Il pleuvait, la boue s’immisçait dans tous les recoins de nos tentes, l'été annonçait son départ et on était tous super contents d'être là, normal, c'était le Freakshow festival à Girgors-et-Lozeron. Cette année, les SpeedBall Baby devaient monter sur scène pour nous réchauffer les vertèbres.

Speedball+BabyOn était tous gelés jusqu’à la moelle et les rockers les plus avisés avaient décidé de mettre des bottes en caoutchouc pour s’aventurer dans la boue. J’avais trop abusé de la bière lorsque ma collègue m’annonça que les Speedball Baby étaient dispo, et qu’on allait pouvoir faire l’interview. Ma dernière pratique de l’exercice remontait à un bout de temps et, n’ayant jamais vraiment plongé mes oreilles dans leur discographie, je n’avais aucun morceau des SpeedBall Baby en tête. Arrivés dans l’étable transformée en backstage pour l’événement, on compris vite que les Speedball, eux non plus, n’avaient pas attendu pour lancer l’apéro. On brancha les micros, on posa notre cul par terre et on se lança dans des échanges qui s’avéraient plus tenir du rodéo que d’une interview en bonne et due forme. Un de ces classiques ping pong où les questions restent sans réponses, et les réponses sans équivoques. Ou comment apprendre que BB King ne sait pas jouer de la guitare et chanter en même temps, que le chanteur des Craftmen Club est constamment suivi par des canetons, et que les Speedball Baby étaient dans le punk avant que les épingles à nourrice ne s’installent sur les blousons en cuirs.

Peut-être pourriez-vous commencer par vous présenter…

Matt : On est Speedball Baby. Ron Ward et moi même, Matt Verta-Ray, ça fait quoi, 17, 18 ans qu’on a monté ce groupe…
Ron : Ouais, je crois que ça fait aussi longtemps que ça. On a été comme des âmes soeurs, dès qu’on s’est rencontrés.
Matt : Oui le courant est passé direct, et on a toujours eu cette idée de. . .
Ron : Ce qui est bizarre, c’est qu’on a tous les deux à l’époque quitté des groupes qui nous rapportaient plus !
Matt : Oui j’ai carrément brûlé du fric !
Ron : C’était des groupes qui rapportaient du fric, et nous on s’est dit qu’on voulait pas ça. J’ai raison non, c’est à peu près ça hein ?
Matt : Oui je pense aussi. Quand on a commencé Speedball Baby on ne cherchait pas à plaire à beaucoup de gens, et l’ironie du sort c’est qu’on a réussi à faire tourner le groupe, et à maintenir un intérêt actif dans le milieu underground depuis aussi longtemps. . .
Ron : Ça fait projet artistique prétentieux vu comme ça, mais c’est vrai, c’était le cas !
Matt : Oui, c’était un projet artistique prétentieux, c’est vrai. (rires) (…)

Est-ce que vous êtes en tournée là, et pourquoi êtes-vous ici?

Matt : Le Freakfest mec, qui peut manquer ça? Si le Freakfest t’appelle. . .On a aussi un concert à Paris demain, mais c’est une petite salle.
Ron : On essayera de foutre la merde, on y arrivera bien. . .

C’était quand la dernière fois que vous êtes partis en tournée?

Matt : 2002
Ron: Ouais… Ca fait un moment hein.

Ben, ça fait quoi, dix ans !

Matt : Oui c’est ça, pile poil, dix ans.

Qu’est-ce qu’il s’est passé entre temps, avec les side-projects ?

Ron : Moi, j’ai Five Dollar Priest, j’ai déjà sorti quelques albums, je joue avec différents musiciens, Norman Westberg des Swans, Bob Bert de Sonic Youth, Grasshopper de Mercury Rev.
Matt : Ouais, si t’as l’occasion, écoute Five Dollar Priest, c’est un super groupe, hyper intense, sans concessions, et fondamentalement poétique, c’est vraiment génial. Sammy Baker et moi, on joue dans Heavy Trash, un groupe de rock’n’roll aux inspirations rockabilly, mené par Jon Spencer.
Ron : Et qui, est-ce que je peux le rajouter à l’enregistrement, est un connard.

Ca enregistre, ça enregistre, on lui enverra la cassette directement.

114889910Ron : Et j’aimerais vraiment qu’il voie ça, parce qu’il saura l’apprécier à sa juste valeur. Jon, tu es un putain de connard, et tu sais quoi, tu en as conscience !  Non, j’adore Jon, je l’adore.
Tous : On l’aime, Jon.
Matt : On a oublié de vous présenter c’est Ivan Julian, notre nouveau bassiste, vous le connaissez certainement de Richard Hell & The Voidoids, ou du groupe de Matthew Sweet. Ivan est l’un des parrains du punk, un maître de la discipline, et c’est aussi mon partenaire au studio d‘enregistrement. Ivan a aussi son propre groupe, le Ivan Julian Band.
Ivan : Ouais, c’est un projet solo, j’ai un nouvel album, enfin ouais, presque nouveau, il s’appelle « The Naked Flame ». Je l’ai enregistré avec un groupe de Bilbao en Espagne. Ils sont entrés dans le studio et m’ont quasiment forcé la main sur cet album, c’est les Capsula. (…) Et j’ai joué de la guitare avec James Chance, que j’adore, je ne joue pratiquement plus de guitare pour personne, mais James est vraiment trop cool.
Ron 10:58 James est un mec génial, il joue aussi dans Five Dollar Priest.
Matt : New York c’est un petit village, « c’est comme une petite ville » (Ndlr : en français dans le texte), tout le monde se connaît, il y a beaucoup de brassage. Et puis aussi, Sammy et moi on va jouer de la batterie pour La La Brooks, c’était la chanteuse principale des Crystals, elle est super belle, en pleine forme, elle a une super voix, et la semaine prochaine on enregistre un album avec elle.

Ca fait longtemps que vous jouez du blues, du rockabilly, des genres musicaux qui ont un sens pour les gens qui en jouent. Pour vous, c’est quoi?

Sam : Il y a une super chanson qui dit «The Blues ain’t nothing but a good man feeling bad». Et le blues, c’est universel.

Est-ce que vous vous reconnaissez là-dedans?

Ivan : C’est comme un rite initiatique, et c’est dingue parce que même les 17, 18, 20 ans, que je côtoie beaucoup en ce moment, ils adorent ça le blues! Quand tu as cet âge-là, la musique peut te toucher directement, personnellement, et jouer sur tes émotions, le punk rock le fait aussi. Et certains de ces albums ont été faits il y a genre 30 ans, c’est un rite initiatique. C’est comme vouloir écouter un genre musical qui exprime ce que l’on ressent, ce que l’on est, le blues fait ça, le punk rock aussi, la country aussi. . .
Ron : Tout à l’heure, je racontais la fois où j’ai rencontré Willie Dixon à Montréal. Cette expérience a changé ma vie, j’avais 17 ans. A Montréal, on pouvait boire à 17 ans. J’étais au Club Moustache, et là je vois Willie Dixon, et je lui dis, tout tremblant, « Je peux t’offrir une Heineken? ». Il m’a répondu : « Tu peux m’offrir des Heineken toute la nuit, ptit mec! » (rires)
Ivan : En 1965, ou 1966, je cherchais des 45t, un peu partout, et là je trouve ce vinyle de Little Richard sur Specialty, avec Hey Hey Hey. Et je mets la chanson, et ça, c’était du Punk Rock quoi ! Un son d’une énergie crue ! La passion s’en échappe, s’empare de toi. . . Et ça c’était en 1965, l’album avait du sortir en 57 je pense, ça fait dix ans après, j’étais tout gamin. Pour moi, ce genre de sentiment original existera toujours, quoi qu’il en soit. PJ Harvey a ce truc, pas vrai, elle l‘a?

Mais pensez vous que ce style musical est toujours pertinent à notre époque?

Ivan : Le blues? Mais comment ça, c’est ce que je viens de te dire !
Matt : Nous on joue pas un style particulier. On ne cherche pas à ressembler à un genre de musique…

Non mais les gens de mon âge, qui ont la vingtaine, ils écoutent de la musique éléctro par exemple, des trucs forts qui partent dans tous les sens, le blues, ça ne leur parle pas forcément.

113906959Ron : Ah, mais si tu parles de groupes comme The Black Keys, ce genre de truc. Eux ils cherchent ça justement ! (Ndlr : Non pas du tout, en fait.)
Matt : Je pense que n’importe, qui fasse partie d’un genre musical ou d’un mouvement en particulier, lui, il fait juste son truc, et ensuite on donne un nom au mouvement.
Ron : Et ils sont certainement autant à fond que nous.
Matt : En principe, tu es marqué par la musique qui t’a influencé plus jeune, et plus tard avec un peu de chance, ça vient naturellement, et alors les critiques d’art et de rock peuvent appeler ça comme ils veulent. Mais si tu fais bien ton boulot, ça vient naturellement.
Ron : Et c’est pour ça qu’on est là ce soir.
Ivan : Tu écoutes aussi quelque chose que tu as envie d’écouter, et ça aussi c’est naturel. Je me souviens quand le l’esprit « punk rock » avait été exploité par les boutiques Macy’s, et d’un coup tu te retrouves devant des fringues avec des épingles à nourrice.
Ron : Ouais, des éclaboussures de peinture, tout ça.
Ivan : Nous tout ce qu’on faisait, c’était de jouer de la musique, et tout d’un coup c’est repris et défini comme un symbole médiatique, et ça c’est affreux. Ça n’a rien à voir avec la réalité du truc.
Ron : Tout est repris et c’est pas grave, c’est comme ça c’est tout.
Ivan : Je me souviens d’avoir pensé à ça quand j’étais plus jeune, que j’apprenais la guitare, je me demandais si le blues aurait encore toute sa signification dans les années 70, 80, ou même les années 2000, quand tout serait futuristique, est-ce que le blues aurait toujours une place là-dedans? Mais bien sûr que oui. Je crois que c’est BB King qui a dit : « Everybody has the blues ».
Ron : Je déteste BB King.
Ivan : Moi aussi, moi aussi.
Ron : Son jeu de guitare est vraiment mauvais. Désolé BB.
Ivan : Non non, je suis pas d’accord avec ça, faut qu’on en discute. Ce qu’il a fait à la fin des années 50 c’est. . .
Ron : NON! Ok, il a fait des trucs pas mal, mais…
Matt : Vous saviez que BB King ne peut pas jouer de la guitare et chanter en même temps? Si vous le voyez dans un film, il fait genre babababa deedeedee, à chaque fois qu’il doit jouer et chanter en même temps.

Vous connaissiez certains des groupes de ce soir?

Matt : Magnetix, on a joué avec eux il y a environ dix ans, notre dernière tournée c’était avec eux. Ils sont vraiment cool, je me souviens d’Agnès. Je crois qu’ils jouent maintenant en fait!

Ils vont bientôt commencer.

72598Matt : Ok, ben dès qu’on a fini cette interview on ira les voir jouer. J’ai vu que The Craftmen Club jouaient ici aussi. Je les ai produits, ils viennent de Bretagne, ils parlent le Breton, ils sont trop cool. Ils viennent de la campagne, et d’ailleurs j’ai une histoire marrante sur l’un d’eux. Steve, le chanteur, avait des oeufs de canard, et quand ils ont éclos, Steve était la première personne qu’ils ont vue, alors ils ont cru qu’il était leur mère, et ils le suivaient partout, ah ah !
Ivan : On a une histoire dans ce genre avec Ron, il avait un blaireau. Elle a mis bas, puis elle est morte. Et les bébés blaireaux suivaient aussi Ron partout… (rires)
Matt : Ron si ça te dérange pas, je vais raconter un truc. Arrête moi si c’est trop gênant.
Ron : Ça va certainement l’être, mais ça m’est égal.
Matt : Alors, Ron s’était endormi, trop bourré après une grosse soirée, et en se réveillant le lendemain matin il avait super mal aux tétons, il a cru qu’il avait un genre d’irritation, le docteur lui a demandé « Avez-vous nourri des blaireaux à la tétée?  » « Pas à ma connaissance! ». Et puis un jour que j’étais chez lui pour m’occuper des blaireaux alors qu’il était en vacances, je regardais la télévision, et la le blaireau grimpe sur moi et commence à me têter. Ron, c’est ça qui t’es arrivé! (rires)

Et enfin, quoi de neuf pour Speedball Baby, est-ce qu‘il va se passer quelque chose?

Matt : Ah, c’est marrant que tu mentionnes ça, on en parlait justement aujourd’hui avec notre producteur et réalisateur artistique, Juan-Mari Iturrarte de Bang Records, à Pampelune en Espagne. C’est un très gros label, lui c’est l’un des meilleurs de cette industrie, et il va sortir le nouveau Speedball Baby, ce qui va se passer, c’est énorme, les gens disent que l’industrie du disque est morte, c’est faux ! (…) C’est maintenant que ça se passe pour nous. On va sortir un album avec monsieur Iturrarte, on s’est a conclu l’accord d’une poignée de main, on s’est craché dans les mains. Je suis vraiment content que vous soyez témoins de ce moment, juste avant notre décollage pour la stratosphère, c’est maintenant que tout ça se passe.

http://www.myspace.com/speedballbaby1

Interview : French Moron / Jordane
traduction : Mathilde Ekel
http://www.casbah-records.com

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