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4 juin 2026

Dorian Pimpernel : « On est un groupe de pop maoïste »

Drôle d’animal que ce Dorian Pimpernel, mammifère à dix pattes et cinq chemises à jabot qui sort d’une longue hibernation de douze ans pour offrir Flowers Too, un nouvel album toujours signé chez Born Bad. Le groupe est-il une espèce en voie d’extinction dans un pays où la pop sophistiquée n’a jamais fait recette ? Réunion de tous les membres pour un visio bordélique afin de décortiquer ce qui est certainement l’un des plus beaux exemples francophone de résistance musicale à l’époque, mais sans nostalgie.

La dernière fois qu’on a entendu parler de ces gus-là, c’était en 2016 avec Moonshine volume 1, un disque récréatif où l’on retrouvait également Julien Gasc (Aquaserge), Forever Pavot et Chassol. Barack Obama et François Hollande étaient encore présidents ; Bowie et et George Michael respiraient encore et l’intelligence artificielle n’était encore qu’une lointaine pensée sortie d’un livre d’Isaac Asimov. Douze ans sont passés et dire que c’est une éternité est un doux euphémisme qui ne raye pas trop la carrosserie du lent bolide qu’est Dorian Pimpernel.

Pas plus vieux qu’en 2014, date de la sortie de leur premier album Allombon, ses membres emmenés par Johan Girard, version française de Rod Argent des Zombies, continuent de rouler sur le temps qui passe avec la même désinvolture ; peu sensibles à l’urgence des changements et à la précipitation généralisée visant à transformer chaque groupe, chaque musicien, en machine à musique guidée par l’effet d’immédiateté. Il en résulte un troisième album, Flowers Too, où l’herbe pop n’a pas été tondue depuis des lustres : chaque chanson est bien verte, riche, généreuse ; les instrumentations et arrangements d’une préciosité assez remarquable, mais sans jamais donner l’impression que ces esthètes avancent avec des oeillères sur les oreilles (sic). Si le premier album du Velvet Underground ne s’est vendu qu’à 500 exemplaires achetés par 500 mélomanes ayant tous formé un groupe (selon la formule érigée par saint Brian Eno), souhaitons qu’autant de lecteurs dévorent l’interview qui suit, et où il est autant question de dictature esthétique que d’obstination à bâtir une discographie plus solide que la maison de paille des trois petits cochons. Le vent souffle sur Dorian Pimpernel, mais cette musique savante, jamais pédante, semble lui conférer une jeunesse étonnamment éternelle.

 

 


Je voulais commencer par votre rapport au temps. Votre premier album a mis sept ans à arriver, et là il s’est passé douze ans depuis le précédent. Dans quel espace-temps vivez-vous ? Et
est-ce que ce temps long est subi ou choisi ?

Jérémie : Il faut d’abord préciser qu’il y a eu un disque avant celui de 2014, et que le groupe existe depuis le début des années 2000. Les premières démos datent plutôt de 2003 ou 2005, et comme elles ont rencontré un certain succès auprès de l’entourage, le premier disque (Hollandia, Ndr) est sorti en 2007. Donc, si on parle de l’“enfant” Dorian Pimpernel, il est majeur maintenant !

Johan : Au départ, on était deux, mais le vrai groupe s’est monté vers 2005, et on est même monté à huit personnes, dont un oboïste, Brendan, qui a le droit de s’appeler comme ça parce qu’il est américain, aha. Sur le rapport au temps, il y a plusieurs choses. D’abord, nous sommes assez lents et pointilleux ; et à ce stade on peut dire qu’on a été pas mal influencés par Lamonte Young et le temps distendu. Dans le groupe, tout prend beaucoup de temps parce que nous sommes de perpétuels insatisfaits, avec une petite dose de perfectionnisme. Donc le temps se dilate.

Laurent  : On peut préciser également que nous avons tous des vies individuelles assez occupées. Il est devenu plus difficile de nous réunir régulièrement pour composer et enregistrer. Chacun a ses activités de son côté assez accaparantes.

Jérémie : Johan a un rôle de composition essentiel dans le groupe. C’est lui qui écrit la plupart des morceaux, même si Laurent et Benjamin composent aussi.

Johan : Je suis à la fois flemmard et souvent insatisfait, alors que les morceaux sont assez ambitieux. Moralité : tout cela prend des plombes.

Quand j’ai regardé la date du précédent album, je me suis demandé si je n’en avais pas raté entre-temps. Et en même temps, j’ai l’impression que le groupe a toujours été là. Comme le chat de Schrödinger : mort et vivant à la fois. Est-ce qu’un groupe qui ne sort pas d’album continue d’exister ?

Johan : Ce qui est frappant, c’est qu’entre l’avant dernier disque et Flowers Too, notre musique n’a pas bougé d’un iota. C’est comme si on décongelait quelque chose : c’est toujours la même musique, avec les mêmes partis pris esthétiques.

Laurent : On ne s’est jamais posé la question en termes de stratégie ou d’évolution esthétique. C’est absolument intuitif. Il y a un accord tacite entre nous sur ces questions, qui semble résolu une fois pour toutes, de toute éternité.

Donc pas de création d’un PDF interne pour valider l’ADN de Dorian Pimpernel.

Laurent : Non. Nous nous sommes rencontrés autour d’un certain nombre de valeurs esthétiques communes. Pas seulement musicales, d’ailleurs : des pochettes, une atmosphère, des références communes. Tout le monde adorait les Beach Boys, Pink Floyd période Syd Barrett, The Left Banke, etc. Et ensuite chacun avait ses nuances individuelles. Mais la base était là.

Les inspirations visuelles, le look des artistes sur les pochettes, a-t-il compté plus que la musique même pour la création du groupe ?

Jérémie : C’est une esthétique musicale, au sens large. On n’a pas trop de joutes généralement, sur la direction que doit prendre tel ou tel morceau. Paradoxalement, l’écriture de Flowers too a été débuté dans la foulée du précédent et il a mis le temps qu’il a mis à se finir. Il n’y a pas eu de grande décision du type : « On s’y remet ». Il y a peut-être eu une accélération dans la dernière année, parce qu’un certain nombre de pistes s’étaient accumulées et qu’il fallait bien finaliser. C’est tout.

Nous sommes à rebours de beaucoup de groupes actuels pour lesquels le disque est une sorte de carte postale pour la scène. Pour nous, c’est l’inverse.

Depuis dix ou douze ans, le monde a beaucoup changé. Beaucoup de musiciens ont aujourd’hui peur de disparaître s’ils ne sont pas dans une logique de singles, d’Instagram, de TikTok, de présence permanente. Vous, depuis le départ, vous semblez à rebours de tout ça. Est-ce que vous avez discuté du fait que le groupe existait encore, ou est-ce que même ça, c’était acquis ?

Laurent : C’était acquis. On fait surtout de l’art pour l’art, et la stratégie musicale n’a jamais été quelque chose que nous avons vraiment abordé entre nous. Il a toujours été question de composition et d’arrangement, et l’intendance a toujours suivi.

Johan : C’est aussi ce qui nous a évité toute forme de compromis ou de compromission. Nous avons fait ce que nous voulions faire depuis le début, sans chercher à nous vendre ni à suivre une logique commerciale.

Jérémie : Tout ce qu’il est aujourd’hui nécessaire de faire pour exister (des faces caméra sur les réseaux, par exemple) nous semble assez contre-naturel. On ne se sent ni capables ni concernés. Peut-être que cela nous dessert, mais c’est comme ça.

Le milieu de la musique pop française, c’est une sorte de communauté secrète.

En écoutant l’album, j’ai eu l’impression d’entendre du “rock de salon”, dans le bon sens du terme : du rock audiophonique à écouter chez soi. Un rock riche, qui refusera la simplicité, avec beaucoup de couches, de ponts, de clins d’œil. Prenez-vous ça comme un compliment ?

Jérémie : Nous sommes effectivement à rebours de beaucoup de groupes actuels pour lesquels le disque est une sorte de carte postale pour la scène. Pour nous, c’est l’inverse. Nous ne pensons absolument pas à la scène au moment de faire les morceaux. Le disque est vraiment une fin en soi.

Johan : Il y a aujourd’hui un paradoxe : les albums existent de moins en moins, les disques se vendent moins, les gens écoutent sur Spotify, et on répète aux groupes qu’il faut surtout mouiller la chemise sur scène. Le disque devient parfois un produit dérivé, au même titre qu’un t-shirt. Nous, c’est l’inverse.

Laurent : On ne pense pas que voir un groupe sur scène et écouter un album produit intelligemment soient la même expérience. Il y a chez nous un goût de l’artisanat, de l’objet peaufiné, ciselé. La question de la vente vient ensuite, et elle est très secondaire.

Jérémie : Et pour le coupe, on a toujours eu beaucoup de chance avec les labels. Avant même notre signature chez Born Bad, quelqu’un nous avait entendu sur MySpace au Japon et avait produit un mini-album sur la foi des démos. À chaque fois, les labels sont venus nous chercher. Nous n’avons jamais harcelé qui que ce soit.

Hadrien : Avec Born Bad, on a aussi la chance de ne pas subir une pression numérique épuisante. JB aime le groupe, il aime sortir nos disques. Il ne nous appelle pas tous les jours pour nous demander de faire des stories ou du contenu.

Jérémie : JB est assez fataliste sur la pop française : il sait que le potentiel commercial n’est pas forcément énorme ; il sort les disques par goût mais sans trop se faire d’illusions sur le fait que dans la pop française, le public va moins au concert, achète moins les disques, soutient moins les groupes.

Laurent : Le milieu de la musique pop, c’est une sorte de communauté secrète.

BB061 DORIAN PIMPERNEL " ALLOMBON" | Born Bad Records

Justement : vous êtes les héritiers d’une certaine idée de la pop sophistiquée. Une manière de faire de la musique qui demande beaucoup de culture musicale, d’arrangements, de savoir-faire. Est-ce que vous avez conscience d’être peut-être l’une des dernières générations à avoir connu cette manière-là ?

Laurent : Il faut rester prudent avec l’idée de génération. Il y a Julien Gasc, il y a Mehdi Zannad, il y a toute une constellation de musiciens de notre âge. Et il y a aussi des groupes un peu plus jeunes, comme Biche. Donc il ne faut pas totalement désespérer du passage de relais. Ceci étant dit, et sans rentrer dans de grandes considérations sociologiques, il est vrai que tout étant à disposition désormais, il y a une érosion de la curiosité et une passion grandissante du plus grand nombre pour une poignée de groupes. Les gens ont moins le désir d’aller chercher des choses plus riches, plus excentriques, plus iconoclastes.

Dorian Pimpernel n’est un groupe de jam : pas de morceaux de huit minutes où l’on jouerait pour voir ce qui se passe.

Beaucoup de boulot, peu d’argent en retour et très peu de concerts : on pourrait presque dire que ce que vous faites est plus punk que les punks, parce que cela demande beaucoup d’énergie de faire un album comme Flowers Too aujourd’hui.

Jérémie : « Plus punk que les punks », c’est une formule que JB avait employée il y a quelques années, notamment parce que nous avions un bassiste qui jouait assis.. aha. 

Pourquoi n’avez-vous jamais signé sur Tricatel, label de Burgalat ? Quelle relation entretenez-vous avec lui ?

Laurent : Déjà, n’oublions pas que Burgalat nous a proposé de lui-même un arrangement de cordes pour l’un des morceaux du premier album, en 2007.

Jérémie : Bertrand est un ami. Johan a été son bassiste pendant un moment, notamment avec Les Shades, et il a participé à l’enregistrement de Chéri B.B. Certains d’entre nous ont aussi fait des voix pour lui à l’occasion. On s’est peut-être un peu perdus de vue, mais on se croise toujours avec plaisir.

Laurent : Quant au fait qu’il ne nous ait jamais signés, il y a plusieurs hypothèses. Peut-être qu’il voulait garder une certaine diversité sur Tricatel.

Jérémie : À l’époque, il y avait déjà une filiation esthétique assez évidente entre son univers et le nôtre, et il n’avait peut-être pas envie de signer ce qui aurait pu apparaître comme des ersatz de Burgalat.

Hadrien : Nous sommes peut-être aussi trop proches de Stereolab ou Broadcast pour la ligne Tricatel.

Laurent : Peut-être pas assez « funk », pas assez immédiatement identifiable dans cette esthétique-là.

Johan : Burgalat aime ce que nous faisons. Il nous a souvent mentionnés dans Rock & Folk. Il y a aussi un souvenir très fort : à l’époque des démos, il passait des disques dans une soirée, et au moment où Johan arrivait, il a passé l’un de nos morceaux les moins dansants, le plus long et le plus improbable que j’ai jamais écrit, An Inner Stroll. C’était assez émouvant. 

Johan, comment généralement naissent les morceaux de Dorian Pimpernel ? En écoutant l’album, j’ai parfois l’impression de voir une Sagrada Família construite à partir d’une idée jetée sur une page blanche. Comment arrive-t-on à bâtir quelque chose d’aussi riche ?

Johan : Il y a plusieurs façons de faire. Certains morceaux naissent presque du hasard. Johan aime fabriquer des séquences, bidouiller des synthés, créer des choses un peu étranges, puis broder autour pour en faire une structure. D’autres morceaux naissent de manière plus classique : au piano, avec une mélodie, des accords, une composition plus traditionnelle. Il y a aussi beaucoup de collage, sans doute sous l’influence des Beach Boys et de la fin des années 60. J’ai dans ses tiroirs des bouts d’arrangements, des fragments de compositions, et je colle parfois des choses ensemble en me rendant compte qu’elles vont bien fonctionner. Ensuite, tout l’enjeu consiste à créer les transitions et à faire en sorte que l’ensemble ait l’air fluide, qu’on ne sente ni le collage, ni l’effort. Après, les autres membres du groupe ajoutent leurs parties. Certaines idées sont acceptées, d’autres sont retoquées. Par exemple, des idées un peu prog ou un peu zouk qui ne passent pas !

rémie : C’est vrai que nous avons une esthétique psyché ou prog par certains aspects, mais les morceaux restent toujours dans un format chanson. Ils sont riches harmoniquement, il y a beaucoup de couches, mais la structure reste précise. Dorian Pimpernel n’est un groupe de jam : pas de morceaux de huit minutes où l’on jouerait pour voir ce qui se passe.

Avez-vous des maniaqueries de studio ?

Laurent : À peu près tout peut devenir une maniaquerie.

Hadrien : L’un des grands combats sur ce disque concernait les séquences de synthés. Comme Johan construit souvent les morceaux sur des séquences assez riches, avec beaucoup de modulations, il arrive qu’il y en ait trop. Il faut alors alléger.

Johan : Pour le coup, c’est Stéphane (aka Domotic) qui a travaillé au mixage, et a joué un rôle important dans le tri et l’équilibre. Mais il n’a pas seulement enlevé des choses : il en a aussi ajouté.

Laurent : Il y a aussi des interdits. Le solo, par exemple, est quelque chose d’assez proscrit, ou qui doit être étudié au millimètre. Le cahier des charges est réel, mais il est tacite. Il s’est fossilisé empiriquement, et chacun l’a parfaitement assimilé. Le groupe fonctionne un peu comme un parti politique : il y a un discours officiel, et on n’en déborde pas trop.

Vous faites de la pop maoïste.

Johan : On peut le dire comme ça.

Laurent : Sauf que chez Dorian Pimpernel, les directives du parti n’ont pas fait des millions de morts ; tout le monde se porte a priori bien. Et c’est vrai qu’il y a une forme d’union esthétique très forte. Mais elle s’est construite avec le temps. Même si la discographie n’est pas immense, le groupe a une certaine longévité. Le simple fait de se voir, de prendre des verres, d’enregistrer ensemble, de discuter pendant qu’une piste se fait, tout cela crée quelque chose. Certains membres ne jouent peut-être pas exactement de la même manière dans Dorian Pimpernel que dans d’autres groupes. Il y a un travail d’adaptation à la logique globale du groupe, mais il se fait assez spontanément.

Je me souviens d’une interview de Jay Mascis de Dinosaur Jr à propos d’un disque que j’avais trouvé particulièrement chiant, et où j’avais fini par lui demander quels étaient les détails d’enregistrement que lui seul pouvait entendre. Existe-t-il sur Flowers Too des secrets minuscules qui sont importants pour vous ?

Jérémie : Il y a la genèse de Twist and Charm Honey. Au départ, ce morceau n’a pas été écrit pour Dorian Pimpernel.

Johan : Disons que j’ai eu l’opportunité d’écrire pour une artiste de variété française liée à un télé-crochet (appelons-la Camélia J., Ndr). J’avais composé un morceau très naïf, très synthé, un peu Jacno, ça s’appelait Twist à Chamonix. Le morceau n’a pas été retenu.

Laurent : D’où le jeu de mot hommage sur l’album, avec Twist and Charm Honey

Jérémie : Le morceau plaisait au groupe, ça remonte à une dizaine d’années, et j’ai fait campagne pour qu’il soit repris par Dorian Pimpernel. Ce n’était pas gagné, parce que Johan trouvait la composition trop naïve, trop sucrée, et parce qu’elle n’avait pas été écrite pour le groupe. Il a donc fallu tordre un peu les accords pour que le morceau rentre dans le moule esthétique du groupe.

Laurent : Il y a eu un cas comparable avec un morceau écrit par Johan pour Julien Doré, finalement sorti sous un autre nom sur une compilation de La Souterraine. Là encore, comme le morceau n’avait pas été composé pour Dorian Pimpernel, Johan ne voulait pas qu’il sorte sous le nom du groupe, du coup ça a été signé Doria Pamphilj. 

Ce qu’on retiendra, c’est qu’entre Camélia J. et Julien Doré, vous avez tenté de percer dans le secteur du télé-crochet ! Quelle relation entretenez-vous avec vos fans ?

Hadrien : Il y a des anecdotes assez touchantes. Nous avons joué au Supersonic (Paris) il y a quelques années, dans une période de Noël, avec des groupes beaucoup plus jeunes que nous. Le public était aussi nettement plus jeune. Des gens de 22 ou 25 ans venaient nous dire qu’ils avaient découvert Allombon par leur grand frère, que c’était un disque qui les avait marqués. Il y a aussi le Japon. Certains d’entre nous y vont assez souvent, et là-bas, des gens se souviennent encore du groupe. Des gens du label, des DJ, des auditeurs. Et pas seulement par politesse.

Y-a-t-il des groupes actuels, français ou internationaux, qui trouvent grâce à vos yeux ?

Johan : On ne sent pas dans une démarche nostalgique. Il n’y a pas que les sixties dans notre musique. Il y a aussi de l’Allemagne, de l’électronique, des choses qui ne relèvent pas seulement de la pop arrangée…. Parfois on fait des morceaux en 13/4 : on pourrait devenir les nouveaux Angine de Poitrine !

Jérémie : À l’époque de Allombon, une critique des Inrocks a conclu sa chronique à peu près comme ça : « C’est peut-être le meilleur album de l’année, mais on ne sait pas quelle année ». Cela avait été assez mal pris. Le passéisme nous ennuie. Et le post-punk revival peut être tout aussi passéiste que des groupes qui revendiquent les années 60. Parmi les groupes ou artistes qu’on aime il y a En Attendant Ana, Biche, Boris Maurussane, Julien Gasc, Mehdi Zannad, Forever Pavot, Tahiti 80, Athanase Granson et bien sûr Domotic. Beaucoup sont aussi des amis ou des proches. A titre personnel, je peux aussi citer , un groupe de trois très jeunes musiciennes, sorti sur le label Cartelle.

Laurent : Il y a aussi The Lemon Twigs. Leur dernier 45 tours est magnifique (le groupe ne semble pas d’accord, Ndr). Ils atteignent une forme de perfection dans le mimétisme.

Jérémie : J’espère que ce n’est pas notre cas. 

Quittons-nous sur le titre de l’album : Flowers Too. D’où vient ce titre ? Comme vous êtes des maniaques, il a forcément une idée derrière ce nom.

Johan : Hadrien plaisait pour une suite d’Allombon, et moi je plaidai pour Superphénix, en hommage au programme nucléaire français de nouvelle génération qui recyclait le combustible usagé. C’était tout l’avenir giscardien… sauf qu’entre-temps le très bel album Megaphenix de Mustang est sorti. Il a donc fallu trouver autre chose.

Laurent : A la première écoute du travail de Domotic sur ce disque, nous nous sommes tous dits qu’il y avait une tonalité lugubre qui se dégageait de certains morceaux. D’où l’idée d’avoir quand même des fleurs… Flowers Too, c’était donc le nom d’un des titres qu’on a du coup débaptisé pour l’appeler Flor en la sombra, après avoir découvert la restauration du film de Víctor Erice, El Sur, au cours de laquelle la protagoniste se rend dans un cinéma pour voir ce film qui s’appelle… Flor en la sombra. Jérémie : Il y a eu beaucoup de débats sur le titre, et ça s’est terminé avec un vote par défaut. Il y a dans le groupe une tendance à la préciosité, notamment dans les paroles. L’idée était donc d’avoir quelque chose de concis, facile à prononcer, avec peu de syllabes, pour faire contrepoids au nom du groupe qui est déjà très précieux. Et comme toujours, sans violence, c’est notre guide suprême qui a tranché !

Dorian Pimpernel // Flowers Too // Born Bad https://dorianpimpernel.bandcamp.com/album/flowers-too

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