Si l'appartenance au féminisme se détermine après avoir glissé une main dans son pantalon pour saisir une réalité tangible, pourquoi ai-je été de celles qui utilisent la formule consacrée du « je ne suis pas féministe mais... » ? L'égalité des sexes est acquise - au moins en surface - et pour ma génération plus que pour toute autre, on ne nait pas féministe, on le devient. Craignant de se voir taxer de lesbienne aigrie ou de néo-soixante-huitarde velue (selon les clichés que les uns et les autres ont en tête), peu de filles se revendiquent du mouvement. Se proclamer féministe est-il devenu aussi vain que de prôner le machisme ?

« (…) Mettez la main dans votre culotte.
– Avez-vous un vagin ?
– Voulez-vous en être responsable ?
Si vous avez répondu « oui » à ces deux questions, alors félicitations, vous êtes féministe ! »

(Caitlin Moran, How to be a woman)

La principale faille du féminisme est son exigence. Au-delà de l’évidence apparente, remettre en question l’idée que les différences entre sexes justifient une différence de traitement demande une certaine force de caractère. En méprisant les âmes égarées entre les carcans que leur impose la société, il ne finit par s’adresser qu’à une minorité par avance acquise à la cause. Afin de séduire les foules et parce que le repackaging fonctionne aussi pour les doctrines, il cantonne parfois le débat au domaine de la sexualité en invitant la femme à devenir une super-héroïne du X. Pour être désirable, le féminisme doit être post.

The Great Feminist Denial des australiennes Monica Dux et Zora Simic dénonce ces féministes de paille – Spice Girls, Buffy, Ally McBeal ou encore les héroïnes de Sex and The City – mises en scène dès le début des années 90 pour séduire les masses. Un nouveau féminisme dont les auteurs s’amusent de la ressemblance avec le vieux conservatisme. Dans le même sens, The Female Chauvinist Pig de l’américaine Ariel Levy dresse le portrait de ces jeunes femmes hypersexualisées qui cachent leur renoncement derrière une modernité et une légèreté caricaturales : « (…) elle est post-féministe. Elle est drôle. Elle a compris. Ça ne la dérange pas de caricaturer la sexualité féminine et elle ne s’offusque pas d’une réponse machiste en retour. Elle demande : Pourquoi jeter le Playboy de son petit ami dans la poubelle de la liberté quand vous pourriez plutôt faire la fête à la Playboy Mansion ? Pourquoi s’inquiéter du vulgaire et du dégradant quand vous pourriez offrir (ou vous faire offrir) une lap dance ? Pourquoi essayer de les combattre quand vous pourriez vous joindre à eux ? »

angrymen

Pour autant, il est trop facile de faire du post-féminisme l’origine des errements du féminisme qui à toutes les époques, a eu à combattre son côté obscur. On dit d’ailleurs de lui qu’il aurait trahi les femmes en les contraignant à privilégier le choix de la carrière sur celui de la famille. La vérité est que, dans le sillage de Germaine Greer, l’un de ses piliers anglo-saxons, il n’aime pas se définir. Parce que définir, c’est limiter. Aussi, il peine à faire coexister différentes personnalités et à faire taire ses démons : il est radical lorsqu’il pousse les femmes à se débarrasser de l’influence des hommes, conservateur quand il les incite à renouer avec leur désir profond de s’épanouir dans le cadre familial. Dans sa multiplicité, l’idéologie laisse une impression de flou pas nécessairement engageante.

Comment alors en suis-je arrivée à me reconnaître dans ce courant d’idées foutraques ? Peut-être suis-je une fille de l’anarchie, une de celles qu’une idéologie trop rigide rebuterait et qui a fini par se retrouver au milieu du désordre. Plus exactement, j’en suis arrivée à la conclusion, avec la chroniqueuse anglaise Caitlin Moran que le féminisme n’est ni plus ni moins que « la croyance selon laquelle les femmes devraient être aussi libres que les hommes, aussi stupides, ternes, dupes, mal habillées, grosses, effacées, paresseuses ou suffisantes qu’elles puissent être ». Et même si certaines considèrent encore qu’une poitrine dénudée constitue une arme politique de poids, l’activisme tapageur a fait son temps. En poussant à la réflexion plutôt qu’à la culpabilité et en acceptant ses propres incohérences, la mission du féminisme contemporain est de proposer une vision la plus ouverte possible de la manière dont la femme peut se définir ; la liberté de céder ou non aux clichés en prime.

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