Agacé par les rires enregistrés, les séries sans fin menées par des questions qui resteront à jamais sans réponse ; ennuyé par l’après-Lost, les débâcles télévisuelles qui s’enterrent dans un cimetière sans allées (V, Flashforward, Fringe), me voilà ravi de retrouver AMC (Mad Men, Breaking Bad) et sa marche des morts. Horreur et zombies affamés d’un côté, intelligence scénaristique et profondeur psychologique de l’autre, la chaîne cryptée prouve une fois de plus sa classe et son génie, maniant suspens et stress à l’étouffée.

Halloween comme jour de lancement. Une balle éclatant le scalpe d’une jeune fille au vertex de son enfance comme première image. Et comme symbole intemporel d’un genre sur-référencé, un oeil qui s’ouvre. Puis deux. Et Rick Grimes, survivant héroïque d’une attaque armée de bouseux il y a plusieurs mois, qui découvre la vérité d’un monde à jamais changé dans un hôpital dévasté par les «marcheurs». Plus rien ne vit. Tout y est mort. Des corps jonchent le sol sous ses pas hésitants, son regard est tétanisé, ses mains tremblantes, et son instinct viscéral le pousse sans explication à la recherche de sa famille. Une quête d’une vie, de survie, dans un enfer hélas bien réel. Rick tombera rapidement sur des survivants, comme lui, en quête de ressources et de réponses. Et durant seulement huit épisodes pour cette première saison, il décidera, par des choix cruciaux, du sort de son groupe. La réalité est désormais simple et purement manichéenne : dead or alive. Autrement dit : marche ou crève.

Il y a l’ambiance terrorisante, crédible de bout en bout mais qui ne tombe jamais dans le cliché de la bande sonore frétillante et la porte qui ne veut jamais s’ouvrir. Il y a l’humour bien pensé, amusant dans ses références mais qui ne parodie jamais. Il y a la réflexion humaniste, profonde et parfois bouleversante mais qui esquive l’intellectualisme de bas étage. Il y a un rythme, du temps mort à l’action vivante, de l’attente angoissante au sursaut poils dressés. Il y a Sara Tancredi de Prison Break. Il y a d’excellents acteurs, Andrew Lincoln et son physique à la Julien Lepers (peut-être un hommage remarqué à Michael Keaton) qui ne surjoue pas l’anti-héros agaçant et qui, bien au contraire, reste juste dans son rôle de moralisateur, flic pour toujours, ne froissant  jamais son uniforme bien repassé en toute situation. Il n’y a surtout aucun complot politique, attaque extra-terrestre, mystère laborieux et histoire sans fin ni lendemain. Certains piailleront de ne pas savoir comment tout cela est arrivé. Rien à fichtre, Walking Dead n’est pas là pour ça. C’est un conte d’horreur, une ellipse temporelle sans passé, dans un présent déchiré, et dont le futur semble accessoire.

Walking Dead est une course à la (sur)vie, le temps n’existe plus et chaque jour est un combat de plus pour l’humanité. Car finalement, sans argent ni loi pour l’encadrer, sans jeu de pouvoir pour le conquérir, la seule source viable, «c’est les autres». Dans une société où l’individualisme s’est écroulé, le collectif est désormais seul pour la sauver. Alors que la mort est à portée de chaque regard, la vie devient, elle, plus accessible lorsqu’elle est partagée.

14 commentaires

  1. C’est là où The Walking Dead est intéressant, dans la lignée des films de Romero, on ne s’attache pas tant aux zombies mais aux rapports aux êtres humains dans des situations de survie post-apocalyptique. S’en suit des tensions psychologiques : l’intérêt de la série n’est pas vraiment les scènes gores, mais les choix que sont amenés à faire les protagonistes face à des dilemmes moraux.

  2. Je ne comprends pas d’où vient l’enthousiasme général pour cette série : certes l’univers est très impressionnant, mais l’ensemble n’est qu’une version ridiculement édulcorée du comic (déjà moyen d’ailleurs).
    Vous vous réjouissez que Rick Grimes ne soit pas un « anti-héros agaçant », je vois ce que vous voulez dire mais trouvez-vous ça plus intéressant qu’il ne soit qu’un irréprochable héros américain de plus?

  3. Je me réjouis qu’il ne soit pas Jack Shepard dans Lost de la première saison je précise. Et que son personnage, dans sa sobriété et son moralisme sincère en fasse un mec touchant et attachant et non chiant et agaçant. Et surtout, en seulement quelques heures de diffusion.

  4. Je vois.
    Je vous encourage cependant à lire quelques tomes du comic, où le sens expéditif de la justice de Grimes et son attrait pour la violence en font un personnage que je trouve quand même plus subtil.

  5. Pourquoi personne ne mentionne 28 Jours Plus Tard ? Si je n’avais pas su qu’il s’agit d’une adaptation de comic du même nom, j’aurais pu croire que AMC tente tout simplement de reprendre l’idée du film de Danny Boyle pour en faire une série.
    Tout les éléments y sont et c’est flagrant : Le héro a un accident et se retrouve dans un monde peuplé de zombies suite à son coma, il est question de rencontrer les rares survivants, de s’intéresser aux rapports humains lors de cette « situation de crise »… à la seule différence que le protagoniste de The Walking Dead est à la recherche de sa famille.

    Danny Boyle le fait très bien en moins de deux heures, AMC s’y essaie en (au moins) deux saisons. Comme la plupart des séries, on va s’enliser dans l’histoire qui fera du sur place.

  6. Exact 6 je me suis trompé. 2. Suand on voit les nominations pour les Golden Globes, Walking Dead est très représenté. Il y aura une saison 2 normalement.

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