Couples : 3ème magazine érotique français, 1er consacré à l’échangisme, 25ème anniversaire. De sa naissance en septembre 85 jusqu’aux bâtons (dans le cul) que lui ont mis les censeurs, le petit Couples est devenu la Bible format A5 de ceux qui s’éclatent avec leur appareil, mais pas queue. Pour fêter les noces d’argent de la revue, une expo lui est actuellement consacrée au musée de l’érotisme. D’une partouze de vernissage à la rencontre intime avec Laurent Chiche, rédac chef historique, Gonzaï a pratiqué la fouille corporelle. C’est aussi ça, le journalisme d’investigation…

Ce soir-là au musée de l’érotisme, il y a quelques jeunes intrigués, des romantiques de la carte postale, Marc Dorcel de passage, et surtout des quinquas qui tous semblent connaître la revue enfantée par Michel Sitbon, dit « Le Pape du Cul ». Couples ? la revue de toute une génération, le meilleur moyen de faire des rencontres olé olé, au même titre qu’Ulla par exemple. Trois jours plus tard, je rencontre le tenancier du canard. Laurent Chiche. Passionné de la première heure, il a tout fait pour ce magazine, du tri du courrier (poste passionnant) à l’iconographie (poste non moins passionnant). Il me raconte la grande époque, celle où le 3615 Couples leur faisait des couilles en or. Époque bénie où l’argent de l’érotisme finançait même des magazines de variétés comme Poster n°1, célèbre pour ses couvertures de Goldman, ou l’illustre revue foutraque et enfantine Grodada. C’est aussi l’époque de la censure, où de petits titres fétichistes, SM et homo comme Les Dossiers de Wanda ou Leg Show passent à la casserole. Et puis vous connaissez la suite : internet vient foutre une branlée au minitel, au cul et à la presse en général.

Alors, Laurent Chiche, 25 ans pour un magazine de cul c’est beaucoup ?

Oui, pour un magazine échangiste c’est bien. Union a fait 35 ans par exemple. Mais c’est même pas le premier magazine de charme grand public : Claude François avait sorti un magazine érotique avant : Absous (devenu Absolu, ndlr) avec des petites annonces et tout. Et puis tu as aussi Lettres de Femmes où travaillait Michel avant, qui fonctionnait aussi beaucoup sur l’échange épistolaire.

La décoration est splendide, c’est un vrai musée ici. Le photographe avec moi flashe sur un gode en forme de fusée du Tintin Objectif Lune.

Ha oui, celui-là il est rare.

J’ai touché, il n’a pas servi ?

Si, il a servi, ils ont tous servi, tous ont eu leur baptême. Attention, ne les mettez pas dans la bouche (rire gras, vous imaginez).

Sûrement sauvage le sien, puisqu’une des trois couilles a été cassée ?

(Triste) Oui, malheureusement. J’ai essayé de la recoller mais bon…

Il y a un bel échiquier dans la salle de rédaction ; vous jouez tous ?

On se fait des tournois pendant les bouclages. Ça nous détend. On est quatre, deux maquettistes, moi et la correctrice, Sylvie. C’est elle qui fait les réponses au courrier des lecteurs. (Une grande partie du contenu puisque Couples est un magazine fonctionnant sur l’échange). Cette Sylvie a changé plusieurs fois. Au début c’était un mec. On cherchait un nom qui ne soit pas dans l’annuaire, pour que personne n’ait de problème. Sylvie Buark elle s’appelait. On a mis du temps à trouver le Buark. Puis Sylvie s’est mise à rewriter les lettres, puisqu’on en reçoit toujours énormément. Bon, il y a aussi des mails, mais encore beaucoup de gens préfèrent écrire des lettres.

Pourquoi ce nom : Couples ?

En 85 Michel vient de Lettres de Femmes, un tout petit magazine, 4000 exemplaires à tout casser. Il décide de faire un magazine échangiste. Au début il voulait l’appeler « cul ». Mais ça faisait trop… (Il laisse sa phrase en suspension. J’acquiesce, « cul », c’est vrai que ça aurait fait trop…) Et il trouve ce mot magnifique « Couples », qui ressemble un peu à « cul » d’ailleurs.

Ça sonne comme un magazine de ménagère…

Oui, le nom fait très gentil, et à l’intérieur ce n’est pas trash, mais bon c’est du libertinage, avec des gens qui assument leur sexualité. Et puis on floute les photos, ça nous permet de recevoir de superbes clichés comme ça (il me montre un superbe cliché) où l’on voit des gens qui s’éclatent. On atteint un stade de confiance avec les lecteurs ; on est très à l’écoute et si quelqu’un change d’avis au dernier moment et refuse d’être publié, on retire ses images.

C’est le climat politique de l’époque qui vous a permis de faire Couples ?

Oui bien sûr. Mais c’est le minitel qui nous a surtout aidé. France Telecom cherchait des partenaires. C’est grâce aux rentrées d’argent du minitel qu’on a pu créer plein de magazines. Le minitel va être arrêté l’année prochaine, en novembre, mais on a conservé nos serveurs puisqu’on a encore des gens qui se rencontrent comme ça. Ce ne sont pas des jeunes bien sûr. Mais bon, c’est bien fait sur internet aussi. Tiens je vais te montrer.

J’y suis allé mais tout est payant.

Ha oui tout est payant. De toute façon on avait essayé de faire gratuit mais ça ne marchait pas. Pareil, le magazine, quand on l’a passé à 5 euros, on s’est cassé la gueule dans les ventes. Couples doit être à 20000 de tirage, à 8, 5 euros, c’est un produit super cher. On en vend aussi 5000 à l’étranger : Suisse, Belgique, Canada, New Jersey, Portugal, et là j’essaie d’attaquer la Pologne. (Il me montre son écran) Regarde couples.fr : 7000 connexions, putain. Ha mais oui le lundi matin c’est normal, tu sais les gens sont au bureau et ils se font chier ; donc il y a du people. À l’époque du minitel on avait des modérateurs qui géraient à peu près 6 serveurs en même temps. Ils expulsaient les prostituées en fait.

Je vois Ulla : ce sont des partenaires ?

Oui on est beaucoup à s’être regroupés quand, au moment du minitel, ça a explosé. Surtout quand Pasqua a inventé une TVA à peu près à 50%. En presse de cul en plus, on n’a pas la commission paritaire parce qu’on est pas considérés comme des vrais journalistes.

D’ailleurs comment devient-on rédac chef d’un magazine de cul ?

J’ai commencé en 95 en remplissant les trous, en faisant le bouche-trou quoi.

Et c’est quoi les qualifications ?

Aimer son sujet (rire). Dans le milieu du cul on voit vraiment de tout. J’ai croisé toutes sortes de gens : du bourgeois au traîne-savate, du passionné à celui qui est obligé de faire ca pour gagner sa vie. C’est comme un autre boulot de journaliste, sauf que le thème est différent.

J’ai discuté avec un ancien pigiste à toi qui m’expliquait qu’il fallait surtout être drôle. Il m’a raconté son premier article qu’il avait écrit sur le mobilier des boîtes à partouzes : la hauteur des meubles, la manière dont ils coulissent…

C’est Michel Penisson qui t’a dit ça. Déjà le type tu vois comment il s’appelle : « Penisson ». Lui c’est un homme de terrain. Il a commencé avec nous.

« Les scouts de France disent qu’on fait l’apologie de l’échangisme, mais bien sûr qu’on fait l’apologie de l’échangisme ! »

Comment tous vos magazines se sont-ils fait censurer  ?

Dès que le ministère de l’intérieur vote une interdiction, tous les kiosquiers reçoivent un papier officiel qui stipule que tel titre est interdit. Mais ce que le gouvernement ne précise pas dans sa lettre, c’est quelle est l’interdiction. Ça peut être juste l’interdiction de vente aux mineurs. Mais le libraire ne le sait pas, et retire le magazine des rayons. Va expliquer aux libraires ce n’est pas « vraiment » interdit après. C’est constamment des bâtons dans les roues.

Quelle époque ?

Surtout Pasqua. Tu sais, Michel faisait partie du réseau Voltaire (association de presse consacrée à la liberté d’expression), avec Thierry Meyssan (auteur de L’Effroyable Imposture, best seller présentant les attentats du 11 septembre comme une orchestration du gouvernement américain). Et donc Michel est vu comme un fouteur de troubles, une grande gueule. L’Etat s’est acharné sur nous. Oui, on a eu un peu de problèmes.

Comment les titres se faisaient-ils  « coincer » ?

Tout ca c’est les trucs qu’on a sorti qui ont été censurés : Leg Show, Les Dossiers SM de Wanda, Lips, Témoignages Vécus… Si Couples est passé à travers les mailles du filet c’est parce que ça a toujours été le titre le plus surveillé. Parfois les gens de la censure, tu les choques et ils te mettent sous surveillance. En ce moment on est surveillé par les scouts de  France. Ils disent qu’on fait l’apologie de l’échangisme, mais bien sûr qu’on fait l’apologie de l’échangisme !

Et comment Couples est passé à travers les mailles du filet de la censure ?

Je fais super gaffe au contenu. Couples c’est le magazine qu’on a toujours le plus surveillé. On fait aussi très attention aux annonces de prostitution. Il y en a qui se vendent, directement. Et d’autres qui présentent le truc autrement, qui cherchent des « hommes généreux ». Moi si je publie un truc comme ça, je me fais retirer tout de suite. Pourtant il existe un magazine qui s’appelle La Vie Parisienne où il n’y a que des putes.

Ah oui ? Le nom ne fait pas trop cul non plus. Je vais demander à ma grand-mère de m’acheter La Vie Parisienne quand elle ira au kiosque.

(Rire) Oui, Couples, Union, La Vie Parisienne… Ca ne fait pas cul du tout. Et La Vie Parisienne, c’est tenu par un ancien flic. Tiens regarde : j’en ai toujours un. (Je jette  un œil timide que je récupère 20 secondes plus tard, je suis en reportage quand même. Effectivement, que des petites annonces de femmes vendant leurs services. Environ 200 euros pour poster une annonce) Et ça c’est tenu par un flic. Jamais il se fera interdire. Par contre si toi, tu fais exactement la même chose, là t’as des problèmes.

Je ne sais plus comment, il me dit qu’il a bossé sur Grodada aussi. Je m’étonne : c’est vous Grodada ? (magazine pour enfants pipi caca et révolutionnaire lancé par le Professeur Choron et Charlie Schlingo, ndlr)

Mais oui, c’est grâce au cul qu’on a pu faire des trucs délirants. Un truc de fou, une équipe de fous. J’étais assistant dessus (éclat de rire). Je n’arrive même pas à savoir comment on a pu sortir les numéros.

C’est Choron qui obligeait son équipe à boire du blanc le matin ?

Oui, tout le monde. Même moi j’étais pété à midi. Tu te demandais comment ca arrivait en kiosque. C’était vraiment loufoque.

Sinon, pour conclure, vous ne trouvez pas que vous avez le beau rôle dans la presse ? Je veux dire : le milieu du X, des boîtes de cul, ça fait peur aux gens. Vous ne vous donnez pas l’impression « d’exploiter des pauvres femmes », ce genre de trucs ?..

Oui on est assez neutres. On fait vraiment un boulot de journalisme mais comme on est indépendants, on peut critiquer. Quand un club qu’on voyait  était un cache-misère, ou pas propre, on l’a déjà dit. Mais ce sont les lecteurs les arbitres. Quand on reçoit des critiques de lecteurs, on laisse paraître. C’est vrai que dans le porno parfois il y a des acteurs qui ne respectent pas les filles. Il y a des mecs qui se mettent dans ce milieu en pensant se faire du fric et qui ont une mauvaise image de la femme. C’est pas du tout le même monde avec la presse de cul.

« Les lecteurs sont les arbitres ». Facile à dire. J’ai vu au musée de l’érotisme des peintures d’adultes faites si grossièrement qu’on aurait pu croire à des dessins de bave. Et puis cette lettre, signée d’un instituteur fasciné par ce-dont-on-ne-peut-prononcer-le-nom. Je n’ai pas vraiment confiance en les arbitres en fait.

Sinon à l’expo il y a de belles images aussi…

Photo : David Arnoux

Couples Magazine, 25 ans de presse libertine // Au musée de l’Érotisme
http://www.couplesmag.com/

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14 commentaires

  1. Bonjour je suis un homme marocain de tanger j aimerais bien recevoir des lettres intimes de femmes mariées et des séquences vidéo coquines entre femmes

  2. Et ça c’est tenu par un flic. Jamais il se fera interdire. Par contre si toi, tu fais exactement la même chose, là t’as des problèmes.

    En fait vous êtes super Rock’n’Roll dans votre univers du sexe libertin, j’hallucine quand même, si la vie parisienne existe, c’est que c’est légal, donc je ne vois pas pourquoi d’autres ne peuvent pas faire la même chose ?
    La loi est la même pour tout le monde…

  3. Pour moi, l’époque du libertinage hétéro a disparu au moment où les femmes ont commencé à s’épiler intégralement (hygiènisme pseudo-sexe) à peu prés simultanément avec l’apparition du SIDA hors milieux PD. Et lorsqu’, un peu plus tard , le lieu mythique de drague (pas seulement homo) a coulé (la piscine Deligny), au grand « dame » d’un certain Matzneff. Donc le pseudo-libertinage Ulla, Craiglist et autres, pour moi (génération prsque soixantenaire), c’est du vent.
    Pour moi qui ne peut jouir que dans un bouge , et qui suis adepte du « sexe tarifé » (les pseudo-rencontres dur Internet, je laisse çà aux petit-bourgeois) ne restent que les boulevards périphériques et les risques que çà comporte (mais s’éclater avec une marginale, belle beurette en général, qui me fait à l’occasion goûter son crack et qui accepte même de me donner son « caviar » dans un squatt-une fois je me suis fait braquer par un mec avec un couteau,), c’est çà l’adrénaline, les émotions fortes! je refuse par principe la capote, donc effectivement je « pénétre » rarement, mais il y a d’autres jeux…et puis lui mettre un billet dans la ch;;e, çà fait partie du jeu aussi…mais à ne conseiller qu’aux initiés (j’évite l’hiver, je ne veux pas me geler les c…e). Et maintenent, dans la logique de « on n’arrête pas le progrès », ils viennent d’interdire la prostitution…aux clients, comme ces faux Q de suédois. On vit vraiment une époque de merde, je plains les jeunes! en tous cas je veux bien tout ce qu’on voudra, mais il y a une seule chose qui me fait sortir de mes gonds , c’est la phrase « grâce à FB,[ou à internet] on n’a jamais été aussi libérés ». On est mûr pour le transhumanisme, cf le film ex machina….çà fait froid dans le dos.La MORT, quoi.

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  5. Bon article ! C’est quand meme une référence avec les classiques Ulla, Union tout ça quoi … Tout une époque … Le mec est quand même un petit filou il a réussi à passer entre les mailles du filet, à faire du cul en douce … Ces magazines c’était le bon plan pour se faire plaisir tout de même. Désormais avec internet et la libération des moeurs c’est open bar, y a moyen de trouver un plan cul en moins de 2 …

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