espace B, du temps ou c’était un rade rue Barba-nègre, que l’on fréquentait étant étudiants d’archi de la Villette à côté.
    Je me souviens qu’il y avait des concerts punk, mais vraiment salement punk, dans les niches sous les voies à côté, avec pour seule bouffe pour éponger les Kro de la superette Avenue des Flandres, du tchiep du foyer africain pas loin.
    Un Franx-Prix tu dis? Ils ont bien dû en installer un, pour ce nouveau boboland, mais avant 2010, Il se serait fait cribler de tout ce qu’il est possible de cribler une superette trop chère, avant que le tramway et les espaces tertiaires de luxe de BNP Immobilier à côté arrivent pour amener tout ce beau monde destiné à investir les lieux, une fois les caméras installées.
    Je me souviens des bobos qui serraient les fesses à l’ouverture du 104 plus loin, car il n’ y avait pas un endroit qui leur plaise pour se rabattre après la visite. Je me souviens qu’il y a eu une fusillade à côté du cours Florent, dans un kebab nommé So-Fast et que ça n’a pas suffi à faire fuir le Cours Florent. Dommage.
    Je me souviens que ces bobos en montures Barton Perreira, n’osaient pas aller à l’Abracadabar non-plus et ils avaient peut-être raison. Je me souviens -pas- de la dernière fois que j’ai tenté de boire un mojito, c’est quand-même le pire des cocktails, sauvé peut-être par Hemingway, mais vu que le côté sirupeux du sucre est le meilleur moyen de renforcer l’ivresse et masquer la qualité du rhum et qu’il était sévèrement alcoolique, on doute de la qualité de son sponsoring pro-mojito.
    Ses livres étaient mieux sous Bloody-Mary aussi.
    Je me souviens que cet article m’a rappelé un peu un mojito à l’Abracadabar, un que tu sirotes en ayant mal aux dents, en regardant leur vitrine de photos d’habitués sur la vitre extérieure en mode « j’y étais ».
    Je me souviens du premier Bio c’es Coop qui a ouvert, Avenue de Flandres, je me souviens d’avoir eu un haut le cœur. Je me souviens que j’ai carrément faillit poser une galette, quand j’ai vu le premier sticker Deliveroo et le mot Poke-Bowl pas loin.
    Je me souviens quand la gentri-aseptisation a atteint le Barba-nègre, pour devenir juste, l’espace B, comme si on avait pas le temps de prononcer un fucking nom super cool, de pirate et qu’on voulait masquer, que de l’espace, à l’intérieur, y en avait pas tant que ça.
    Surtout sous-plafond. J’insiste. J’alerte. C’est mon métier et devoir de personne sa-chiante.

    Je me souviens qu’on a du tous déménager de nos studettes d’étudiants, remplacés par des boomers post-noisers à t-shirt pochette album Sonic-Youth/RoughTrade/Fucking pochette Joy Division et combo Tote-Bag (feu) Disquaire Day.
    Je me souviens que la disquaire qui a amené Disquaire-Day de la Rue Saint-Marthe a elle aussi été victime de la gentrification et qu’elle est pas en train de faire son Ouin-Ouin Covid, elle.
    Je me souviens, qu’il fallait bien un plan B à tous ces matheux post-shoegazer, qui te frottent l’édition collector de papier toilette qu’ils ont gardé de leur concert de Servo dans le zen, à chaque fois qu’ils en parlent, alors qu’ils auraient pu les voir à la Maroquinerie ou à la Miroiterie ou à la cave de l’Orange Mécanique, bien plus dangerous à évacuer en cas de trop de sueur à l’intérieur, qu’ils auraient pu aussi kiffer King Khan and the Shrines en silence, gratos sur la pelouse, juste à côté, sans faire tout un foin et que, surtout, les salles des années 2010, quand tout ça n’a pas répondu aux normes de sécurité/accessibilité de l’agenda ADAP, que tout le monde devait appliquer depuis 2015, les salles du 20ème et de Bastille ont aussi du fermer ou se mettre à niveau pour rester dans le game, je me souviens que si la Féline a fermé, parce-que ça se gentrifie trop à Menilmontant, il était peut-être temps qu’une salle qui a besoin de raccourcir son nom à un nom concept évoquant l’alternative (chapeau le re-branding naming, B comme Barbanègre et comme plan B et comme alternative), il a bien fallu se rabattre sur une solution de repli dans un XIXème bien aseptisé, avec des poke-bowls à emporter et une station de tram ou tu te fais pas braquer par un tox en sortant (car oui, ils sont là depuis avant les années 2K, ils étaient là avant que ce soit cool, sur la barre du Barbanègre, mais on adu les chasser pour que tu n’aies pas peur en commandant ta pinte et c’est TOI qui débarque dans leur quartier, toi qui a appris leur existence en regardant un docu sur Arté-Nouvel-Obs, sur la Colline du Crack), je me souviens d’avoir vu tous les étudiants et les immigrants, quitter le dernier quartier vraiment mixte de Paris, la pinte augmenter de prix, les débris de Péripate pulluler autour de l’ancien Quick devenu encore une barre avec des « mixologues derrière, ou l’on s’obstine à la Folie pas du tout, à transformer encore un espace inadapté au son (car vitré de partout, duh!) ou à toute autre activité autre que la vente de junk food. Ou de junk, tout court.
    Je me souviens, que l’espace B a connu une de mes connaissances à la programmation, une petite jeune ultra stylée pigiste du… Bonbon quoi, orga de la House of Moda, tout ça pour vous dire, que l’espace B a jonglé et utilisé comme cobayes, diverses troupes, qu’il n’y a que les boomers post-shoe gazers qui sont restés, entre mille autres propositions, jusqu’à hériter des boboboomers qui ont pu s’acheter une studette près de Ourq et qui se sentaient so-punk à l’espace B parce-que c’est bas de plafond et tout devient irrespirable plus vite. Je me souviens, qu’il y en a qui pratiquent l’étouffement pour bander.
    Je me souviens de centaines d’autres salles ou lieux alternatifs, avec une super prog’, qui n’avait pas besoin de servir d’after à la Villette Sonique dans un parcours aseptisé bordé de quinoa, qui ont du fermer aussi, parce-que malgré toute la thune extraite aux boomers avides de draguer et offrir des pintes à des minettes tatouées sans le sous (car se tattouer chez Tintin et se saper burlesque ça douille pour avoir l’air d’une tenancière has-been) et faisant l’effort de venir jusqu’au XIXème depuis le PCC (ouaaa, c’est un changement ma poule), toutes ces thunes extraites, n’ont pas pu financer un sas d’insonorisation et une clim convenable, que dis-je convenable, juste, aux normes d’une petite salle de spectacle. Des centaines de théâtres ferment et il faut pleurer un bar à pinte trop chère pour le quartier, pas chère pour Paris.
    Toute cette manne, n’a donc pas suffit à adapter un lieu inadaptable.
    Je me souviens de les avoir vu contourner de se mettre aux normes, y compris de correction acoustique, plus longtemps que la Mécanique Ondulatoire, championne en matière de pétitions, pour procrastiner l’échéance, pour la sauver, mais qui a enfin compris qu’il fallait plier. Et se barrer. Du moins l’ancienne crowd, merci. Je me souviens ce que deviennent les lieux, qui se mettent aux normes: Pas des espaces B, mais de la M. Je me souviens, qu’avant la Covida-Loka, pour avoir l’air cool en tant que pilier de la night parisienne et s’éclipser dans la dignité, avant de devenir ringard, il suffisait de dire que le quartier était devenu trop bobo (Coucou Pat Féline), ou faire plein de Crowdfunding et des articles signés maire de la naïght, pour esquiver les travaux de mise aux normes et insonorisation… Et puis « hourra! tous les bars sont des espaces C, comme cas contact maintenant! Alors, arrêtez de vous plaindre, de devenir nostalgiques pour un non lieu, y en aura d’autres, je me souviens que fuck, c’est pas la Miroiterie non-plus!! Sérieux! Et elle est devenue, Summer of 2017, une friche couverte de fausse pelouse, sponsorisée par Grolsch, après démol! Quandmême! Y avait des food truck créoles et un espace K, comme KIDS!
    Je me souviens que quand j’ai lu cet article, j’ai eu envie de dire « OK BOOMER », alors qu’il est écrit par un gars qui doit même pas avoir 30 piges, né à la mauvaise époque et déjà boomer dans l’âme, je me souviens que ça faisait bander les gens de dire que c’était « à Corentin Cariou, ah, tu connais pas cette station? c’est sur la 7, mais oui, y a un truc! »
    Sachant, qu’à côté, n’importe quelle Architeuf ou after de Jazz à Paris à l’école de la Villette, si t’était assez « in » pour être au courant et te procurer des places et assez cultivé pour fréquenter des architectes, était plus « lit » que des afters du Sous-Coachella parisien.
    Je me souviens d’avoir vu trop de pétasses avec des couronnes à fleurs dans la scène Noise de la Villette Sonique et trop de bedaines nostalgiques de la rue Keller, se rabattre sur les concerts de l’espace B.
    Voilà pourquoi, je pensais que c’était fermé depuis longtemps. Je me souviens que j’ai jamais payé l’entrée, à l’espace B, mais je me suis jamais sentie coupable de pas l’avoir fait.
    Je me souviens qu’il faut que j’arrête de troller ce genre d’articles, seulement parce-que le seul lieu un peu punk maintenant est au Cirque Electrique et ça veut tout dire.
    Je me souviens que le meilleur concert que j’ai vu à l’espace B, un soir ou je lui ai donné une dernière opportunité, avant de me dire que j’avais raison de ne plus y aller, était celui de Judah Warsky, qu’il m’a invité une pinte et que c’était one of the best nights of my life petit coeur avec les mains.
    Je me souviens bien profiond, qu’il faut un peu arrêter avec cet esprit post-hipsterie de vouloir à tout prix penser que tous ces groupes, -Servoservoservo- « vous les avez vu, avant qu’ils soient connus », car il y a parfois des raisons, à pas être connus (j’aime Servo, je les ai pas trouvé au mieux à l’espace B, déso), ou à les avoir vu ailleurs, avant qu’ils passent à l’Espace B.
    Ailleurs dans le monde, même.
    Avant que l’entrée soit payante, croyant que ta place payée servira à financer les travaux pour sauver le lieu, avant, dans des lieux qui ne feraient jamais l’objet d’un article chez Gonzaï car personne de la hype ne connait ces lieux.
    Je me souviens qu’il faut que je réactive mon abonnement chez Punk Culture, car l’article sur le Gonzaï N°36 sur le punk français, résume assez bien la situation…
    Je me souviens que les photos des groupes punk dans ce fanzine produit à base d’abonnements, ne sont pas prises par quelqu’un qui a les moyens et les Reflex, de choper les artistes dans des poses qui ressemblent aux photos proprettes avec plein de grain, de joueurs du PSG, pour une pub Winamax ou BetClic. Je me souviens que lire cet article m’a fait le même effet que quand j’ai vu une pub de Villejuif Underground pour Céline, collée en mode affichage sauvage sur le Boulevard Barbès: j’ai cligné des yeux plusieurs fois.
    Je me souviens ce que ça m’a fait, quand j’ai vue passer rue Archereau, la millième pétasse en Stans-Smith rose paillettes, avec un tote-bag « So-Punk » Du Bon Marché: Envie de vomir.
    Je me souviens pourquoi j’ai arrêté de mettre des vinyles dans des bars, de frécquenter des diggers, de passer des galettes à des poseurs « scensters », écumeurs de concerts de bandes dites « alternatives » d’une scène post-noise fuzztone: Parcequ’ils ont l’air de s’accrocher à la vie et à leur science, comme ils s’accrochent à leur pinte en plastique: La main gauche dans la poche et la bedaine comme pose-verre.
    Je me souviens que je ne peux plus voir un chest-tattoo à gros trait marin néo-pandillero chicano, d’une fausse tête des morts mexicaine (spoiler, c’est halloween Pinterest et James Bond Sam Mendes, qui les a inventé, pas l’imagerie traditionnelle mexicaine), ça me fait l’effet d’un tribal sur fesse.
    Je me souviens que l’espace B me faisait le même effet. Je me souviens, que maintenant, mes potes, pourront plus me dire: « eh ben si t’aime pas, arrête de bitcher, ne vient pas et on se retrouve après au PCC » parce-que cela ne se reproduira plus. HA-et-Ha.
    Je me souviens, que quand j’ai lu cet article, je me suis dit « meh, ils étaient pas fermés déjà depuis longtemps?? » Et je ne voulais pas dire, que leurs derniers concerts étaient en soins palliatifs, mais qu’il faut comprendre, qu’il aura toujours une autre salle sur-laquelle se rabattre et désormais, elle sera correctement ventilée et insonorisée et certainement plus chère et vous serez assis, avec votre pinte, alors arrêtez de gémir, levez-vous! Car c’est pas LA LE LI Covid 19, qui l’a tué, l’Espace B, comme Belle excuse, c’est l’aseptisation, ultra-sécurisation et culture du zéro risque normative, générale, des lieux de culture. Et on dit LE tequila au Mexique, bande de nazes, c’est UN alcool, pas LA boisson.

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