Beak est de retour en format court avec un Geoff Barrow décidément fait pour durer. Béni soit cet homme, qui traverse le temps sans paumer une once de son talent.

Deux faces B, une signature identifiable dès les premières secondes et un kraut qui franchit la ligne jaune avec ce type qui baragouine son rap derrière un grand orgue où l’on devine les plaintes en chœurs d’anges trop dark pour emprunter le starway to heaven… Les retrouvailles avec le Beak> de Barrow et consorts sont une joie. Courte, intense, surprenante, inventive. Comme toujours aurait-on envie d’écrire, ce qui n’est pourtant pas le cas de grand monde. Essayez de recompter le nombre de musiciens formidables qui ne vous ont jamais déçu. Le Barrow, vingt ans de vie de studio au compteur et sa carte de membre au club très fermé des musiciens dont les disques trônent dans la moitié des discothèques du monde (Portishead, ça vous dit quelque chose ?) continue d’être brillant. Et intransigeant. Voire pour ça son récent coup de gueule contre les miettes que lui refilent le streaming et sa maison de disque, ses tweets où monsieur ne fait pas dans la langue de bois et allume tout ce que ses oreilles vomissent… Ce type, avec sa trogne d’English renfrogné mais pas dénué d’humour, redonne foi en l’être humain. Et l’envie, puisqu’il est ici question du nouvel EP de Beak> et de son double maléfique (<Kaeb), d’appuyer avec frénésie sur le bouton play. Allons-y gaiement.

Face B(EAK>)

Premières notes. Une mini cover du pimpon des pompiers, de l’ambulance, des flics, de ce truc qui signale une urgence, bordel. Puis sans prévenir, la rondeur et la raideur de la batterie, le beat Beak >, quoi. C’est pas fini. Arpège crin-crin, chant comme enregistré depuis le studio d’en face… Ca dure juste 3’21 et c’est juste parfait. Quoi qu’un peu frustrant. The Meader fait un bien fou : se choper une météorite de studio en travers du palpitant, ça n’arrive pas tous les jours. The Broken Window est plus « classique », plus posé, plus space. Une douceur dans la nuit, tiens.

Note pour plus tard. Penser à demander à la promo si un jour, on peut toujours rêver, il serait possible d’assister aux séances d’enregistrement de ces trois gus.

(<KAE)B ecaF

Est-ce l’âge ? Nos trois krautboys ont tendance à lever le pied de la pédale de sons chelous. When We Fall semble ainsi prendre racine du côté du Alan’s Psychedelic Breakfast des Floyd. On y retrouve le goût des litanies en arpèges chères au chef d’orchestre de Portishead. C’est doux et un peu triste, idéal pour ces débuts de week-end où le désir de chaos le dispute à la to do list. On n’a plus vingt ans, putain. N’empêche, le feu sous la peau se cherche encore des allumettes. When We Fall ne fout pas le feu mais entretient les braises : on aura toujours envie chialer devant l’effondrement du monde, treizième mois ou pas. When We Fall ? We get high.

There’s No One met un dernier kick, et pas des moindres : sur une messe un peu noire, avec ses chœurs d’anges aux gueules cassées, un rappeur joue les contrepoints. Grands orgues vs flow en grimaces, qui se finira en psalmodies rageuses. Six minutes d’un harmonieux hiatus qu’on aimerait éternel. Mais la beauté, on ne sait jamais combien de temps ça va durer, hein. Reste le bouton repeat.

Note pour plus tard. Acheter le disque plutôt que de l’écouter en streaming.

BEAK> <KAEB // SPLIT EP // Invada records
Sortie le 31 juillet

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