Le rock en 2019, c’est vieux, c’est ringard. La simple vision d’une guitare ou d’un bac de disques 70’s donne des hauts le cœur et pour s’en convaincre, il suffit en général de mater les photos presse de vieux mecs prenant la pose comme les gisants de Pompéi. Dans cet élan d’immobilisme, un groupe parisien lève aujourd’hui le menton avec un superbe premier album ; on leur souhaite vivement d’aller se faire caillasser en province.

En 2020, le « Novövision » d’Yves Adrien fêtera ses 40 ans. On dit ça comme ça, tiens, pourquoi on dit ça d’ailleurs ? Peut-être Parce que la piste de clôture de l’album d’Entracte Twist, Les Esses, contient des paroles qui aurait parfaitement pu se trouver dans l’œuvre culte du fantôme à toque : « Je te revois là enlacée comme les circuits d’une carte imprimée ». Ca n’a l’air de rien dit comme ça mais il y a ici toute la froidure et le synthétisme typique du début des années 80, quelque part entre Paris (Marie et les Glaçons, aha !), Düsseldorf (Kraftwerk) et New York (Television). Tout cela, on l’entend tellement bien sur « Entracte Twist », le disque, qu’on en oublie que l’un des membres de ce trio enragé fait partie de Gonzaï. Au diable le conflit d’intérêt quand une telle anomalie vous tombe entre les mains.

En huit titres, Entracte Twist, qui s’est déjà bien usé les gencives sur les trottoirs de Paris, parvient à renouveler ce sentiment d’excitation qui fait défaut à tant de disques numériques des temps présents. Ni poseur, ni branleur. On pourrait pour justifier cela évoquer les paroles science-fiction qui divaguent en lévitation, ces guitares aux superbes effets rétro mi Stranglers mi Flamin’ Groovies, les bouts de synthés jetés ça et là pour refroidir la machine, mais ce qui donne à la signature de chez Requiem Pour Un Twister son parfum, sa densité, son côté « dans ta gueule à toi le  vieuxfan des Talking Heads », c’est certainement la qualité de production qui transforme un simple album rock-balloche dont n’importe quel connard de concert décrocherait au bout de deux chansons en monobloc sonique capable de faire de vous donner l’impression d’être Patrick Vidal pendant 40 petites minutes.

(C) François Grivelet

Patrick Vidal, pour ceux qui prennent leurs propres vies en cours de route, n’est autre que le chanteur illuminé de Marie et les Garçons groupe post-disco-punk français du début des années – on y revient – à voir comme l’antithèse de Telephone, pour résumer. Entre la Television et le Telephone, Entracte Twist semble avoir fait son choix depuis longtemps et l’utilisation de la langue française – comme jadis avec Mustang – permet de rêver local, si l’on peut dire, grâce à des paroles qui ne racontent rien d’essentiel (« Flash d’ennui à travers le plasma » sur 38 special), qui ne racontent d’ailleurs rien de concret du tout et qui préfèrent à ce titre regarder plutôt du côté de Ballard ou même d’Alain Kan (le titre Jimmy et moi est-il un clin d’œil conscient ?) pour s’échapper du quotidien merdique dans lequel les chanteurs de rock-variété de l’époque semblent se complaire.

Poussés par cette puissance dans l’anonymat, cette lumière de Zippo dans le tunnel ; bref par un talent certain mais invisible dans cette France toujours incapable d’applaudir en rythme, Entracte Twist parvient à inventer une quatrième division qui n’invente rien musicalement mais qui pour autant sait éviter tous les pièges de la nostalgie. On serait au collège Jonathan Richman, on mettrait un grand 8/10 à ce disque rétro-futuriste tout sauf à bout de souffle ; mais comme l’heure est à la médiocrité déceptive et que les chances que vous achetiez cet album en vinyle pour guérir votre scoliose sont aussi faibles que celles de vous faire tatouer la banane du Velvet au niveau de la raie des fesses, on se contentera de conclure que c’est un disque de l’au-dessus de la pile. Voyez comme c’est décevant, en comparaison avec cette entracte qu’on espère le plus long possible.

Entracte Twist // S/T // Requiem pour un Twister
https://requiempouruntwister.bandcamp.com/album/entracte-twist

24 commentaires

  1. oooh ooooui! si un ‘membre’ de m&lg reformation vidal joue m&lg,joua avec ciao!manhattan & now entractetwist, ne serait’il pas convenable & non convenu comme article sis_dessus de les importuner devant un café & leur faire raconter leur cheminements??? surtout que leur ex leader croise les intellos de Zäi dans les rues humides & sales de Montmartre……. c’st pas du kung_fu dans ton cul!

  2. Entracte Twist represente musicalement tous ce que je deteste dans le rock frenchy parisien ,un son ultra daté et figé dans les 80’s .c’est de la soupe bolino pour branchouille parisienne .Je n’ai aucun talent pour l’écriture mais punaise Bester tu est un scribouillard de chez scribouillard .tu est un tacheron qui ecrit ses chroniques a la truelle .Je peux pu te lire tellement ton style est hasbeen

    1. AH ENFIN !
      Je n’attendais pas Godot mais le dingue de basse cour Alex Persiflérance (à qui j’ai acheté une masse de disques, au temps où il comptait les billets derrière le comptoir de chez Babouin Rec), celui qui recopie les vieux articles inrockuptibles de la fin des 80’s. J’adore.
      La branchouille parisienne existe sûrement – je te fais confiance, tu as l’air d’être expert en la matière – mais pour le coup, c’est hors-sujet puisque Entracte Twist se compose d’un lyonnais, de trois strasbourgeois et d’un vosgien : moi (Toxic Kiss, Manuel Etienne, Növalis Impulse, tu connais ? Oui, tu connais ; pas très branchaga, avoue-le. En 10 ans, j’ai dû gagner 200 balles et je ne te ferai pas l’affront de te dire combien nous avons perdu dans l’histoire).
      Cela dit, si tu étais homme aux testicules bien descendues, ce serait avec plaisir (et ce n’est pas une plaisanterie) que je t’offrirais une mousse dans un stammtisch de ton choix.
      Étant SDF avec un enfant en bas-âge, je suis relativement libre de mes mouvements et peux me rendre n’importe où.
      Montre un peu de grandeur, écris moi stp.
      Sam.
      Ps : si tu as un plan logement pour smicard (700 € maxi), je suis également tout ouïe.

  3. les vieux articles inrockuptibles de la fin des 80’s ,ah ah la belle affaire ,,j’etais trop jeune fin 80’s ,moi j’ai lu surtout les inrocks de 1990 a 1995 et apres je suis devenu un enfant de vibrations magazine ,je bande plus pour florent mazolenni et jacques denis ,manu boubli et consorts ,les bicéphales consanguin des inrocks (beauvallet ,conte et toute la clique de peine a jouir c’est de loin pas des potes) je surkiffe la sono mondiale cher a feu bizot d’actuel , mes plus gros cours coeurs depuis l’année 2000 c’est les label ,strut ,soundway ,sublime frequencies ,et consorts qui m’ont fais vibré

  4. moi n’aime pas les oliveinsteens taxi girl, assis sur ma mob lili drop, les propagandes, les ‘chefs’ de rayon, les barbouzes, les chiottes publics, les mignons, les crabes, les theremins, les albums solos, les sucres du barrier block, les ennuis, les abonnements, les obis sur les reeditions, les stickers PUNK sur un des albums de Ted Nugent, les baisers volés, l’historique de ton tracé reptilien, la goutte de sang dans la tête,

  5. Rien n’est grave en ce qui nous concerne. Laisse parler ton coeur et range tes poings au vestiaire. Personne n’est de taille à servir un maître ou un autre. Perte de temps, on a plus le temps, ça ne sert à rien. On va tous crever, seuls. Une belle affaire ! On sera bien avancé. ..Laisse tomber, ça ne vaut pas le coup. Vraiment. Écoute Daphnis et Chloé par Dutoit. C’est beau. Des pleins et déliés tristes et solaires écrit par un misanthrope, comme toi. Fais l’effort, tu verras, c’est plus dingue que tout ce que Bizot aura pu t’inculquer. Crois moi. Essaie au moins.
    Sam

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