Son unique tube passé à la postérité reste une assez bonne synthèse de ce personnage que l’on pouvait voir à la télé au milieu des seventies, mais hormis quelques fans hardcore prêts à pleurer sa mort, il n’y a plus vraiment foule pour écouter la musique de Pierre Vassiliu. C’était sans compter sur Guido Cesarsky et Born Bad, qui publieront début février une compilation de titres sortis entre 1965 et 1981, avec pour objectif de remettre le moustachu sur la place du village de la bonne variété française. Alors tu connais Vassiliu ?

Si tu ne connais pas, on va un peu t’aider. Prend un petit morceau de Carlos (le rejeton de Françoise Dolto, pas le terroriste) pour la gaudriole, un peu de Nino Ferrer dans sa période comico musicale bien fagotée, un peu de Pierre Barouh pour le côté baroudeur du monde, une cuiller de Maxime Le Forestier jouant de la musique brésilienne, un gentil baba cool libertin des années Pompidou. ajoute une pincée d’expérimentation genre De Roubaix, et tu auras une fausse idée du personnage.

Vassiliu, insaisissable, est avant tout un fils de la musique de cabaret, une race déjà en voie d’extinction, quand il débarque sans réelle conviction dans le petit monde de la chanson française (qui va bientôt exploser sous la déferlante Yéyé). Ayant bien intégré son Boby Lapointe, lui fait, au départ dans la chanson comique, grivoise et anti militariste. Et se fait gentiment censurer sur les ondes. La France du tout début des années 60 veut bien chanter des cochonneries, bourrée à la fête du 14 juillet, mais faudrait pas pousser et choquer la bourgeoise et le cureton. Pas grave, c’est le plein emploi et Vassiliu a été apprenti jockey, il pourra toujours donner des leçons d’équitation si ça foire. C’est le temps de la Femme du sergent et Armand qui le mettent un temps sur le devant de la scène.

De Brassens aux Beatles

Fan de Brassens et de sa douce anarchie, Vassiliu s’est pointé un beau jour devant la loge du patriarche avec son premier album sous le bras pour demander un autographe. Faire signer son propre album à un autre artiste a fait sourire le vieux; il a déjà entendu parlé de l’olibrius et l’engage illico pour faire ses premières parties. Vassiliu est bel et bien lancé. Et va ouvrir pour Sylvie Vartan, Claude François et même les Beatles. En 1965, il faut déjà chercher les quelques bons titres comme Le manège désenchanté ou dans un autre registre La foire aux boudins, une chanson toute en soul avec un texte digne du grand Jean Yanne. Vassiliu est comme ça : c’est souvent plus proche du café concert populaire que des bonnes vibrations anglaises, de l’époque, il est freak beat en dilettante, un peu beatnick aussi sur les bords mais faut avouer que souvent ça sent un peu le gros rouge qui tache.Il a fait ses classes au petit conservatoire de Mireille et a débridé sa guitare au cabaret L’écluse et lorsqu’on creuse un peu, on trouve toujours de petites mélodies bien foutues. Pour le reste c’est un amuseur public.

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Times they are a changin’ balance Dylan et là dessus, débarque monsieur Microsillon, Eddie Barclay, qui devient pote avec Pierre, lui fait son numéro de charme et le débauche de chez Decca où, il faut bien le dire, Vassiliu n’était pas vraiment une priorité. Pour Barclay non plus ce n’est pas le canasson de la décennie mais ils font la bringue ensemble et Pierre montre de très bonnes aptitudes dans le domaine. Barclay le prendra plus au sérieux et l’encouragera à faire un peu plus dans le sensible. Vassiliu équilibre un peu plus sa musique qui va devenir, ça et là, plus personnelle, avec la sortie de son album “Amour, amitié”. Vassiliu y chante la route des hippies sur Une fille et trois garçons ou sa rencontre avec sa femme sur le touchant On imagine le soleil.

Le jackpot

En 73, Pierrot décroche enfin la timballe avec Qui c’est celui là ?, une adaptation frappadingue du Partido Alto de Chico Buarque qui “finit numéro un” comme disait Guy Lux avec sa tronche de vieux sadique looké en Sinatra d’Intervilles. Vassiliu enchaine avec J’ai trouvé un journal dans le hall de l’aéroport, qui connait un succès moindre, mais engrange une petite fortune grâce à son tube qui lui permet de vivre dans les excès d’alcool, de coke et de fêtes où il enchainera les (mes)aventures pendant plus de 10 Ans. En 1974 il sort un album qui s’intitule “Je suis un pingouin”. C’est dire le sérieux du bonhomme.

C’est le moment où Vassiliu assume son personnage un peu salace avec sa tronche de gentil hédoniste. Vassiliu se met souvent en chanson à la première personne grâce à de petites saynètes d’où il ne sort que rarement grandi. Quand il raconte l’errance alcoolisée d’un paumé qui va chercher une pute au bois de Boulogne dans Film, il fait mouche avec un talk over cradingue qui lui vaudrait aujourd’hui un lynchage immédiat sur la place publique. C’est du Houellebecq avant l’heure, un formidable moment de misère sexuelle sur disque. Et si dans la foulée on écoute la magnifique Une vadrouille à Montpellier, scène de slow sensuelle et érotique avec une gamine de seize ans dans une boite de nuit circa 1974, on s’approche dangereusement de l’esprit des Valseuses de Blier quand Dewaere, Miou Miou et Depardieu dépucèlent Isabelle Huppert dans un champ près de la route.

On pense aussi à Marielle dans Un moment d’égarement où il se tape Agnès Soral, la fille d’un Victor Lanoux avec son marcel et ses poils de torse qui débordent. “Allo SOS vieux pervers, bonjour, que puis je faire pour vous ?” Ce titre c’est l’esprit macho du gars moyen sous Giscard, un fantasme de magazine de cul qu’on feuillette dans les chiottes, le choc entre la vieille grivoiserie et les retombées de la fin des tabous post soixante huitards, c’est une France de beaufs qui roule en R16, qui fume au volant un peu bourré avec les gamins qui gueulent à l’arrière en attendant de se faire dorer le cul à Palavas. Et le tout est emballé avec une mélodie variet’ à la tendresse désarmante. Evidemment tout le monde s’en fout et Vassiliu s’est barré depuis un bail pour mieux faire la fête au grand air avec son groupe de copains. Il achète des bars, des restaurants et même une salle de concerts participative où les artistes touchent un pourcentage sur la caisse. Il traine avec Bernard Lubat et son free jazz des bals populaires, biberonne de la musique sud américaine tout en se laissant vivre.

Afrique à dieu

Puis fin des années 70 c’est l’appel de l’Afrique, il sort un album “Toute Nue” avec Mange pas les bras, malheureusement absente de cette compilation, un titre cruel sur les touristes blancs qui glandent dans les hotels africains en se foutant de la misère du coin de la rue. Il plaque tout, embarque sa famille en 1982 direction le Sénégal où il monte un club de jazz . L’affaire durera quatre ans. Il rentre sans le sou et vit même un temps dans une tente planté dans le jardin de chez Coluche. Rincé, Vassiliu a déjà ses belles années derrière lui et attaque doucement mais surement les tournées de galas façon salle des fêtes. Il s’installe dans le sud et vit de ses droits d’interprétation et de quelques titres écrits pour Eddy Mitchell. Les gens commencent vraiment à se demander qui c’est celui là.

VASSILIU SLIBARD

Adolescent au début des années 90, j’ai failli rencontrer Vassiliu. Enfin, je le pensais. C’était en Ardèche pendant l’été, on essayait de jouer du psyché et on s’emmerdait sec. Quand on a appris qu’il se passait quelque chose, on est descendu dans le bled. Je crois que c’est l’été où Nino Ferrer est mort et dans ma tête j’espérais un peu un gars dans le genre. En fait, pas de Vassiliu; c’était Marcel Zannini et son Tu veux ou tu veux pas ? J’avais confondu avec Qui c’est celui là ? Marcel était un petit vieux adorable, il a joué dans une classe de l’école primaire et nous a parlé de Charlie Parker. Il avait sa moustache et son célèbre bob sur la tête. Peu importe tout ça, c’était un peu des mecs de la même trempe, le genre de baladins qui décrochaient un ou deux tubes dans leurs vies et qui donnaient toujours l’impression d’être arrivés là par hasard. Puis, une fois le succès passé, ils continuaient leur petit bonhomme de chemin avec un peu plus de talent qu’ils ne voulaient bien laisser paraitre, et surtout un j’men foutisme que l’on envie parfois quand on sait les écouter, derrière les flons flons et les pouet pouet.

Vassiliu // Face B 1965-1981 // Sortie le 2 février chez Born Bad

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27 commentaires

          1. mon cher baron de Romainville je suis en plus d’etre un ancien disquaire je fut dans les 90’s et jusqu’en 2002 projectionniste de ciné art et essai et j’ai vu il y plus de 25 ans deja maine ocean de rozier et vu le reste de sa filmagraphie,c’est un de mes cineaste preferé ,Bernard menez est un grand acteur ,j’ai du respect pour lui,mais pour son talent d’acteur,en temps que chanteur par contre c’est de la soupe bolino

            1. Top ! Je suis le troll d’entre les trolls, le signé Furax de la toile, le zorro 3.0, dépositaire de l’expression Baron de Romainville, j’avance tel le cocombre masqué puis Ta ta ta je me découvre pour encore mieux vous troller, je suis le cador de l’insulte de bas étage, l’homme tellement aigri qu’il pousse sa crotte digitale en permanence, je suis je suis Persévérance !!!!!!!
              Hop hop vous repartez avec un dictionnaire Larrousse des meilleurs commentaires du grand Persévérance !!!!

              Merci JB de l’avoir poussé à se découvrir, c’est toujours une bonne rigolade. ( oui on se connait avec Le baron = théorie du complot, bande de hipsters …)

              1. haters ,trolls ,zorro 3.0 et insultant etc la belle affaire ,me voila accusé de tous les mots,poussé a decouvrir lol il n’y a que toi qui ne savais pas que perseverance vinylique c’est mon blog merdique et 100 pour cent faute d’orthographe depuis 2011 ,c’est un blog a deux francs six sous mais qui musicalement tiens la route et ne souffre pas la comparaison avec la diarrhée verbale de gonzai

              2. pour clore le debats ,rassurez vous cher bob le hipster ,je me désengage de plus en plus du cirque des reseaux sociaux ,j’ai deja deserté facebook depuis un mois .Vous pourrez donc entre consanguin bicéphale blanc parisien et coincé du cul a conversé librement sans moi de vos hype et buzz et autre lubies musicalement pénard ,dans votre reseau en vase clos (l’entre sois de la bien pensance de la pseudo intelligentsia parisienne )

          2. maine ocean de rozier,la comedie de dieu de monteiro,,la maman et la putain de eustache,l’insoumis d’alain cavalier ,Paradis pour tous de jessua,c’est des films de coeur de Mr Perseverance ,je les tous vu d’abord au cinema soit au cine odysée de strasbourg soit au festival entrevu de belfort puis revu plus tard en vhs et dvd etc.. ,et maine ocean revu encore au ciné il y a moins de 5 ans,je suis un pur autodidacte,mais attention ne me sous estiment pas car en tant que cinephilie et melomane je suis un killer ,j’ai consacré 30 ans de ma vie a cela et je continuerai de le faire jusqu’a la fin

          3. Chébran, volume 1 et 2 c’est épouvantable :C’EST DE LA MERDE EN BARRE 78 CARATS, c’est les pires compilations sortie par born bad .jp guillot alias le baron de Romainville est vraiment à court d’idées .Oh mec tu est au bout du rouleau au quoi ? ce gros Chien d’la casse est capable de nous sortir une double compil cd et dvd sur le SMURF lol http://www.ina.fr/video/VDO09012484

  1. Je me demande si ce Mr Persévérance n’est pas une invention des labels tellement il est difficile, après une sortie comme la sienne, de laisser le moindre commentaire négatif sans passer pour un troll de la même trempe. Ceci étant dit, Vassiliu, même compilé par BB, cela reste quand même très anecdotique.

    1. Peter ,Persévérance c’est juste un pseudo ,mais il existe vraiment ,et le type est plutôt attachiant ,je le croise régulièrement à Paris et ailleurs dans des records shop

  2. Mr Bester je me permet de prendre la défense de Persévérance, je le connais depuis trente ans ,
    c’est vrai passionné de musique et humainement vraiment un chic type et il ne faut pas le juger sous le seul prisme des réseaux sociaux ,cela est réducteur

  3. un jours j’ai pris le temps de jeté un œil sur la version papier de Gonzai ,une missive sur Paul Quinn à peine plus longue qu’un tweet et je n’ai rien appris sur ce que je savais déjà et cela ma suffit pour ne plus leur accordé le moindre Crédit.

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