À l’occasion de la sortie de « Hola Todos », leur court projet de rentrée, nous sommes descendus à Bordeaux pour prendre des nouvelles de Thoineau Palis, cerveau en ébullition de TH da Freak. Et ce qui devait être une visite dans une intrigante « maison d’art » encore en travaux s’est transformé en un enchaînement de pintes. 

L’année dernière, presque jour pour jour, nous avons fait plus ample connaissance avec la personne qui se cache derrière le projet TH da Freak lors d’un épique week-end dans le chef-lieu de la région Nouvelle-Aquitaine, à Bordeaux, capitale du rock.

De ce voyage initiatique dans la scène locale active, on est finalement reparti avec la sensation tenace que l’hyperactivité et les visions d’avenir de Thoineau nous amèneraient à nous recroiser très bientôt pour parler de grandes choses. Et bien, figurez-vous – et on vous dit ça sans trop se mouiller – qu’on avait pas tort. Alors Thoineau, que s’est-il passé depuis la sortie de “Freakenstein” ?

Résultat de recherche d'images pour "th da freak"Comment ça va depuis la dernière fois qu’on s’est vu ? C’était en novembre, lors de ta venue à la Maroquinerie de Paris.

TH : C’était notre ultime concert de l’année. Ensuite, pause. J’ai passé de très bonnes fêtes. Je suis rentré dans mon ter-ter, il y avait ma famille, les amis. Je me suis ressourcé.

“Mon « expérience » sert à mes potes. Puis surtout, c’est logique de faire ça. Nos groupes aînés [Cockpit ; JC Satan…] l’ont fait pour nous — c’est le cycle de la scène bordelaise.”

Quels retours tu as eus pour “Freakenstein” ? Comment le public, les médias et les artistes qui t’entourent ont reçu ce projet ?

J’ai l’impression qu’il y a eu un accueil critique favorable, la presse a bien aimé. Les programmateurs aussi : on a pu beaucoup jouer après cet album, qui s’est d’ailleurs bien vendu. C’est en quelque sorte un succès. Objectivement, je pense que c’est bien : on a sorti un nombre de copies que nous avons toutes écoulées. Au-delà de ça, avec ce disque, j’ai l’impression d’être rentré dans une autre phase de ma carrière : je ne suis plus trop un artiste de découverte. Il n’y a plus ce souffle nouveau en mode : « ah c’est le héros slacker français qui a les cheveux bleus, waouh ! ». Je fais partie du paysage, donc je ressens qu’il y a plus d’exigence autour de moi. Maintenant, travailler un disque, c’est différent. C’est une manière inédite de faire de la musique, moins impulsive.

Est-ce que par rapport à ton collectif, Flippin’ Freaks, tu as senti que quelque chose avait changé ?

Oui. Depuis “Freakenstein” — mais je pense que c’est la logique des choses — les artistes font des disques un peu plus conséquents et ambitieux. Aussi, nous avons des moyens plus importants pour ça : on n’est plus dans ce schéma de bosser depuis nos chambres… SIZ a publié son album “Liquid”, qui a été une très belle sortie. Et puis là, on a des nouveaux trucs qui arrivent.

Avec le collectif, tu as organisé des concerts pendant toute l’année passée. Ils ont repris le week-end dernier. Ça a commencé fort ?

Oui ! On a fait une belle soirée avec plus de monde que d’habitude, et j’espère que ça va se poursuivre ainsi. Là, on prévoit, à peu près, deux dates par mois — c’est presque le même rythme que l’année passée. En fait, on continue comme on faisait, en souhaitant que le public soit plus nombreux. Par contre, cette année, on va refaire le Flippin’ Fest, dont la dernière édition remonte à 2018. Ça sera fin avril.

Tu es toujours aussi sensible à cette démarche d’union des scènes rock à Bordeaux ?

Bien sûr ! Je crois que c’est un peu notre « taf ». Le collectif est là pour mettre en lumière des artistes rock qui ne sont pas forcément très connus. Par exemple, on a fait jouer un groupe de garage qui s’appelle Stoner Bud’s, et cette année, ils ont été programmés au festival Bordeaux Rock. Effectivement, c’est encore le souhait principal.

Avec Flippin’, vous êtes toujours aussi actif en termes de sorties. Dernièrement, vous avez publié les projets de Mellow Pillow, de Opinion… Comment tu t’impliques dans ce processus de production ?

Je m’occupe du label : je vais discuter de comment on sort le disque, de quelles sont les stratégies à mettre en place pour avoir une belle sortie, je gère la com’ avec les médias aussi – en tout cas avec les gens que je connais et qui suivent TH da Freak… J’essaye petit à petit de me lancer dans le monde du label et de la production phonographique.

Avec les derniers événements, tu ressens que tu es plus un « modèle » pour les autres ?

Hum… On va dire que quand un artiste à des interrogations sur des trucs qu’il ne sait pas faire, oui, je serai toujours là pour lui filer un coup de main. Pour les questions techniques aussi, pour mixer, etc. Mon « expérience » sert à mes potes. Puis surtout, c’est logique de faire ça. Nos groupes aînés [Cockpit, JC Satan…] l’ont fait pour nous — c’est le cycle de la scène bordelaise.

Totalement autre chose, mais, vous êtes en train de construire une « maison d’art » avec SIZ.

C’est vrai. Elle ne sera pas dans Bordeaux, et ça sera notre petit havre de paix pour se poser quand on ne sera pas en tournée. On a plein d’idées pour cet espace : y installer un studio d’enregistrement par exemple.

Ça me fait penser aux rappeurs de la 75e Session, un collectif devenu label, et à leur Dojo Klan, une grande baraque aux portes de Paris avec tout ce qu’il faut pour faire de l’art, ouverte aux artistes membres ou non de leur équipe. Vous voulez que votre maison fonctionne comme ça ? Comme une sorte d’incubateur ?

Les mecs du rap ont tout compris ! Les nouveaux gars trop forts dans la création et dans le DIY, ce sont vraiment eux. Je suis désolé, mais c’est comme ça. Et puis oui, ça sera aussi notre but. Mais je préfère rester assez évasif sur ce sujet. Si tout va bien, la maison sera finie l’été prochain.

Est-ce que tu penses que, quand elle sera terminée, cette maison te fera passer une nouvelle étape dans ta carrière, non pas d’artiste, mais de personne qui bosse dans la musique ?

C’est une bonne question… Je ne suis pas trop un mec qui se projette. Quand j’ai des idées, je les réalise, et ensuite je vois ce qu’il se passe. Mais c’est vrai que, oui, à ce moment-là, je serai plus un acteur de la scène, plutôt qu’un simple musicien qui fait des concerts et du son. Par la suite, on va essayer d’encore plus développer le label. Pour répondre à ta question : je pense qu’on aura un statut un peu plus… de « daron » de la musique ! C’est débile, mais c’est vrai. Ça va être la suite logique des choses… peut-être.

2019 a aussi été une année de scène. Tu as fait plus de 40 concerts. Comment c’était ?

Simplement : ouf. Je n’en retiens que du positif. On a fait des festivals ou je n’aurais jamais pu aller – même en temps que spectateur. On a joué au Paléo par exemple… Juste avant The Cure ! C’est n’importe quoi. J’ai croisé Robert Smith dans une foule, qui regardait tranquillement un concert… Au début, j’ai cru que c’était un de ses fans qui lui ressemblait — il était un peu décrépi ! Sinon, on a fait des tournées avec nos mégapotes de HOORSEES… Enfin, des trucs que je ne me serai jamais imaginé faire un jour. Après le rythme, c’est chaud. Ça prend énormément de temps et d’énergie : tu te lèves tôt pour aller au spot, tu fais énormément de voiture, tu attends beaucoup… et finalement tu joues une heure ! C’est un truc à choper ! Justement, cette année nous a permis de savoir si on voulait faire ça ou non. Il y a des difficultés, et des côtés trop bien — qu’est-ce qui pèse le plus finalement ? C’était bien d’avoir fait ça pour notre avenir. Maintenant, je suis persuadé que j’adore et que je peux faire ça toute ma vie… enfin, j’imagine !

Avec ces festivals et ces rencontres, ça ne t’a jamais traversé l’esprit de travailler avec des artistes en dehors de tes cercles de connaissance ?

J’aimerais énormément. C’est juste que je n’ai pas eu l’occasion de le faire ! Je suis ouvert à toutes propositions. Si des mecs — du rap ou je ne sais pas quoi — veulent collaborer, il ne faut surtout pas hésiter.

Du coup, est-ce que tu serais intéressé, avec ton collectif, à l’idée de développer des projets en dehors du rock ?

Je ne pense pas — enfin pas pour l’instant du moins. Au fond de nous, dans notre équipe, on a cette espèce de mission « divine » de propager le rock. Le rock, c’est un mouvement qui est en train de mourir un peu. Et nous, on ne veut pas. Alors on essaye de le faire vivre le plus possible.

Tu crois que le déclin, plus que la mort du rock, à quelque chose à voir avec la façon actuelle d’écouter de la musique, et donc, de la créer ?

Hm … Pas forcement. Le rock peut se faire très bien chez soi, comme le rap. La manière de produire ne change pas quand tu fais du rock, du rap, ou n’importe quoi d’autre. Après, c’est de faire des concerts qui est le plus dur : ça fait du bruit, il y a une image un peu dégueulasse — on ne va pas se le cacher — c’est macho, c’est pas bien quoi, en tout cas dans l’esprit collectif. Puis c’est un truc de vieux…

“Ce qui m’étonne dans tout ça, c’est que beaucoup de personnes écoutent ces petits disques.”

Comment se profile cette année ? Vous allez garder le rythme de vos concerts ?

2020, c’est une transition. Déjà avec la maison qui se construit ; puis, je suis en train d’écrire un nouvel album. J’ai envie de le travailler énormément, donc je vais prendre mon temps pour le sortir. Là, on revient avec un EP qu’on a fait avec tout le groupe, qui est un projet à part entière, mais un petit peu indépendant de ma discographie [Freakenstein ; The Hood ; The Freak]. On va aussi évidemment essayer de faire un maximum de concerts : c’est grâce à ça qu’on vit.

L’été dernier, trois mois après “Freakenstein”, vous avez publié un EP de surf, Still Freakin’ Out. Vous aviez envie de directement ressortir de la nouvelle musique ?

Tu sais, je fais beaucoup de sons chez moi. Et ce disque-là, je l’ai vraiment fait dans l’impulsion : c’était l’été, et j’écoutais les Beach Boys à fond — ce qui s’entend. J’étais tellement dans le délire, que j’ai voulu faire moi même un album de Beach Boys, juste pour avoir des nouveaux morceaux d’eux ! C’est complètement débile, mais c’est exactement comme ça que tout s’est passé. On a sorti le truc, pareil, dans la précipitation parce que je voulais que ça se déroule ainsi. C’est très important de garder cette spontanéité, de ne pas se reposer sur ses lauriers. Avant tout, il faut faire les choses pour soi-même quand on fait de la musique. Les artistes qui se brident pour ne pas sortir leurs trucs, je trouve ça un peu malsain — on dirait que la passion n’y est pas. Mais je comprends qu’on veuille travailler à fond ces projets, hein ! Ce n’est pas trop mon genre. Je ne suis pas un perfectionniste à 100 %. Avec moi, il faudra toujours s’attendre à ça : des gros albums d’un côté, et des petits de l’autre. Il y a vraiment une différence entre ces deux types de projets. Ces EPs, servent à développer l’univers TH da Freak. Ce qui m’étonne dans tout ça, c’est que beaucoup de personnes écoutent ces petits disques. Je suis un veinard !

Avec “Hola Todos”, ton dernier projet court, j’ai vraiment eu l’impression que tu voulais réunir les gens qui suivent TH da Freak ; rameuter tes troupes en quelque sorte ! Comme si tu leur disais : «OK les gars, il y a eu “Freakenstein”, mais désormais on avance, on passe à la suite»

Franchement, c’est une très bonne analyse. C’est simplement ce que veut dire ce disque : « bonjour tout le monde, on est là ! Maintenant on continue ! Est ce que vous serez avec nous, ou pas ?» Puis c’est aussi une phrase que disait tout le temps Benjamin [le guitariste], avec son accent espagnol totalement pété et sa petite voix ! On a enregistré ce disque avec tout le groupe, ce qui est une légère nouveauté.

C’est pour appuyer cette idée de réunion du public que vous avez renoué avec un son beaucoup plus brut, plus « garage », si on veut vraiment coller une étiquette…

Il y a de ça oui. Surtout, c’est un disque anti “Freakenstein” ; beaucoup moins pop. Mais comme tu dis, ce disque est un peu un retour aux sources.

La dernière chanson de ce projet, Bumfuzzle, m’a fait penser aux expérimentations d’Ariel Pink… Un Californien… Tu me vois venir… ! Finalement, d’autres que nous t’ont gentiment collé cette étiquette de « slacker », mais en vrai, TH da Freak, ce n’est pas un pote de Ty Segall et compagnie ?

Ahah ! De toute façon, le garage c’est ça hein ! C’est des mecs qui foncent tête baissée. Et moi, je fais partie de ces gens-là. Puis tous ces gars — je crois – sont influencés par la musique bizarre des années 60/70 ; et moi aussi. Ce morceau, c’est un peu ça. C’est une expérimentation comme tu disais, mais avec une structure plus surf. Je ne suis jamais allé en Californie, mais j’aimerais trop.

Il y a un vrai truc : la Californie c’est la west coast des States, et Bordeaux, la west coast française… !

Clairement ! Il y a un délire.

TH da Freak // Hola Todos // Howlin Banana Records ; Flippin’ Freaks

Le groupe sera en tournée dès février. Ils seront soutenus par leurs amis de HOORSEES, et passeront par Lille, Amsterdam, Strasbourg, ou encore Bruxelles. Toutes les dates sont ici.

3 commentaires

  1. fuck le gros disquaire imbuvable, si je re_viens, t'aura les crampons de cantona dans ta chetron de chevrotine de mad-dad-lascar dit :

    vAzy vAza en viZon 100 vIza Fizzzzz de croupe de Nulle part ailleurs

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