7 avril 2008 (premier jour)

Y’avait Frantic à la télé, cette atmosphère angoissan

7 avril 2008 (premier jour)

Y’avait Frantic à la télé, cette atmosphère angoissante de tout bon Hitchcock. Atmosphère mêlée à cette vibration mélancolique du Londres des années soixante. Bref avant de me coucher, j’ai vérifié que les piles de ma veilleuse en forme de Cookie Monster étaient bourrées d’énergie.

Paris est une ville pleine de bruits, faute d’être pleine de vie. Et j’entendais par la fenêtre pleins de sons bizarres. Plus moyen de dormir, tu sais quand tu te tournes et te retournes chaque fois plus véner’ voyant l’heure du réveil arriver et sachant que demain t’auras la tête à l’arrière.

C’est à ce moment là que je l’ai vu, un black assis sur le bord de mon plumard. Je lui ai sauté à la gorge, mais l’enfoiré était rapide. J’ai fini la tronche contre un mur bien solide. Je lui ai balancé tout ce qui me passait à portée de main et il évitait tout, jusqu’au moment où j’ai compris qu’il évitait rien, non les trucs passaient à travers…

Il s’est marré et il a dit «Je suis Ike Turner. Voilà 4 mois (12/12/07) que je suis mort et je ne pourrai aller boire des bourbons en Enfer que lorsque Gonzaï aura fait une rubrique sur moi. T’as quatre jours pour me pondre ça sinon…». Puis il est sorti en traversant le mur et sa tête est réapparue « Et puis change de slip mec, je crois que tu t’es pissé dessus. »

Je suis allé prendre une douche longue et chaude… et puis me suis mis à ronfler. Le lendemain, je mettais tout ça sur le compte de Miss Mescaline…

Deuxième jour, 01h48, la soirée avait bien commencé mais dix sept râteaux plus tard j’avais fini par me faire une raison et rentrer. J’ai allumé l’ordi, le temps que Vista soit opérationnel, je me suis servi une vodka 7, l’ai bu et puis fait pareil avec les deux suivantes. Enfin le fond d’écran apparu, je cliquais sur vidéos et choisissais Nina Mercedes and Angela Devi. Je vis une micro robe se déchirer sous la pression de seins sublimes, puis une culotte glisser et enfin des jambes s’écarter… Le scenario était bon… le cadrage parfait… j’étais aux anges lorsque soudain d’entre ses cuisses surgit la tête de Ike Turner se jetant sur moi : « Motherfucker, elle est où ma chronique, tu crois que tu vas t’en tirer comme ça ? T’as trois jours mec, trois jours, alors bouge ton petit cul de blanc. »… Après ça, forcément, vous auriez fait quoi vous, hein ?

Ce Ike Turner, il était pire qu’une vieille bourge sous botox. D’abord, il n’a pas voulu que je dise qu’il était né le 5 novembre 31 dans un bled du Mississipi. Ensuite quand j’ai osé dire que contrairement à la légende ce n’était pas lui qui avait inventé le rock’n roll un matin de 1951 avec les Rhythm Kings….

– Comment ça c’est pas le premier morceau de Rock de l’histoire mec ? Je l’ai enregistré chez Sun là où le rock a écrit ses plus glorieux faits d’armes !!!
– T’aurais pu l’enregistrer où tu veux mec ton disque c’est du be-bop, point barre.
– Et c’est vrai que l’intro de Rocket 88, Little Richard s’en est carrément inspiré pour Lucille, mais c’est du be-bop et puis ferme ta tronche c’est moi qui écrit.

Ensuite il voulait pas que je passe des photos où il avait la coupe à la Beatles. C’est vrai qu’il en avait fait des trucs bizarres dans sa vie. Quelle vie, de sa rencontre avec une Tina pas encore Turner, et surtout pas encore majeure, à jouer du piano sur le disque de Gorillaz (Demon Days 05). Ce gars là avait roulé sa bosse a travers toutes les scènes de la planète, et même en taule à l’occasion : possession et usage de drogues. Et c’est une overdose de coke qui devait lui faire passer sa dernière audition.

– Ca c’est sûr mec, t’imagines pas ce que c’est d’être un black dans les états du sud en pleine ségrégation ; j’ai mangé grave, c’est peut-être pour ça que je collais des mandales à Tina… enfin c’était quand même pas une raison…

– Faut dire que tu te contentais pas de lui mettre la main dans la gueule mec, paraît que tu collais aussi la main sous la jupe des Ikettes…

– C’est vrai mec, mais quand Tina s’est cassée j’ai vécu une putain de traversée du désert ; mes disques se plantaient, je me faisais jeter partout et même en taule. Ce n’est qu’en 2001 que j’ai remonté la pente lorsque j’ai été sélectionné pour les Grammys.

Troisième jour, 22h14

Ce coup-ci, je l’attendais de pied ferme. J’étais passé à l’église et j’avais piqué quelques hosties que j’avais mixées avec de la coke. Il se jeta sur la poudre et bang… figé… j’en profitais pour dessiner un logo mystique autour de lui. Au moins il me foutrait la paix. Sans parler des trois bouteilles de 12 ans d’âge qu’il m’avait déjà tapées. Quelqu’un frappe à la porte, deux bombes atomiques sorties de je ne sais où. Elles entrent me chauffent et me conduisent vers mon lit…

Je monte sur la première et je réalise qu’elle n’a pas de vagin. J’essaye la deuxième, pareil… et là j’entends le Ike se péter de rire : « Ca y est mec ! Tu comprends ce que je ressens ? Alors putain libère moi.

Les filles s’évaporent, je libère Ike (que faire d’autre ?). Mais pas moyen d’écrire une ligne…

Quatrième jour, deux heures avant l’aube… Un mec genre gorille démoniaque vient nous voir. Quand il voit le document Word vierge, il se marre. Puis s’évapore dans une odeur de souffre. On s’est regardés avec Ike, il a sorti sa guitare et moi des verres… il attaqué sur Funky Mule puis Charlie Brown… en entendant ça le fantôme de Dinah Washington s’est pointé, remplaçant Tina dans un Proud Mary plein d’émotion.
On a descendu ensuite la rivière de Creedence et au détour d’un méandre on est tombés sur Mista Hooker, Muddy Waters, Paul, William et Elbrige des Temptations et puis aussi Buddy Holly et même Lennon. Apres tout Ike avait puisé beaucoup dans la musique blanche. Et tout ce monde s’est mis à jouer. Et c’est là que j’ai compris. Ces mecs là, avec les moyens du bord, avaient tout inventé. Ils n’avaient pas de séquenceurs, de studios High tech et de je sais pas quoi d’autre. Parce qu’ils mixaient avec leurs coups de déprime ou leurs coups de bol ; quand ils disaient quelque chose ça avait un sens et surtout, ça avait une raison. Et du coup, leur musique était tellement vraie, tellement forte, qu’elle t’emportait ; ces mecs te donnaient tout ce qu’ils avaient, quand ils finissaient ils étaient lessivés physiquement. Emotionnellement. Evidemment c’était pas des anges, juste des hommes, des vrais, reflets d’époques sauvages et furieuses. Vivre en définitive ; pas des tarlouzes aseptisées comme on en voit plein les hits maintenant. Des mecs comme des posters, la pose et rien d’autre.

Ike est mort il y a quatre mois, j’en savais rien il y a encore quelques heures. Ike est mort mais des groupes comme TRYO ou 113 sont bien vivants. Après ça… qu’on me parle de justice…

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