Le temps de 3 albums, le trio des Comateens contribua à réchauffer les rues new-yorkaises du début des années 80 avec une new wave mutante, au moins aussi éloignée des Ramones que ces derniers d’un dictionnaire. A la surprise générale, c’est le label Tricatel qui leur rend aujourd’hui honneur avec la réédition d’un méga coffret vinyle réunissant la quarantaine de titres écrits par le groupe.

Parfois, les accidents se suivent et cela donne de belles trajectoires. Pour la première d’entre elles, il faut remonter à 1978, à Big Apple. Tant pis s’ils ne font pas partie de la compilation « No New York » éditée par Brian Eno et regroupant tout ce que la ville comporte d’aliens déphasés parmi lesquels James Chance ou Lydia Lunch, le duo à l’origine de Comateens choisit ce nom sans savoir qu’il va lui coller à la peau. Il fallait bien croire qu’être influencé par l’histoire d’une jeune fille morte alors qu’elle était enceinte allait leur coller à la peau, mais pour l’heure Nic North et Ramona Jan s’en foutent. Le monde les ignore, Suicide prend de haut leur premier mini-hit pour micro-club (Late Night City, pas assez violent) et le premier album éponyme ne secoue pas grand monde en dépit du fait qu’on a avec l recul l’impression d’entendre tout le punk de l’époque passé en ultra speed sur une enceinte d’occasion.

Naviguant d’un label à l’autre tout au long de leur courte carrière qui ne durera que 3 albums, les Comateens ne sortiront jamais vraiment du silence létal. Moins braillards que R.E.M., moins cultes et plus bizarroïdes que les Feelies, le trio désormais formé par les frères North et la chanteuse/claviériste Lyn Byrd rajoute alors une corde à son arc avec un Bontempi de derrière les fagots, de quoi se placer pile dans le triangle des Bermudes, entre les tubes clippés pour MTV et la pop dite sérieuse. Des titres comme Get Off My Case, adoré par Daho qui va se lier au groupe, ou Don’t come back, au nom encore prophétique, montrent bien à quel point cette bedroom new wave n’étaient pas de taille pour lutter contre Prince, Madonna, ni même contre les Talking Heads. Trop smart, pas assez crédibles; c’est bien simple, on chercherait à traduire “cul coincé entre deux chaises” en anglais, on dirait sans trop hésiter Comateens.

« Pour moi, ce sont des Simon et Garfunkel de l’électronique » (Bertrand Burgalat)

En 1985, c’est plié ; le groupe est disbanded et il faudra fouiller dans les tréfonds de Discogs pour retrouver la trace de Lyn Byrd, créditée sur plusieurs titres du fidèle Daho, notamment sur le très beau Me Manquer de « Eden », réédité en 2019, où l’on retrouve également Elli Medeiros.

Tout cela ressemble à une étrange carte postale envoyée depuis une dimension Z où les années 80 n’auraient pas été le summum de la vulgarité que l’on sait, et c’est vrai que les Comateens, question classe, se posaient là. Shootés par Jean-Baptiste Mondino sur la pochette de leur premier album, contrastant d’avec toute la scène pimpante dans leurs costumes sombres, ces New-Yorkais étaient peut-être simplement nés du mauvais côté de l’Atlantique.

C’est d’ailleurs en Europe qu’ils connaitront le plus d’écho médiatique. Leur pop intelligente et stylée tenait sans rougir la comparaison avec les premiers tubes de laboratoire de Daniel Miller (The Normal, Silicon Teens) ou The Monochrome Set. Ca n’aura simplement pas suffi, et il aura fallu attendre 19 ans pour qu’un label daigne les déterrer, eux et cette insouciance un peu bordélique qui rappelle, d’une autre manière, le parcours fugace des Belges de Bernthøler ou la seconde vie de Krisma, pas plus glorieuse mais tellement jouissive pourvu qu’on trie un peu. Un destin finalement pas si éloigné que ça de celui de Polyrock, autre comète new-yorkaise ayant aussi éclairé le ciel fluorescent de ces eighties à double tranchant.

Réédition 3 vinyles chez Tricatel
http://tricashop.com/boutique/product.php?id_product=92

 

12 commentaires

  1. les Comateens c’est completement hassbeen ,leur musique est ultra daté ,je comprends pas ce que le bobo corse le trouve ;les comateens c’est de la soupe bolino et je pesé mes mots

  2. Faut contextualiser un peu. À l’époque tous le monde voulait faire du funk, les petits blancs aussi. Certains New Yorkais (Celluloid ou ZE records me viennent à l’esprit) et pas mal d’Anglais arrivaient à un truc mais, franchement, Comateens c’est le degré zéro et ça l’était déjà à l’époque (au même moment Was (not was) sortait Wheel me out). Comateens, on dirait Jean-Pierre Mader se prenant au sérieux.
    Il y a que ces gros blaireaux réac de Tricatel pour sortir ça.

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