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GosT, fantôme du passé

A contre-sens de "Drive" ou de "Stranger Things", le producteur GosT s’en bat pas mal les steaks de plaire au grand public. Pas fanatique des étiquettes collées aux sous-genres, l’Américain veut prendre le bouc pas les cornes pour "culbuter la musique électronique, et renverser le métal". Rien que ça. Portrait du prince des ténèbres synthétiques qui ressuscite si bien la pop et l’horreur des années 80 qu’on nostaljouit.

On a beau servir Lucifer et corrompre des âmes au petit déjeuner, il y a des jours où on l’on n’a pas la patate. Quand il pense aux délices rétro-sataniques des années 80, GosT, lui, se sent « très nostalgique ». Baron de l’électro apocalyptique, le producteur qui sème le mal sur la face B de la synthwave est le quatrième cavalier de l’Apopcalypse selon Synth Jean; et l’américain déboîte aussi un paquet de cervicales aux côtés de Carpenter Brut, Dance With The Dead, et Perturbator (d’ailleurs signé sur la même écurie, le label finlandais Blood Music.)

Plus proche de GosT Rider que de Casper le gentil fantôme, le squelette masqué pousse à fond le délire d4rk-doom électro. Avec ses beats surcompressés et ses basses hypra-distordues, GosT s’inspire d’abord du premier album nitroglycériné de Justice – en prenant bien soin de retourner la Cross. Résultat : un son diablement lourd, produit par une main de black métal dans un gant d’EDM.

VH(ell)S

Une sorte de hachoir à viande pop : revisitées sauce 666, des centaines d’influences eighties remplacent la bidoche. En vrac, dans sa Hell’s Kitchen : Van Halen, Depeche Mode, The Cure, The Smiths, Tangerine Dream, Michael Jackson, Madonna, Yazoo, et KISS (d’où il tire peut-être son usage particulier – et un peu relou – des majuscules)… Mais aussi l’électro française de Danger, et les Daft Punk « du début ». Un ragoût diablement nostalgique entre musique électronique, rock, et new wave, bien résumé dans cette reprise un peu pétée des Bananarama.

Côté ciné, on retrouve cette dose de pop dans la tambouille démoniaque avec – oh surprise pour de la synthwave – une saveur SF. Les ingrédients, en plus des deux premiers Terminator : Event Horizon, Tron, Explorers, Flight Of The Navigator, E.T., et War Games. Mais la recette de GosT porte avant tout la marque de la Bête : celle des films d’horreur des années 80, « première vraie passion » quand il était gamin. Nightmare on Elm Street de Wes Craven, Halloween de Jean Charpentier… Le producteur voue un culte pour ce qu’il appelle « l’âge d’or de l’horreur ».

Un cerbère de l’horreur entre slasher, Giallo, et satansploitation

Outre les slashers ricains, GosT vénère le Giallo et l’horreur à l’italienne : « C’est presque une manière romantique de faire des films de meurtre. Le Giallo crée tellement d’ambiance, et se révèle extrêmement dramatique comparé au cinéma d’horreur américain. » Les génies maléfiques derrière ces thrillers d’épouvante transalpins ? Lucio Fulci et ses zombies, mais aussi Dario Argento et ses cauchemars aussi séduisants que sadiques, comme Suspiria et Inferno (où un type crève quand même bouffé par des chats. Des matous possédés, putain).

Dernière nostalgiclée de sang, la satansploitation des années 70 : des séries B qui exploitaient la paranoïa religieuse contre l’occulte. Rituels en l’honneur de Belzébuth, sacrifices humains… Des pellicules maudites comme The Satanic Rites of Dracula ou The Omen ensorcellent les créations de GosT : « Je savoure le côté kitsch et exagéré, très présent dans la satansploitation. Et ces films semblent avoir directement influencé la panique satanique des eighties. » Avant les Illuminati sur l’interweb et les pédophiles dans True Detective, c’est bien le Diable – bouc émissaire naturel – qui faisait psychoter les USA réac’ des années Reagan. Armé du porno et de la prostitution, le complot mondial – encore un – prévoyait de pervertir la jeunesse bénie d’Amérique. Le sexe c’est mal, m’voyez.

Synthé’s inferno

Mais l’horreur, c’était mieux avant selon GosT : « J’espère encore qu’il y aura une nouvelle apogée pour le cinéma d’horreur, mais ces quinze dernières années, seuls quelques films ont vraiment tenté des trucs ». Parmi les rares métrages qui font encore vibrer sa passion infernale, It follows côtoie The Witch. Le chef d’œuvre de Robert Eggers, composé comme un clair-obscur de Georges de la Tour, ramène d’entre les morts la folk horror et les contes bigots de Nouvelle-Angleterre : « J’ai dû le regarder peut-être dix fois jusqu’ici. Le film est extrêmement lunatique, et la construction entière du film, avec la BO, est absolument terrifiante. » GosT s’est même inspiré du film pour cliper l’ultraviolent Maleficarium :

Pas véritablement gamer et très mauvais lorsqu’il joue (même s’il regrette les « bons vieux jeux d’arcade » de son enfance comme Ms. Pac-man, Pinball et Tron), GosT n’hésite pas à puiser dans la littérature. Fan de La stratégie Ender d’Orson Scott Card. (son livre « préféré de tous les temps », si si), il a même conçu son dernier LP, « Non Paradisi » comme une adaptation du Paradis perdu de John Milton. Vieux de trois siècles, le poème traite la tentation d’Adam et Eve (la pomme, toussa toussa) en prenant la perspective de Satan. Le texte du Britannique raconte ensuite son expulsion de l’Eden, jusqu’à son ascension vers le lac de feu. « Toute la mythologie religieuse m’attire, et j’ai toujours adoré imaginer le point de vue des antagonistes, explique GosT. Le poème prend un angle intéressant qui n’est pas présenté dans la bible. » Bande originale d’un voyage en enfer, le concept-album se pare même d’une pochette inspirée de Gustave Doré, à l’origine de la version illustrée du « Paradis perdu » en 1874.

« Je dirais que je suis athée. J’utilise le satanisme dans mon art comme un répulsif anti-Chrétien. »

Serions-nous donc en présence du diable en personne ? Dans son univers apocalyptique, GosT n’est en fait que l’enveloppe physique de « Baalberith ». Un alter-alter-égo « porteur de mort, pourvoyeur de vérité, prince de l’Enfer et démon qui guide les hommes vers le blasphème », par « la musique et la perversion ». Rien que ça.

Gloire à Satan, orgie dans le sang

Né au Texas (repère cul-terreux / cul-bénit en plein cœur de la Bible belt), GosT massacre à la tronçonneuse la morale chrétienne. Fils d’un père fan de country, il se présente même comme un véritable sataniste. Enfin, plutôt du genre athée, mais très très véner : « Je dirais que je suis athée. J’utilise le satanisme dans mon art comme un répulsif anti-Chrétien ». L’imagerie satanique – héritage évident de ses années dans des groupes de métal – maudit l’ensemble de ses projets. Pas de culte démoniaque pour autant : le groupe promeut en fait une philosophie individualiste et anti-théiste en utilisant l’image révoltée et prométhéenne de l’ange déchu, symbole de liberté contre la puissance tyrannique de Dieu. Un genre d’humanisme opposé au sacré, mais basé sur des symboles un peu hardcore.

Lecteur revendiqué des ouvrages de LaVey et de sa Bible satanique, GosT critique surtout l’influence négative des dogmes : « Selon moi, les humains sont incapables d’utiliser la religion comme quelque chose d’entièrement positif. Ils l’utilisent majoritairement comme une excuse pour chier sur les choses qu’ils ne comprennent pas, ou qu’ils craignent ». Et même s’il considère le recul de l’Eglise avec l’avancée scientifique, GosT pense que « la majorité de la population mondiale demeure plutôt superstitieuse. Dans une large mesure, la religion reste malheureusement une force dominante sur cette planète ».

Je suis Satan, et je baise des chiens malades !

Même si ses sons bouffent du curé au casse-croûte, GosT insiste sur la dimension artistique de ses créations. Un hommage vintage, mais boosté par mille influences autant vieillottes que contemporaines. L’Américain déteste par-dessus tout le « pillage du passé » : « C’est quelque chose de perso, mais j’aime quand l’art va de l’avant, peu importe la direction. » En fonçant à 200 à l’heure vers les portes de l’Enfer, sa musique n’a pas le temps de prendre en stop n’importe quel rétro-clodo en rade sur l’autoroute de la nostalgic music. Encore quelques sabbats carpenter-brutaux (comme ce remix pas très subtil de Roller Mobster) et GosT prendra possession de la synthwave. Et comme le suggérait si gentiment Regan MacNeil, la mère de l’Exorciste pourra bien aller sucer des queues en enfer.

https://gost1980s.bandcamp.com/

6 Comments

  1. ynn

    9 février 2017 at 22 h 10 min

    Selon moi, les humains sont incapables d’utiliser la satanerie comme quelque chose d’entièrement positif. Ils l’utilisent majoritairement comme une excuse pour chier sur les religions, qu’ils ne comprennent pas, ou qu’ils craignent.

  2. glue X

    10 février 2017 at 10 h 27 min

    brood X got the bluuuuuuesssssss

  3. Mathieu Meissonnier

    10 février 2017 at 15 h 07 min

    « On a beau servir Lucifer et corrompre des âmes au petit déjeuner, il y a des jours où on l’on n’a pas la patate. »
    Mais je vous aime tellement pour ça ! Merci !

    Très bon article par ailleurs :)

  4. publi service announcement

    11 février 2017 at 12 h 55 min

    birth school, no works, DEATH

  5. I'm Bobby BrO.

    12 février 2017 at 10 h 44 min

    Bobby nie Les 4 cars incendies ( ? )

  6. plante ton bic

    12 février 2017 at 20 h 03 min

    ( le syndicat national des journalistes appelle Fillon @ se ressaisir )

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