Mystérieusement téléporté au XXe siècle à quarante années de distance, notre rock critic attire chaque semaine notre attention sur une nouveauté tout juste so

Mystérieusement téléporté au XXe siècle à quarante années de distance, notre rock critic attire chaque semaine notre attention sur une nouveauté tout juste sortie des presses. Pour cet homme, Richard Nixon est toujours président et les Chambers Brothers ne se sont jamais séparés… Cette semaine, il découvre Nashville Skyline, l’attendu nouvel album de Bob Dylan, et… il aime ça.

L’album s’ouvre sur North Country Girl, un étrange duo avec Johnny Cash. Étrange, car on n’a encore jamais entendu Dylan chanter ainsi, avec cette voix de gorge, presque de crooner… Un virage donc. Un de plus. Passé cette première réaction de surprise, on est séduit par cette country song un peu bancale durant laquelle Dylan s’offre le luxe d’être gentiment « out of tune ». On ne peut s’empêcher de penser que la « North Country Girl » est peut-être Echo Helstrom, la première fille qui ait compté dans la vie du songwriter.

Le deuxième titre, Nashville Skyline Rag, un instrumental, ferait certainement bonne figure sur un disque accompagnant une méthode pour apprendre le bluegrass, mais ici, il donne plutôt l’impression que Dylan, à cours d’inspiration, a demandé à Kenny Buttrey et ses hommes d’enregistrer une petite jam, histoire de gagner 3’ 10.

To Be Alone est une chanson facile et plutôt agréable. Mais est-elle susceptible de changer nos vies ? On en doute… Dylan n’a-t-il pas lui–même déclaré à Jann Wenner de Rolling Stone que, cette fois-ci, il avait décidé de faire « un album facile à comprendre, avec pas trop de mots à retenir. » Le pari est gagné Bob !

I Threw it all away et Peggy Day ne font rien pour contredire cette impression d’indolence généralisée. Le second titre est du pur country swing.

La première face se termine. Je vais me prendre une Bud au frigo et je m’attèle à la suite. Dur métier.

Heureusement, Lay Lady Lay annule tout ce qui précède. Putain de grande chanson d’amour ! Les mots manquent… Vous savez, les cow-boys aussi tombent amoureux. Et au bout de leur longue randonnée solitaire au soleil couchant, il y a… Eh bien, oui, il y a une femme ! Créature qui les attend patiemment en faisant chauffer une bonne soupe de bison. N’est-ce pas merveilleux ?

One More Time est… embarrassante. Finalement, on préfère encore les bœufs bluegrass. Allez, Charlie, après le refrain, tu refais un petit solo ?

Sur Tell Me that it isn’t True, Dylan retrouve un peu de sa superbe. Une ballade pas si évidente qu’il n’y paraît. Mais si pauvrement orchestrée…

Sur Country Pie, Dylan s’amuse une fois de plus à aligner quelques phrases sans importance sur une rythmique paresseuse. Agréable… (Je pensais n’avoir jamais à utiliser ce qualificatif horrible pour parler d’une chanson de Dylan.)

L’album s’achève (on est presque tenté de dire : enfin !) sur Tonight I’ll Be Staying here with You. Pas nous Bob. Pas nous. On va pas pouvoir rester.

Rapport prix/durée (je parle pour vous évidemment, parce que moi, je les paye pas, les disques), on est floué aussi : 27 minutes. Une honte ! Il faut se relever au bout de 12’ 30 pour retourner la face. Même pas le temps d’une Bud.`

Pierre Mikaïloff, avril 1969

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