GURL, c’est qui, c’est quoi ? C’est un trio parisien qui vient de sortir un premier album (baptisé « Gurl ») et un groupe qui sonne plus comme s’ils vivaient dans l’Arizona en 2004 qu’à Aubervilliers en 2026. Pour comprendre, on a demandé au leader, Alexis Krasowski, de nous partager ses références ultimes.
Il y a un moment assez précis dans la vie d’un groupe où les choses commencent à partir en couilles. Généralement, c’est le moment où quelqu’un prononce les mots « carrière » et « campagne marketing », où ton attaché presse harcèle la programmatrice de Quotidien et quand, soudain, le chanteur se retrouve à expliquer dans Les Inrocks que leur deuxième morceau est « une réflexion sur la solitude du doomscrolling ». C’est généralement là qu’il faut fuir.
GURL n’en est heureusement pas encore là. Actif depuis 2021, le trio parisien débarque avec treize morceaux enregistrés sur une période de trois ans, sans passer par Nashville ou une villa californienne équipée d’un piano à queue et d’un producteur qui porte un bonnet même sous 41 degrés en juillet. Ils ont préféré bricoler ça dans le garage du batteur, avec un budget limité et un pack de Koenigsbier posé sur la table basse. C’est moins glamour, mais au moins personne n’a eu besoin de vendre sa vieille Opel Corsa pour payer la location du micro. Le nouveau-né s’appelle « Gurl », pèse 3,8 kilos et braille suffisamment fort pour emmerder les voisins. Une belle entrée en matière.
Comme vous le savez, le problème avec les premiers albums, c’est qu’on leur demande toujours de raconter quelque chose. Genre le début d’une aventure. Une génération. Une époque. La fin du rock. Sa résurrection. Son enterrement définitif avant son retour surprise en 2028 dans une salle sans accès PMR de 150 personnes à Montreuil. GURL, eux, ont l’air de s’en foutre. Leur disque ne sauvera rien, ne changera probablement pas la face du rock et ne mérite surtout pas qu’on lui colle une thèse de sociologie au cul. C’est juste un disque de garage avec des mélodies qui sentent fort la fin de l’été, des refrains qui restent dans le crâne et quelques morceaux qui se prennent franchement les pieds dans le tapis (Glowing Rocks, If I Had to Write You a Song). Mais au milieu de tout ça, quatre chansons — Winter, Wrong Place, Treasure, Tomorrow I Will — donnent une excellente raison de remettre une pièce dans le juke-box. Et de croire que la musique peut encore être ce truc récréatif, léger, fun et sans prise de tête.
Pour écouter le disque, et pour connaître les albums préférés d’Alexis Krasowski, c’est la première à gauche en évitant le nouveau single de Vianney.
JESSICA PRATT — HERE IN THE PITCH
Alexis : Cette personne et son œuvre m’obsèdent. Elle a cette facilité à me transporter dans des voyages à travers des lieux que je n’ai jamais connus. C’est une magicienne, Jessica Pratt, et aussi mon artiste préférée actuelle, je pense. Elle m’a inspiré à chanter différemment sur l’album, notamment sur certains refrains, avec une voix de tête. C’était ma tentative d’imiter en partie sa voix et d’amener une autre perspective aux morceaux de l’album.
DINOSAUR JR — DINOSAUR
C’est le premier album de Dinosaur Jr. Je suis amoureux de ce groupe et du sens de la composition de J Mascis. La force de ces refrains, la richesse de certains accords de guitare, l’honnêteté de sa voix et l’énergie magmatique du son de ce groupe, c’est tout ce que j’aime. J’adore aussi leur dimension acoustique et à quel point on sent que J Mascis est un fan de mélodie. C’est une vraie addiction.

THE GROWLERS — CHINESE FOUNTAIN
Un forever go-to pour moi, une succession de tubes avec des refrains chaque fois plus accrocheurs et mélancoliques. Je trouve aussi le parfait entre-deux entre leur recherche de rythmiques surf et leurs lignes mélodiques mémorables. J’adore aussi l’écriture de Brook N. et sa facilité à me faire du bien et du mal en même temps. Ça a beaucoup inspiré le projet, notamment à la guitare, sur certaines recherches de rythmiques, mais aussi sur le travail de l’impact des mots.

AUTOBAHNS — FIRST LP!
Mon groupe de egg préféré, et aussi mon EP préféré de l’année dernière. Juste une compilation de morceaux avec une énergie explosive qui me donne envie d’enregistrer sur cassette. Ça m’a beaucoup donné envie de rajouter plus de synthés sur le projet, notamment des trucs plus egg, mais aussi d’avoir, par moments, des basses plus explosives.

LEONARD COHEN — SONG OF LEONARD COHEN
Un album intimiste qui contient des musiques précieuses. Elles me donnent toujours l’impression que je ne devrais pas avoir le droit de les écouter. J’adore Leonard Cohen et sa poésie, les images qu’il fait apparaître sont pleines de vérités fragiles. Il n’y a rien qui me touche plus qu’une voix et une guitare. C’est aussi grâce à lui que j’ai voulu m’essayer à quelques cordes et chœurs en fond de certaines musiques de l’album. L’arrangement de Leonard Cohen est toujours magique.

SKEGSS — EVERYONE IS GOOD AT SOMETHING
Mon groupe préféré de tous les temps. Ils ont changé ma vie et ils seront à jamais une éternelle inspiration pour le groupe.J’ai eu la chance de rencontrer Benny, le chanteur, et de lui faire écouter les démos de cet album. Il a été de bon conseil et a même proposé ses idées sur certains morceaux. En tout cas, leur énergie influence depuis le début le projet et sa direction. Vouloir écrire comme eux des chansons aussi impactantes et qui ont toujours su me faire rêver a toujours été le but premier pour moi.

KING KRULE — SPACE HEAVY
Le roi de notre génération. King Krule est tellement inspirant et son univers est riche, mais super cohérent. C’est un album qui s’écoute d’une traite, du début à la fin, et qui t’invite à un voyage à travers les étoiles et les rues de Londres. À lui, j’ai essayé d’emprunter certaines notions de spatialisation du son que j’ai essayé de reproduire, notamment dans les reverbs et effets de voix. Il mélange aussi bien des influences rock que dub, ce qui a résonné en moi et me pousse à me demander comment, à mon tour, faire un clin d’œil à cette musique que j’aime tant.

THE VICEROYS — WE MUST UNITE
Mon groupe préféré de reggae. J’écoute énormément de roots et les Viceroys arrivent toujours à m’étonner par la force de leurs mélodies, la puissance de leurs paroles et leur énergie révolutionnaire. Ils te donnent beaucoup de force pour te soulever et aller influencer ton monde. J’ai toujours trouvé un lien évident entre le garage rock et le reggae, autant dans le traitement lo-fi des enregistrements que dans la simplicité et l’impact des compositions. Quand j’écoute du reggae, j’ai envie d’écouter du rock et inversement.

L’album de GURL est dispo sur Howlin’ Banana et Le Cèpe Records.
https://howlinbananarecords.bandcamp.com / https://leceperecords.bandcamp.com
