Alain ”Destroy” Pacadis. C’est cela qu’on a gravé sur le marbre de l’urne contenant ses cendres …

“Même dans la mort je vous emmerde!” Comment peut-on devenir un adulte censé et raisonnable lorsque notre mère nous dédie tout spécialement son suicide? Voilà surement une partie de la problématique pacadienne, de son exil en Afghanistan aux dix ans de perditions nocturnes.

Carnet de notes transformés en premier essai, signature d’époque par Raphael Sorin et préface posthume par Frédéric Beigbeider, Un jeune homme chic ne vous servira en vérité qu’à peu de choses. Mais il restera dans votre bibliothèque aussi indispensable que des talons cubains à votre paire d’Anello & David. Ce n’est pas de la littérature en somme, plutôt un mode de vie … Et ce n’est pas Andrew qui dirait le contraire. Pacadis se résume à peu de choses. Un livre, qu’il y a quelques années personne n’avait lu, publié chez le sagittaire en 1978, et à une apparition télévisée chaotique qui vaut bien à elle seule au moins la moitié de celle de Gainsbourg. Le même qui ne sortirait que deux fois dans sa vie sa fameuse Rolls silver ghost: une fois pour le clip de Melody Nelson, et l’autre pour l’incinération de Pacadis où il s’écroulera en sanglots, sachant  pertinemment que le prochain sur la liste de la grande faucheuse après son ami Pacadis… Ce serait lui.

A l’intérieur du livre non-fiction, Pacadis, le journaliste crevard pigiste à vie (ou à mort, plus précisément) vient finir ses nuits dans les couloirs de Libération, le journal ou il “travaille” et  où on le paye au lance-pierre. Mais cela Paca’ s’en moque, l’ami de Marie-France et Yves Adrien trouvant toujours de multiples combines pour leur soutirer de l’argent. Comme par exemple, augmenter ses factures de taxi, se foutant éperdument de savoir si le stylo qu’il a utilisé et de la même couleur que celui de son chauffeur… Alain chez Libé est une sorte de Gaston Lagaffe défoncé au speed et à la bière. Dans son livre,  il invente un style ultra novateur fait de name dropping opiacé, parcouru de fulgurances stylistiques en souvenir à ses études racées.

En dandy (et ceci n’est pas un vain mot) électrique qu’il est resté jusqu’au bout, il ne nous parle de choses qui peuvent paraitre futiles au commun des mortels. Au travers ce livre, on croise quasiment tout l’underground français voir international, Pacadis nous fait ici le portrait de tous ces loosers magnifiques que sont Iggy pop, Lou Reed, Alain Kan, Elodie Lauten, Marie France, et bien d’autres. Comme Lester Bangs avant lui, il avait simplement compris que ce ne sont pas les vainqueurs mais les perdants qui font les histoires les plus fascinantes. Tout ceci entrecoupé d’aphorismes velvetiens: I will be your mirror reflect what you are… Et de références classiques car l’univers de Pacadis est aussi bien composé de références au white noise du Velvet qu’aux Stooges, à la poésie beat, qu’aux dieux grecs et aux antinaturalistes comme Wilde, Huyssmans… Alain Pacadis est alors tout en complexité bisexuelle, drogué, nightclubber, un extrême pique assiette, crevard ultime, jeune homme chic qui aura vécu sa vie  comme quelqu’un qui, tout en sautant dans le vide tendrait ses mains en avant pour toucher l’abîme encore plus vite. Rock’n’roll suicide, la liste des français capable de tant de bravoure poétique (ou d’inconscience, diront les plus rétifs) n’est pas bien longue.

Mais qui, mieux que lui, peut nous expliquer sa philosophie de vie? Nous sommes en 1978, Pacadis vient faire la promotion de son livre sur le plateau d’Apostrophe et Bernard Pivot n’en croit pas ses oreilles. Si seulement il savait que dans quelques semainesn c’est Charles Bukowski qui débarquera chez lui…

Alain Pacadis // Un jeune homme chic // Editions du Sagittaire, 1978 ( réédition 2002 chez Denoël)
Illustrations par Jüül

3 commentaires

  1. Yep; un grand monsieur.
    Interessant d’observer l’evolution de ses textes au cours du temps. S’enflammer pour Lou reed au debut tout en poesie et se taper lalanne ou Chantale Goya a la fin…

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