Pionnier de la scène dark folk, Death in June arbore depuis plus de trente ans une esthétique mélangeant symbolique nazie et paganiste. Rien de neuf sous le soleil me direz-vous, sauf qu’il se trouve qu’aujourd’hui encore, pas mal de soi-disant « anti-fascistes » tentent de faire annuler les concerts du groupe.

Dernière tentative en date, celle prévue le 30 octobre au Petit Bain à Paris. Annulé sous la pression de La Horde, site méchamment antifasciste (sic), un concert confidentiel a finalement eu lieu ce soir-là au Réservoir. Comment ? Par un texto envoyé aux fans quelques heures plus tôt.

1206457_2933985_460x306Tentons d’éclaircir cette occulte controverse sans tomber dans un débat stérile où chacun se renverrait péniblement la balle sous les yeux exorbités de Frédéric Taddeï la bite de chaise. Dans l’article « Death in June n’est pas bienvenu à Paris » sur le site de La Horde, il est écrit que le nom du groupe « est en effet une allusion à la nuit des long couteaux (29-30 juin 1934) — où les SA, une milice ultra violente du parti nazi, furent purgés par Hitler et les SS afin d’unifier politiquement le parti — leur logo est une Totenkopf (le logo des SS) à peine trafiquée et sur l’album « Brown book », ils reprennent l’hymne nazi tel quel (le Horst Wessel Lied). Sur une de leurs pochettes de disques, on peut trouver une croix gammée faite de têtes de Doberman ou sur une autre encore, le mot « Heil », allusion au salut nazi. Le soleil noir (symbole païen très répandu dans l’extrême droite radicale) figure également en bonne place sur scène… » Pour La Horde pas de doute donc, Death in June « s’amuse à brouiller les pistes et malgré leurs airs de penseurs brillants, les membres du groupe sont bien de sombres imbéciles adeptes d’idéologie fascisante. Même si DIJ ne semble avoir aucune connection avec des groupes politiques d’extrême droite, nous ne voulons pas minimiser l’influence qu’ils pourraient avoir sur des esprits fragiles ».

Histoire d’en rajouter une couche, le site reproche également à Douglas Pearce, fondateur de DIJ, d’avoir collaboré avec Boyd Rice — du groupe industriel NON et haut dignitaire de l’Eglise de Satan — qui « se plaît à poser en uniforme nazi et qui ne cache pas son penchant pour certains totalitarisme, sans parler de son machisme outrancier », avec comme photo à l’appui ce cher Boyd Rice portant un tee-shirt avec l’imprimé « RAPE ». Hum…
Face à cette dialectique souffreteuse tout juste digne d’un Jean-Michel Apathique en emphase terminale, le directeur du Petit Bain, Ricardo Esteban, répondait du tac au tac : « Le Petit Bain est un lieu engagé et surtout pas un lieu d’accueil pour révisionnistes. Death In June est issu du groupe punk Crisis plutôt versé du coté des Socialist workers party et de l’ANL (anti nazi league) que du coté brun. Ils ne sont pas les seuls de cette mouvance dark anglaise des 80′s (Joy division…) à avoir joué sur le borderline sans pour autant être sympathisants ou nostalgiques ».

A New Kind of Water

mir001Cette « mouvance dark anglaise » comme il dit, c’est plus précisément celle d’une musique avant-gardiste et « industrielle » ­­— un terme inventé par Genesis P-Orridge lors d’une conversation avec son ami Monte Cazzazza — dans une Angleterre plus remontée que jamais contre l’establishment. Atmosphère délétère et carcans insalubres dans lesquels Douglas Pearce rencontre David Tibet — membre de Psychic TV avec Orridge et fondateur de Current 93 — une sorte de gourou de la scène expérimentale anglaise grâce à qui Pearce rencontre tous les zigues du milieu.

Death in June enregistre alors sa première chanson dans le studio du groupe mythique This Heat, à Brixton. Lors de son tout premier concert en 81, DIJ partage l’affiche avec The Birthday Party — le premier band de Nick Cave ­— et Malaria ! pionniers de l’industrielle d’outre-Rhin avec Einstürzende Neubauten. Et devinez qui se trouvent au premier rang ce soir là ? Genesis P-Orridge, toujours lui, ainsi que les types de 23 Skidoo, autres compatriotes de cette mouvance.

Nihilisme jusqu’au-boutiste et volonté quasi cathartique de bousculer la bienséance et le rock ; l’imagerie nazie est utilisée dans l’optique de provoquer une réaction des gens, de les malmener ; Sex Pistols, Joy Division mais aussi Throbbing Gristle et son logo en forme d’éclair — un détournement de celui du Front National anglais — et Death in June donc. Inspiré par cette nouvelle école, le critique Jon Savage énoncera à l’époque les ‘cinq fondamentaux du courant industriel’, indispensables pour en reconnaître les acteurs : organisation autonome, sujets tabous, éléments non musicaux, antimusique électronique, technique du choc pour provoquer réflexion et autodétermination du public.

Ne nous fâchons pas

Death+in+JuneEt si il est vrai que Douglas Pearce affirme vouer une certaine fascination pour l’époque du nazisme — comparable en somme à un historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale — il est surtout un provocateur sachant pertinemment que jouer avec cette symbolique dérangera d’avantage de gus que de se foutre cul nu à la Red Hot Chili Poppers.

Pour alimenter cette polémique qui poursuit le groupe depuis ses débuts, Pearce a toujours entretenu un discours assez ambigu même s’il a toujours nié appartenir à un quelconque mouvement d’extrême droite « C’est vrai que beaucoup de gens ont une fausse vision de Death in June. Mais je pense que le public a compris. Ce sont souvent les médias qui ont déformé notre image : ils ont trop souvent vu Death in June superficiellement. Ils n’ont pas cherché à approfondir réellement… Quant aux gens qui nous prennent pour des nazis, nous n’avons rien à leur dire. Ils pensent ce qu’ils veulent. Cela nous intéresse beaucoup de savoir et voir tout ce qu’on a pu faire aux gens par le nazisme, mais cela ne veut pas dire que nous sommes nazis. Nous ne le sommes pas! ».

Quant au nom du groupe, Douglas Pearce a expliqué moult fois que c’est en comprenant mal un de ces potes pendant une répète qu’il a entendu « Death in June ». A sa décharge, on pourrait trouver un tas d’autres origines à ce nom comme l’appel du Général de Gaulle par exemple ou l’indépendance de la Norvège, la mort du commandant Cousteau ou même l’attentat de Sarajevo (ce qui ferait de Franz Ferdinand des vilains copieurs en plus d’être un groupe plus vomitif qu’un buffet KFC).
Pas à une équivoque près, Mister Pearce confesse en revanche volontiers sa fascination pour Ernst Röhm, fondateur des SA sous le troisième Reich et homosexuel, tout comme lui. De ce fait, de nombreux défenseurs du groupe ont justifié le fait que son leader n’était pas fasciste par son goût pour les personnes du même sexe, un raccourci qui ne prouve strictement rien. Par contre, si La Horde — et autres défonceurs de notre belle et grande République — s’était un tout petit intéressé au groupe, ils auraient remarqué que Pearce citait plus volontiers parmi ses influences majeures Jean Genet et Yukio Mishima, deux écrivains ouvertement homosexuels et très controversés et que le groupe compte dans ses rangs un tourneur d’origine iranienne, des anciens collaborateurs juifs comme Richard Levi, en plus d’avoir joué à Tel Aviv devant 500 personnes etc. Mais revenons-en au fait initialement évoqué.

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Qui de Ken ou de Barbie ?

Suite à une polémique grandissante — même le Figaro et Ouest France y ont mis leur petit grain de sel — et l’annulation de plusieurs concerts du groupe en France, Le Petit Bain finit par céder et annule le concert pour « ne laisser planer aucune ambiguïté sur ces idées et notre position ». N’ayant pas pris mon billet à l’avance, je n’ai eu vent de la suite qu’après coup ; ce 30 octobre donc, tous ceux qui avaient payé leur place — 40 balles quand même — reçurent à leur grande surprise un message sur leur GSM, les prévenant qu’un concert confidentiel aurait lieu à 20h dans la salle du Réservoir avec « interdiction d’en parler publiquement d’ici là ».

Pourtant ce soir-là, rien d’ostensiblement outrageant. Rien à voir avec la réunion d’une société secrète dans une salle asectisée. Aucune animosité, pas de crânes rasés ni de fafs enragés. Seulement des décors aux allures liturgiques et des combinaisons camouflage pour le groupe. Une esthétique qui, personnellement, me choque moins que celle de Bono ou d’Axl Rose. Personne n’a le monopôle du bon goût comme disent ceux qui en sont démunis. Entre deux chansons, le moustachu Pearce s’est d’ailleurs exclamé en riant : « Dire que tout ceci a failli ne pas arriver ! Il y’a tant de soi-disant humanistes de nos jours… ».

Après 1H30 de set exclusivement acoustique, le groupe a, en guise de rappel, jouer l’une de leurs chansons les plus controversées C’est un rêve avec ce refrain « Où est Klaus Barbie ? », un ultime pied de nez à la bien-pensance sur lequel Pearce s’était déjà expliqué. « C’est un rêve ne concerne pas spécialement Klaus Barbie. Son nom est plutôt utilisé d’une manière symbolique. Il y a beaucoup  de gens comme Barbie, il n’a rien de spécial, il s’est juste trouvé du côté des perdants et il a été attrapé. Les gens n’aiment pas penser que derrière certains d’entre eux se cache un nouveau Barbie. Nous n’avons qu’à regarder en Afrique, en Amérique du Sud ou même en Irlande du Nord pour trouver des exemples contemporains. Barbie est le miroir auquel nous ne pouvons faire face. » Pour preuve de son message, Douglas rajoutait ce soir-là les lignes « Où est Kadhafi ? » et « Où est Ben Laden ? ». Clair non ?

A mon avis, tout ce ramdam n’avait pas lieu d’être et a juste prouvé un manque de jugeote et de concentration dans un camp comme dans l’autre — me permettant quant à moi de balancer gratos une vanne de mauvais goût — sans oublier qu’au final, cette histoire arrange bien les affaires de Death in June qui trouve là un moyen de continuer d’exister médiatiquement. Donc bien joué Doug.

Tentons maintenant de conclure et de ne pas partir fâché : Est-on obligé de croire sur parole notre cher Pearce lorsqu’il affirme qu’il n’est pas fasciste ? Bien sûr que non. Pas plus qu’on est obligé de croire Marine Le Pen lorsqu’elle affirme que le FN n’est pas un Parti d’extrême droite ou Dieudonné quand il clame ne pas être antisémite. Mais quand bien même Douglas Pearce serait un néo-nazi — si vous pensez toujours que c’est le cas c’est que vous n’avez rien pigé au papier — doit-on pour autant bannir Death in June de la scène musicale ? Doit-on alors par la même occasion brûler tous les livres de Louis-Ferdinand Céline, un des plus grands écrivains du XXème siècle ? Pour ceux qui n’ont toujours pas pigé, la réponse est dans la question.

5 commentaires

  1. Mais c’est tout pourri ! ! 40 balles pour 2 papys vietnam … et la foule en transe après la,la,la,la,la ?!
    C’était pas ça pendant 2 plombes quand même ?

  2. Cet article est nul à chier, il est sans intérêt, très mal écrit, plein d’un objectivisme puant et rempli de comparaisons clichées, je savais que voir DI6 sur Gonzaï ça pouvait qu’être foireux mais alors là…

  3. « Face à cette dialectique souffreteuse tout juste digne d’un Jean-Michel Apathique en emphase terminale », cette phrase — à chier, sans intérêt, très mal écrite, plein d un objectivisme puant et rempli de comparaisons clichés — t’était pourtant destinée mon cher Hugolow-cost..

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