Depuis la nuit du 1er octobre, le monde de l'underground français est orphelin du grand Jacques Thollot, l'un de ses pères fondateurs. Haut en couleurs, ce personnage singulier du jazz désaxé laisse derrière lui une œuvre tout aussi passionnante qu'immortelle.

Jacques Thollot était un musicien hors norme, un pionnier des musiques nouvelles. Batteur précoce, on le retrouve dés l’âge de 11 ans aux funérailles du clarinettiste Sydney Bechet pour un concert improvisé. Grâce à l’influence de son père saxophoniste, il fréquente souvent la cave du club Saint Germain et rencontre le grand batteur de jazz américain Kenny Clarke, qui en plus de lui donner des cours, lui offre l’opportunité d’être son remplaçant au Blue Note, ce célèbre club parisien où il exercera tambour battant avec les plus grands noms du jazz.

Le jeune Thollot aux funérailles de Bechet.
Le jeune Thollot aux funérailles de Bechet.

L’histoire est en marche et Jacques Thollot se retrouve dans le groupe de Jef Gilson avec qui il enregistrera plusieurs disques dont le fameux « Jef Gilson à Gaveau » en 1965 chez SFP.
Il participe ensuite à l’élaboration de grands disques de free jazz comme le fameux « Zodiac » de Barney Wilen en 1966 chez Vogue, le «Eternal Rhythm » de Don Cherry en 1968 chez MPS, et sur « Monkey Pockie-Boo », l’un des plus grands chefs d’oeuvre de Sonny Sharrock en 1970 chez Actuel.

Le renouveau du jazz se mariant très bien avec l’apparition de la nouvelle vague au cinéma, il n’est pas surprenant de retrouver Jacques Thollot dans la mise en musique du film « Si j’avais quatre dromadaires » de Chris Marker en 1966. Un an plus tard, il participe à la bande originale du film « Le Départ » de Jerzy Skolimowski composée par Krzysztof Komeda avec Don Cherry, Jean François Jenny-Clark et Philip Catherine.

Mais c’est en solo que Jacques Thollot sortira son épingle du jeu.

Son premier disque « Quand le son devient aigu, jeter la girafe à la mer », voit le jour en 1971 chez Futura Records, label incontournable de Gérard Terronès, à une époque où les musiques psychédéliques et d’avant garde se démocratisent. Ce disque culte, entièrement composé et interprété par son auteur, reste l’un des plus importants manifestes de la liberté d’expression musicale, et utilise la méthode novatrice du re-recording, faisant de Jacques Thollot l’un des pionniers de la musique électronique.

L’influence de cette œuvre majeure peut se ressentir sur les travaux de Pascal Comelade, David Fenech, ou Mocke en France et fut fondamentale pour Steven Stapleton leader de Nurse With Wound outre Manche.

Son deuxième album « Watch Devil Go », sera ensuite produit par Jef Gilson sur son propre label Palm, en 1975. Jacques Thollot confirme ici son talent de compositeur, avec des morceaux moins minimalistes influencés par la musique baroque. Il est cette fois accompagné, notamment de François Jeanneau du groupe Triangle. On notera l’apparition de vocalisme féminin sur ce second effort qui sera un leitmotiv sur le reste de sa carrière solo avec les très beaux « Résurgence » en 1977 chez Musica Records, « Cinq Hops » en 1978 chez Free Bird et le tardif « Tenga Nina » en 1996 chez Nato.

A partir des années 80, Jacques Thollot se fait plus rare, participant tout de même au disque solo de Jac Berrocal « La nuit est au courant » en 1989 chez In Situ. Trois ans plus tard, il forme un trio avec Jean François Jenny-Clark et Tony Hymas qui donnera lieu à l’album « A Winter’s Tale » chez Nato ; et , lors de son véritable retour en 1996, il sera fréquemment accompagné par Noël Akchoté qui lui rendra hommage en 2004 sur son album « Adult Guitar ».

Après s’être de nouveau absenté pendant plusieurs années, Jacques Thollot forme un nouveau Quartet avec Nathan Hanson, Tony Hymas et Claude Tchamitchian à l’aube des années 2010.Son dernier concert eu lieu à Rouen le 24 mai 2014 dans le cadre du festival Jazz à Part. L’histoire ne dit pas si un gamin de 11 ans était présent à ses propres funérailles pour jammer en modal.

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