Connect
To Top

AIR
Du bon usage de l’Air sur la Lune

C’est l’histoire d’un vieux bonhomme de 110 ans que personne ne venait plus voir parce qu’on connaissait son histoire par cœur et qu’il ne pouvait plus rien raconter sans radoter. Un vieux bonhomme qui a repris des couleurs en 2011 et qui est désormais fringuant comme un jeune homme. Mais cette histoire ne raconte pas le retour de Mecano (les auteurs de « Hijo De La Luna ») à qui on ne proposa pas d’écrire la bande-son du « Voyage Dans La Lune », un clin d’œil tellement énorme à « Moon Safari » qu’il a fini par aveugler tout sens critique chez le journaliste. Mais il n’y a pas d’Air sur la lune et que vous le vouliez ou non, ce genre d’association reste contre-nature.

C'est l'histoire d'un vieux bonhomme de 110 ans que personne ne venait plus voir parce qu'on connaissait son histoire par cœur et qu'il ne pouvait plus rien raconter sans radoter. Un vieux bonhomme qui a repris des couleurs en 2011 et qui est désormais fringuant comme un jeune homme. Mais cette histoire ne raconte pas le retour de Mecano (les auteurs de "Hijo De La Luna") à qui on ne proposa pas d'écrire la bande-son du "Voyage Dans La Lune", un clin d'œil tellement énorme à "Moon Safari" qu'il a fini par aveugler tout sens critique chez le journaliste. Mais il n'y a pas d'Air sur la lune et que vous le vouliez ou non, ce genre d'association reste contre-nature.

Si tu es parvenu jusqu’ici c’est que la dinde que tu es s’est farcie tout mon chapeau qui est du genre haut de forme. Il est à l’image de cet article qui, bien que copieux, demeure parfaitement digeste. Alors un conseil avant d’entamer sa lecture, munis-toi de quelques After Eight, fais couler de l’eau chaude dans une bassine, trempes-y tes pieds. Quoi qu’il en soit, tu as fait le bon choix, il fera de toi une meilleure personne.

À ton époque où la carte UGC illimitée te permet de consommer des films comme tu te fais des shampoings il est important que cet article débute sur une minute Wikipédia. Je dis « minute wikipedia » mais elle doit en valoir une quinzaine (douze chez les moins de 26 ans mais plutôt trente chez les seniors, que l’on salue d’ailleurs au passage car ils sont nombreux à lire Gonzai). Vous pouvez à loisirs sauter le paragraphe qui suit. Si vous souhaitez rester ignare toute votre vie c’est un parti-pris que nous ne respectons pas mais bon, on ne va pas envoyer les flics pour ça non plus, hein? Vous pouvez aussi ne jamais ouvrir un livre, comme disait l’autre « je serais pas été plus intelligent si j’aurais lu tous les bouquins du monde« . Et tiens, regarde Jacquelin, y’a L’Amour Est Dans le Pré, va te moquer des culs-terreux, ça te donnera l’air malin.

Gonzai est un magazine sérieux, merde! Minute(s) Wikipédia, donc.

Lorsque Georges Meliès réalise « Le Voyage Dans La Lune » en 1901, rien n’existe. C’est une période post-révolution industrielle, le charbon prend plus souvent le train que ton voisin de pallier et posséder un téléphone c’est déjà avoir un pied dans le futur. Bref, pour vous imager plus clairement le propos : 1901, ça ressemble à la Province. Avec les toiles d’araignées et tout ça. Le cinéma qui à l’époque n’existe que depuis cinq ans n’est utilisé qu’en tant que documentaire pour capter des instantanés du quotidien. On y voit, par exemple, Madame tenter de monter sur un vélo (« ho c’est causasse! N’est-ce pas Louis Charles Josef? » dit Henri Paul à son voisin de droite en l’accompagnant d’un coup de coude car ce dernier somnole) ou une balade de dix minutes en calèche dans Paris. C’est dans ce contexte balbutiant que Georges Melies se décide à intégrer la grande famille du cinéma. Prestidigitateur de profession, Georges va très vite porter ses escamotes à l’écran et devenir par-là même, l’inventeur du trucage au cinéma. Il est le premier à ne pas aborder le quotidien au cinéma et les Frères Lumière le qualifieront même de « père du spectacle » d’un Art qui n’est pas encore comptabilisé comme le septième.

Tu l’as surement saisi, Jojo c’est le James Cameron de l’époque : du grand spectacle populaire.

Afin d’atteindre la postérité, exister forever, il ne manque à Melies que la réalisation de son « Avatar « de 1902 (sans monocle troidé) avec « Le Voyage Dans La Lune ». Pour toi qui te repaits de porno en HD et qui peut accéder en trois tags et deux clics à la moindre série d’auteur de Bidonslavie, ça te semblera surement inconcevable (mais il va falloir t’y faire) : « Le Voyage Dans La Lune » fait un tabac au Box-Office, conquiert les Amériques, permet à la France de rayonner dans le monde comme un pays de cinéma et ce, sans Jean Dujardin ni Marion Cotillard. On ne s’emmerdera pas dans ces quelques lignes à vous raconter le synopsis du film, puisqu’il tient dans son titre, on préfèrera se pencher sur la fin de Melies. Alors à son climax après la parution du Voyage, Georges ne sombre pas dans la dope et ne claque pas tous ses anciens francs dans les grosses calèches et les dames de mauvaise vie. Non. Tout en vous remémorant qu’à l’époque Internet n’est qu’une coquille dans le mot « internat », Meliès a pourtant été victime du piratage en son temps. Le film connait un tel succès que les bobines sont détournées et grossièrement plagiées par des studios américains à gros budget qui déclineront le concept jusqu’à épuisement du public et exporteront en France. En 1910, le public en a ras-le-béret des fantaisies spatiales, il veut du film réaliste, Meliès ne suivra pas la tendance, sera ruiné, et courroucé au plus haut point il foutra le feu à ses bobines. Nous n’étions plus censés entendre un jour parler du « Voyage Dans La Lune » dont la plupart des bobines connues sont incomplètes et bien moins lisibles que le pire de nos streamings.

On va vous la faire courte car vous avez déjà été très attentifs les enfants. Grâce à certaines bobines piratées contenant l’intégralité du film et à l’obstination de quelques hommes – de simples citoyens accomplissant leur devoir – le film sera reconstitué, colorisé et remis sur pattes pour le présenter à une pelotée de peigne-culs s’ennuyant devant ARTE, que l’on nomme communément des « curieux ». Coût de l’opération : de quoi résoudre la faim dans le monde et l’illettrisme. Ho je déconne! A vrai dire je n’en sais fichtre rien mais le résultat est extrêmement émouvant, le cinéma a payé son tribu à un homme à qui nous – les amateurs de cinéma – devons beaucoup et sans qui des films comme « Transformers » n’existeraient pas. Je suis profondément désolé de faire preuve d’un tel mauvais esprit mais j’ai une sciatique terrible – parait-il à cause de stations assises trop prolongées car j’écris énormément et il est hors de question que j’écrive debout. Si tu as une soluce, lâche ton comment –  et ça me rend partiellement désagréable.

A partir d’ici, il serait peut-être bon de s’offrir un entracte. Vous pouvez, à loisirs, aller chercher une friandise et/ou une boisson chaude au distributeur, nous reprenons dans cinq minutes.

Comme dans tous jolis contes, il faut une rencontre malheureuse pour sceller un peu de saveur à la narration. Par exemple, le petit chaperon rouge et le loup, Blanche Neige et la vieille à la pomme ou encore, dans le cas présent, « Le Voyage Dans La Lune » et Air. Choisis pour accompagner la version remasterisée, dès les trois premiers coups de tambour incongrus, vous êtes saisis par cette idée que Air est moins apte à illustrer un « simple » Voyage qu’un Safari sur la lune (ça y est, je m’y mets aussi). Comment vous dire? Quasiment chaque fragment de cette B.O n’arrive pas comme un cheveu sur la soupe mais comme un lot de perruques. A vrai dire, s’il n’y avait pas eu la très gracieuse soundtrack de Virgin Suicide dans leur discographie, il serait légitime de considérer Air comme inapte à mettre en musique des images. C’est pas grave mais si Air ne s’améliore pas au prochain trimestre, nous serons dans l’obligation de les faire redoubler. Il aurait peut-être été judicieux de la part d’Air de mieux apprécier la bande-son originale d’Offenbach et de peut-être proposer une relecture de celle-ci. Ou du moins de s’en imprégner, parce qu’on ne met pas en musique un film de 1901 de la même manière qu’un Coppola (fille), ça va de soi. Il y a un anachronisme dans le résultat qui irait avec la frénésie d’un « Metropolis » et sa vision du futur mais définitivement pas sur du Meliès.

Quel est le rôle d’une B.O? C’est un soutien relativement discret mais présent aux accents dramatiques d’une narration. Si les meilleures d’entre-elles sont même des troisièmes jambes, une B.O c’est une béquille en somme. Ici Air a dépassé son rôle de béquille, le groupe marche à la place (ou à contresens) de la narration, voire pire, il lui brise la jambe. Air ne soutient pas, n’accentue pas, et il est clair qu’ils n’auraient jamais pris le risque de laisser une pauvre nappe de synthé épurée jusqu’à l’os dans le but d’entretenir une tension. Et ce, notamment parce que à terme cette B.O devait être leur huitième album et donc conserver les codes de leur pop. Dans l’Histoire, les plus grandes B.O existèrent presque indépendamment du film dont elles étaient un des acteurs : Leone chez Morricone, « Requiem For A Dream » et ce titre qui sert aujourd’hui à illustrer les problèmes de couples sur TF1 (Kevin consacre plus de temps à sa belle automobile plutôt qu’à Simone qui se sent délaissée. Elle nous a contacté pour filmer le sordide de son existence. Grâce à l’intervention de notre psychologue, Kev a pris conscience qu’il devrait nettoyer ses slips lui-même et cuisiner si Simone convolait avec le prof de raggaton) ou plus récemment Melancholia et Wagner. Avez-vous déjà fait l’amour sur du Wagner? Wagner, c’est des coïts qu’on n’oublie pas.

Très bien, la B.O du « Voyage Dans La Lune » est un piètre acteur parce qu’il a été pensé en tant qu’album. Mais alors que vaut-il, en tant qu’album? En gros, Air s’est offert un teaser de luxe en plaçant tous ses thèmes sur les quinze minutes de film puis en les développant sur l’album. Un Voyage Sur La Lune qui ne vous donne pas envie de finir à pied dès la première aire d’autoroute mais que l’on aurait souhaité plus pittoresque. Les deux Versaillais nous la promettent, mais ne la décrochent à aucun moment. C’est un objet de fantasme, un synonyme de l’impossible qui aurait mérité d’aller plus loin dans la tentative d’avant-garde. Du film, Air ne conserve que la naïveté et l’ambiance « industrialo-spatial » en éludant sa fantaisie et sa douce ineptie.

« Le Voyage Sur La Lune » était sur le bon chemin mais Air s’est égaré en route. Finalement, si quelqu’un a le numéro de Mecano, on devrait tenter un truc avec eux.

Air // B.O. Le Voyage dans la Lune // EMI
http://fr.aircheology.com/ 

1 Comment

  1. Pingback: AIR, INTERVIEW ::: Safari dans la lune | Gonzai

Laisser un commentaire

A lire aussi