Annulée en 2020, dispersée façon puzzle en 2021, la Route du Rock retrouve son Fort de Saint-Père pour ses 30 ans. L’occasion de rembobiner, mais aussi de parler futur avec son directeur, François Floret. Où il sera question de Bernard Lenoir, de hip-hop, d’escroquerie, de vieux fidèles, d’extraterrestres asexués, de footing. Et de musique, aussi.

Pardon, mais qui d’autre booke King Gizzard and the Lizard Wizard en France cet été ? OK, Check in Party. Mais qu’est-ce que j’irais foutre dans la Creuse ? La Route du Rock, c’est en Bretagne, bordel. L’océan, les embruns, les mouettes qui te piquent ton beignet sur la plage et, last but not least, son festival de rock indé. Trente ans que ça dure. Et puis cette année, mon Ty Segall revient. The Liminanas aussi. Il y aura Beak>, Fontaines D.C. (je prévois déjà d’aller avaler une galette saucisse à ce moment-là, cette façon de chanter, c’est vraiment pas possible), Wet Leg, Baxter Dury, Kevin Morby (le red chef a sulfaté son dernier disque, mais chez Gonzaï, le politburo est plus cool que ce qu’on pense), Black Country, New Road… Bref, des trucs plein de guitares produites par des types plus ou moins allumés et/ou chelous. Rien à cirer ou presque du rap qui truste tout. On ne se refait pas. François Floret non plus, même si le directeur de la Route du Rock se verrait bien ouvrir un peu le festival à d’autres genres. Il est notamment question de ça dans l’interview à lire ci-dessous.

Quand vous créez la Route du Rock en 1991, vous vous dites qu’un jour, vous fêterez ses 30 ans ?

François Floret : Non, c’est tellement hallucinant. Je me pose cette question souvent. C’est devenu ma vie. Je dors, je mange, je transpire Route du Rock, mais en 1991 (date de la première, en hiver, à la Maison des associations), c’est clairement un truc de potes, qui aiment la musique. Ça n’est pas très original, mais c’est la vérité. Au début, c’était très artisanal, sans arrière-pensées. Et puis on s’est piqués au truc petit à petit. En 1993, Bernard Lenoir (l’homme des Black sessions sur Franc Inter) nous appelle. On venait de faire Radiohead dans une discothèque de 100 personnes. Il nous dit qu’il est parrain des Eurockéennes, mais qu’il ne s’y retrouve pas trop. C’est comme ça qu’on a lancé une édition d’été. Mais pour avoir le Fort de Saint-Père, il fallait faire un concert test. Un festival de rock, la maire de l’époque n’était pas trop chaude, elle nous posait des questions du genre « où est-ce que vous allez garer les motos »… Heureusement, son secrétaire de mairie était fan de Bernard Lenoir. On a fait Noir Désir, ça a marché… On a continué à évoluer, jusqu’à aujourd’hui.

« En 1997, on franchit le pas. Sauf qu’on va être victime d’une escroquerie. »

Vous n’en avez jamais eu marre ? C’est beaucoup d’emmerdes, un festival.

François Floret : Si, si. Je mentirais si je disais le contraire. En trente ans, on a vécu des épisodes très éprouvants. En 1996, on passe à trois jours pour la première fois. On se rend compte que la Route du Rock, ça plaît. Un régisseur nous dit qu’il va falloir qu’on fasse un choix, qu’on se professionnalise, ou pas. En 1997, on franchit le pas. Sauf qu’on va être victime d’une escroquerie. On avait embauché un coordinateur qui est parti avec la caisse (bars et restauration). Le festival était en état de quasi mort clinique. On l’a poursuivi, il a pris deux mois de prison avec sursis, en appel, mais les gendarmes ne pouvaient rien faire, le gars n’apparaissait nulle part, c’était un escroc professionnel… Bref, n’importe qui aurait abandonné. Je bossais encore à côté, il fallait faire un choix… Je m’en souviens très bien, c’était un jeudi, à 2 heures du mat’… J’ai pris la décision de faire ça à plein temps. On a remotivé l’équipe, et on est reparti. En 1998, on a battu un record d’affluence : on avait Portishead, PJ Harvey, Rachid Taha, Spiritualized… C’est le moment le plus fédérateur de l’histoire du festival.

30 ans, ça fait pas mal de souvenirs. J’allais demander lequel est le pire, et le meilleur, mais là, j’ai la réponse…

En 2002, c’était pas mal non plus. On n’avait pas pris d’assurance annulation, parce qu’on n’avait pas les moyens. Et là, on se prend un énorme orage. Le gars de Divine Comedy se demandait ce qu’il se passait : il pleuvait de la merde, et le public restait. On épongeait son clavier toutes les vingt secondes, l’eau coulait partout… J’ai jamais eu aussi peur de ma vie. Si on annulait, on était mort. 2002, c’est gravé à vie. Sinon, en termes de mauvais souvenirs, il y a l’annulation de Björk (en 2015). On n’a toujours pas compris pourquoi. On n’a pas eu d’explications. Celle de Primal Scream, en 2000, m’avait aussi fait mal. Ils étaient trop drogués de la veille, ils n’ont pas pu prendre l’avion.

« King Gizzard and the Lizard Wizard […] pour moi, c’est ce qui se fait de mieux, en termes de rock psyché. Ils ont tout compris, et ils sont tellement généreux ».

Pas de têtes d’affiche cette année : sacré pari pour les 30 ans.

On en avait une, mais elle nous a fait faux bond quelques semaines avant l’annonce de la programmation. On devait avoir Nick Cave. Il devait jouer en Ukraine, et forcément, c’est devenu compliqué. Le routing (organisation d’une tournée, notamment en termes géographiques) ne collait plus. Après, l’enjeu des têtes d’affiche, c’est un vrai débat en interne : est-ce qu’on fait que du pur jus, ou est-ce qu’on reste sur une prog canon, mais avec une ou deux têtes d’affiche ? Question logistique, ça implique plus de coûts… Alban (Coutoux, le directeur artistique) et moi, on est d’accord pour en avoir une ou deux : c’est du show, et puis en termes marketing, ça permet de ramener du monde. Pour cette année, il était trop tard pour se retourner. Et puis financièrement, on ne peut pas rivaliser avec les plus gros festivals. Là, c’et bien, on a une très belle programmation. Si on fait 18 000 (spectateurs), ce sera parfait !

LA ROUTE DU ROCK EXPLIQUÉE PAR LA ROUTE DU ROCK – Gonzaï
Coutoux et Floret

Un artiste que vous vouliez absolument pour cet anniversaire ?

King Gizzard and the Lizard Wizard. On ne les a pas bookés vis-à-vis de l’anniversaire, mais on les voulait depuis des années. Pour moi, c’est ce qui se fait de mieux, en termes de rock psyché. Ils ont tout compris, et ils sont tellement généreux. Quand je fais un footing, je les écoute, et je décolle.

« Rajeunir, oui, mais pour faire venir qui ? »

Vous n’avez pas peur d’être catalogué festival de quadra/quinqua ?

C’est un truc qu’on a bien à l’esprit ! Rajeunir, oui, mais pour faire venir qui ? On aimerait s’ouvrir sur le hip-hop. Cette année, on a Wu Lu. On voulait faire Kae Tempest et Slowthai, mais ça n’a pas été possible. On voudrait faire plus d’électro, aussi, mais joyeuse, pas sombre, pour rajeunir un peu le public, et qu’on n’ait pas que les vieux fidèles, même si on est ravis qu’ils soient là !

Beaucoup de femmes cette année : hasard ou signe des temps ?

C’est totalement un hasard ! Nous, ce qu’on nous reproche le plus souvent, c’est « le racisme anti-français ». Ce n’est pas un choix, c’est juste qu’il y a beaucoup plus de groupes anglo-saxons dans notre famille musicale. Pour les femmes, c’est pareil : il n’y a pas de calculs. La seule chose importante, c’est qu’on aime ce que fait l’artiste, femme ou pas. Ça pourrait être un extraterrestre asexué qui joue, pas de problème, à partir du moment où il me fait triper.

La Route du Rock, du 17 au 20 août 2022.
https://www.laroutedurock.com

Peut être une image de texte qui dit ’ÉDITION #30 -… 17-20 AOUT2022 AOUT 2022 COLLECTIONE ETE TẾ #30 LA ROUTE DU ROCK SAINT-MALO KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD FONTAINES D.C. BAXTER DURY HE LIMIÑANAS TY SEGALL & FREEDOM BAND -KEVIN MORBY ALDOUS HARDING WET LEG DIIV YARD ACT BLACK COUNTRY, NEW ROAD -PORRIDGE RADIO WORKING MEN'S CLUB GEESE- KING NNAH WU-LU - DITZ DITZ-•.•’

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