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23 avril 2026

Rubin Steiner et Brian Eno réunis en colocation dans un synthétiseur

« Qu’est-ce qu’aurait pu foutre Brian Eno à notre place » ? C’est en quelques mots la question posée dans le titre du nouvel album de Rubin Steiner. Derrière l’hommage au pape de l’ambient, une nouvelle brique dans la maison pour le Français, et un bel hommage au Golden Hours du chauve anglais à découvrir ci-dessous.

Le saviez-vous ? Trente ans avant la création de Suno et des outils de musique générative qui sonnent plus que jamais comme LE vrai grand remplacement destiné à envoyer tous les musiciens chez France Travail, Brian Eno travaillait déjà sur les prémisses de l’intelligence artificielle, et tout ça sur une disquette 3,5 pouces.
Ca se passait en 1996 avec le projet Generative Music 1 où l’ancien membre de Roxy Music posait les bases de la composition par probabilités (l’essence même des réponses données aujourd’hui par ChatGPT). En partenariat avec les ingénieurs du logiciel Koan, il livrait ainsi sur une disquette 12 musiques automatiques inspirées par Steve Reich et où son rôle consistait surtout à créer les conditions d’existence pour des compositions capables de se rejouer différemment à chaque fois. Dans ce nouveau monde qu’est alors l’internet encore dans son berceau, l’affaire ne fait pas grand bruit et Eno, déjà considéré comme le Rick Rubin de l’électronique, assoit sa position de gourou chauve illuminé. Personne ne parle encore d’intelligence artificielle, mais dans les faits, c’est déjà de cela qu’il est question dans cette époque Spice Girls meets Microsoft Windows 95.

Le saviez-vous aussi ? Le premier album de Rubin Steiner, Lo-fi nu jazz, est sorti deux ans après cette histoire. Nous sommes alors en 1998, et le Tourangeau ne sait pas encore qu’il s’apprête à s’élancer dans une carrière marathonienne, et toujours en cours. Un exploit au regard des dommages causés actuellement par l’IA (98% des auditeurs ne savent plus faire la différence entre une musique dite « humaine » et une autre composée en IA, étude Deezer de novembre 2025), et encore plus étonnante au regard de tous les styles abordés de disque en disque par Rubin Steiner (jazz, rock, électro, salsa, kraut). Le dernier né, What would Brian Eno have done, apparait ici comme une bonne synthèse des trois décennies écoulées; espèce d’exotica cosmique à cheval entre Les Baxter, Joakim et James Murphy. Une coïncidence ne tombant jamais du troisième étage par erreur, on y trouve évidemment une reprise du Golden Hours de Brian Eno, extraite de son formidable album Another Green World.

Auto-produit ou presque dans la grande tradition des beaux disques DIY, What would Brian Eno have done fait partie de ces disques encore impossibles à créer sans intervention humaine. Une maigre mais belle satisfaction de présence humaine, comme aurait dit Houellebecq, et ponctuée par une seconde reprise, cette fois du Lacrimosa de Mozart, interprétée en mode Wendy Carlos. Les robots ne pleureront jamais et ça, c’est une bonne nouvelle pour le peu d’humains encore prêts à écouter de la musique écrite par leurs semblables.

Rubin Steiner // What would Brian Eno have done // Platinum Records
En concert le 23 juin au Chinois avec Société Etrange.

Peut être un graphique de texte qui dit ’RUBIN STEINER- INSTEINER- - WHAT WOULD BRIAN WHATWOLDBRIANENOHAVEDONE? NO HAVE DONE? O 一御ター’

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