29 août 2026

Dan Terminus : « J’ai piqué plein de trucs à Daft Punk et Justice »

Comment vénérer les dieux de la French touch sans tomber dans le plagiat ? Dan Terminus donne sa recette avec son nouvel album Gestalt Providence : le producteur d’électro – proche de Perturbator et Carpenter Brut – assume son idolâtrie pour les synthés distordus et les voix robotiques, mais à la sauce cyberpunk.

Dan Terminus voit enfin la cyber-lumière au bout du cyber-tunnel. Avec Gestalt Providence, le producteur accro à la science-fiction post-apo publie un album moins dystopique qu’il n’y paraît. Si le nouveau disque de Terminus (dont le nom de scène s’inspire d’un nanar avec Johnny Hallyday en premier rôle) reste fidèle à ses mélodies rétrofuturistes et ses beats violents, l’artiste en profite surtout pour rendre hommage à Justice et aux chants vocodés de Daft Punk, mais aussi aux esthétiques zinzins de l’architecte post-moderne Ricardo Bofill et du manga cyberpunk BLAME!. L’occasion de name dropper une belle flopée d’influences, mais pas de bol : Dan est à la bourre pour l’interview. Le motif ? La présence inopinée « d’un putain de rongeur qui met le zbeul » dans sa maison, au fin fond la campagne iséroise.

Gestalt Providence | DAN TERMINUS

Tout va bien ? As-tu survécu au putain de rongeur ?

Oui ! Je laisse souvent les fenêtres ouvertes la nuit, donc il arrive que des mulots entrent. Ils ont déjà mangé le cache-moteur de ma voiture. C’est en amidon de maïs, ils adorent ça. Et là j’entends des bruits à l’étage depuis tout à l’heure, c’est la guerre. Mais dès que je remonte, plus rien. Au cas où, j’ai mis un piège non létal avec un bout de fromage… Si on entend un gros « clac », on aura la confirmation que je ne suis pas fou.

Ton album précédent, Gothic Engine, est sorti en 2024 après une longue absence et des pépins de santé. Aujourd’hui, tu présentes Gestalt Providence comme une simple « collection de chansons et de tracks », pourquoi ?

J’ai voulu faire un album ludique, sans histoire. C’est la ligne directrice : faire de la musique pour le plaisir. Un matin, pour m’amuser, j’ai fait une reprise de Daft Punk façon Terminus, qui s’appelle Harder Human. C’est un hommage qui mélange Human After All et « Harder, Better, Faster, Stronger » à ma sauce. Un peu comme Type O Negative a repris Cinnamon Girl de Neil Young et Paranoid de Black Sabbath, dans l’idée. Tout est parti de là.
Gothic Engine, je l’avais fait en trois semaines. C’est l’exemple à suivre si on veut prendre toutes les mauvaises décisions pour sortir un album. Dans ma vie, c’était une succession de catastrophes. J’étais dans les ténèbres absolues. Mais on a le droit de se planter, j’ai voulu exorciser toute cette période en évitant de répéter mes erreurs. Gestalt Providence, je l’ai materné à l’extrême. J’ai fait l’album en six semaines, étalées sur un an et demi. J’ai pris mon temps pour y apporter le plus de soins, c’est libérateur. Et j’ai voulu éviter d’insuffler la moindre teinte négative, même s’il y a des aspects profondément tragiques sur des morceaux comme And Still We Lived On. Je tente d’appliquer une règle au quotidien : « Aujourd’hui, je n’ai plus le temps de passer ma vie à la perdre ».

Inconsciemment, on doit pouvoir retrouver du Jean-Michel Jarre, du Venom et du Vivaldi dans ma musique.

Tu utilises de plus en plus ta voix et le vocodeur. Un hommage à Daft Punk, là aussi ?

En composant, je me suis surpris à rajouter du chant et ça m’a bien plu. J’ai eu envie de me sortir des synthétiseurs et d’insuffler plus de vie. J’ai bossé sur mon ordi avec mes synthés virtuels, mon petit clavier Midi, et un micro Carrefour avec une chaussette en guise de filtre anti-pop. Je n’ai pas touché à mon Korg Minilogue. J’aurais pu inclure des guitares, mais ça m’a gonflé. A part les séquences au vocodeur, on entend ma vraie voix, il y a juste du delay et de la reverb. Je me suis amusé à reprendre Too Young de Hyphen Hyphen, un groupe français que j’aime beaucoup. Ils sont positifs sans être niais, énergiques sans être ridicules. J’étais un peu malade, la prise n’était pas parfaite mais je l’ai gardée. Sur l’album, je me suis focalisé sur l’émotion en gardant les enregistrements en direct, tels quels. Pas besoin de retoucher la voix si ça sonne bien, c’est plus organique.
J’ai piqué plein de trucs à Daft Punk et Justice. Sans que ça soit voulu. Plus les années passent, plus ces influences ressortent sur ma musique. Le style, c’est paradoxal en tant qu’artiste : c’est à la fois quelque chose qu’on trouve, et qu’on forge en volant des trucs à ses groupes préférés, en les retravaillant à sa sauce. Inconsciemment, on doit pouvoir retrouver du Jean-Michel Jarre, du Venom et du Vivaldi dans ma musique. Pour résumer Gestalt Providence, on peut prendre quatre ingrédients, en mélangeant bien : Justice, Daft Punk époque Human After All, l’architecte Ricardo Bofill, que j’adore, et enfin Tsutomu Nihei, l’auteur du manga BLAME!. Son influence se ressent beaucoup sur la cover de l’album, créée par mon ami Jim.

Pour la plupart de tes albums précédents, les pochettes étaient signées par un autre artiste, Luca Carey. Pourquoi changer ?

L’envie de marquer un tournant. J’ai toujours adoré travailler avec Luca, mais j’ai voulu essayer autre chose. Jim avait déjà créé l’artwork de Synchroliturgie, un album live que j’ai sorti pour fêter les 10 ans de Terminus. Il avait aussi fait la cover de « Noir », un EP que j’ai sorti l’an dernier. L’idée était de composer la bande-son sombre et atmosphérique d’une descente aux enfers, en s’enfonçant dans une architecture froide et déshumanisée. C’est à écouter au casque, au calme, dans le noir. L’expérience peut être soit paisible, soit terrifiante.

Crédit : Laura Lyson

En parlant de Ricardo Bofill, tu racontes avoir fait un aller-retour de 1000 bornes vers les Yvelines pour un shooting photo devant l’une des œuvres monumentales de l’architecte. Ça valait le coup ?

C’est un projet qu’on préparait depuis un moment avec ma photographe Laura Lyson, une amie très chère : faire un photo shoot aux « Arcades du Lac » à Montigny-le-Bretonneux. C’est un ensemble post-moderne désigné par Ricardo Bofill. Sur un plan d’eau, six immeubles sont alignés : c’est le « Viaduc ». On le retrouve d’ailleurs aussi sur la cover de mon EP Noir. C’est un endroit important pour moi, j’ai grandi dans le 7-8, à un jet de pierre de là.
Quand j’ai bouclé Gestalt Providence, fin 2025, on est parti en voiture à 6h du matin avec Laura. En arrivant sur place, on est allé directement au Viaduc. Beaucoup de youtubeurs tournent là-bas, les habitants en ont marre et je peux comprendre, ça me saoulerait aussi. Mais c’est un coin grandiose, tu te sens tout petit. De l’utopie architecturale comme on n’en fait plus : Ricardo Bofill voulait permettre à tout le monde « d’habiter dans une œuvre d’art ». On s’est retrouvés seuls, dans le froid, c’était magique. On y est retourné le lendemain, aux aurores. On a juste eu le temps de refaire une session avant que le soleil ne disparaisse, les planètes étaient alignées. Les photos en éclairage naturel sont superbes, et encapsulent bien l’esprit de l’album. Même si le temps est couvert, ça reste lumineux, rien n’est désespéré.

Perturbator me fait aujourd’hui penser à de la Batcave, mais à sa façon. J’ai l’impression d’entendre les Sisters of Mercy, les Fields of the Nephilim et Nine Inch Nails en même temps.

Avec Carpenter Brut et Perturbator, ton nom fait partie des plus cités quand on parle de synthwave. On lit parfois que le genre est mort, qu’en penses-tu ?

La synthwave est toujours là, des nouveaux sons continuent de sortir chaque semaine. Certains artistes doués font de jolies choses. D’autres font la même soupe qu’on entend depuis 2012. Personnellement, j’ai adoré faire de la synthwave, mais j’en ai vite fait le tour et j’ai voulu faire autre chose. Si tu t’amuses à écouter en back to back tous les albums de Carpenter Brut ou de Perturbator, ou ma discographie, tu entends une vraie évolution. Perturbator, que j’aime comme un frère, me fait aujourd’hui penser à de la Batcave, mais à sa façon. J’ai l’impression d’entendre les Sisters of Mercy, les Fields of the Nephilim et Nine Inch Nails en même temps, et je trouve ça très bien. L’ado en moi vibre. Les Fields of the Nephilim, meilleur groupe du monde. Avec Type O Negative aussi, évidemment.

Le 1er avril dernier, la synthwave a perdu l’un de ses pionniers : James Lollar, alias GosT, mort à 46 ans. Avec Perturbator et lui, vous étiez membres du même label, Blood Music, et vous avez déjà tourné ensemble en Europe. Comment as-tu réagi ?

C’était bouleversant. Ça m’a remué, j’ai mis du temps à réaliser. J’ai connu James, l’humain derrière le masque en forme de crâne que GosT portait sur scène. Un soir, en 2016, il jouait à la Flèche d’Or à Paris. J’ouvrais pour lui, et Perturbator était venu voir le concert dans le public. GosT n’arrêtait pas de dire qu’il adorait le fromage, donc on lui avait ramené des vrais camemberts normands, d’autres trucs qu’on devait lui faire goûter. Il a tout bouffé, je te jure. C’est la première fois de ma vie que j’ai vu un Texan manger du maroilles et dire : « It’s delicious ! » C’était quelqu’un d’adorable, avec beaucoup d’humour et une grande culture musicale. Je ne garderai que du positif de GosT. Le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants.

https://dan-terminus.bandcamp.com/

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