C’est le premier grand disque français de 2018. On ne l’attendait pas forcément dans ce registre, mais les membres de Vox Low, désormais ultra courtisés après avoir connu la désillusion dans une autre vie, ont pris le temps de faire les choses dans l’ordre pour finalement livrer un album impeccable, quel que soit le bout par lequel on le prenne. Pourquoi la cold-wave est-elle revenue en force ? Comment passe-t-on de l’underground électro le plus select à une signature en bonne et due forme chez Born Bad ? Les quadras ont-ils encore du rock un truc à espérer ? Tâchons d’y voir plus clair en compagnie des principaux intéressés.

La trajectoire dont il est ici question est en soi un modèle du genre, car au-delà de sa faculté à pointer la capacité de résilience face à une industrie qui peut vous faire et vous défaire, elle montre à quel point il est important de rester soi-même lorsque l’on s’attèle à faire de la musique, passionnément et non pas raisonnablement, presque égoïstement, sans attendre d’autrui qu’il valide ou non votre décision esthétique. Tout le monde le sait aujourd’hui : Vox Low revient de loin. Hier, avant même qu’il ne prenne forme, le groupe n’était déjà plus rien. Et puis soudain, les pièces du puzzle ont commencé à s’assembler, l’une après l’autre, jusqu’à dessiner une image dont on connaissait certes déjà les contours, mais qui les redéfinit à sa manière au fur et à mesure qu’elle se formait. Une image unique, solide, évidente. Et tout cela, oui, n’a tenu à rien… enfin presque rien : il aura fallu que le hasard s’en mêle, et après lui que les étoiles s’alignent. Parce que c’était justifié. Parce que cette fois-ci, cette musique se suffisait à elle seule. L’album que nous évoquons ici est à la fois un aboutissement et un commencement, et on ne pourra donc se permettre de faire l’impasse sur le pourquoi du comment, sur un parcours qui a beaucoup trop de gueule pour que l’on élude les questions qui fâchent, et aussi celles qui rassurent.

Pas le LCD Soundsystem français

Mais avant toute chose, et indépendamment de tous les paramètres qui ont mené à sa gestation, commençons directement par le disque. Prenons-le tel quel, et jaugeons-le simplement à l’écoute, sans penser à Born Bad, sans évoquer le prestigieux parrainage dont il fait l’objet au sein d’une certaine scène électronique underground, sans même jeter un œil à la fantastique pochette (un vrai véhicule à fantasmes) derrière laquelle il se planque. Ici, et tel qu’on a pu le lire pour effet d’annonce, nulle trace de disco déviante à la new-yorkaise ou d’électroclash à la berlinoise. La vérité est plus prosaïque : ce premier long format est un petit précis de cold-wave tel que fomenté par des quadras qui ont connu les grandes heures de cette époque alors qu’ils étaient tout gamins. Ni plus, ni moins : une vision toute personnelle de la musique gothique telle qu’on la pratiquait au début des 80’s, avec une pointe de psychédélisme noir (école Syd Barrett) en sus et, bien sûr, une production ultra contemporaine qui légitime qu’on s’intéresse aujourd’hui à la chose sans avoir à passer pour de vieux corbeaux sur le retour – corbeaux qui, de surcroit, se seraient mis à danser comme des damnés en tirant moins la tronche.

Tout ici sonne juste : les guitares (au scalpel), la batterie (indispensable dans ce type d’entreprise) et bien sûr la basse, colossale, naturelle colonne vertébrale de ce qui a fait hier la magnificence de cette musique de plomb. C’est un album court finalement, concentré sur l’essentiel et remarquablement équilibré, avec une intro qui donne le ton, plein de temps forts, une ou deux pistes à situer entre post-punk et E.B.M (histoire de montrer que Vox Low peut aussi lâcher les chevaux), et un final qui, sur le dernier tiers de l’affaire, touche au sublime : mécanique martiale, riffs héroïques et incantations tribales… Vox Low n’est jamais aussi fort que lorsqu’il joue sur le bon tempo, celui qui a fait sa notoriété, celui qui vous autorise à vous déhancher au ralenti en fantasmant sur les fantômes d’un temps bien révolu – mais sans jamais les mentionner. Vox Low est d’une sobriété exemplaire, extrait l’essence même d’un genre qui n’a pourtant pas lésiné jadis sur le grand-guignolesque, mais a la décence de la jouer profil bas. Et il fallait au moins ça pour que son album se pose là.

Alors… comment en est-on arrivé à ce disque ? Les deux têtes pensantes de Vox Low, Jean-Christophe Couderc (voix/synthés) et Benoit Raymond (basse/synthés), n’en finissent plus de répondre ces jours-ci à la sempiternelle question que leur posent les journalistes. Très sollicités dans leur agenda, entre cette actualité brûlante et la vie de famille qui est leur lot quotidien, nous avons quand même réussi à les joindre par téléphone, et ils ont accepté de répéter une fois encore une histoire qui remonte aux calendes grecques, ou pas loin, quand bien même ils préfèreraient n’avoir à parler que du présent – ce que l’on comprend tout à fait. Think Twice, donc – mais on va vous la faire courte.

De bas en haut

Au début des années 2000, les deux hommes se rencontrent à Paris, accrochent musicalement et décident de faire un truc ensemble. J-C a vécu la période faste des raves et s’intéresse alors, puisque son boulot de disquaire lui autorise, à toute la scène post-punk/no-wave new-yorkaise de la fin 70’s (en pleine réhabilitation). Benoit est quant à lui plus « classique » dans son approche du rock, mais leur association fonctionne et débouche sur Think Twice qui, sur la foi d’une démo tombée un peu par hasard entre les mains de Laurent Garnier, aboutit à une signature en 2004 sur F-Com… Trop cool ? A posteriori, pas tant que ça : Think Twice n’est pas encore vraiment au point, le mythique label parisien est sur le déclin et présente en outre ses poulains comme une alternative française à LCD Soundsystem… aïe. Très logiquement, lorsque le groupe se présente sur la scène de la Cigale pour les dix ans de F-Comm, la presse spécialisée lui tombe dessus. Pas tant un problème de rendu (très DIY) : plutôt un problème de communication… J-C : « F-Com a un peu pris le truc à l’arrache et s’est retrouvé avec un projet lo-fi, alors que nous n’avions aucune ambition à la DFA… Le live n’a pas marché, on a un peu tourné mais c’est surtout notre dj-set qui nous faisait voyager. » Le trio (puisqu’il compte également un chanteur) ne lâche pas l’affaire et, en 2008, sort un deuxième album sur le label Dialect, plutôt orienté house. Mais là aussi, rien ne se passe comme prévu : « On a fait un beau mixage, l’album était différent et on en était fiers, on avait un live à cinq musiciens qui fonctionnait bien mais… le clip du premier extrait est arrivé un an après la promo, et on n’avait pas de tourneur. » Forcément, ça devient un tantinet usant : fin de la parenthèse pas si enchantée, les premiers gosses prennent le relais, et puis le boulot, le train-train, la vie de tout un chacun.

Réfléchis y à deux fois

Seulement voilà : comme dans les plus belles histoires, c’est au moment où tout espoir semble définitivement perdu que… Quelques années passent, Think Twice n’est alors plus qu’un projet en sommeil à moitié profond (un dernier maxi sort en catimini en 2013) et notre tandem se limite désormais à poster sur Soundcloud le fruit de ses jam-sessions (et autres fonds de tiroirs). Avec cette fois-ci, nuance de taille, ce mot d’ordre : ne pas démarcher qui que ce soit, mais plutôt laisser les choses se faire, sans livrer aucun message derrière la musique, « afin que chacun puisse projeter derrière ce qu’il a envie de projeter. » Et puis miracle : un certain Laurent Pastor tombe bientôt sur I wanna see the light, court morceau assez sombre qui montre JC chantonner vaguement… Laurent Pastor n’est pas n’importe qui : il est alors l’un des seuls en France à diriger un label indépendant (Astrolab) qui soit en connexion directe avec une petite scène électronique en pleine émergence, une scène qui commence un peu partout dans le monde à ralentir sérieusement le tempo, à verser dans des sonorités glacées et se revendiquer ouvertement de la période post-punk (et des divers sous-courants qui lui sont associés). Pour situer, Laurent Pastor compte dans son carnet d’adresses toute la bande à Andrew Weatherhall, parrain avéré de cette scène, ou encore son plus célèbre disciple, Ivan Smagghe… à qui il demande de revisiter ledit morceau. C’est l’acte fondateur de Vox Low : « L’idée de base était de faire quelque chose d’un peu dark et hypnotique : on s’amusait, il n’y avait plus l’aspect dancefloor… et Ivan a fait de ce morceau un truc super, beaucoup plus mental. On a donc choisi un autre nom car ça sonnait vraiment différemment. » Vox Low admet aujourd’hui sans peine qu’il est alors arrivé au bon moment, puisque des gens comme Colder ou Weatherhall justement (avec son projet Two Lone Swordsmen) avaient donné le top départ de cette mouvance, tout en étant trop en avance sur leur époque. A partir de là, tout va s’enchaîner pour les deux Parisiens : leur remix d’un titre de Date With Elvis (duo garage marseillais) devient à la surprise générale l’une des bottes secrètes de Dixon (plus grand DJ de la house underground sur ces dix dernières années), et leur premier hymne Something is wrong, futur cheval de bataille en live, atterrit sur le label de Jennifer Cardini – Correspondant – après avoir été joué pendant plusieurs mois par la révélation israélienne Red Axes… Pour dire les choses simplement : sans l’avoir cherché une seule seconde, Vox Low se retrouve très vite au centre d’une nébuleuse électronique au tempérament bien trempé, illico adoptés par une « famille » dont ils deviennent dès lors les prometteurs petits derniers.

Le virage du tournant

Nous sommes alors en 2015 et c’est un tournant : Vox Low se lance en live. Pas n’importe lequel : un live avec des musiciens, alors que tous leurs homologues se cantonnent encore souvent sur scène aux machines (quand ils ne se contentent pas d’officier aux platines, et c’est aussi un métier). Benoit et JC recrutent deux bonnes connaissances à eux, Mathieu Autin (batterie/ex-Think Twice) et Guillaume Léglise (guitare), réussissent leur première date au Moulin Rouge (Psych Fest) et embrayent presque directement sur le Convenanza Festival dont le curateur n’est autre que… Andrew Weatherhall. Celui-ci les présente comme son « favorite combo of the moment » devant une foule de festivaliers entièrement acquis à sa cause – et il faut bien comprendre qu’à ce moment précis de l’histoire, Weatherhall, qui a produit le séminal « Screamadelica » de Primal Scream, qui a un jour réconcilié ravers et indie kids, et qui possède en outre l’une des plus incroyables collections de vinyles post-punk et dub de tout le Royaume-Uni, est LE grand manitou qui catapulte Vox Low dans une autre dimension… De cette fameuse prestation à Carcassonne va en effet découler 80% des dates qui vont suivre pour le néo-quatuor. Celui-ci en est aujourd’hui à une bonne trentaine, et nous annonce qu’il est déjà booké, entre autres, sur les prochaines Nuits Sonores de Lyon. « Sans le succès du live, on n’en serait pas là… C’était un challenge dès le départ, on l’a vraiment bossé pendant plusieurs mois, et il est clair que les trois premières dates, géniales, nous ont poussé pour la suite. » C’est donc ici que réside la valeur ajoutée de Vox Low : un live taillé pour s’imposer dans les festivals d’obédience rock ou électro, élégant, charnel, appuyé par une puissante section rythmique renvoyant naturellement n’importe quel dj-set dans les cordes. Eu égard à leur statut originel d’outsiders électro « de niche », c’est un choix des plus malins, et surtout des plus efficaces, comme on a pu le constater l’an dernier lors de leur prestation au festival Yeah (sis dans le Lubéron). Dans le public, peu les connaissaient au départ. Mais tout le monde s’en est souvenu à l’arrivée… Ce fut aussi l’occasion pour eux de boucler une certaine boucle : Laurent Garnier programmait, et les a accueilli en leur tombant dans les bras. Des hasards de la vie, on ne décide pas.

C’est ainsi que, la même année, Vox Low se voit contacté par un autre personnage de taille, tout à l’opposé de ce spectre : Jean-Baptiste Guillot. Le taulier du label Born Bad a lui aussi décelé dans le groupe, et notamment dans Something is wrong (qui sera l’un trois titres réenregistrés pour l’album), quelque chose qui ne le laisse pas indifférent. La première rencontre est assez virile, franche du collier : logique en fin de compte, c’est celle de deux mondes qui s’imaginent antinomiques… mais Guillot se montre intéressé pour un éventuel album, et propose à tout le monde de se revoir un an plus tard. JC : « Au début il souhaitait juste nous rencontrer, nous dire de continuer, faire ce qu’on avait à faire… De notre côté, on ne voulait pas d’album. Pour ça, il fallait vraiment qu’on vienne nous chercher. »

Jusque-là, les choses étaient effectivement claires pour Vox Low : ne sortir que des maxis ou des remixes, parce que pour le reste, ces messieurs avaient déjà donné. Beaucoup trop, pour beaucoup trop peu. Seulement Born Bad… ouais, Born Bad, c’est une autre histoire. Comment dire : ça justifie. Alors finalement, les quatre hommes décident de s’y mettre, chacun s’incorporant au processus de création. L’album doit être pensé en tant que tel : avec des morceaux davantage basés sur une structure couplets/refrain, et surtout plus courts qu’au format maxi, afin que l’ensemble ne dépasse pas la quarantaine de minutes généralement requise pour servir au mieux le pressage vinyle. Au final, seul le formidable It’s rejuvenation, en clôture et à la demande expresse du groupe, pourra renouer avec les longs mantras qui ont fait sa réputation… Alors ? Vox Low qui rejoint Born Bad ? Juste une exceptionnelle rencontre puisque chacun en sort grandi : le groupe y gagne une nouvelle crédibilité (il ne fera pas tâche aux côtés de Frustration ou des nombreuses rééditions synth-wave du catalogue) et le label continue d’élargir son territoire d’exploration tout en ne dérogeant pas à son intransigeante (et si cohérente) ligne artistique. « Jean-Baptiste nous apporte une assise sur la scène rock. Et puis on reste dans l’underground avec une vision de l’industrie musicale qui nous ressemble… et un modèle économique viable. » Tout cela est assez inespéré, remarquable, n’arrive que bien trop rarement : il fallait en convenir.

Et maintenant ? Après tout cela, après avoir déjoué les pronostics et retourné la situation, après les crachats, après les tréfonds, après la hype et la consécration, que faut-il attendre de la suite ? La vie de château peut-être, comme pourrait le suggérer le visuel de la pochette ? Perdu : il ne s’agit pas d’un château, ni d’une forteresse, ni même d’une cathédrale… gothique. Sur cette peinture en grand format (signée Jean-Pierre Potier) travaillée à partir d’une série de photos, sur cette peinture ardente et altière, chacun peut projeter ce qu’il a envie de projeter. Mais en réalité, il ne s’agit somme toute que d’un silo à grains… Un simple silo à grains. Il suffit juste de le regarder sous le bon angle. Désolé de vous le dire, mais les mecs de Vox Low ne sont ni des branchés, ni des dépressifs, ni des esprits retors ayant bien planifié leur coup. Comme beaucoup, ils sont juste un peu désabusés : c’est leur couleur. Ils vont donc s’amuser encore un temps, mais pour tout dire, ils n’attendent plus grand-chose. « It costs so much. »

Vox Low // Vox Low // Born Bad
http://shop.bornbadrecords.net/album/s-t-7

En concert le 22 février à l’Antipode (Rennes), le 17 mars à La Station / Gare des Mines (Paris)

8 commentaires

  1. C’est le premier grand disque français de 2018. ah ah la belle affaire mdr ,cela me rappel les superlatifs des inrock sur la femme l’avenir du rock français ,autant je suis enclin ses derniers temps a de la clémence envers JP et born bad ,mais la pour le coup non vraiment la ce groupe c’est de la merde en barre 24 carats ,je comprends ^pas pkoi il a signé cette dope suprême

  2. Tiens y’a perverse errance qui s’est encore levé ce matin en marchant dans sa propre merde de troll du fin fond de sa cambrousse de petzouille ? Fais nous plaisir un petit peu: Soigne ta syntaxe, ton orthographe, et relis toi avant de poster. On te pardonnera tes mauvais goûts en terme de musique. Effectivement, Vox Low, c’est de la DOPE Suprême.

  3. punaise le baron de romainville insiste avec cette bouse de vache de JC satan,vu en live il y a deux ans ce groupe est épouvantable,en live ce soir la sa sonné plus comme du mauvais grunge que du garage rock,,et puis le mec de jc satan dans le docu sur les 10 ans de born bad avec sa bouteille de jack daniels en backstage ,punaise au secours que des clichets de rock n roll enfilé comme des perles dans l’anus d’une petasse de chaturbate ,JC satan C’EST POUR LE COUP VRAIMENT DE LA MERDE EN BARRE 78 CARATS https://soundcloud.com/bornbadrecords/jc-satan-i-wont-come-back

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