Heavy pop hédoniste, magma sonore et bisous suintants : démerdez-vous comme vous voudrez, mais allez voir les Doobiz.
Si vous êtes un·e rat d’égout des musiques bizarres, il y a fort à parier que vous ayez votre petite collection de « groupes légendes urbaines ». Des formations dysfonctionnelles, éphémères, hypoactives dont la fugacité singulière rend le souvenir impérissable.
« Putain meuf, fallait être là pour le concert des Hôpitaux au Buzz à l’époque, wow, c’était quelque chose ».
Vous pourriez remplacer les Hôpitaux par Cimetière de Marseille, Supérieur de Bordeaux, ou Le Renard, d’environ Metz, selon votre zone géographique. Et pourquoi pas Headwar, après tout ?
Ou des milliers d’autres trésors éphémères qui, tout au mieux, ont sorti une démo sur un Bandcamp perdu, quelques 10’’ volontairement inécoutables ou, mieux, disposent d’un unique enregistrement pirate sur un blog de bootlegger digital.
Tous ces noms (traditionnellement foireux au possible) laissent sur les lèvres des locuteur·ice·s des sourires francs et des regards étoilés, certainement confortés par la satisfaction de parler d’un truc bancal avec une admiration qui défie toute mesure.
Une sorte fierté identitaire provenant de la vénération de groupes dont on sait qu’ils ne trahiront jamais – non pas que les membres soient au dessus de ça, juste que tout carriérisme est instantanément rendu impossible pour des raisons d’intendance, de bienséance, de drogue ou de flemme. Voire les quatre à la fois.
Bonne nouvelle : vous pouvez ajouter les Doobiz à ce petit panthéon freak.
Extension du duo Johnny Rêvolver – qui remise-là ses machines au profit d’un bassiste/chanteur au romantisme amusé – le gang conjugue noise rock brutal et bienveillance hallucinée sur une lourde ossature motorik, en chantant en français. Kamoulox ?
Non, Bizness, un manifeste néo 90’s qui s’étire sur 6 morceaux enregistrés du mieux possible, portés par une écriture riche et insouciante. Une pièce en forme de Tête Brulée™, bien décidée à vous arracher la cervelle pour mieux faire ressortir ses arômes sucrés.
Évidemment, ce petit miracle prend la forme d’une fameuse K7 tirée à 26 exemplaires que les « vrai·e·s » sortiront comme un trophée pour se la raconter à 14h du soir. Et dont on est dramatiquement en mesure de vous annoncer qu’elle est sold-out après une release party dantesque qui a fini de décider cette bafouille.
Bref, n’allons pas plus loin. Cliquetez donc ce player jusqu’à ce que Bandcamp vous bloque pour vous demander de mettre la main à la poche – ce qui, avec un prix de vente digital de 1000 € et aucune distribution dans la streaming zone, sonne comme une date d’expiration.
Faites-vous à l’idée : finalement, ce n’est là que l’allégorie sonore d’un joli papillon. Faites en votre meilleur cartouche de prouveur·se du petit jour, ce sera déjà pas mal.

