« À 29 ans, Charles Poitevin livre avec son premier roman Otary Club une œuvre honnête détaillant l’ouverture sur le monde d’un enfant de 18 ans ». Vous vous attendiez à cela. La chronique vous fait vibrer… Vous êtes du genre à « liker » les articles de Voici : comment prétendre avoir lu les livres de la rentrée. Hum hum… C’est bien la chronique littéraire… ça indique ; ça exulte, ça fait bon genre. Rien de plus chic que d’en tenir une. N’importe ou ? Même à Grazia. La vie ou la mort sur les scribouillards ; grande suprématie du journaliste. Permettez du peu. Non ? Oui ? Merde !! Allez, au trot.

Le 8 Septembre dernier paraissait le premier roman Charles Poitevin. Il a 29 ans, de l’ampleur dans les gestes. Charles Poitevin, c’est un calme qui bouillonne. Il voit trop de choses, il entend tout en même temps. Le genre d’humain trop conscient, simultanéité des informations. Trop de choses. Insupportable. Ça le rend premier degré. De la réactivité dans l’immédiat. On appelle cela la spontanéité. Avec un certains mépris. Spontanéité: contre l’intelligence. C’est cela qu’ils entendent, les « petits souffles » quand ils prononcent S-P-O-N-T-A-N-É. Mais c’est bien utile, la spontanéité. Dans la jungle par exemple. Devant un python. L’attaquer au coup. La, la spontanéité, elle est utile. Alors, on devrait l’être. Parfois, ça s’impose. Comme il y a deux semaines tenez. Qu’on ma dit, comme cela, on m’a dit « tu fais toujours ta pute chez Gonzaï ? ». J’aurai du être spontané. Mais bon, Rousseau, les lieux publics et la bienséance… ça empêche des trucs. Mais entendre « faire sa pute » et pas enfoncer les doigts dans la gorge. Hein. Sentir la chaleur du sang. La dureté de la trachée. Crac … Et puis je portais le deuil. La mort, la mort qui engourdit les vivants. L’instinct s’affaisse. Mais bon, les crises de tremblement parce que on s’est retenu, Charles Poitevin il doit connaître aussi.

Vous vous dites, ça a pas de rapport. Mais si, mais si. Depuis qu’il a commis son livre, Charles on le prend pour quelqu’un d’autre. C’est le lot commun. De tous. On montre un bout de mollet ; ils y voient un cul. C’est bien triste. De ce livre, les macaques, ceux qui réfléchissent en lisant, les asthmatiques, ils lisent avec leur tête. Non de non ! Dans le souffle. Sa évoque, ça dit. Parce que dès les premières phrases… OTARY CLUB ; c’est qu’une question de souffles, d’images. Les cliquetis des mots disent, imposent des couleurs. Dès le début. Il y a juste besoin de le prendre au premier degré. Ça évoque, ça parle. Besoin de rien de plus.

OTARY CLUB, c’est la découverte de l’action sur le monde. Charles, narrateur et personnage du roman n’est pas son auteur. Evidemment. Là est la littérature. Il est tordu, twisté, pour nous faire arpenter le chemin voulu par l’auteur. Charles (narrateur) et trop simple ; trop « parfait ». Ce « je » littéraire est un enfant, pure comme le cristal. On l’a catégorisé. Sa mère lui a mis une étiquette. C’est un branleur. Comme tous les enfants ; il préfère le jeu au labeur. Comme n’importe quel être intelligent. Grandir, explorer, ce sera toujours mieux que de rabâcher. Mais ça l’a chargé de négatif. C’est un branleur, alors il est foncièrement mauvais. Face aux valeurs actuelles, il est mauvais non ? Sauf que, loin de chez lui, là bas, à Fidji, non. A bah non, il est pas mauvais. Parce qu’il ne veut rien de mal au monde. Pire, il trouve agréable de voir les autres heureux. Alors… Alors il découvre qu’il a une influence, une assise dans les yeux, dans les autres. C’est organique, simple. Tout est simple. De l’organique humain…

OTARY CLUB est simple : c’est le fond des choses.

Volupté et souffrance : expérience

Tellement simple que les asthmatiques, les « lecteurs » qui écrivent, ils ont pas compris. Bah non. D’ailleurs, même dans leurs vies ils comprennent pas. Parce que bon, l’organique humain, les rapports « simple »… C’est pas cela qu’il faut. Non : a l’école, chez papa maman, dans les magazines… Il en est pas questions. L’ambition, le prédateur, le charme permanent, le détachement, le sexe gratuit, l’individualisme stérile… C’est pas ça ? C’EST PAS CA ?? Bah c’est quoi alors ? OTARY CLUB !!

C’est tellement simple qu’il se disait, ça peut pas être écrit. Mince. C’est dit, dicté. Et c’est gros. Il y a de gros caractères. Oui, oui… c’est vrai. C’est ça. C’est travaillé. A vue de nez, trois ans de travail. A vue de nez, j’ai vu dans le mille. C’est ça. Trois ans à astiquer, couper des phrases. Aracée à force des torsions. Pour les rendre les plus simple possible. Pas besoin de réfléchir après. On évite l’asthme. On évite de réfléchir. Charles Poitevin à tellement travaillé qu’on a plus besoin de réfléchir devant son livre : on comprend tout. Directement. Intuitivement.

Alors la critique, l’association des penseurs asthmatiques, elle aurait pu dire des choses. Elle aurait pu écrire avec ses petits doigts des mots. CÉLINE par exemple. Parce que c’est évident. HUMOUR, parce que c’est salvateur. Dans l’écriture, dans un lit, partout ; ça fait d’mal à personne. TRAVAIL. Parce que c’est naturel pour personne de pas réfléchir. Si on réfléchit plus, c’est que on la fait pour nous ? Les idiots sont mêmes les plus grands penseurs. Et puis, c’est BEAU. Oui. Parce que, au final, on apprend à s’y aimer les uns les autres. Même les moches, même les gros allemands du livre, on finit par ressentir de la tendresse pour eux. Des femmes grosses et laides. DES FEMMES GROSSES ET LAIDES. ET CHIANTES. On a envie de les prendre dans nos bras. Bizarre. Hein bizarre. Elles sont tout l’inverse de ce qu’il faut être : FEMME + GROSSE + LAIDE + PAS COOL. Et oui. Etrange non ?

En tout cela, ce livre est une expérience. Impossible d’en parler sans l’abimer. Voilà, lire OTARY CLUB permettra ce que seul la littérature fait : vivre une autre vie. Réellement, avec ses propres sens. Ressentir les sentiments et les sensations d’autres, mais avec ses sens. Céline appelait cela « lire dans la tête des gens, à leur place ». C’est exactement cela. Charles Poitevin réussit cette simple chose : nous imposer, avec le poison de l’écriture, une part de vie. Il ne nous y dit rien de bien complexe. Il permet juste de ressentir un peu plus l’énergie vitale qui traverse les gens, les lie. Il n’y a aucune histoire d’exotisme, de colonialisme, de misogynie là-dedans. Juste la vérité nue, la nudité des rapports des humains les humains et le monde, les humains et le temps. Rien de plus.

Pas besoin de réfléchir, juste de lire.

Charles Poitevin // Otary Club // Rue Fromentin
Photos: François Grivelet

4 commentaires

  1. Salut,
    j’ai lu Otary Club il y a 3 semaines, et comme tout se tient, je me suis retrouvé avant-hier à une réunion du Rotary de ma ville.
    Je ne dis pas ça pour qu’on me plaigne, ni pour aucune autre raison, c’est juste une drôle de coincidence.
    Sinon, ce bouquin est super, il est simplement pas fait pour tout le monde apparemment. J’ai vu des sites où on prenait le paragraphe sur le vert pour démontrer la naïveté du style. Ce même passage, je l’ai relu souvent pour essayer de comprendre d’où venait sa force. Tout ça pour dire que les gens sont peut-être blasés, et du coup ils passent à côté des bouquins vraiment particuliers.

  2. Ma spontanéité me pousse à étrangler le critique qui a pondu un texte à ce point indigeste. Dommage, je ne l’ai pas sous la main.

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