Cette année, le festival qu’on ne présente plus fêtait sa 43ième édition. L’événement rennais à peine terminé, Gonzaï débute une série en 3 actes, avec 3 portraits de musicien.nne.s croisé.e.s sur place. Deuxième acte avec Wu-Lu, un artiste original aux influences diverses et qui a su séduire le label Warp. On a compris pourquoi en tapant la causette avec lui, puis en le voyant sur scène avec son groupe à plus de 2 h du mat’. 

Vous connaissez déjà le cadre, vu que nous sommes à l’épisode 2 de cette trilogie. Ça nous évitera donc de repartir dans un long paragraphe d’introduction. Par contre, ce que nous n’avons pas dit dans le papier précédent, c’est que ces Trans Musicales de Rennes sont aussi un rendez-vous incontournable pour les « professionnel.le.s de la musique ». Sous ce terme, sont regroupés toutes celles et ceux qui ont un rapport avec elle, des booker.euses aux manageur.euses, en passant par les attaché.e.s de presse et bien sûr les musicien.ne.s. Bref, tous ces métiers qui pourraient inspirer les plus jeunes d’entre vous au moment de remplir vos dossiers Parcoursup 2022. Une chose importante que les équipes festival ont bien capté : outre ces adultes, il y avait une ribambelle de kids présents avant que le soleil ne se couche, curieux d’en apprendre plus sur ces vies où les heures de bureau se passent souvent la nuit. Il y avait de quoi faire puisque nous étions 2200, dont 320 journalistes venu.e.s de toute la France.

Mais retour à nos moutons, ou plutôt à notre (Wu- ) Lu, qui était attendu à 2 h 15 dans le hall 3. D’emblée, on a été frappé par la force de proposition artistique de Miles Romans-Hopcratf (dans le civil) et de son band. Le concert est monté en puissance au fur et à mesure que les titres et les influences se sont enchaînés : d’un R’n’B voire hip-hop hybride qui trempe dans le vinaigre punk à une volonté organique affirmée lorgnant sur la rage du métal, tout y est passé. En est ressortie cette énergie brute, ébouriffante, qui rappelle avec fracas que l’Angleterre jouit d’une club culture rare, que des acteurs tels que le label Warp bichonne depuis plusieurs décennies. Bien entendu, Wu-Lu nous a parlé de tout ça avant son passage sur scène.

Tu as été bercé par les disques jazz, reggae ou encore afrobeat de tes parents quand tu étais jeune. Tu pourrais me parler de ces influences ? 

Mon père était dans un groupe, The Soothsayers, qui faisait une musique qui mixait tout ces styles, effectivement. Ma mère, elle, était danseuse à l’époque et m’a introduit à des sons plus hip-hop, comme MC Hammer et les artistes du genre. C’était très varié chez moi. Je pense que c’est pareil pour pas mal de gens d’ailleurs. Puis, je crois que tu ne peux pas échapper à tout ça ! En tout cas, j’ai grandi en écoutant beaucoup de disques de Bob Marley avec mon père, et ensuite je piochais les CDs de sa collection qui avaient l’air cool, comme ceux de Angie Stone par exemple. Aussi, j’allais beaucoup en festival quand j’étais jeune, pas mal de trucs de hippies bizarres… Je collais souvent ma tête devant les enceintes. Mon pote juste à côté est là pour te le confirmer !

« Moins les gens aiment quelque chose, plus tu t’enfonces dedans. »

À l’adolescence, tu as fait tes propres choix. Tu t’es dirigé vers la culture skateboard. 

Oui, ça a commencé avec les délires de Bam Margera de Jackass, puis j’en suis arrivé au jeu vidéo Tony Hawk’s Pro Skater et aux graffitis… Après, à Brixton, il y avait ce skatepark qui à la base était orange, le Stockwell Skate Park, également connu sous le nom de « Brixton Beach ». Là-bas, je voyais toujours des kids avec des coupes de cheveux en pointes et des trucs comme ça. Je me souviens de les regarder avec des grands yeux, à me demander ce qu’ils foutaient. Je me disais que ça avait l’air super cool. C’est quelque chose que mes parents ne m’ont pas appris alors je traînais dans les environs avec mes potes et c’est comme ça que j’ai découvert cette culture.

Tu as aussi eu une phase un peu plus brute, en écoutant notamment du metal ?

Pour être honnête, je ne connais pas trop de choses à ce propos. Peut-être Slipknot, principalement. J’ai plutôt l’impression que les éléments centraux avec mes potes, c’étaient le vraiment skate et le graffiti. Puis, tu sais, il y avait cette démarche un peu rebelle : moins les gens aiment quelque chose, plus tu t’enfonces dedans.

Tu avais déjà cette volonté d’être en quelque sorte « marginal » ?

Oui, c’est vrai ; je crois que ça va de pair avec toute cette culture skateboard. Je pense également que cette mentalité me vient sûrement de l’école. Il faut dire que là-bas, tout était très séparé, très normé. C’était juste sale, et j’aimais bien me sentir crade aussi. Je sais que ça peut paraître vraiment dingue ce que je te raconte, mais je vais te donner un exemple totalement hasardeux qui me passe par la tête. À l’école, quand je faisais tomber mon sandwich par terre, j’étais du genre à le ramasser et à continuer de le manger. Les autres élèves auraient paniqué à l’idée de faire ça !

Et c’est un temps où la Covid n’existait pas…

Effectivement, mais c’était tout de même une époque « pré-Babylone » ! En tout cas, j’ai cette sensation que tout est lié et qu’on partage tous cette mentalité avec mes gars. C’est-à-dire qu’à l’école, soit tu étais un « rude boy », soit un « nerd », ou ce que tu veux, ce qui est OK en somme… Mais dans mon esprit, ce que j’aimais, c’est être un peu de tout. C’est d’ailleurs ce qui nous réunit avec le groupe : nous sommes des créatifs et nous n’avons pas peur des « microbes », pour continuer avec cette métaphore. Je n’ai pas peur de me couper le genou, ou de crier à la tête de quelqu’un ! [NDLR ; ce qu’il fait semblant de faire sur l’un de ses musiciens] 

« J’ai toujours été à fond dans la musique que je faisais et que j’écoutais : que ça soit Slipknot, la culture skate, le grunge ou le hip-hop… »

Pour revenir sur quelque chose de moins métaphorique ; le fait d’être né et avoir grandi à Brixton, un des quartiers du sud de Londres, a eu une influence sur toi ?

Oui, totalement. Même si Brixton est un peu comme tous les endroits de Londres, il y a certaines petites nuances. Je ne dirais pas que ça a « influencé » ma manière de voir le reste de la ville ou autre, mais je pense que ça a dû jouer un peu. En tout cas, je crois que c’est un endroit où j’ai pu trouver tout ce dont j’avais besoin : la culture skate avec le skate park, puis cette énorme salle de concert juste à côté où je pouvais écouter des groupes dingues, ceux que ma mère adorait, ou encore Lamb of God, un band de metal complètement fou. C’est aussi là-bas, dans un total autre registre, que j’ai vu des shows de dubstep pour la première fois. Franchement, il y avait vraiment de tout.

Ton premier album, « Ginga » (2015), à un côté très hip-hop californien. On retrouve d’ailleurs Mndsgn qui est signé chez Stones Throw (J Dilla, Madlib…). C’est la direction artistique que tu voulais prendre à tes débuts, être un producteur ? 

Peut-être. En réalité, je considère plus ces morceaux comme des anciennes pages de mon journal personnel. J’ai toujours été à fond dans la musique que je faisais et que j’écoutais : que ça soit Slipknot, la culture skate, le grunge ou le hip-hop… Et au moment où « Ginga » est sorti, j’étais déjà passé à autre chose. Si je ne le partageais pas maintenant, je ne l’aurais sans doute jamais fait. Pour être honnête, quand on a publié ce disque, tout le monde pensait que je faisais du jazz. Mais j’étais là, à dire : « mec, pas vraiment, j’essaye juste de lier toutes les choses que j’aime. » Déjà à l’époque de cet album, j’avais fait des morceaux plus sombres et durs. Mais j’ai décidé de ne pas les mettre dessus, car ils étaient peut-être un peu trop « émo » ; pour cette période en tout cas. Et qui sait ? Peut-être qu’un jour je referais une musique comme ça ?

 

Dans tes deux EP suivants, N.A.I.S. (Not As It Seems) et S.U.F.O.S. (Save Us From Ourselves), on retrouve pourtant Joe Armon-Jones aux claviers et Nubya Garcia au saxophone. Deux artistes affiliés à cette scène « jazz » dont tu parles…

Ils sont là pour la simple et bonne raison qu’ils passaient dans le coin quand j’enregistrais ! Joe habite à côté de mon studio et Nubya venait traîner à certaines de nos sessions. Je lui ai juste demandé de poser avec son saxophone sur un morceau. Elle l’a fait en une prise et c’était tout bon !

« Quand les gens parlent de signer un contrat avec un label, je regarde toujours sur Google comment ces maisons de disques « influencent » la musique des artistes ».

Avec ces EPs, tu opères un virage plus organique.

Je crois que ça fait partie d’un développement. À ton avis, pourquoi Ginga s’appelle ainsi ? Je t’explique. Mon petit « frère » qui fait de la capoeira à Streatham m’a raconté que ce mot – qui se prononce normalement « GUinga » –, est en réalité un mouvement de danse en « va-et-vient » régulièrement utilisé dans cette discipline. Donc je me suis dit : « OK, c’est le but de ce disque : faire bouger le public. » Le problème, c’est que les gens ont dit que j’étais dans cette mouvance jazz. Alors j’ai sorti N.A.I.S. (Not As It Seems) comme une sorte de réponse pour toutes ces personnes là. Le message était le suivant : « ce n’est pas comme vous pensez que ça l’est » [NDLR ; une traduction de « Not As It Seems »]. Ensuite, avec S.U.F.O.S. (Save Us From Ourselves), j’ai été encore plus loin en affirmant que « les gens devaient se sauver de leurs opinions » — d’où ce titre.

Pour le maxi suivant, Times, j’ai l’impression que c’est toi qui t’es « sauvé de tes opinions ». Tu es revenue à la culture skateboard et à cette double esthétique plus brute. 

[NDLR ; Il rigole au jeu de mots avec le nom de son EP]  Même si cette chanson est très agressive, ou le maxi en général, tu peux entendre des vibes qui sont en lien avec tout ce que j’ai fait avant. Pour aller encore plus loin, je veux que le public s’attende à l’inattendu, à chaque fois. Parce que, du jour au lendemain, on pourrait tous lâcher nos instruments et se mettre à jouer du… violon ou du banjo par exemple ! Quand bien même, il y aurait une vibe aussi ! Tu verras si tu viens au concert, on change toujours tout : nous sommes à l’aise avec cette idée d’expérimenter, c’est ce que nous aimons faire avec le groupe.

 

Dans tes derniers morceaux, South (feat Lex Armor) et Broken Homes, tu développes un propos plus engagé : tu parles de gentrification dans le premier, et des changements plus généraux de ton quartier dans le deuxième ?

Totalement. Je ne suis pas le genre de personne qui va aimer se plaindre ou chouiner sur un disque, car mes opinions et mes pensées peuvent changer ; ce qui est naturel. Par contre, si je sens que c’est important sur le moment, je vais le dire. Particulièrement pour Broken Homes, ici, il ne s’agit pas que de moi, c’est une histoire qui se généralise et qui nous concerne tous. Puis il faut dire que cette gentrification n’est pas qu’une question d’argent. Il existe tellement de scénarios différents qui aboutissent à cette même issue. D’un autre côté, il y a des gens qui débarquent à Brixton sans penser à ce que cela peut engendrer, ils ont juste de l’argent, et trouvent que le quartier est cool, donc ils viennent ici. Mais bon, tu dois quand même être conscient de certaines conséquences.

 

Tu annonçais pendant le mois de novembre avoir rejoint Warp (Aphex Twin ; Boards of Canada…).

Quand les gens parlent de signer un contrat avec un label, je regarde toujours sur Google comment ces maisons de disques « influencent » la musique des artistes. J’ai vu quelqu’un sur YouTube présenter son label préféré et il disait que : « Warp soutient le développement des membres de leur roaster, même s’ils commencent avec un disque reggae, pour ensuite finir par de l’ambient, ou je ne sais pas quoi ! Ils les supporteront toujours. » C’est qui m’a plu et c’est ce que j’ai d’ailleurs dit dans mon post Facebook pour annoncer ma signature : « Warp est un endroit où je sens que je peux m’épanouir et être celui que je censé être ». Je veux aussi ramener toute ma fam’ avec moi : ce qui inclut mon gars qui prend des photos jusqu’à Phantom [NDLR ; son musicien qui l’accompagne depuis le plus longtemps] !

Ton dernier single Broken Homes est donc sorti chez Warp. Tu es déjà sur des nouveaux projets ? 

Tout ce que je peux te dire c’est : préparez-vous, du lourd arrive !

Toutes les infos seront disponibles sur les réseaux de Wu-Lu – Facebook ; Instagram

1 commentaire

  1. Il y en a marre de ses articles de cette musique de ce monde verreux ou tout le monde est un salaud
    Stop
    Choucas je me suis dit ressaisis-toi tu vas trop loin dans le délire écoute du reggae mange de la semoule fait l’amour comme avant je me suis dit
    Stop
    Marre de ces articles de merde ou on dit n’importe quoi ou les journalistes qui n’en sont pas prêts de temps de laver ce qu’il faudrait dire pour être heureux en ce bas monde
    Stop
    Je vous aime

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