"Bester, j’ai une idée : et si on faisait un article gonzo en allant chez les disquaires qui ne font pas le Disquaire Day" ? Il a dit oui.

Derrière l’idée de cet article se cache une vraie problématique : le Disquaire Day, instauré en France en 2011 grâce au CALIF (Club Action des Labels Indépendants Français), fait débat. Certains magasins évoquent que l’esprit originel de l’évènement, c’est-à-dire promouvoir les disquaires indépendants et les labels indépendants, s’est estompé. Les majors ont pris le dessus et le « Dday » s’est institutionnalisé : les disques sont chers et on y retrouve des artistes bien loin de l’esprit indé de départ (Johnny Halliday, Mylène Farmer, tous les ans il y a au moins un Bowie). Le hic, c’est que malgré ça, les boutiques profitent de l’engouement autour de cette journée pour faire parfois le meilleur chiffre de l’année. « Si je ne le fais pas, je me tire une balle dans le pied, avoue l’un deux, avant d’enchaîner : il y plein de choses à redire sur l’évènement, mais je ne peux pas ne pas le faire. » Beaucoup se sentent donc obligés d’y participer. D’autres, (et ils sont peu nombreux) décident de ne pas jouer le jeu. Enfin, presque…

10h15 – Exodisc, 18eme arrondissement

Alors que devant la plupart des autres magasins, les fans font la queue depuis cinq heures du matin, un calme presque olympien règne chez Exodisc. Il n’y a personne dans le magasin et Larry, le gérant, se grille une blonde en ouvrant la grille. Le matin, il a l’habitude de venir plus tôt pour écouter des disques et boire son café. C’est son petit rituel. Et pour lui, aujourd’hui est un jour comme un autre. Il dit « Là, j’écoute le nouveau The Damned. Bon, je trouve que l’album est trop maîtrisé, un peu trop lisse. » Lisse, le Disquaire Day l’est aussi devenu : « On dirait que c’est Les Inrocks et Télérama qui ont fait la liste. Les vraies curiosités sont noyées dans la masse où ne sont pas présentes du tout », déclare Larry, ici depuis 35 ans.

Personne n’a fait la queue devant Exodisc

10h35 – Deux cafés

Larry me donne cinq euros et m’envoie chercher deux cafés. La rue du Mont-Cenis est toujours aussi paisible. À mon retour, il me parle de la mise en lumière qu’apporte tout de même l’évènement. Il en est même content. Cela a permis à certains magasins de se créer, de tenir ou de retrouver une seconde vie. « On redonne aussi envie aux gens d’aller dans les magasins et ça, c’est hyper positif. Je ne condamne pas du tout l’évènement, mais moi, je viens plus d’une culture anglo-saxonne. Et ce que c’est devenu, moi, je me suis battu contre ça. Cette culture subventionnée en France, ce n’est pas mon état d’esprit. »

« Il y a peut-être Plus De Bruit qui ne le fait pas… »

11h15 – Une dame âgée entre dans le magasin

« Vous avez des disques pour enfants, c’est pour les illustrations », demande la cliente. Larry s’exécute et lui sort tout ce qu’il a, bien rangé en dessous des bacs de vinyles section « Afrique ». Les deux finissent par parler de Billie Holiday, de jazz et des prix exorbitants de certains disques. Elle met de côté un picture-disc qu’elle reviendra chercher plus tard.

Larry donne ses meilleurs conseils
Larry donne ses meilleurs conseils
On trouve vraiment de tout chez Exodisc
On trouve vraiment de tout chez Exodisc

11h40 – Un deuxième client arrive

Cette fois, un homme d’une trentaine d’années. Il fouille. Et tombe… sur un disque du Disquaire Day ! En fait, Larry a quand même fait rentrer une quinzaine de références de la liste anglaise. Un LP de Snatch, duo mené par Patti Palladin et Judy Nylon sorti en 1983, mais aussi du rock allemand et du jazz. Que des choses qu’il apprécie vraiment et que les gens recherchent. Par contre, ils ne les présente pas dans un bac, et n’en parle pas à tout le monde. « Je ne le cache pas, mais ça se passe au feeling, si quelqu’un recherche un disque en particulier, je pourrais aussi lui proposer un du Disquaire Day qui correspond à ses goûts. », concède le gérant tout en éteignant une énième cigarette. Larry n’adhère donc pas à 100% à l’évènement, mais ne le boycotte pas totalement n’ont plus. Comme beaucoup de disquaires en France.

« Ah, c’est le Disquaire Day aujourd’hui ? » 

12h40 – Superfly Records, 3eme arrondissement

Il y a du monde. Une dizaine de personnes sont dans le magasin, qui est spécialisé dans la musique jazz, afro, soul, funk et latin. L’ambiance est studieuse : plusieurs écoutent sur les platines disponibles, d’autres farfouillent dans les bacs disposés au sol. Manu Boubli, co-gérant de la boutique, attaque d’emblée : « On a dit stop l’année dernière et on ne le fait plus. Pourquoi ? Parce qu’on se retrouvait plus dans l’esprit de l’évènement. » Il n’était pas contre intégrer les majors, mais aurait aimé que ça se passe plus intelligemment. Là, les usines sont saturées et il reçoit des mails qui l’informent du retard de certains disques indés parce que les usines pressent en priorité ceux pour le Disquaire Day. Mais ce qu’il déplore le plus, c’est le manque de collaboration entre la CALIF et les disquaires. « À la fin de l’évènement, on te demande de remplir un formulaire et tu peux faire des retours. C’est bien, sauf qu’ils n’ont jamais pris en compte nos remarques. »

Ambiance studieuse chez SuperFly Records
Ambiance studieuse chez SuperFly Records
Manu Boubli : "Allez, je te le fais à 100 euros"
Manu Boubli : “Allez, je te le fais à 100 euros”

13h05 – Un mec dit :

« Ah, c’est le Disquaire Day aujourd’hui ? » Puis il repart avec un disque sous le bras. Incroyable. Manu continue : « On fait quasiment 90% d’occasion donc bon, on n’était pas dépendant du Disquaire Day. On reste un magasin assez pointu et non généraliste. » Du coup, aucun disque du “Dday” ici, c’est ça ? Et bien non ! « On a réussi à avoir quelques trucs,  mais sans passer par la CALIF. On a nos circuits à nous et on a même eu des disques avant ! Après, je ne condamne pas l’évènement ! La CALIF nous a aidé financièrement au début mais voilà, on a plus envie de le faire. Par contre la com’ est hyper bien faite et ça reste un gros samedi pour nous aussi », résume Manu, souriant.

« Un disque de Mylène Farmer pour 40 euros, on s’en fout »

13h50 – Pop Culture Shop, 11eme arrondissement

Bon, est-ce que je vais trouver un disquaire qui ne fait pas du tout le Disquaire Day. Je commence à en douter. Pop Culture Shop n’est pas sur la liste officielle. Je rentre, je fais semblant de m’intéresser à un vinyle de Big Star et je demande si la boutique participe. Oui, ils le font tous les ans en fait. Et merde. « Il n’y a pas eu la cohue. On a ouvert vers midi et on a eu pas mal de monde depuis », m’explique le gérant, serein. Avant de partir, il me dit : « Il y a peut-être Plus De Bruit qui ne le fait pas… »

“Non on le fait pas ! Par contre les gérants ne sont pas là pour le moment”

14h00 – Allô Plus De Bruit ?

« Je bosse pour le magazine Gonzaï et on fait un article sur les disquaires qui ne font pas le Disquaire Day, vous ne le faites pas, si ? » « Ah, pas de chance, on le fait tous les ans » répond la personne au téléphone. En même temps, ils sont sur la liste officielle… « Bon, vous savez s’il y a des magasins qui ne participent pas à l’évènement ? » « Essayez Exodisc et peut-être Nostalgia. »

14h03 – “Je bosse pour Gonzaï et…”

J’appelle directement Nostalgia du coup : « Allô Nostalgia ? Je bosse pour le magazine Gonzaï et on fait un article sur les disquaires qui ne font pas le Disquaire Day, vous ne le faites pas, si ? » « Non on le fait pas ! Par contre les gérants ne sont pas là pour le moment donc je peux pas vous en dire plus. Ils seront de retour vers 17 heures. »

La boutique Nostalgia, visiblement fan de Mylène Farmer
La boutique Nostalgia, presque dédiée à Mylène Farmer

15h03 – Encore et toujours Mylène Farmer

De retour au bureau pour écrire l’article, je regarde rapidement à quoi ressemble la boutique Nostalgia, que je ne connaissais pas. Je tombe sur cet avis de JeffL qui donne deux étoiles sur cinq : “Je suis fan de dalida, cette boutique m’a proposé un faux picture disc de dalida me certifiant que ce dernier etait officiel, or dalida n’a jamais sorti de picture disc. Je deconseille.

17h05 – Je croise les doigts

Je rappelle donc le magasin Nostalgia, qui est spécialisé dans “la musique de Mylène Farmer et les disques français“, comme me raconte Régis Guerbeur, le gérant. Vais-je arriver à trouver un disquaire qui ne fait pas ce (putain) de Disquaire Day ? “Non, on ne le fait pas du tout. Ça ramène une clientèle qui vient uniquement ce jour-là pour un disque rare et qui ne revient jamais“, râle presque Régis. “Je ne veux surtout pas participer ! Et je ne comprends pas vraiment l’engouement autour de cet évènement !” Quand on lui dit que pour certains, c’est la meilleure journée de l’année, il rétorque : “J’ai du mal à y croire, les disques il faut bien les acheter et les marges sont petites. Ou alors faut acheter énormément de stock et prier pour que les gens prennent aussi d’autres disques“, soutient le gérant. Hallelujah. Ma quête est finie.

17h40 – Retour chez Exodisc

Sa femme Dominique est là. Elle sort un disque de Jacques Higelin. Elle lance : “Ça été un petit samedi finalement.” Le beau temps, les vacances… les gens ne veulent peut-être pas forcément passer la journée dans les boutiques de disques. Larry a quand même vendu quelques références. Il écoute un album de Felt et discute avec un client. Comme tous les jours.

Larry qui parle du dernier concert de Teenage Fanclub à la Gaîté Lyrique
Larry qui parle du dernier concert de Teenage Fanclub à la Gaîté Lyrique

18 commentaires

  1. J’emmerde les disquaires indés qui te disent: non on ouvre pas le disque, ici quand on veut écouter on lit sur spotify. Super. ca entasse des bacs et des bacs de vinyles inconnus et ca éspère quoi? Qu’on débourse 25 euros pour un LP dont on ne connait que la pochette?
    C’est comme si ils tenaient des epiceries remplies de conserves sans etiquette. Ouvrez cette putain de cellophane et faites de la place pour des platines d’ecoute bordel.

    1. Bien sûr, pourquoi pas laisser le premier connard venu ouvrir tes disques quitte à les flinguer, et les vendre dans un état moyen à celui qui aura la bonne idée de l’acheter ensuite?

      1. ” état moyen” après quelques lectures ?
        Génial.
        Moi si je suis disquaire et que je met du Elvis Depressedly parce que je veux faire de la qualité, je me contente pas de balancer le disque dans le bac en éspérant un miracle, j’enlève la cellophane qui de toute façon finira par être enlevée, je met le disque dans une pochette plastique transparente et je laisse écouter le “connard” à sa guise. C’est vous les connards avec vos shops sans intérêt,vos bacs sont bourrés de disques inconnus des clients même avertis, estimez vous heureux que yait encore des clients assez militants pour acheter chez vous plutôt que sur Discogs, sans ça vous êtes morts bande de nazes.

      2. Navré Okchampion, mais c’est aux disquaires de trouver une solution pour que l’on puisse savoir ce qu’on achète. Surtout quand on voit les prix pratiqués.
        Comme le dit ynb : comment voulez-vous qu’on paye sans savoir ce qu’on achète ? Le minimum serait de laisser un exemplaire du disque en écoute libre.

        Les disquaires vendent un produit “plaisir”, ce ne sont pas des médicaments, on ne va pas les voir par nécessité. On y va pour être conseillé, écouté, et découvrir entre passionnés. On pourrait se dire que les prix – souvent déraisonnables – se justifient par un expérience agréable vécue. Si même l’expérience vécue est naze, il ne faut pas s’étonner que les gens achètent sur le net.

        Sympa pour les “connards”. L’une des règles de survie d’un commerce, c’est d’être au service du client. Comme quoi, tout le monde n’est pas fait pour ce métier et on n’est jamais à l’abri de tomber sur une erreur de casting aussi aimable qu’une porte de prison (pas mal vu que les disquaires).
        Vous voulez vous battre pour que le disquaire ne soit pas une espèce en danger ? Vos clients sont vos armes, pas vos ennemis. Réfléchissez un peu…

  2. Heldon live metz 77, now=70balles, 5×7″ congo revolution, now 80bOules, Le pacha @60euh?

    pouring beer in ur ear/40queusses, mac dmarco 7″@ 30bOules OUILLES MES QUOUILLES, J’ai TIRé c disques en PROVINCE………………………..;

  3. Connais pas, connais pas ,connais vaguement, connais pas, on peut écouter celui là? tu tends l’oreille aux enceintes, planté comme un con au milieu du magasin, excuse moi tu peux passer à la chanson suivante?, merci, ok c’est pas mal, merci, connais pas , connais pas mais ça me saoule d’ecouter sur spotify, connais pas, connais bien mais bon tout le monde connais King Gizzard, acheter du King Gizzard? non merci, le dernier Temples?non non c’est la même soupe,tout le monde pense que ces groupes sont de la soupe,on est plus si facilement clients,il nous faut autrechose malheureusement, tiens celui là la pochette me plait, Indoor Voices c’est marqué,j’irais checker sur le net ce que c’est. Acheté sur Bandcamp une heure après, pas assez militant pour retourner au shop.
    Voilà en gros l’expérience typique chez un disquaire typique.
    Alors le client a sa part de responsabilité mais en laissant vos disques scellés sans aucune borne d’écoute vous finissez royalement le travail de sape qu’a entamé Internet.

  4. La “selecta” de magicrpm, que pour les vieux fait par des vieux, et vous voulez encore des con-seils, fermez boutique, les ‘fans’ pop découvriront des pépites quand ils seront vieux et seront passer a cote de beaucoup , car pas capable de se faire une opinion/oreille par eux mêmes, TRISTE DAY CE JOUR & ENCORE DEMAIN avec tout ces paresseux!

  5. -tu les @ vues sur ta chaine youtteteube les casmattes de hippies sur le trottoir des arrondissements parigots, c le virage mirage des cocufiées-

  6. çà bookine, çà sirote, çà va au match, çà baise, çà regarde de travers, çà download, çà critique, çà bouffe kfc, ç’est con quand quelqu’un les dirigent sur quelque chose de NEUF ?

  7. now today: Kids React To… record stores!

    – omagad, what’s this? vinyl records!
    my dad have some.
    – i like these cassettes, more than the old records.
    – what? we can’t listen to?!, what’s the hell!
    Definitely a thing of the past!

    Kids know.

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