Je ne sais pas trop quoi faire de ces photos qui sont dans mon téléphone portable depuis la semaine dernière. D’un côté, je me dis que je pourrais en tirer de l’argent, mais d’un autre côté, déontologiquement, je ne sais pas si ça se fait.

Bon, j’étais déjà passablement ivre quand je suis entré dans le bar de l’hôtel mardi soir. Ces temps-ci je ne sors plus trop dans mes rades habituels, saturés qu’ils sont d’étudiantes Erasmus en chaleur et de Parisiennes névrosées. Elles sont de toute manière de plus en plus jeunes, ou alors c’est moi, peut-être, qui suis de plus en plus vieux. Les bars des grands hôtels, c’est autre chose. C’est cher, c’est décoré par un stagiaire de Philippe Starck sous acide, mais le personnel est serviable et compassé, c’est très vieille France et, ce qui me plaît le plus : c’est calme. Sauf ce soir, apparemment. Alors que je tends mon manteau au type du vestiaire, j’entends cette fille qui crie je ne sais quoi, fort, en anglais et avec une voix un peu fausse. J’hésite, et puis je rentre tout de même, juste au moment où elle sort. Nous nous percutons moelleusement, elle me regarde, elle veut crier, elle hésite, finalement elle pleure. Une femme, la cinquantaine martiale, nous rejoint. Elle me fait : « désolée », lui prend l’épaule et lui murmure un truc gentil en anglais. On voit qu’elle prend sur elle pour parler gentiment, si elle pouvait elle tabasserait la fille avec son sac Chanel, mais en même temps on ne déconne pas avec un sac Chanel. La fille ne marche pas dans son baratin, elle se dégage, lui re-hurle dessus et re-pleure. Je lui pose la main sur l’épaule et lui dis, dans un anglais presque parfait mais avec ce french accent que j’ai travaillé de longues heures durant, qu’on devrait aller s’asseoir et boire (encore) un verre. La fille pleure toujours mais moins, son chaperon montre les dents et tourne les talons. On traverse le bar, tout le monde nous regarde. La nounou de la fille discute avec un journaliste musical de Libé, il fait un peu la gueule. En fait, à part moi, tout le monde à l’air de faire la gueule, c’est marrant.

La fille s’appelle Nana, mais elle ne voit pas vraiment le rapport avec Emile Zola. Je lui raconte un peu l’affaire Dreyfus, J’accuse, tout ça, mais tout ce qu’elle retient c’est que c’est un journaliste et qu’elle déteste tous ces connards d’enculés de journalistes. Elle essaye de m’expliquer qu’ils lui posent des questions sur ses lèvres, je sens qu’elle va pleurer à nouveau. Du coup, je recommande deux daiquiris et je lui dis des trucs sur ses lèvres. Elle sourit un peu. Voyant que je commence à lui prendre la main, la nounou s’approche de notre table, la fille se tourne vers moi et me dit : « Could you be kind and walk me to my room ? » Elle me demande ça avec une petite voix d’Américaine bien élevée. Tout le monde nous regarde, je me demande si on voit mon érection. Nous nous levons dignement et marchons jusqu’à l’ascenseur. La dame avec le sac Chanel semble regretter d’avoir laissé son lance-flamme dans le coffre de sa voiture. Dans un coin, un journaliste musical du Figaro, ivre mort, me fait un clin d’œil salace. Les portes de l’ascenseur se referment sur nous. Je me penche vers la fille, glisse quelques mots, puis ma langue, dans son oreille. Elle rigole et se tourne vers moi, dans son regard je vois tous les bienfaits d’une éducation où le puritanisme est en constant conflit avec l’appel à la liberté des corps. J’hésite à lui demander si ses lèvres sont vraies mais je me dis que c’est le mauvais moment, du coup je l’embrasse. Je ne sais pas pour ses lèvres, mais sa langue semble tout à fait réelle. Elle agrippe ma veste et me tire jusqu’à sa chambre, là elle allume l’une des lampes de chevet, se penche sur la stéréo et met une chanson grecque assez cool, si on aime les trucs vaguement pop. Je lui dis que j’adore, elle minaude comme si c’était elle qui l’avait écrite, elle danse doucement sur la musique. Je m’aperçois que je n’ai pas encore parlé de ses vêtements, mais en même temps pour quoi faire, puisqu’ils tombent un par un sur l’épaisse moquette de l’hôtel.
Un instant je pense à DSK et je fais quelques photos avec mon téléphone pour pouvoir prouver que la fille était consentante. Elle ne me voit pas, complètement absorbée par la chanson qu’elle fredonne un peu, les yeux fermés. Elle s’assied sur le lit et me regarde, me dit un truc à propose de mon blue jean et de ma chemise blanche. À la voir passer sa langue sur ses lèvres, je me dis qu’elle en a marre de chanter. Tandis que nous jouons à voir différentes parties de nos corps avec les mains, quelqu’un frappe à la porte. Nous nous immobilisons un instant. Lentement, je déplace son corps pour le rapprocher du mien. Lorsqu’on frappe à nouveau, nous sommes dans une posture qui nous permet difficilement d’aller ouvrir. Je crois que l’on frappe une troisième fois, mais elle crie et cela couvre les autres bruits. Tout cela dure un moment. Alors que je reprends mon souffle, je la vois qui tend la main vers la stéréo. Plutôt que de réécouter sa chanson grecque une cinquième fois, je m’assieds sur elle. Elle se retourne et minaude « You, naughty french man... » J’ai détourné son attention de la stéréo.

Je déchire la taie d’oreiller et lui attache les mains, puis les jambes. Je passe ma langue sur son corps, puis je me lève pour aller boire un verre d’eau. La salle de bain est immense, il y a une très grande glace, j’ai sur la langue le goût de sa sueur. Quand je reviens vers le lit, elle gigote un peu, tendant ses fesses vers moi. Je me dis « tiens, c’est marrant, dans ‘gigoter’ il y a ‘gigot’. » Puis, comme mon regard remonte le long de ses cuisses, j’arrête de me faire des réflexions philologiques pour passer ma main sur ses jambes. Son corps se cabre, elle esquisse un mot qu’elle ne termine pas, sa respiration se fait plus profonde. Je me penche pour l’embrasser, elle me murmure « Swing in my backyard… » Suivant le rythme et ce qu’elle accepte petit à petit de faire, sa voix se fait plus grave. Je la détache finalement, elle se réfugie au bord du lit et me regarde avec une chaste perversité. Elle tremble un peu, je repense à DSK : « You’re ok baby, you’re shaking… » Elle se mord les lèvres : « It’s you, elle me dit, it’s you, it’s all for you. »

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14 commentaires

  1. peut-être la meilleure chronique de son album que j’ai pu lire. la musique sert à rêver d’ailleurs, et celle de Lana del Rey me donne envie de faire l’amour and so does your column.

  2. L’article reflète bien ce qu’est Lana Del Rey: une belle petite putain de bonne famille point barre.
    Les producteurs ont joué sur son physique avantageux(enfin perso,je suis pas trop branché anorexie) et ont trafiqué tout le reste

  3. C’est vraiment le pire ramassis de propos phallocratique qu’il m’ait été donné de lire sur LDR. On dirait vraiment que vous assouvissez vos frustrations sur cette artiste innocente.
    Comment Gonzaï qui parle de musique, laisse dériver son éditorial au point de laisser de coté tout sens critique sur la valeur musicale de son album, de sa musique, de ses textes, quand elle se foutra en l’air comme Amy Whinehouse vous serez les premiers à crier au génie, mais ce sera trop tard, elle sera morte, sa fragilité se sera brûlé, une fois de plus, à l’oppression masculine et primaire.

  4. Si j’étais artiste j’aimerai bien que quelqu’un ponde un tel article sur moi, j’aurais réussi mon affaire, le faire voyager. Je vois rien de méchant là-dedans. Et puis l’oppression masculine, à d’autres ! Quand je vois que les plus dégueulasses à balancer sur Lana DR sont des filles ça me fait doucement rigoler…

  5. Aucune valeur musicale ? Tu te trompes totalement de cible; que la hype autour d’elle gonfle je peux le comprendre, moi-même ça m’agace, mais oser dire qu’elle est mauvaise et que ça musique est de la pure merde ça me fait doucement rigoler. T’as pas du écouter “Video Games” ou “Blue Jeans” pour oser dire ça. Elle a indéniablement un truc sinon le bouche à oreilles n’aurait pas fonctionné à ce point jusqu’à début septembre. Les médias ne s’en sont emparé que plus tard, jusqu’à début janvier pour en faire une “icône” (ce qui était totalement ridicule). Bref, elle ne mérite vraiment pas toute cette haine, comme elle ne mérite pas d’être érigée en “icône” après seulement deux albums, dont un passé inaperçu. Sinon elle a le droit d’être considérée comme une artiste avec du potentiel qui fait de bonnes choses et d’autres un peu moins bonne.

    C’est assez symptomatique de notre époque en fait, aujourd’hui soit tu es un dieu, soit une sous-merde. Aucune mesure dans le jugement, aucun recul. Ceux qui la mettent plus bas que terre ne valent vraiment pas mieux que tout ces torche-culs qui l’encensaient aveuglément.

    Quand je pense que ça se branlait allègrement sur les WU LYF, Foster The People et autres Vaccines…

  6. “Videogames” passe 36 fois par jours sur les radios et chaînes de musique populaire, qui n’a jamais pu l’écouter? Pas grand monde à mon humble avis. Chacun son point de vue, mais de ce qui est du miens, j’ai absolument rien vu de nouveau dans sa musique. Certes, ma notion de ce que sont les valeurs musicales est contestée, cela dit je n’éprouve aucune haine, si ce n’est peut-être même un peu de pitié.

  7. Je n’écoute jamais la radio, tu dois donc être mieux renseigné que moi. Mais pourquoi cette volonté de toujours chercher la nouveauté ? Si on va par-là on n’écoute plus grands choses, combien d’artistes ont réellement révolutionnés la musique ? Et parmi ceux qui l’ont révolutionnée combien sont passés à la trappe pour ensuite être reconnus une ou plusieurs décennies plus tard (le duo Suicide qui se prenait des glaviots à travers la gueule à chacune de leur performance…)? On peut être classique et rendre le monde plus beau que ce qu’il est réellement, c’est en tout cas ma vision de la musique.

  8. Lana Del Rey est formidable, c’est ma Laura Palmer, une héroine martyr et sainte, victime de tout, le corps transformé, poupée idole attendant le sacrifice, perdu dans un vintage agencé pour elle par un mauvais génie, à chanter sa compulsion pour les histoires d’amours perdues d’avance. C’est ce genre de personnes qui une fois éclose se prennent toute l’agressivité du monde sur la gueule, un peu comme Oui Oui.

  9. Ah oui, ça c’est l’argument irréfutable. Si tu cherches bien tu trouveras toujours une chanson qui ressemblera à une autre. Le plus drôle dans tout ça c’est que les deux chansons se rassemblent à peine, enfin bref.

  10. Oui, enfin la c’est flagrant, on doit pas avoir la même oreille. Bref, chacun a une cause à défendre, j’en ai d’autres bien plus intéressantes, enfin je crois du moins (sans prétention).

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