Défoncer un artiste qu’on aime, c’est toujours un peu compliqué, surtout quand il s’agit d’un ami de vingt ans. Beck a aujourd’hui 43 ans et si sa capacité à surprendre respire encore, « Morning Phase », son dernier disque, indique clairement qu’il faudra attendre le prochain pour – peut-être - sauter au plafond. « Chiant à mourir », ça vous parle ?

Ne pas oublier, dès les premiers accords de « Morning Phase », que Beck est Américain. Nashville, americana et folk ne sont pas du chinois pour le quadra. Il en avait fait son affaire en son temps, et quiconque a un jour écouté « One Foot In The Grave » (1994) a souhaité qu’il n’y mette jamais la seconde converse trouée, tellement ce disque ne ressemblait à rien à force de ressembler à tout ce que ses aînés avaient pondu avant lui, dès lors qu’on leur avait foutu une guitare dans les mains et des grands espaces sous les yeux. Beck, c’était la désinvolture sans la pose. Ce Blanc aussi à l’aise avec trois accords en mineur qu’avec un sampler, comme la suite allait le prouver. Plutôt que le sempiternel Loser, on choisira plutôt Beercan pour rappeler l’imparable OPA opérée sur les nineties par le bonhomme. Pour se faire une idée de comment on dansait, un walkman à la main et un bong dans l’autre, avant le passage au XXIe siècle, la discographie du Beck est peut-être la meilleure machine à remonter le temps.

Beck a longtemps été le Tarantino de la culture pop : cet art du pas de côté en terrain connu ; ces fausses citations qui lui donnaient l’air d’avoir toujours une longueur d’avance ; cette boulimie de genres qui le rendait imperméable aux étiquettes. Abrégeons fissa le suspense et arrêtons de rembobiner la larme à l’œil : oui, le génial auteur d’« Odelay » (1996) a fini par se vautrer. Le nom du crash en pleine mer d’ennui ? « Sea Change » (2002). Et si bailler en l’écoutant s’avérait plus douloureux que prévu, il avait au moins le mérite de rappeler que Nigel Godrich, derrière la console de son, n’était pas ce génial producteur que toute la presse annonçait depuis qu’il avait mis un laptop dans les mains de Thom Yorke. Pire, les emprunts aux Melody Nelson de Gainsbourg (oui, le père de celle pour qui Beck allait signer un putain de bon disque mainstream) ressemblaient plus à un honteux copier-coller qu’aux clins d’œil malins auxquels le père Hansen avait habitué ses fans. Paraît que « Sea Change » est un disque de rupture amoureuse. Mademoiselle, les natifs des seventies ne vous disent pas merci. Bref.

Héros morts

Des héros morts pour nos oreilles, on en a tous plein nos discothèques. Dont on ressort de temps en temps un disque, pour se souvenir combien on les a aimés, plutôt que de rester sur le goût amer de la déception ; c’est beau comme du M Pokora, ce que je raconte.

Restons dans le mièvre : comme dans les plus beaux happy end, il arrive parfois que les oreilles se dressent à nouveau. Pêle-mêle, le retour des frissons made in Beck s’appelait Record Club (revisiter en un jour un album connu avec ses potes, on en avait causé ici), à moindre mesure « Guero » et surtout, surtout, le terrible « Modern Guilt », dont l’écoute du titre éponyme rend systématiquement cinglé l’auteur de ces lignes, aussi sûr qu’un chien remue la queue à chaque os agité sous le museau. Un disque uniquement sorti sur partition plus tard (« Song Reader », 2012), histoire de rappeler combien il est toujours malin, nous voici arrivés à « Morning Phase ». J’hésite entre la sulfateuse, un semi-remorque d’insultes et un bâillement moqueur.

Apparemment, Beck s’est à nouveau fait plaquer. Voire pire : il viendrait de pondre, la quarantaine passée, le fameux album de la maturité. Tous les poncifs ne suffiront pourtant pas à dire tout le mal qu’on pense de ce disque chiant, surproduit jusqu’à la nausée. Tout n’est donc ici que violon sirupeux, ballades pour climax de séries tire-larmes ; de la grandiloquence sonnant creux, du vide emballé sous vide, du vent, du maquillage de studio, du beau mais TRES chiant.

Découvrir Beck avec « Morning Phase », ce serait comme acheter un monospace à un concessionnaire qui aurait vendu des Ford Mustang customisées dans une autre vie, vie qu’il tenterait de camoufler sous des tonnes de polish. Soyons donc sérieux cinq minutes : Beck, c’était mieux avant. Jusqu’au disque d’après ?

Beck // Morning Phase // Capitol
http://www.beck.com/

 

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18 commentaires

  1. Par contre j’ai comme l’impression que la critique de critique c’est un peu votre sport national personnel non ? C’est super de se pointer et de chier dans les bottes mais pas très constructif non plus.

  2. on a le droit de dire quand on n’est pas d’accord ? c’est le principe de la critique, chacun assume sa subjectivité, y a pas d’attaque personnelle. Par contre pour l’orthographe je suis chiant oui, déformation professionnelle. Vos papiers sont régulièrement truffés de coquilles, c’est dommage. Pas les moyens de vous payer un/une SR?

  3. donc quand on n’est pas un follower béni oui-oui on est un troll? Magie du web ! Je suis rarement content c’est vrai, mais je me garde bien des insultes ou du stalking il me semble. Ou alors corrige-moi à ton tour. Bien le bonsoir.

  4. J’ai bien aimé ce papier qui m’a donné envie de réécouter Beck après toutes ces années. Bravo à l’auteur.

  5. On a le droit de dire quand on est pas d’accord, je pense que chez gonzai on est un peu coutumier de la chose. Maintenant désolé Danny mais a chaque fois que je te croise sur FB tu tapes toujours. Et pour répondre non, on a pas de quoi se payer un sr, gonzai n’est pas vraiment dans l’opulence.

  6. tu connais l’adage qui veut qu’on ne parle pas des trains qui arrivent à l’heure etc.? Bon voilà. Internet est un média qui favorise l’humeur et l’instantané par excellence. Soit on like à tours de bras, soit on critique, mais c’est le jeu. Le critique s’expose aux critiques, ainsi de suite. En tout cas je ne me voulais pas méchant, du reste je n’ai pas l’impression que le nommé Vernon s’en soit formalisé outre mesure.

  7. Salut les pédales, ça farte? Pour les coquilles, et puisque Danny lis tous les articles attentivement, je propose de le nommer SR d’honneur. Après tout, c’est notre seul lecteur, et ça l’occupera un peu. Concernant le Beck, je suis super emmerdé. Je l’ai écouté 10 fois de A à Z, et je ne m’en souviens pas. Quand je dis que je ne m’en souviens pas, c’est que je ne m’en souviens pas. Rien, pas une note, pas un arrangement. J’imprime ce disque aussi bien que le goût du tofu. Je ne peux même pas dire que c’est désagréable ou raté, c’est juste que ce truc m’échappe, j’ai l’impression d’avoir une guimauve toute chaude entre les phalanges. Bon, je vais me le faire une onzième fois, histoire de voir si j’ai un début d’avis. Signé Quick (Flupke est en cuisine et ne peut pas vous parler).

  8. Bon il est plus tout jeune le Beck… mais il parait qu’il a dans les cartons de quoi remplir deux ou trois albums, comme à la belle époque. Il restera un héros 90’s. Passer de « One foot in the grave » à « Odelay », quelle classe tout de même… et « Midnite Vultures », en mode synth-funk ! On l’oublie trop celui-là.

  9. Albert, ne perd pas ton temps. Danny, no offense, en effet, juste : à mes oreilles, « One Foot in The Grave » est un putain de disque, au cazou ça n’était pas clair. Et celui-ci est une putain de bouse. Merci, bisou.

  10. Salut Vernon. J’ai désobéi et j’ai réécouté ce soir la bête trois fois de plus. Bilan : je crois que c’est un disque de nuit, qui se marie assez bien avec une infusion au miel. Rien de plus, mais rien de moins. Et vraiment pas selon moi une putain de bouse, plutôt une petite crotte pas si moche dans laquelle je retournerai me vautrer à l’occasion, car je le trouve confortable et cosy, ce disque Ikea by night. Next. Kisses.

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