Le rock masterisé, le lait pasteurisé...franchement de quoi se plaint-on ? Nous aurons eu notre lot de découvertes fondatrices et d'avancées historiques.

Pour étayer cette cé

Le rock masterisé, le lait pasteurisé…franchement de quoi se plaint-on ? Nous aurons eu notre lot de découvertes fondatrices et d’avancées historiques.

Pour étayer cette célébration de la modernité et de la beauté de l’époque, j’ai soudain envie de vous parler de… cassette. TDK, BASF, MEMOREX, 60 ou 90 minutes… combien d’albums découverts grâce à ces grandes dames ! Elles s’essoufflaient en quelques écoutes, « serraient » et se mettaient à tourner au ralenti, se dévidaient dans les boitiers et les autoradios… mais qu’importe le « confort audiophile» pourvu qu’on ait l’ivresse. Le son éternel d’un disque reste celui de la première écoute. Généralement, les « remasters » tournent une fois ou deux puis végètent au bas de la pile avec leurs bonus ; le numérique n’étant pas de taille à lutter contre les souvenirs. Sauf pour certains albums, les plus mystérieux, les plus incompréhensibles. White light, White heat (peine perdue, cela dit, indéchiffrable), Street Hassle (c’est pour bientôt ou pas ?), Exile on main street (done !) et, bien sûr, Raw Power des Stooges.

Qu’est-ce qui sortait vraiment des enceintes du studio ? Qu’a-t-on réellement perdu ou gagné dans le fameux feuilleton des mixes ? Pour Raw Power, le monde a le droit de savoir. L’histoire est connue : Iggy propose sa vision de l’album, la maison de disques pâlit, convoque Bowie qui s’y colle et finalise une version peut-être encore plus terrifiante, à partir des bandes saturées : un monstre avec une mâchoire (les aigus) mais sans corps (pas de fréquence basse, peu de relief). Iggy Pop se remettra à l’ouvrage en 1997 pour proposer son mix, c’est dire si l’affaire tient à coeur. Une véritable télé novela, avec des brouilles, des rumeurs (« Bowie a voulu saboter les Stooges »), des réconciliations, des retours imprévus. Cet album sera toujours à part, à la fois maudit et célébré, échappant au bon sens critique, aux interprétations et aux théories les plus doctes. Funhouse était officiellement mon Stooge préféré (production Don « Louie Louie » Gallucci, voix chopée à la sortie de la sono de répet, un modèle) mais, au premier coup dur, Raw power ressortait naturellement. 1992 ou 93, trois mois à l’écouter en boucle en lisant tout ce que je pouvais de Drieu la Rochelle, pas près d’oublier ce millésime… ça n’allait pas fort et Raw power était le seul à passer la barre.

Aujourd’hui, nouveau rebondissement, il revient comme la créature du lac, en grande pompe avec le mix Bowie remasterisé donc, un CD de rareté, un live, un DVD. Alors ?

Faramineux. Unique. Avec cette réédition, c’est reparti pour un tour de train fantôme, sans doute le dernier car le dossier semble désormais clos. On entend enfin le Raw power originel, ces riffs vicieux, ses solos infectés… Mais surtout, on met le doigt sur ce qui a pu fasciner Bowie et guider ses doigts sur la console. Raw Power grave sur bande l’affrontement de deux dingues, deux furieux, l’un à la voix, l’autre à la guitare. C’est ce duel que veut capter Bowie, quitte à en oublier le reste du groupe, parqué loin au fond du mix. Iggy Pop n’a jamais été aussi grand et ne le sera plus qu’à de très rares reprises (The Idiot, Zombie BirdhouseCold metal sur Instinct ? ). Dès Search and destroy, il annonce la couleur, il faudrait être sourd pour ne pas comprendre que l’on tient un titre sans équivalent. Sa voix est encore juvénile mais menaçante, son texte parfait. Que dire d’un disque qui commence par « I am a street walking cheetah with a heart full of Napalm” ?  Comment ne pas tomber à genoux devant “I’m the world’s forgotten boy/ The one who searches and destroy” ? Un seul refrain made in 2010 peut-il rivaliser avec ça ? Pour le deuxième titre, contre-pied et changement de registre : guitares acoustiques (splendides, enfin) et Iggy Pop en crooner, Sinatra de la marge, « Gimme danger, little stranger ». Punk, fifties, vaudou… Il maintient ce niveau tout au long du disque. Face à lui, James Williamson joue des parties incompréhensibles, des riffs qui sonnent à la fois classiques et tordus, des solos qui surgissent à l’improviste, sans se soucier des sautes de volume ou autres contraintes d’ingénieurs. Un déchaînement heavy, du Jeff Beck (période Yardbirds et Beck-Ola) punk.

Bowie pousse ces deux types sur le ring et regarde ce qui se passe, voila la stratégie.

Après Raw power, plus de Stooges, fini. L’aventure se termine en eau de boudin et seringues usagées, sur la côte californienne. Et, finalement, c’est ce qu’on entend déjà sur ce disque. Oubliés après deux albums, les gars du Michigan avaient eu droit à une deuxième chance avec Bowie et MainMan. Mais trop tard. Il n’est rien de plus tragique, frustrant, violent dans une vie que de tout donner en se sachant perdu d’avance. Ce n’est pas l’énergie du désespoir, c’est bien pire ; des désillusions et de la haine, le son de ceux qui jouent leur « tapis » et leur « va-tout » ; le son de Raw Power, curieusement plus poignant aujourd’hui que sur BASF 90 mn. Le CD de raretés est splendide, le live (Atlanta, 1973) viendra avantageusement compléter Metallic KO et le DVD se regarde. Raw power is back. Et il parait que Gallimard prépare une pléiade Drieu la Rochelle. C’est le bal des maudits en 2010 ! Cet article tient lieu d’invitation.

http://www.iggyandthestoogesmusic.com/

CD1 // Raw Power (mix original de David Bowie)
CD2 // Georgia Peaches – Live at Richards, Atlanta, GA, october 1973
CD3 // Rarities, outtakes and alternates from the Raw Power Era

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