Duo franco-anglais branché sur les nerfs, Cut Face débarque avec un premier EP jungle-garage qui cogne comme une porte de club à 5 heures du matin. Revue des forces en présence en mode before.
Comme on le voit (trop) souvent dans les communiqués de presse, il y a des groupes qui veulent “fusionner les genres”. Et puis il y a Cut Face, qui donne plutôt l’impression d’avoir enfermé la cold wave, le UK garage et la jungle dans les toilettes d’un club londonien jusqu’à ce que quelqu’un crie « DONNEZ-MOI UN PEU D’EAU BORDEL ». Derrière le nom, un duo franco-anglais : Body Hook, producteur déjà soutenu sous différents pseudos par Four Tet, Special Request et Annie Mac, et Tacita Grace, chanteuse formée au classique mais visiblement plus à l’aise quand la voix dérape dans le rouge que quand elle récite Debussy en chaussons.
Leur premier EP, You’ll Never Get The Same Moment Twice, est annoncé comme une plongée dans la fête, la défonce et l’anesthésie volontaire — soit le vieux triangle sacré des nuits anglaises quand elles arrêtent de faire semblant d’être cool. Et si l’on en croit ce lien html internet, le projet serait déjà soutenu par Laurent Garnier, Trevor Jackson et Dave Clarke, avec un remix en cours par Tim Reaper, figure de la nouvelle jungle britannique.
Ce qui intéresse ici, ce n’est pas seulement la carte de visite, mais la température. Cut Face sonne très british parce que comme les Anglaises (pardon) ça ne cherche jamais le joli : ça cogne sec, ça monte par à-coups, ça laisse la basse faire le sale boulot. On pense moins à l’électro de salon qu’aux arrière-salles UK : breakbeats cassés, voix fantomatique, mélancolie de fin de rave et énergie punk qui garde les dents serrées. La bio cite The Prodigy, New Order, Headache et IDLES ; pour une fois, le name-dropping tient à peu près debout.
Armé d’un vieux Space Echo et d’un SM57, le duo ne vend pas une révolution, mais une promesse plus rare : Cut Face ne veut pas réinventer le club anglais; il veut juste lui mettre un pansement sur le visage.
Cut Face // EP You’ll never get the same moment twice.
En concert au Chinois le samedi 30 mai avec Annie-Claude Deschênes (lien billetterie).

